Posts Tagged ‘Egalité’

Fête des travailleurs…

dimanche, mai 1st, 2011

Un petit brin de bonheur

« Travailler plus pour gagner plus », disait un jour quelqu’un (ou plusieurs jours, je ne sais plus…).

A tout seigneur, tout honneur : le hit-parade de ceux qui gagnent (donc travaillent…) le plus est composé des patrons du CAC 40 : 2,46 millions d’euros de salaire en moyenne en 2010… 24 % de plus qu’en 2009… Faut bien suivre l’évolution du coût de la vie, pas vrai ? Et sans doute ont-ils encore beaucoup plus travaillé qu’en 2009… Avis aux smicards, qui vont peut-être bénéficier d’une augmentation royale de 2 %…

Et comme il faut bien récompenser les honnêtes travailleurs, leurs employeurs leur versent ensuite un complément de retraite… qui n’a pas grand chose à voir avec nos « retraites complémentaires »… vu que ce complément peut atteindre jusqu’à 50 % de leur dernier salaire… Il faut dire que la « retraite conventionnelle » est maigre : plafonnée à 135 000 €, vous avouerez que c’est peu ! Le gagnant de ces retraités empoche ainsi 3,4 millions d’euros par an… Bon, en voilà quelques-uns qui ne finiront pas à l’hospice…

D’autres qui travaillent beaucoup aussi, ce sont les grands groupes, qu’on récompense en leur faisant payer moins d’impôts sur les sociétés (voire pas du tout…) que les petites et moyennes entreprises. Ces dernières, dont les bénéfices perçus en France représentent 17 % du total, contribuent à 21 % à l’impôt sur les sociétés ; les groupes du CAC 40 (encore eux !) enregistrent plus de 30 % des bénéfices perçus en France… mais leur contribution à l’impôt n’est que de 13 %… Non, non, ne cherchez pas l’erreur : c’est qu’ils travaillent plus, c’est tout !

Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

(Source : articles du Nouvel Obs, 28/4 au 4/5/2011)

A l’heure du « manuel » numérique…

samedi, avril 23rd, 2011

Suite à l’intéressant billet de Lucien sur le « dégraissage du mammouth » et la fermeture de 1500 classes pour la rentrée 2011, je me suis un peu promenée sur Internet, et ai découvert, un peu par hasard, le rapport de l’Inspection Générale (demandée par le ministère en septembre 2009) de juillet 2010 : Le manuel scolaire à l’heure du numérique.

Vous l’avouerai-je ? J’ai eu comme un sursaut, pensant à tous ces manuels que j’ai compulsés dans mon existence d’élève et de prof… et même de retraitée (mais là, c’est vrai, je m’intéresse plutôt aux manuels « anciens », XIXème et début XXème…).

Bien que j’aie été traitée, ici même, d’animal préhistorique incapable de comprendre la réalité du monde moderne (je schématise, n’ayant plus en tête les termes utilisés), je veux rappeler quelques détails me concernant :

– 1985 : Plan « Informatique pour tous » : stage (plus ou moins obligatoire, je ne me souviens plus). A partir de là, j’ai emmené mes classes en salle informatique, équipée de TO7 et MO5, redoutables petits engins d’une faible capacité (je crois me souvenir de 8 ko…) et demandant pas mal de patience au prof et aux élèves pour en sortir quelque chose… Deux ou trois touches pour obtenir une lettre accentuée, une de plus pour l’accent circonflexe, une de plus pour le tréma… Les élèves, estimant qu’ils n’avaient pas assez de doigts pour tout cela, écrivaient sans accents…).

– 1990 : Achat de mon premier PC (disque dur de 20 Mo… ça fait rêver, non ?) avec imprimante (à aiguilles, évidemment !) qui me permettait de ranger ma machine à écrire pour réaliser mes fiches de cours (à dupliquer avec la machine à alcool). J’ai été une des premières de mon collège (sinon la première) à distribuer à mes élèves des cours en police Courrier violette…

– 1995 (je crois) : connexion à Internet, et découverte – professionnelle (ce qui n’empêche pas les autres découvertes…) – de textes, illustrations et exercices multipliant mes possibilités de « création ».

Entre temps, le collège s’est doté de PC, s’est connecté lui aussi quelques années plus tard, et je pense qu’une bonne partie de mes classes, sinon toutes, ont été conduites en salle informatique.

Je ne suis donc pas une adversaire acharnée du numérique (la preuve : ce blog !), j’ai créé il y a quelques années un site de « révisions » de grammaire, avec quelques cours et des exercices à faire en ligne (qu’il faudrait d’ailleurs que je retravaille un de ces jours…).

Par ailleurs, je crois n’avoir jamais été esclave d’un manuel, quel qu’il soit. J’ai toujours préparé mes cours avec un certain nombre de manuels, tirant un texte de l’un, des leçons de plusieurs autres, des exercices de plusieurs autres encore. Dès que la photocopieuse est apparue au collège, tous mes cours ont été photocopiés pour les élèves (c’était plus compliqué avec la machine à alcool et la police Courrier, qui ne permettait pas de mise en page terrible…). L’avantage premier, c’est que les élèves pouvaient écrire dessus, souligner, annoter. L’avantage second était qu’on gagnait beaucoup de temps pour les exercices de grammaire ou de vocabulaire, les élèves pouvant compléter ou souligner les phrases au lieu de devoir tout recopier. Enfin, pour les études de textes, la mise en relation d’éléments (de champs lexicaux, par exemple) pouvait se faire facilement et visuellement à l’aide de crayons de couleurs ou de surligneurs.

Cependant, si l’on utilisait peu les manuels en classe, il me semblait important (et il me semble toujours…) que les élèves puissent s’y référer en dehors des cours : mes « leçons » photocopiées étaient forcément très brèves, et les manuels donnaient beaucoup plus d’explications, qui pouvaient rappeler aux élèves les explications orales du cours.

Le « manuel » (???) numérique ne me semble pas pouvoir remplacer le « vrai » manuel qu’on peut feuilleter, relire plus facilement qu’à l’écran (je trouve… j’avoue que je ne saurais lire un livre sur écran, j’ai besoin de me repérer dans la page, de tourner les feuillets pour trouver la fin d’un chapitre, etc.). La lecture à l’écran me semble plus « volatile »…

D’ailleurs, dans l’expérience menée dans les Landes, les élèves, munis d’un ordinateur portable, avaient cependant le manuel papier à la maison.

Le rapport fait, pour ce que je puis apprécier, le tour de la question : enseignants, élèves et parents, bien sûr, mais aussi éditeurs et contraintes du numérique. Il précise même le danger de cours encore plus magistraux avec l’utilisation de l’écran numérique…

Pour ma part, j’imagine mal, en classe, chaque élève devant son ordinateur portable (sans parler de l’encombrement de la table) faisant ses exercices. Sauf occasionnellement, bien sûr ! Entre autres, me manquent les relations entre élèves : quand on fait un exercice sur papier, il est facile de se pencher sur la feuille du voisin et de lui poser une question ; beaucoup moins facile de se pencher sur un écran. Or, pour moi, les relations entre élèves sont très importantes : au point de vue humain, certes, mais aussi au point de vue pédagogique : un voisin peut apporter une précision, éclairer une démarche ; une recherche commune peut aider l’un et l’autre à avancer.

Un des avantages du « manuel » numérique… est de diminuer le poids du cartable, dont on se soucie beaucoup depuis quelques années… Mais je me demande si, dans quelques années, on ne se souciera pas des problèmes de vue d’enfants soumis de 6 à 16 ans (voire plus) à la vision d’un écran 5 ou 6 heures par jour (pour ne parler que des heures de classe, et imaginer qu’il y a tout de même des moments « sans ordinateur », selon les matières)…

Le rapport fait état des problèmes posés par les parents :

Pour les parents d’élèves, la problématique majeure, s’agissant des outils et des ressources numériques, demeure celle de l’égalité d’accès. Pour eux le problème se pose doublement :
– d’une part, ils dénoncent la disparité des situations des établissements et des écoles au regard des usages du numérique : réseaux et accès haut débit (ou très haut débit), équipements et maintenance, espace numérique de travail, disponibilité de ressources numériques. Cette disparité est d’autant plus grande que l’investissement des collectivités territoriales est variable et s’exerce selon un modèle de partage des responsabilités dont on a vu qu’il n’était pas toujours clairement établi. Le problème est encore plus complexe pour les établissements d’enseignement privé, dont l’État assure seulement le premier équipement, à charge pour les collectivités territoriales (qui n’y sont pas expressément tenues) de compléter et de renouveler celui-ci ;
– d’autre part, pour l’utilisation au domicile, les effets redoutés sont ceux d’une double fracture numérique : certaines familles en effet ne sont pas équipées des matériels requis (ordinateurs, mais aussi connexion à l’internet en haut débit) ou, même si elles sont équipées, n’ont ni la pratique ni la maîtrise de l’outil.

Plus loin, le rapport minimise la « fracture numérique », en voie de résolution : je veux bien croire que de plus en plus de familles possèdent ordinateur et accès à Internet… mais, n’y aurait-il qu’un tout petit pourcentage de familles ne les ayant pas, il me semble que la vocation d’une Éducation « Nationale » est de prévoir un enseignement pour tous… D’ailleurs, dans ses « Recommandations », à la fin, le rapport préconise :

Soutenir et accompagner les usages de l’ENT dans l’espace privé, tant par les élèves que par les parents, notamment pour l’accès aux ressources pour l’enseignement.
Prendre en charge sous forme d’aides directes, les cas de carence d’équipement et d’accès au réseau au domicile familial, fournir une offre de substitution, soit dans l’établissement, soit directement à l’élève et à sa famille.

Le rapport évoque également les problèmes liés à la couverture du réseau, inégale selon les régions, et à l’obsolescence rapide du matériel numérique :

Quelles qu’elles soient, les évolutions du « manuel », numérisé ou numérique, s’inscrivent dans une histoire de l’industrie informatique caractérisée par une extrême volatilité des machines aussi bien que des logiciels. Le « temps de vie » d’un système opératoire est de l’ordre de cinq à six ans et, conformément à la « loi de Moore », l’accroissement de la puissance des « puces » se traduit par des avancées presque exponentielles dans les usages informatiques eux-mêmes : utilisation d’applications de plus en plus « lourdes » et « gourmandes » en ressources, production d’objets de plus en plus complexes.

Il envisage aussi (abomination des abominations !) l’utilisation d’autres outils que les ordinateurs :

Une tablette Kindle, un iPad, une Slate (HP), un assistant numérique ou certains téléphones portables accomplissent désormais des tâches autrefois dévolues aux seuls ordinateurs de relativement forte puissance. Du coup, la lecture sur écran, son ergonomie et ses conditions changent d’échelle avec la prolifération des unités informatiques qu’un particulier peut manipuler : ordinateur de bureau, ordinateur portable, netbook, reader, digital assistant, téléphone, clé USB, etc. L’ordinateur n’est donc pas l’espace de prédilection du « manuel » à l’heure du numérique, c’en est un support parmi d’autres, et c’est bien plutôt la multiplicité de ces « autres » qui doit être au centre des préoccupations des créateurs de contenus, des éditeurs scolaires aussi bien que des médiateurs-savants que sont les enseignants.

Lire Zola sur un téléphone portable… Vous imaginez ???

Pour finir, quelques-unes des Recommandations du rapport :

Introduire, dans le cadre actuel des épreuves du baccalauréat, des modalités d’évaluation de la maîtrise de ressources numériques, de leur utilisation et de leur compréhension.
Mettre en place des expérimentations dès la session 2011.

Je suis curieuse de savoir si ces expérimentations vont avoir lieu, et quels vont être les « exercices » permettant cette évaluation…

Veiller, dans le cadre des instances de pilotage départementales ou de circonscription à la fixation d’objectifs de diminution progressive du nombre de photocopies réalisées.
Dégager les marges d’autonomie financière consécutives à cette diminution pour y substituer l’utilisation de ressources numériques.
Accompagner cette mutation des pratiques au plan juridique, au plan technique comme au plan managérial.

Plus de photocops ! Hé bien, heureusement que je suis partie !
Mais c’est pas grave : à la maison, l’élève (ou ses parents !) imprimeront le texte ou la leçon eux-mêmes ! Comme pour un certain nombre de modes d’emploi qu’on ne trouve plus maintenant que sur CD !
Quant aux familles qui ne pourront, pour des raisons matérielles, réaliser ces multiples impressions quotidiennes (ou à peu près)…
Ben quoi : on s’en fiche, non ?