Posts Tagged ‘Elèves en difficulté’

Comment faire travailler un enfant ??? (suite…)

dimanche, novembre 23rd, 2014

Non, je ne donnerai pas ici de nouvelles idées pour répondre à cette question

Mais je tiens à demander aux parents angoissés de bien vouloir m’excuser si je ne réponds plus à leurs commentaires…

Commentaires qui le plus souvent n’en sont pas vraiment, d’ailleurs, mais bien l’exposé de situations douloureuses et demande de conseils personnalisés.

Ce billet a suscité 86 commentaires au fil des ans : un record pour mon modeste blog ! Évidemment, dans les 86, sont comptabilisées aussi mes réponses.

Je ne répondrai plus.

D’abord, cela fait plus de 5 ans que je n’enseigne plus, que je n’ai plus de contacts avec des enfants ou de jeunes ados. Et je n’ai pas, ici ou là, trouvé d’autres réponses que celles que j’ai déjà données.

Ensuite, je préférerais que les lecteurs se répondent entre eux : l’expérience de l’un pourrait être utile à l’autre…

Enfin (surtout ?), je n’ai jamais reçu de réponse à mes réponses… L’exposé d’un cas personnel demande une réflexion personnelle : pas de solution miracle ni de réponse toute faite. Aussi mes réponses m’ont-elles demandé du temps, de l’investissement… Pour n’en recevoir aucun écho par la suite : mes réponses correspondaient-elles à l’attente ? Ont-elles été utiles ? suivies ? Ont-elles déçu ? Le problème a-t-il été, sinon résolu, du moins en cours de résolution ?

Aucune idée…

Aussi, je ne chercherai plus à répondre…

Encore une fois, je vous demande de bien vouloir m’en excuser…

L’école de la tolérance…

dimanche, janvier 8th, 2012

C’est le titre (sans les points de suspension) d’un article du Nouvel Obs du 5/1/2012.

Il y est question de l' »Alliance School », dans le Wisconsin, « seul établissement public « gay friendly » des États-Unis »…

Une école pour les « gays » ? Quelle horreur ! C’est une nouvelle forme d’apartheid ???

Pas tout à fait… Si « un peu plus de la moitié des élèves se disent gays, bisexuels, transgenres ou « pansexuels » (c’est-à-dire qu’ils refusent de se laisser enfermer dans un sexe défini) », les autres ont été en souffrance dans leur école pour d’autres raisons, tenant à leur physique ou à leur caractère. L’école accueille des enfants et ados de 11 à 19 ans à la condition « qu’ils soient prêts à respecter les autres »…

Une « école de la différence », donc… Qui apprend aux jeunes à être ce qu’ils sont et à accepter ce que les autres sont… Joli programme, non ? Mais pourquoi diable ne l’apprend-on pas à tous les jeunes ? C’est ce que plaident certains opposants (les autres protestant « au nom de la morale ou de raisons fiscales ») : « Plutôt que d’isoler ces enfants, ne vaudrait-il pas mieux enseigner le respect de l’autre dans les lycées ? ».

Évidemment…

Je ne me souviens pas avoir connu des collégiens souffrant de leur « différence sexuelle ». Mais j’en ai connu beaucoup, plusieurs chaque année, souffrant de leur différence : trop bons élèves, trop mauvais, trop timides, trop solitaires, trop gros, trop grands, trop petits… que sais-je ? Leur « différence » n’était pas acceptée par la classe, qui le leur faisait sentir, plus ou moins fort. Tous les enseignants en ont connu, je pense…

Comment lutter contre cela ? Pas par de grands discours moraux, bien évidemment : ils ne font que renforcer la ségrégation, car les enfants se retournent alors contre le « rejeté », le rendant coupable du « sermon » entendu.

En fait, selon ma propre expérience, on parvient plus ou moins à atténuer ces discriminations dans des projets collectifs. Travaux de groupes, bien sûr, où l’enseignant devra parfois intégrer lui-même (avec quelle prudence !) le « rejeté » dans un groupe. Projets de classe : quand on monte une pièce de théâtre, chacun doit donner la mesure de ce qu’il peut faire, et des talents nouveaux se révèlent.

J’ai aussi le souvenir de « réunions-bilans » de la classe, quand j’en étais prof principal : nous abordions toutes les questions concernant la vie de la classe, et si une question concernait un « rejeté », une discussion s’ensuivait. Dans une classe de 4ème avec laquelle j’avais de très bons rapports – mais qui posait problèmes dans d’autres matières -, j’ai tenu ainsi une « réunion-bilan » tous les 15 jours, pendant une période. Nous cherchions ensemble des solutions, un élève s’engageant par exemple à « contenir » un « perturbateur » pendant la quinzaine, à certains cours problématiques… La notion de « classe » évolue alors : d’un rassemblement d’individus, elle devient « groupe », et protectrice…

Mais… cela ne « règle » le problème que dans l’enceinte de la classe… Le « rejeté » l’est aussi dans la cour, à la cantine, à l’étude, dans les couloirs…

Outre le fait que dans l’école du Wisconsin les élèves ne sont acceptés que s’ils s’engagent à respecter les autres, un autre fait a son importance : il y a 165 enfants ! Tous se connaissent, donc… Dans un collège de 700 élèves, la réalité est bien différente (sans parler des lycées où les élèves se comptent par milliers…) : on s’en tient à la singularité de l’un ou de l’autre, à sa réputation, on ne cherche pas à le connaître. Pas plus que dans une ville où, croisant de temps à autre une personne, un adulte se dira « Il est drôlement habillé, celui-là ! » ; son « jugement » sera alors négatif sur la personne, il ne cherchera – éventuellement – à en savoir que des éléments qui confirment son jugement péremptoire…

Évidemment, des unités de moins de 200 (ou même 500 !) élèves, cela coûte cher… Et on n’est pas dans une période où… Bref… Cela vaudrait peut-être tout de même la peine de s’y pencher un peu : des écoles, collèges et lycées où l’enfant pourrait avoir le sentiment d’appartenir à une communauté, cela pourrait lui redonner de l’importance à ses propres yeux ; cela pourrait l’aider à apprendre, à accepter les autres ; cela pourrait peut-être – qui sait ? – aider à former de futurs adultes plus à l’aise dans leur peau, et donc moins enclins à la violence…

Qui sait ?

Tous mes vœux à ces enfants d’aujourd’hui, aux adultes de demain…

P.S. En parlant de vœux… Lucien fait état de ceux de Notre Président Bien-Aimé à l’Éducation dite Nationale : Les anti-vœux de Sarkozy à l’éducation… Très intéressant !

P.S.2 Voir aussi les derniers « Délit Maille », entre autres Tricote ta leçon de campagne/ Leçon 1 – Subtilité (mais les suivants sont aussi superbes… et je ne dis rien de la statue de la Liberté tricotée !)

Bonnes visites !

Pour Patrice…

mercredi, novembre 9th, 2011

J’ai lu ces jours-ci Elliot, de Graham Gardner : un roman décrivant les questions que se pose un enfant, puis un ado, face aux persécutions de ses « pairs »… Changeant de ville, donc de lycée, il essaie de se constituer une nouvelle personnalité, qui n’attirera plus sur lui les coups de ses « camarades »…

Et, au fil des pages, s’est imposée à moi l’image de Patrice…

C’était il y a une trentaine d’années… Patrice était dans une 5ème germaniste, d’un bon niveau dans l’ensemble. 4 ou 5 garçons, une petite quinzaine de filles… Parmi elles, 5 ou 6 d’un très bon niveau et d’une forte personnalité, assez mûres (l’une d’elles, à ma grande surprise, avait lu L’herbe bleue pendant les grandes vacances…)… Inutile de vous dire qu’on n’entendait guère les garçons dans cette classe…

Patrice était d’un niveau moyen, pas très grand (un seul des garçons avait une taille semblable à la plupart des filles), plutôt timide. Un élève comme on en croise beaucoup, qui n’attirait pas l’attention.

Sauf que…

Leur prof de math (dont j’ai déjà parlé ici) a découvert un jour que Patrice arrivait au collège avec sa mère, laquelle lui portait son cartable…

Quelle importance ? dites-vous… Le prof, qui se jugeait chargé de former la mentalité des élèves, a cru bon accabler Patrice de sarcasmes à ce sujet. En pleine classe, évidemment. Du jour au lendemain, ce petit bonhomme qui ne voulait de mal à personne s’est retrouvé la cible de toutes les plaisanteries plus ou moins douteuses, d’apostrophes plus ou moins insultantes, de la part du prof d’abord, bientôt suivi des élèves. De la majorité des filles, plutôt.

A ma connaissance, il n’y a pas eu d’agressions physiques contre Patrice. Mais les agressions verbales étaient fréquentes. La classe, aisément manipulée par un pervers, fondait son unité – et sa complicité avec le prof – sur le dos de Patrice.

Au point que, au 2ème trimestre, la mère de Patrice a demandé à ce qu’il change de classe : il pleurait tous les matins, refusant d’aller au collège… (changement refusé, pour raison de langue ou autre).

Je n’ai découvert la situation que tardivement. J’avais d’excellents rapports avec cette classe (nous avons monté une pièce de théâtre), mais mon « collègue » avait bien fait les cloisonnements dans les têtes des enfants : ils étaient avec Mme X OU M. Y… Et, mise au courant, je me suis trouvée singulièrement démunie : que faire ? Intervenir auprès du collègue ? Cela ne lui aurait donné qu’un reproche de plus contre Patrice. L’administration ? Quels faits précis avais-je à citer ? De plus, j’étais mal vue de la principale de l’époque, contrairement au prof de maths.

Ai-je essayé de parler à Patrice ? Je ne m’en souviens pas, mais je ne crois pas : quel soutien pouvais-je lui apporter, quand tout se déroulait hors de ma présence ? J’ai continué à le traiter comme un élève ordinaire, sans rien de particulier, surveillant les éventuelles « attaques » de ses condisciples. Lesquels (lesquelles…) avaient bien compris que je ne jouais pas à ce jeu-là…

La mère de Patrice a du moins obtenu, si je me souviens bien, qu’il ne se retrouve pas avec le même prof l’année suivante. Certes, il se retrouvait tout de même avec les mêmes élèves ; mais, le manipulateur absent, il faut espérer que les élèves se sont lassés du « jeu »…

Je n’ai rien su de Patrice les années suivantes, mais j’ai souvent pensé à lui depuis. J’espère qu’il aura réussi à surmonter cette horrible épreuve, à devenir un adulte « debout » après avoir été un enfant « couché »…

Oui, Patrice, après toutes ces années, je pense toujours à toi. Aurais-je pu intervenir ? de quelle façon ? Tu restes pour moi un remords…

Tout va bien ?

lundi, décembre 13th, 2010

En tous cas, notre Gouvernement fait tout pour venir en aide aux élèves en difficulté : CLAIR, ERS, E2C… Voilà un Gouvernement qui se soucie de l’Éducation !

Voire…

Mais peut-être ces sigles vous semblent-ils « chinois » ? Vous n’êtes pas les seuls… Heureusement que j’ai lu quelques articles m’éclairant sur leur sens et leurs fonctions…

E2C : Écoles de la 2ème Chance. En fait, initiées par Édith Cresson (commissaire européenne) en 1997, elles se développent surtout depuis 2009, date à laquelle l’État vient compléter (jusqu’à 1/3) leur financement.
De quoi s’agit-il ? De modules de formation pour les 18-25 ans (sortis du système scolaire depuis 2 ans au moins) qui se remettent à niveau, effectuent des stages professionnels (surtout dans des branches où le recrutement est insuffisant). L’équipe de formateurs (d’horizons différents) accompagne les jeunes pour les aider à former un projet professionnel. D’après l’article du Nouvel Obs du 18/11, il y a actuellement 55 E2C sur 63 sites (???), et il devrait y en avoir 87 à la fin de l’année. 60% des jeunes en sortant (au bout de 9 mois à 35 heures par semaine) peuvent intégrer un travail, une formation, un apprentissage ou un emploi aidé.

Bien… C’est une bonne idée, de mettre à la disposition de jeunes sortis de l’école sans formation un moyen de les aider à se construire un projet professionnel. Une FPA (Formation Pour Adultes) plus ciblée, en quelque sorte. Ils reprennent confiance en eux, en leurs capacités, et peuvent ensuite se projeter dans l’avenir.

J’apprécie moins le surtitre de l’article : « Une leçon de pédagogie »… D’abord, je n’aime guère qu’on me donne des leçons… Ensuite, comment comparer une classe « normale » d’élèves plus ou moins contraints d’être là, avec de jeunes adultes volontaires, stagiaires et rémunérés (320 à 660 € mensuels en Ile-de-France) ? D’autant que… – détail qui a son importance – aucune indication n’est donnée quant au nombre de stagiaires inscrits en même temps dans un de ces établissements (ni dans l’article, ni dans les sites internet consultés d’E2C)…

CLAIR : Collèges et Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite. Ce projet, initié par Luc Chatel en mars dernier, vise à reclasser un certain nombre d’établissements classés ZEP (Zone d’Education Prioritaire). Les chefs d’établissements recrutent directement les enseignants et CPE (Conseiller Principal d’Education), horaires d’enseignement et programmes sont « adaptés » localement. En bref, il s’agit donc de sous-collèges et lycées… Les établissements qu’on a classés CLAIR n’ont pas eu droit à la parole… Mais le Tribunal administratif, saisi, a conduit le Ministère à revoir sa copie : le dispositif ne peut être imposé sans l’avis du Conseil d’Administration des établissements…

ERS : Établissement de Réinsertion Scolaire. Annoncé en mai dernier par Luc Chatel, ce projet ouvre en septembre 10 ERS qui regroupent « pour une durée d’un an au moins » 15 à 30 élèves de 13 à 16 ans « particulièrement perturbateurs », ayant subi plusieurs exclusions. Là non plus, pas question de discuter avec les établissements : les ERS sont parachutés dans les établissements. Le magazine du SNES Versailles de décembre cite le cas d’un collège où ni lettres, délégations, ou grèves n’ont rien changé… Mais, au 22 novembre, l’ERS n’a toujours ni projet pédagogique, ni matériel, ni téléphone, ni les surveillants, animateurs et éducateur promis !

Un article du Nouvel Obs (25/11) sur ces établissements est plus « dramatique »: 5 renvois à Craon (sur 14), fermeture de l’ERS de Portbail, suite au renvoi des 8 internes…

Mais là, un « détail » éclairant : les jeunes sont encadrés par divers personnels (enseignants, éducateurs, mais aussi personnels de la Protection Judiciaire de la Jeunesse) au taux de… 1 adulte pour un jeune !

***

Entendons-nous : je ne pense pas que l’école puisse, de par sa fonction et son fonctionnement, résoudre tous les problèmes rencontrés dans certains milieux. Cependant, si on améliore (au lieu de le baisser constamment) le taux d’encadrement des élèves dans les écoles, collèges et lycées, si on veille à ce que, dans chaque établissement, il y ait au moins une permanence infirmier, assistant social, conseiller d’orientation (mais ça, j’en reparlerai…), il y aura tout de même un peu plus de chances pour qu’on détecte les élèves qui risquent de devenir « à problèmes », et qu’on tente, avec d’autres administrations locales, un suivi des enfants et de leurs familles…

Avant…

Sauver le monde…

mercredi, novembre 11th, 2009

Merci à Lulubie pour son commentaire passionnant sur mon dernier billet. Je suis d’accord avec elle sur bien des points… mais c’est sur la fin de son commentaire que j’ai envie de revenir…

« Comment lutter contre l’illettrisme en général me semble être en effet trop vaste, aussi vaste que la question de savoir comment sauver le monde ! »

Je ne crois pas être un « cas d’espèce » si je dis que, pendant des années, j’ai pensé pouvoir « sauver le monde »… A ma petite mesure de prof, bien entendu… Un petit monde d’enfants et/ou d’ados que j’accueillais dans mes classes…

Passées les premières angoisses face à 25 ou 30 (voire plus, dans mes débuts !) jeunes têtes inconnues, « le » prof convaincu de l’importance de sa « mission » (oui, je généralise… je crois vraiment que nous sommes très nombreux à passer – ou être passés – par cette phase…) se sent tout-puissant dans le petit monde fermé de sa classe. Il peut tout. Il est dieu lui-même. A lui, il incombe de contribuer à faire de ces enfants des adultes réfléchis, exigeants, actifs, dynamiques.

Et, plein de ce noble désir, il se penche avec intérêt sur les petites têtes (pas forcément blondes !) qui semblent peiner dans leurs apprentissages. Il essaie de nouvelles approches, varie ses méthodes, cherche des pédagogies plus efficaces. Il déverse tout son amour, toute sa capacité d’amour, sur ces enfants « rebelles » qui ne comprennent pas, ne font pas, n’arrivent pas à faire, à apprendre, à reproduire…

L’amour sauve tout, pense notre enseignant. L’amour peut tout. De ma capacité d’amour dépend l’avenir de ces enfants…

Et il jubile de voir Marion réussir pour la première fois son autodictée, Gérard prendre le feutre pour écrire des réflexions personnelles sur les grandes feuilles blanches affichées au mur, Yohann écrire un sonnet sur la moto, Marine proposer un sujet d’exposé, Violaine jouer une scène de théâtre…

« J’ai réussi à semer quelque chose », pense notre enseignant…

Il n’a pas tort. Il a réussi, à force d’amour, mais aussi de réflexion, de technique, de compréhension, à insérer un enfant à ce qu’il estime être sa « vraie » place dans le petit monde qui est le leur…

Pendant un moment…

Car ils seront excessivement rares, les enfants « en échec » (j’utilise cette expression pour simplifier) qui, tout au long de l’année, progresseront au point de (presque) rattraper les autres… Et leur progression ne se poursuivra pas forcément les années suivantes…

Dieu ? Oui, l’enseignant peut être un dieu… mais l’espace de quelques heures seulement par semaine, quelques mois dans l’année… et une année seulement, en général… Le reste du temps, l’enfant lui échappe, vit sa propre vie, avec ou sans amour pour l’épauler, le faire grandir… Et l’enseignant n’a aucun pouvoir sur cette vie-là, hors des murs rassurants de la classe…

C’est déjà bien d’avoir réussi à semer quelque chose, certes… Mais une graine a besoin de soins pour germer et grandir… Sinon, elle meurt… Au mieux, elle s’enkyste, reste dans un coin de la mémoire, enfouie dans un passé plus ou moins lointain, plus ou moins oublié…

Au bout d’un temps plus ou moins long, l’enseignant comprend alors qu’il n’est PAS dieu… Qu’il peut, certes, continuer à distribuer son amour et sa pédagogie, inventer de nouvelles méthodes, de nouveaux types d’exercices, d’évaluation… mais que tout cela, si par chance (oui, il y a aussi une question de chance : quelque chose de la mystérieuse alchimie qui peut – ou non – se développer au contact de deux personnes… l’élève et le maître, par exemple…) cela parvient à « débloquer » tel ou tel gamin, à un moment donné, sur une activité donnée… cela ne poussera que très exceptionnellement ledit gamin sur le chemin d’une réussite, même relative…

Personnellement, il m’a bien fallu une trentaine d’années pour accepter cette idée…

J’ai alors transformé mon acte de foi : je me suis dit que si, sur une classe, j’apportais « quelque chose » à 2 ou 3 enfants, cela serait une « réussite » pour moi…

Je n’ai pas changé pour autant mes manières d’être et de faire. J’ai continué à distribuer généreusement mon amour, à rechercher, toujours et encore, la « meilleure façon » de faire telle ou telle activité.

Mais j’avais compris que je n’étais pas dieu, et que le destin de ces enfants ne dépendait pas de moi…

Pour conclure sur une note optimiste, je me permets de reprendre la citation d’une ancienne élève d’il y a 12 ans… Je sais, je l’ai déjà écrite ici, mais elle n’en garde pas moins toute sa valeur :

« Et ceux qui sont passés dans votre classe se sont certainement dit, à un moment où à un autre, “Je compte, je suis quelqu’un”. C’est important. »

Comment faire travailler un enfant ???

mercredi, mars 25th, 2009

Hier, j’ai vu un papa soucieux de faire « bien travailler » son fils. J’avais déjà le gamin l’année dernière : enfant intelligent, vif, aux résultats moyens (sauf en orthographe : franchement mauvais…). Caractéristique principale : un grand sens de l’humour. J’ai dû « me battre » un peu contre lui cette année, d’ailleurs, car ses interventions intempestives amusaient, certes, mais… déconcentraient aussi toute la classe, qui avait déjà bien du mal à se concentrer. Le genre de gosse à me demander, sur le point d’entrer en classe pour un contrôle : « C’est bien demain, le contrôle, madame ? » ou « Je suis malade, je peux aller à l’infirmerie ? » ou encore « Vous n’êtes pas là, madame, hein ? ». Petits exemples de son humour…

J’ai compris hier d’où lui venait ce sens de l’humour… Son père expliquait comment il le faisait travailler, espérant que le gamin pourrait bientôt travailler tout seul… Et moi :

« Vous voulez que je vous dise quelque chose ? »

Il me regarde, interrogateur. Puis :
« Non, je sens que ça ne va pas me plaire !

– D’après ma longue expérience, les garçons sont généralement autonomes dans leur travail en première…

– Je savais bien que ça ne me plairait pas ! »

Bien sûr, j’en ai rencontré, des garçons qui étaient autonomes bien avant. Mais ils représentent une toute petite minorité… Pour les filles, la plupart acquièrent cette autonomie en 4ème, toujours d’après mon expérience. Il s’agit là de « statistiques » (plutôt vagues, je le reconnais !), avec toutes les exceptions que requièrent ce genre de « moyenne »…

Je ne m’inquiète pas pour ce garçon en particulier : il aime jouer, s’amuser, raconter des blagues aux copains… Il a 13 ans, quoi ! Bien encadré par ses parents, il avancera sans trop forcer, mais arrivera sûrement au but qu’il se sera fixé.

L’enfant (ou l’ado) qui refuse de travailler est bien plus inquiétant. Je ne parle pas là d’un enfant plus ou moins livré à lui-même, qui découvre et adopte les règles « de la rue ». Non, je parle de l’enfant élevé dans un milieu lambda, par des parents soucieux de bien faire ; l’enfant en bons termes (hormis la question du travail scolaire…) avec sa famille ; l’enfant d’une intelligence « normale », sans problèmes particuliers. Et qui, pourtant, collectionne les mauvaises notes parce qu’il n’a pas fait le travail, n’a pas appris la leçon, quelle que soit la matière, ou à peu près.

Evidemment, ses parents lui ont expliqué tout ce qu’il y avait à dire sur la nécessité de travailler, l’orientation plus tard, et toutes ces sortes de choses. Ses profs aussi, d’ailleurs. Sans davantage de résultats.

Je ne suis pas parent, mais… en ai entendu pas mal, au long de ma « carrière »… Voici quelques-unes des méthodes que j’ai entendues :

– les parents (l’un ou l’autre, l’un et l’autre) s’attellent au travail scolaire dès leur retour du travail. Très difficile à tenir : le parent, fatigué de sa journée, manque de patience ; l’enfant se met en position de refus ; les rapports parents-enfant se compliquent d’un rapport profs-enfant difficile à gérer. Si le parent est prof, c’est encore plus vite dramatique : le parent-prof n’a aucune envie de reconnaître dans son rejeton les élèves en difficulté qu’il a eus en cours ! En fait, c’est un peu le même problème que le jeune enfant qui refuse de manger : plus ses parents insistent, plus il perçoit le message comme quoi la nourriture est « pour ses parents », pas pour lui ; leur insistance ne fait que le renforcer dans son refus.

– l’aide extérieure : un étudiant (ou un professeur) fait travailler l’enfant une, deux ou trois fois par semaine. Quelques fois, cela suffit à faire « démarrer » un enfant. En tous cas, cela dédramatise un peu les relations familiales. Il arrive aussi qu’un psychologue arrive à « débloquer » la situation.

– la surveillance : les parents vérifient quotidiennement (ou à peu près) cahiers, agenda, carnet de correspondance, devoirs rendus, etc. Et complètent éventuellement les informations obtenues en téléphonant à un voisin dont l’enfant est dans la même classe. Cela peut marcher avec un jeune enfant, en primaire. En collège, il y a beaucoup de chances pour que l’enfant se mette à dissimuler, tricher, mentir. Et quand il aura été pris sur le fait, il en voudra encore plus à ses parents.

– les privations : les parents suppriment ce qu’ils supposent être source de temps « perdu » : activité, console, ordinateur, portable… ou quelque chose (activité ou objet) dont l’enfant tire un grand plaisir. Si l’enfant n’est pas déjà entré dans une phase trop « rebelle », cela peut marcher. Sinon, c’est peine perdue : l’enfant affiche un « j’m’en-fichisme » consternant… et s’installe dans une révolte croissante.

Le problème est que l’enfant ressent de plus en plus que ses résultats scolaires (et surtout les mauvais !) sont « la chose » de ses parents, et non la sienne. Un ado dans ce cas, alors que je lui demandais comment il réagissait quand il avait une mauvaise note, me répondait : « Ça me fait mal au ventre… surtout quand je sais que le soir, ça va mal se passer à la maison ». A ce stade, est-il encore capable de dissocier SA réaction (dépit, déception, blessure d’amour-propre…) de celle de ses parents ?

Je suis évidemment très loin d’avoir fait le tour de la question… et encore davantage d’avoir présenté des solutions ! C’est que je compte sur vos commentaires, chers lecteurs, pour avancer dans ma réflexion…

Merci de voir aussi Comment faire travailler un enfant ??? (suite…)

Je vous l’avais bien dit…

mardi, mars 24th, 2009

… qu’aujourd’hui, de retour de la réunion avec les parents, je ne serais pas en état d’écrire vraiment !

C’est que c’est éprouvant, ce genre de rencontre… Bien sûr, il y a des parents auxquels on est content de dire : Bravo ! tout va bien ! Votre fils/fille progresse, est très agréable, etc., etc.

Mais il y en a d’autres… Cet élève qui essaie désespérément d’avancer, alors qu’il ne le peut plus. Il aurait besoin d’une autre structure, d’un autre type d’enseignement. Le problème, c’est qu’il n’y a plus tellement de solutions : coûte que coûte, vaille que vaille, les enfants sont obligés d’aller jusqu’à la fin de la 3ème de collège… Une petite fenêtre encore, qu’on a oublié de refermer : les maisons familiales et rurales… Est-ce une solution pour lui ? Mais en est-ce une de l’expédier en 4ème, avec des matières en plus, des horaires plus chargés, des apprentissages plus difficiles ? Pour quelle solution en fin de 3ème ???

Et cet autre, qui pourrait bien faire et ne fait rien… Paresse ? Ou opposition à ses parents ?

Quels conseils donner ? Quel parti prendre ? Quelles phrases pourront, peut-être, amorcer un début de dialogue, chemin vers une réponse adaptée ?

Je suis épuisée…

A demain !