Archive pour le mot-clef ‘Enseignement’

Question de foi ?

Dimanche 2 février 2014

Une fois de plus, merci à L’instit humeurs de m’informer sur le soudain absentéisme dans certaines écoles…

Donc, une campagne par SMS et réseaux sociaux a incité des parents d’élèves à ne pas envoyer leurs enfants à l’école pour protester contre l’enseignement de la « théorie du genre » qui y serait enseignée…

J’ai déjà parlé ici de cette « fameuse » (fumeuse ?) « théorie du genre » qui enseignerait que le genre de l’individu n’a que peu (voire pas du tout…) de rapports avec son sexe physique/physiologique : c’était en 2011, alors qu’on osait aborder l’homosexualité dans les manuels de SVT de 1ère L et ES : Science sans conscience

Donc : retour à cette grave question… J’ignore pourquoi certains s’acharnent à démolir cette « théorie » qui n’existe pas : vouloir à tout prix que seul le physique/physiologique détermine le psychisme d’un individu me paraît aberrant… Bien sûr que si l’on est grand/ petit, mince/gros, malade/en bonne santé,… fille/garçon, cela joue un rôle important dans notre histoire. Mais pas que ! Notre entourage, nos rencontres, notre construction psychologique jouent aussi un rôle, qu’il me paraît important de reconnaître.
Sans parler des « anomalies » : Dans Marie Claire de janvier, un hermaphrodite conte son histoire : doté à la naissance d’un minuscule pénis (pas de testicules) et d’un vagin, il a subi toute son enfance et adolescence traitements et opérations pour en « faire » un homme…
Où les adeptes du sexe « purement physique » rangent-ils les hermaphrodites ? Ils les tuent à la naissance pour éviter les questions qui dérangent ? Ainsi que les enfants dont le sexe physique/hormonal/chromosomique n’est pas parfaitement « aligné » ?

Cette fameuse théorie n’aurait peut-être pas suffi à elle seule à déclencher une « grève » des parents… Il fallait donc en rajouter une « légère » couche :

Donc, attention !
Les instituteurs vont dispenser des cours d’éducation sexuelle et de masturbation dès la maternelle.
Ils vont aborder la question de l’homosexualité dès la maternelle
Ils présenteront aux enfants des peluches en forme de pénis et de vagin.

Ben oui, y a des gens qui y ont cru, qui y croient peut-être encore… (voir les commentaires de l’article… et aussi de celui du Nouvel Obs :

Guillaume Brossard, cofondateur de HoaxBuster.com (si vous ne connaissez pas ce site… allez-y vite, pour suivre (et voir démonter) les folles rumeurs qui courent via courriels et autres…) explique comment a été fabriquée la rumeur :

Cet appel au « boycott d’un jour de classe » a ceci d’intéressant qu’il est très politisé, très réfléchi, et que les réseaux sociaux et autres canaux viraux ont servi à blanchir son origine. Nous ne sommes pas face à un mouvement spontané d’internautes, mais face à une instrumentalisation mûrement réfléchie.

On touche ici au fonctionnement même de la rumeur. Un discours tenu par un individu n’a pas beaucoup de poids. Mais si 10, puis 20, puis 50 personnes tiennent le même discours, alors il commence à en avoir. Et peu importe que le propos soit vrai ou pas, puisque de toute façon l’internaute n’a « pas le temps » de vérifier.

C’est exactement ce qu’il s’est passé avec cette supposée « théorie du genre » enseignée à l’école et à l’origine du « jour de retrait ». Des interactions ont été créées pour que les gens en parlent entre eux, pour qu’il y ait de plus en plus de monde au courant.

Cet effet de masse s’est appuyé sur les réseaux sociaux, sur des listes de mails et sur des chaînes de SMS. Comment ces données ont-elles été collectées ? Via des pétitions signées dans la rue ou sur internet, via des « likes » de pages Facebook anonymes, qui permettent d’engranger des adresses mail et des profils « non politisés », ou encore via des abonnements à certaines newsletters.

Cet appel a tout de la rumeur, mais ce n’en est pas vraiment une. Il s’agit d’une manipulation orchestrée, s’appuyant sur les mécanismes de diffusion d’une rumeur. Toute cette histoire est instrumentalisée et parfaitement maîtrisée en amont.

Manipulation, donc… Par des organisations dont certaines sont clairement identifiables…

Et menaces, en prime :

« Ceux des vôtres qui la ramèneront sur ce sujet en conseil d’école seront automatiquement ciblés. » Les sections départementales franciliennes de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) ont reçu, mardi 28 janvier, un mail menaçant leur demandant de « stopper [leurs] activités pro théorie du genre », révèle Le Parisien (abonnés). La fédération de parents d’élèves a réagi en envoyant, jeudi matin, une plainte pour « menaces » au procureur de Melun (Seine-et-Marne).

Au passage, sur Hoaxbuster, j’ai découvert une rumeur concernant la taille des crêpes bretonnes… Laquelle vient du site legorafi.fr qui se définit ainsi :

Tous les articles relatés ici sont faux (jusqu’à preuve du contraire) et rédigés dans un but humoristique. L’utilisation de noms de personnalités ou d’entreprises est ici à but purement satirique.

(Ce qui n’empêche que ses « informations » sont relayées ici ou là !)

J’ignorais ce site… qui n’a pas manqué de s’intéresser au phénomène décrit plus haut : voir

Théorie du genre : Les enfants demandent à leurs parents d’agir un peu plus en adulte

Maintenant, si vous voulez vous informer sur le projet « ABCD de l’égalité »

L’éducation à l’égalité et au respect entre filles et garçons s’inscrit dans les objectifs du Socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Elle doit être mise en œuvre dans une approche transversale qui engage l’ensemble des matières enseignées et des activités vécues.

ou sur les indications de l’OMS : Standards pour l’éducation sexuelle en Europe (attention ! « indications » et non décrets de loi ! L’OMS n’émane pas du gouvernement, et le gouvernement n’est pas tenu de suivre ses indications !!!).

C’est moins croustillant… mais vous saurez au moins de quoi on parle réellement…

Bonnes lectures… et, s’il vous plaît, ne frisez pas l’infarctus en lisant certains commentaires des articles cités…

Du pourquoi et du comment…

Mercredi 18 décembre 2013

Oui, je sais, mon blog est en panne depuis un bout de temps… Il faut dire que mon dernier billet n’avait pas été compris dans le sens où je croyais l’avoir écrit… ce qui m’avait fort chagrinée. Je pensais avoir donné des explications « sans parti pris » sur les problèmes entre enseignants et « supérieurs »… cela n’a apparemment pas été le cas, et j’en ai été très mortifiée…

A part ce « couac », il y a aussi la question de la paresse… ou de la procrastination, dont j’ai déjà parlé : pourquoi écrire aujourd’hui le billet que je pourrais aussi bien (encore mieux ?) écrire demain ?…

Et aussi, la question de la retraite…

J’ai commencé en septembre ma 5ème année de « plus prof »… et c’est fou ce que j’ai oublié depuis… Au point que, retournant en novembre au Cross du Collège, les prénoms de collègues côtoyés depuis plus de 10 ans ne me revenaient plus spontanément… J’ai décroché… Je ne suis plus prof… et n’ai pas encore trouvé ma définition de « retraitée »…

Ce qui est particulièrement – et de plus en plus ! – délicat lorsque j’essaie de répondre aux parents me demandant conseil suite aux billets « Comment faire travailler un enfant ? ». Depuis le début, c’est la page la plus consultée (256 fois en janvier 2012… malheureusement, les rapports Google ne me donnent plus l’ »audience » des différentes pages…) et la plus commentée : 66 « commentaires » à ce jour… J’écris « commentaires » entre guillemets, car il s’agit le plus souvent de parents qui exposent l’histoire scolaire de leur enfant et me demandent conseil… Ce n’est pas simple, chaque cas est évidemment unique, je n’ai pas une trousse d’urgence contenant toutes les « bonnes réponses », et j’essaie de faire au mieux, selon les indications données. Cela n’est peut-être pas satisfaisant… car je n’ai reçu qu’une seule fois une réponse à ma réponse…

Cependant, dernièrement, il y a eu deux « vrais » commentaires : celui d’un parent et celui d’un ado. J’aurais aimé que, dès le début, il y ait des discussions à ce sujet, plutôt qu’une demande de conseils, comme si j’étais la mieux placée pour répondre.

Ce n’est évidemment pas le cas… et ce l’est de moins en moins ! Il me semble qu’a priori, les mieux placés pour répondre à cette question sont des personnes qui connaissent l’enfant en question : enseignants, éducateurs, orthophonistes et autres « spécialistes » de l’enfance et de l’adolescence. Je comprends bien l’angoisse des parents (et je l’ai évidemment croisée un certain nombre de fois en 40 ans de métier !)… mais mon angoisse à moi, pour leur répondre, est de plus en plus forte : qui suis-je, de quelles vertus serais-je parée pour avoir LA réponse à des questions que les parents se posent depuis des mois ou des années ?

Tout cela… pour vous expliquer « pourquoi votre fille est muette » (Molière)…

De l’accord du participe passé…

Lundi 7 mai 2012

En lisant les commentaires du blog de l’instit’humeurs, j’ai eu comme des envies de répondre vertement à certains…

Je me suis retenue…

C’est vrai : toujours les mêmes propos accablant les enseignants qui ne fichent rien, ne savent rien, sont tous syndiqués pour défendre leurs privilèges… ça me fatigue !

Le tout au sujet du beau discours de Sarkozy fustigeant une fois de plus lesdits enseignants, qui n’enseignent plus l’excellence, comme leurs héroïques prédécesseurs, les instituteurs de la 3ème république (en a-t-il beaucoup connu ???) qui aimaient la République, EUX !

Je ne sais pas où notre ex-président est allé chercher cette idée d’excellence : les instituteurs d’autrefois (sont-ils si différents de ceux d’aujourd’hui ???) n’avaient qu’un but : amener l’ensemble de leurs élèves, villageois ou citadins, au meilleur niveau possible pour chacun d’entre eux. Non que l’enseignement fût « individualisé » comme on l’entend aujourd’hui, mais les enfants qui semblaient capables d’apprendre avaient droit à des travaux un peu plus difficiles, ou un peu plus longs. Le grand « mérite » de l’instituteur était de pouvoir présenter au certificat d’études quelques élèves soigneusement choisis comme susceptibles de l’obtenir. Et, dans les milieux « populaires », on se réjouissait quand un enfant avait obtenu de si bons résultats… qu’on lui proposait d’aller à l’École Normale… pour être instituteur(trice) ! J’en veux pour preuve les nombreux comptes-rendus d’inspecteurs de Seine-et-Oise que j’ai lus (les comptes-rendus, pas les inspecteurs !). Et… si l’on relit La gloire de mon père, de Marcel Pagnol, c’est bien cette école « pour tous », et non « pour les meilleurs », qui y est décrite…

Et le participe passé, me direz-vous, que vient-il faire dans cette affaire ?

Eh bien… il vient dans les commentaires dudit blog, justement. Citations :

C1 : Effectivement, l’école a bien changé

C2 : Sans doute vous-même,n’êtes-vous plus à l’école depuis longtemps, pour avoir oublié les règles élémentaires de l’accord du participe passé …(« elle a bien changé »)

C1 : Veuillez m’excuser en effet pour cette grossière erreur d’accord

C3 : Mais, » elle a bien changé « , c’est juste!

C4 : l’école a bien changée !! et l’orthographe aussi

La règle que j’ai apprise à l’école (dans les années 50 !) disait ceci :
« Le participe passé employé avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec le complément d’objet direct SI celui-ci est placé avant. »

La même règle est toujours enseignée, même si on dit COD au lieu de complément d’objet direct, et que la formule varie plus ou moins. Souvent, dans un premier temps, les élèves du primaire apprennent que « Le participe passé employé avec AVOIR ne s’accorde pas avec le sujet » : tant qu’ils ne savent pas reconnaître un complément d’objet direct… la règle complète n’a pas de sens…

Bon, ça, c’était « de mon temps » et « aujourd’hui ». Mais avant ?

Le Memento de poche du certificat d’études de ma mère (qui a passé ledit certificat en 1932) affirme :
« Le participe passé conjugué avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct, quand ce complément le précède. »

Le Cours primaire de Grammaire Française de J. Dussouchet (rédigé conformément à l’arrêté ministériel du 25 juillet 1910) indique :

« Le participe passé employé avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct d’objet quand il en est précédé. »

L’Abrégé de la grammaire française de mon arrière-grand-père (décédé en 1900… donc le livre est antérieur !) stipule :

« Le participe passé conjugué avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct, s’il en est précédé. »

Enfin, le Cours Classique et raisonné de langue française (première partie : Grammaire élémentaire) édité en 1861 précise :

« Joint à AVOIR, le participe passé ne s’accorde jamais avec le sujet, dont il exprime seulement l’action.
Étant précédé de son complément direct, le participe joint à AVOIR s’accorde avec ce complément, dont il marque l’état, en même temps qu’il exprime l’action du sujet. »

(Désolée : ma bibliothèque ne contient pas de références plus anciennes…)

* * *

Une chose au moins n’a pas changé, depuis les « instituteurs qui aimaient la République » : les difficultés que nous, Français, jeunes ou moins jeunes, avons à appliquer cette règle !

Pan sur les profs ! (encore…)

Dimanche 20 novembre 2011

Bon, d’accord, les enseignants ne sont peut-être pas un électorat à ménager… Mais quand même !

Merci à Lucien qui nous signale les projets de décret et d’arrêté concernant les enseignants et autres personnels d’éducation. Comme il explique très bien les conséquences financières de ce projet, je me contenterai de le citer :

Évaluation des profs : derrière les modalités, la question des salaires

Imaginons un professeur qualifié d’exemplaire par sa hiérarchie : ayant bénéficié de la réduction de 5 mois tous les trois ans, il parviendra au dernier échelon au bout de 26 ans environ, contre 20 ans actuellement.

Rien ne change en revanche pour le « mauvais prof », qui ne verra le dernier échelon qu’après 29 ans : on notera l’ironie d’un projet émanant d’un gouvernement qui voudrait faire une place plus grande au mérite et qui pénalise proportionnellement davantage les « bons profs » que les mauvais !

Concrètement, les enseignants verront leur salaire stagner plus longtemps, ne connaîtront d’augmentation que de loin en loin. Autant dire que leur pouvoir d’achat va sérieusement se dégrader sur la durée. Peu importe, le gouvernement fera ainsi chaque année quelques centaines de millions d’euros d’économies : l’argent des enseignants, celui-là même qui ne leur sera pas versé par la grâce du présent décret…

Merci également à François Jarraud, du Café pédagogique, qui met à notre disposition ces projets :

Décret n°2012- du 2012 portant dispositions statutaires relatives à l’appréciation et à la reconnaissance de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’éducation et d’orientation relevant du ministre chargé de l’éducation nationale

Objet : modification du système de l’appréciation de la valeur professionnelle par la mise en oeuvre d’un entretien professionnel et des modalités d’avancement d’échelon par l’introduction d’un mécanisme de réductions d’ancienneté.
Entrée en vigueur : ce décret entre en vigueur le 1er septembre 2012.

Notice : La réforme du système de l’appréciation et de la reconnaissance de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’éducation et d’orientation constitue l’un des volets du « pacte de carrière » annoncé par le Gouvernement en octobre 2009 puis confirmé en mars 2010 visant à améliorer les conditions d’exercice du métier d’enseignant dans le cadre d’une gestion plus dynamique et personnalisée des ressources humaines.

Voyons un peu le projet d’arrêté concernant la notation des enseignants…

document de travail V4
1
ARRETE
Arrêté du …..relatif aux conditions générales de l’appréciation de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’orientation et d’éducation relevant du ministère chargé de l’éducation nationale

L’entretien professionnel est conduit par le supérieur hiérarchique direct de l’agent. Pour les enseignants du second degré pré-baccalauréat et post-baccalauréat le supérieur hiérarchique est le chef d’établissement ou son (ses) adjoint(s). Pour les enseignants du premier degré le supérieur hiérarchique est l’inspecteur de l’éducation nationale compétent.
En cas de nécessité liée à la continuité du service public, l’autorité hiérarchique peut également désigner un autre fonctionnaire pour mener les entretiens d’évaluation au sein des écoles ou établissements.

Je me suis déjà exprimée sur cette question, mais j’y reviens… Faire noter l’enseignant uniquement par son chef d’établissement me semble une aberration totale. Rappelons que, actuellement, la notation se fait à 40% par le chef d’établissement, sur des critères discutables, certes, mais globalement d’ordre « administratif », et à 60% par un inspecteur pédagogique censé évaluer la pédagogie de l’enseignant en assistant à une heure de cours. Que ce système ait besoin d’être revisité, c’est probable. En supprimant l’inspection, toute discutable qu’elle puisse être ? L’inspecteur a du moins, sur le chef d’établissement, l’avantage de connaître la matière enseignée, et est donc plus à même d’apprécier le travail du professeur, et son « efficacité ».

Comme, dans le même temps, on demande de plus en plus aux chefs d’établissement de jouer le rôle de chefs d’entreprise, et même d’embaucher directement leurs personnels, enseignants ou non… on peut imaginer les dérives ! Si c’est celui qui m’embauche qui me note… mon emploi est à sa merci !

Et que va-t-on faire des inspecteurs pédagogiques ? On les supprime ? En voilà, de belles économies à réaliser !

Mais voyons sur quoi le professeur va être noté :

Article 5
Le processus d’évaluation est engagé par une démarche d’auto-évaluation qui s’appuie principalement sur les compétences définies à l’annexe de l’arrêté du 12 mai 2010 portant définition des compétences à acquérir par les professeurs, documentalistes et conseillers principaux d’éducation. Il s’agit notamment pour l’agent d’évaluer sa capacité à faire progresser :
- chaque élève ;
- les compétences dans sa discipline ou ses domaines d’apprentissage;
- sa pratique professionnelle dans l’action collective de l’école ou de l’établissement, en lien avec les parents d’élève et les partenaires. Cette action se situe conformément aux orientations validées par les instances de l’école ou de l’établissement par la mise en place notamment de projets pédagogiques transversaux et pluridisciplinaires assurant la cohérence d’un enseignement collectif ;
- la qualité du cadre de travail afin qu’il soit propice aux apprentissages et au partage des valeurs de la République, notamment le respect mutuel et l’égalité entre tous les élèves.

Article 6
L’appréciation du positionnement de l’agent au regard des critères décrits à l’article 5 est réalisée par le supérieur hiérarchique au regard, d’une part, de l’analyse des résultats de l’auto évaluation et, d’autre part, de l’examen de la manière de servir de l’agent.

Je ne comprends pas bien « l’auto évaluation » : le prof doit faire lui-même une évaluation de ses compétences ? Et en fournir un rapport à son chef d’établissement ??? Et j’aime bien « la manière de servir »… Voilà qui éclaire singulièrement la profession…

Bon, c’est un détail… Revenons sur le contenu :
- capacité à faire progresser chaque élève :
C’est évidemment ce à quoi tend chaque enseignant (sauf cas pathologiques…). Y arrive-t-il pour autant ? Difficile à dire ! Prenons le cas – au hasard – d’un prof de Français en collège : il a l’avantage, sur nombre de ses collègues, de n’avoir que peu d’élèves, environ 120). Peut-il, honnêtement, déterminer qu’il a fait progresser chacun de ces 120 élèves ? Ou même, la moitié seulement ? J’aurais été bien embêtée si l’on m’avait demandé de dresser un bilan de ce genre ! Pour quelques élèves, c’est évident, mais pour le plus grand nombre… Quant aux profs qui ont la charge de plusieurs centaines d’élèves… je ne vois pas bien comment on peut évaluer leur action sur ce grand nombre d’enfants ou ados !
Le « mieux », alors, serait de donner les « bonnes classes » aux « bons profs » : ayant de bons résultats, elles prouveraient que le prof est bon… Quant aux « mauvais profs », ne parvenant pas à faire progresser leurs « mauvaises classes »… cela justifierait leur… mauvaise note !

- capacité à faire progresser les compétences dans sa discipline ou ses domaines d’apprentissage :
Même problème… compliqué du fait que l’évaluateur ne connaît peut-être rien à la discipline en question ! Ou n’en a que ses propres souvenirs d’élève !

- capacité à faire progresser sa pratique professionnelle dans l’action collective de l’école ou de l’établissement, en lien avec les parents d’élève et les partenaires :
Ça, à mon avis, c’est le plus dangereux… et le plus facile à évaluer par le chef d’établissement ! Il s’agit donc de calculer l’investissement de l’enseignant en dehors de son travail d’enseignement (qui, rappelons-le, comporte des heures de cours, de préparations et de corrections, plus des entretiens avec élèves et parents d’élèves et réunions avec les collègues des mêmes classes… ce qui représente tout de même une bonne quarantaine d’heures hebdomadaires, compte non tenu des travaux réalisés en dehors des périodes scolaires… lesquelles périodes de « vacances », on ne le répétera jamais assez, ne sont en fait pas réellement « payées » !). Exiger en plus que l’enseignant s’engage dans d’autres actions me semble déraisonnable ! Donnons-lui déjà les moyens de faire correctement son travail, on verra le reste après !
Bien sûr que des projets collectifs sont un « plus », pour l’établissement comme pour les élèves. Et tant mieux pour tout le monde si des professeurs se sentent à même de mener ces projets, malgré l’énorme investissement que cela demande en temps et en travail (non payés !). Mais en faire une « norme », quitte à ce que certains, d’une disponibilité ou d’une force de travail moins grandes, en viennent à bâcler leur métier d’enseignant… c’est un non-sens ! Si on veut vraiment « faire la différence »… payons alors les heures de travail effectuées en plus (ou au moins une partie de ces heures…) !

- capacité à faire progresser la qualité du cadre de travail :
Là aussi, nous nous y efforçons tous ! Mais comment faire réellement un « bilan » ? Les classes ont une « individualité » (si j’ose dire) propre, et nous avons tous eu, certaines années, des classes avec lesquelles nous n’arrivions « à rien » (ce qui est certes exagéré… mais c’est ainsi qu’on le ressent). Si, par malchance, l’année de l’évaluation, le prof a justement des classes qui « ne marchent pas », peut-on vraiment lui en faire porter la responsabilité ?

Article 14
L’agent dont le service est partagé entre plusieurs établissements fait l’objet d’un entretien d’évaluation réalisé par le supérieur hiérarchique de l’établissement d’affectation principale. Le supérieur hiérarchique recueille l’avis des autres chefs d’établissement le cas échéant.
Article 15
L’agent en situation de titulaire sur zone de remplacement est évalué par le chef d’établissement de rattachement administratif. Il recueille l’avis des autres chefs d’établissement où l’agent a exercé.

Déjà que les entretiens avec tous les enseignants de son établissement vont lui demander quelque temps (!), mais le chef d’établissement devra aussi (ce qui paraît « normal ») contacter d’autres chefs d’établissement ! Combien d’heures vont lui prendre ces nouvelles activités ? Car un chef d’établissement a deux ou trois petites choses à faire : veiller à l’établissement lui-même, son entretien, sa sécurité, établir des budgets, encadrer tous les personnels (enseignants, mais aussi assistants d’éducation, personnels de service et d’entretien, personnels administratifs…), s’assurer de la sécurité et du « bien-être » des élèves, recevoir parents, élèves, personnels… et j’en oublie sûrement beaucoup !

D’ailleurs, je vais laisser la conclusion à un chef d’établissement, interrogé dans un blog que nous a signalé Lucien :

Dans les coulisses des évaluations : le témoignage d’un chef d’établissement

Je pense que le système actuel d’évaluation est totalement obsolète. Cela dit, le projet du gouvernement ne me semble pas satisfaisant du tout non plus. Cela nous donnerait vraiment de travail en plus, alors que nous en avons déjà beaucoup. Cela créerait aussi des tensions dans les établissements, y compris dans ceux où règnent actuellement un climat apaisé, et, à l’heure où les conditions d’exercice sont dégradées et où les personnels sont tendus, cela ne me semble pas judicieux du tout… »

P.S. Dans le Nouvel Obs du 17/11/2011, cette citation de Nicole Bricq, sénatrice et rapporteur général de la commission des Finances :

« La défiscalisation des heures supplémentaires des fonctionnaires de ce ministère [l’Éducation nationale] coûte 1,3 milliards d’euros par an à l’État. C’est l’équivalent du coût de 40 000 emplois ! Cela relativise l’efficacité du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ».

Bon dimanche !

Haro sur les ZEP !

Mardi 15 novembre 2011

« Les ZEP n’auraient jamais dû exister »

C’est le (gros) titre de l’article de Rama Yade dans Marianne (5-11/11/2011). Qui m’a évidemment tout de suite donné envie de le lire… Depuis, il y a polémique autour de son livre, elle est accusée de plagiat… Mais ce n’est pas là mon propos…

Rama Yade nous conte qu’elle a fait toute sa scolarité dans le privé. C’est son droit. Je n’ai moi-même connu le « public »… qu’en Fac ! C’était le choix de ma mère. Je ne lui en veux pas ! Mais je n’ai curieusement pas la même vision que Rama Yade… Il est vrai que nous ne sommes pas de la même génération, et que les choses changent, au fil des ans…

Son panégyrique du privé me met un peu mal à l’aise… Que dit-elle ?

« Ce sont ainsi surtout les familles pauvres qui se ruent vers le privé, le succès de leur progéniture valant tous les sacrifices. Car, disait ma mère, c’est là que bat désormais le cœur de l’école républicaine, celle qui vous apprend à lire, écrire, compter, celle qui vous enseigne les savoirs fondamentaux, celle qui vous inculque une culture générale, celle où règne encore un peu de discipline, celle où l’on respecte l’autorité des maîtres, celle où l’on ne débat pas de rien du tout. »

Voilà, en négatif, un portrait bien négatif, justement, de l’école « publique » ! Dont je me demande quelle connaissance en a réellement l’auteur…

Encore une petite couche ?

« Les familles françaises l’ont compris : qu’elles soient catholiques, musulmanes, juives, agnostiques ou athées, riches ou pauvres, elles se ruent toutes vers le privé. » Le privé, « bouée de sauvetage de notre système scolaire »…

Je ne vais pas cracher sur le privé, sous contrat ou pas : j’y ai passé suffisamment d’années comme élève ou comme prof. Je n’ai pas souvenir d’élèves de « familles pauvres » – ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas. C’étaient surtout des élèves de familles « moyennes » – sauf dans un établissement où j’étais surveillante d’internat, assez « classé », où les internes, du moins, étaient de familles aisées, voire très aisées…

Enfin bref, arrivons-en à nos ZEP (zones d’éducation prioritaire), que Rama Yade veut supprimer.

J’ai eu l’impression, à lire ce passage, qu’on avait créé les ZEP pour y regrouper les élèves de milieux défavorisés : « [...] à chaque lycée de centre-ville correspond une ZEP de banlieue. Ce partage des tâches est la plus remarquable illustration d’une école à deux vitesses, qui permet aux uns d’avoir l’assurance que les seconds, parqués dans leurs bans, ne viendront pas perturber la tranquille reproduction de l’aristocratie scolaire et l’immobilisme du système. »

N’en déplaise à Rama Yade, les ZEP n’ont pas créé d’écoles, mais « classé » des écoles existantes pour leur donner davantage de moyens, et ainsi limiter un peu le fossé entre écoles de milieux aisés et écoles de milieux défavorisés… les ZEP étant souvent dans les « cités ». Certes, il y a eu des effets pervers : certaines familles, plutôt que de voir leur enfant dans une ZEP, l’ont fait domicilier ailleurs pour qu’il aille dans un autre établissement, moins « marqué ». Par ailleurs, les drastiques réductions de moyens, ces dernières années, ont touché les ZEP autant que les autres établissements. Enfin, « l’assouplissement de la carte scolaire », permettant aux parents de choisir plus ou moins l’école de leur enfant, n’a fait qu’accentuer la ségrégation. Faut-il pour autant jeter l’enfant avec l’eau du bain ?

Oui, répond sans hésiter notre auteur. Car l’enseignement qu’on a voulu y adapter est une aberration : « On a, avec la meilleure volonté du monde, déconsidéré les élèves en les renvoyant à leur milieu et à leur « culture ». ». On a interdit « l’accès à la littérature française à des enfants dont les ancêtres ne sont pas français ou bourgeois. ». « Leur proposer de travailler sur leur culture, c’est les mépriser. Leur conseiller de lire exclusivement des œuvres courtes, comme s’ils étaient débiles, c’est les humilier. Leur faire apprendre l’arabe alors qu’ils ne parlent pas encore le français, c’est ne rien comprendre à leurs besoins. »

Je n’ai pas connu d’établissement où l’on « faisait apprendre » l’arabe… En seconde langue, peut-être ??? Pour les « œuvres courtes », il serait bon que Rama Yade ne les confonde pas avec des livres « pour débiles », à moins de vouloir jeter à la poubelle les contes philosophiques, pas mal de pièces de théâtre, les nouvelles, et autres « romans courts » qui n’en sont pas moins des œuvres de « grands auteurs » français ou étrangers ! Je n’ai pas vu non plus des profs ne conseiller QUE des œuvres courtes…

Enfin, je m’insurge violemment contre l’idée que « Leur proposer de travailler sur leur culture, c’est les mépriser. » : quand j’étais dans le Nord, où la population issue de l’émigration était importante, j’avais fait travailler une classe de 3ème sur leurs pays d’origine (Pologne, Italie, Espagne, Portugal, Algérie, si je me souviens bien). Aucun mépris dans ce choix ! La simple volonté qu’ils prennent conscience de leur histoire familiale et de leur diversité ! Refuser de les prendre en compte me paraît, au contraire, un singulier mépris ! De même, quand un élève de 6ème, lors des ateliers généalogie, s’est intéressé à l’ethnie dont était originaire son grand-père (famille de « gens du voyage » sédentarisés), je l’ai aidé dans ses recherches, et j’ai eu la nette impression qu’il était heureux de voir que l’école prenait en compte sa « singularité » !

Quant aux « solutions » préconisées par l’auteur… personnellement, elles me font frémir !

« Arracher les jeunes à un tel environnement familial ou géographique ["une cité dangereuse"] pour leur donner la possibilité de s’instruire dans le calme est la première condition de leur réussite. »

Carrément !

Allons donc « arracher » les jeunes des banlieues à leurs familles ! Propulsons-les dans un bel environnement, sans cités autour… A Marly, peut-être ? Et prenons en charge, évidemment, les frais que cela implique, en internat entre autres… puisque les familles, par définition, ne pourront le faire… Assistanat ? Ou dictature ???

Bien sûr, les « internats d’excellence » sont vantés ici : « Comme sous la IIIème République, où la scolarisation a consisté à arracher des mains des prêtres les élèves pour les délivrer de l’emprise de l’Église, des familles et des puissances locales, l’intérêt des internats d’excellence réside dans le fait qu’après les cours, les élèves ne rentrent pas dans leur foyer ou dans la bande, mais dans ces structures où ils peuvent se concentrer sur leurs devoirs, continuer à étudier sereinement et bénéficier d’un encadrement éducatif plus strict (des surveillants, quoi !). »

Que je sache, la IIIème République n’a pas arraché les enfants à leurs familles ! Les internats ont été créés pour les enfants habitant trop loin d’un collège ou d’un lycée, et non pas pour priver les enfants d’un environnement familial !

J’ai déjà parlé de ces « internats d’excellence », et m’interroge toujours sur les résultats, à moyen terme, de la dichotomie qu’on crée chez ces enfants « de cités » en les faisant vivre dans un milieu « de riches » : certes, ils peuvent étudier… mais comment vivent-ils les week-ends, les vacances, où ils retrouvent leur milieu de vie « normal » ? A mon humble avis, ou ils vont tourner le dos à leurs origines, ou ils sont bons pour la schizophrénie…

Sans compter que, évidemment, Rama Yade ne s’intéresse pas à ceux qui ne « mériteront » pas les internats d’excellence… Une fois les « bons » élèves, les élèves « méritants » enlevés de leur école (collège, lycée…), que devient ladite école, privée de ses « têtes de classe » ? Mon expérience m’a prouvé que, sauf conditions particulières, une classe d’élèves « médiocres » ne fait que s’enfoncer dans la médiocrité : les « bons » élèves n’étant plus là pour dynamiser la classe, les autres s’endorment, faute de « modèles »…

Je suis mauvaise langue : notre auteur s’intéresse également aux « autres », et préconise « des classes de remise à niveau en petits groupes pour les matières les plus fondamentales (français, mathématiques, langues) et des classes d’excellence pour chaque niveau et dans chaque collège ». Décidément, elle y tient : séparons les bons des mauvais, et les vaches seront bien gardées !

Je n’ai rien contre Rama Yade… mais beaucoup contre les gens qui ne connaissent rien aux questions de l’Éducation et se mêlent de faire des livres à ce sujet ! Un peu d’humilité, que diable ! Si vous ne connaissez rien à une question… apprenez !

Ou taisez-vous !

Science sans conscience…

Mardi 23 août 2011

Si les élèves de 1ère L et ES, alertés par les débats de toutes sortes, se jettent à la rentrée sur leur manuel de Sciences de la vie et de la terre, ils risquent fort, à mon humble avis, d’être déçus…

Pourtant, la polémique fait rage, paraît-il…

L’homosexualité enseignée à l’école : une pilule qui passe mal

L’introduction, dans les manuels scolaires de la rentrée, d’un chapitre sur l’orientation sexuelle heurte plusieurs associations familiales.

Pour l’éditeur Bordas, «les textes évitent tout esprit polémique (notamment l’influence des religions) et ne font qu’aborder de façon non choquante des questions de société largement médiatisées par ailleurs». Nulle part en effet il est écrit que les élèves doivent multiplier les expériences sexuelles. Mais Familles de France redoute que ces quelques lignes n’entraînent «plus de grossesses précoces et de cas d’infections sexuellement transmissibles».

Les paragraphes sur cette question dans le manuel Bordas.

Si vous avez la curiosité, comme moi, de lire la page incriminée (une page sur plus de 200…), vous contesterez peut-être le titre de Libération : peut-on dire que l’homosexualité soit « enseignée » ici ? On en parle, certes… et alors ?

J’aimerais bien que « Familles de France » m’explique comment parler de l’homosexualité risque d’entraîner « plus de grossesses précoces »… Voir leur lettre au président de la République :

Voulez vous être responsables de plus de grossesses précoces et de cas d’infections sexuellement transmissibles ?

Les « protestataires » s’abritent derrière le fait que ces quelques paragraphes (dans cette édition ou dans une autre) s’appuieraient sur une théorie du « gender », laquelle serait philosophique et non scientifique. J’ignorais jusqu’à ce jour cette théorie qui dit, d’après ce que j’ai lu, que l’identité sexuelle résulte non seulement du sexe génétique, mais aussi de l’environnement socio-culturel. Suis-je totalement stupide ? Je ne vois rien de révolutionnaire là-dedans… Sauf erreur de ma part, l’homosexualité des Grecs anciens était en partie due au fait qu’ils passaient de nombreuses années dans l’armée… Je me trompe ?

Je me souviens aussi avoir lu que le sexe génétique (XX ou XY) n’était pas toujours en accord avec le sexe physiologique (organes) ou hormonal… Anomalies, peut-être, mais bien scientifiques, celles-là…

Voici ce que dit le site Genethique sur cette théorie du genre :

La théorie du gender au lycée : un enseignement idéologique

la théorie du gender a d’abord été l’outil idéologique et subversif d’un féminisme militant : au nom de la non-discrimination entre l’homme et la femme, elle rejette le fondement biologique des sexes comme donné naturellement identifiant pour la personne et affirme que la différence entre l’homme et la femme relève exclusivement d’une construction sociale. Les genres masculins et féminins consistent en des « rôles » socio-culturels arbitraires qu’il est donc possible de déconstruire. En conséquence, aucun dynamisme naturel ne pousse l’homme et la femme l’un vers l’autre : cette inclination ne relève elle aussi que de conditionnements sociaux. Dans cette perspective, c’est l’orientation sexuelle (homosexuelle, hétérosexuelle, bisexuelle, transsexuelle) qui doit primer sur le sexe biologique, génétiquement déterminé par les chromosomes sexuels XX ou XY.

(C’est moi qui souligne : je n’irai sans doute pas lire les textes « officiels » de cette théorie, mais cela m’étonnerait qu’elle nie les différences biologiques !)

Le milieu éducatif et les parents d’élèves ont fermement dénoncé l’intrusion abusive de cette idéologie dans le programme de biologie. Regroupés au sein du collectif « L’école déboussolée », les enseignants du public ont envoyé au ministre de l’Education nationale Luc Chatel une pétition réunissant 33 000 signatures : celui-ci a refusé tout dialogue. Les Associations familiales catholiques (AFC) et l’enseignement catholique ont également protesté.

Je ne sais si L’école déboussolée est un regroupement d’enseignants : je n’ai rien vu dans ce site qui l’indique. Si le site comptabilise effectivement plus de 36 000 signatures à sa pétition, il n’affiche que 6 messages d’enseignants entre le 17 et le 27 juin, et aucun autre depuis…

Pour le philosophe Thibaud Collin, auteur d’essais sur ces questions, « la prime à l’indifférenciation sexuelle promeut en fait l’homosexualité. Ces théories sont une tête de pont pour un changement radical de société ». La dissociation de la sexualité et la procréation est alors consommée : la révolution culturelle voulue par le gender promeut les « droits » à la contraception, à l’avortement et à la procréation artificielle.

Oh ! Les vilains ! Vous vous rendez compte ? La CON-TRA-CEP-TION ! L’A-VOR-TE-MENT ! La PRO-CRE-A-TION AR-TI-FI-CIELLE ! Comment osent-ils !!!

Voir un peu plus bas la position de Christian Vanneste sur la « promotion de l’homosexualité »…

Conclusion
En Espagne, le gouvernement Zapatero a déjà rendu obligatoire les cours sur le gender, entraînant le retrait de dizaine de milliers de familles des écoles appliquant les programmes d’Etat.

Je ne ferai pas de recherches sur le bien fondé de cette conclusion… Si vous avez des lumières à ce sujet, merci de me laisser un commentaire !

Que demande L’école déboussolée dans sa pétition ?

Signez la pétition !

En conséquence, je vous prie donc, Monsieur le Ministre, de bien vouloir :

- Préciser la portée de la circulaire du 30 septembre 2010 et les programmes que vos services ont voulu définir.
- Interdire l’usage des manuels incriminés.
- Garantir que le thème du « gender » ne sera pas à la session 2012 des épreuves anticipées du bac ni aux sessions suivantes.
- Transférer au pire l’étude du « gender » dans le domaine du débat critique de l’éducation civique ou de la philosophie.

36254! signataires depuis le 15/06
RELAYONS
CONTINUONS OBSTINÉMENT !

Je ne connaissais pas Lextimes, mais voici quelques extraits de leur article :

FÉMININ/MASCULIN
Les nouveaux manuels de sciences s’ouvrent à la diversité

« Nous ne pouvons accepter que l’école devienne un lieu de propagande, où l’adolescent serait l’otage de préoccupations de groupes minoritaires en mal d’imposer une vision de la ‘normalité’ que le peuple français ne partage pas », écrit le 31 mai 2011 la présidente du parti chrétien-démocrate Christine Boutin au ministre de l’éducation nationale Luc Chatel

[...]

C’est donc bien un « détournement de l’enseignement au profit du lobby gay », tranche Christian Vanneste pour qui cette « théorie du genre sexuel » ne doit apparaître ni explicitement ni implicitement dans les manuels.

[...]

Un projet de lettre, cosigné par une cinquantaine de députés, circulerait en ce moment et devrait être remis prochainement à Luc Chatel pour dénoncer cette théorie et en exiger le retrait des manuels.

Le « lobby gay »… relayé par les Juifs et les Francs-maçons ?

J’ai lu une autre page… qui m’a laissée perplexe : je pense que, sous la violence des propos, il faut lire l’ironie… Mais celle-ci n’est pas, à mon avis, suffisamment perceptible pour que je puisse citer des extraits… A vous de vous faire une opinion, si vous le désirez :

Courrier des lecteurs
La voix de la sagesse

Bon. Revenons au sujet évoqué dans ces manuels si décriés : faut-il, ou non, aborder les questions de l’homosexualité, de la bisexualité, de la transsexualité ?

Je réponds oui, sans hésitation ! Il m’est souvent arrivé d’aborder le sujet de l’homosexualité avec des élèves, en classe complète, avec un groupe d’élèves ou un élève seul, généralement après qu’un élève avait prononcé l’insulte suprême de « pédé »… Il me semblait de mon rôle d’éclaircir avec eux ce que recouvrait cette insulte, le jugement qu’elle portait. De même qu’un jour j’ai interpellé dans un couloir un élève inconnu qui en appelait un autre « Négro ! ». Il ne s’agit pas de promouvoir tel ou tel « lobby » (!), mais de rendre les élèves conscients d’une diversité et de l’accepter.

Maintenant, que des enseignants se sentent gênés face à ces questions… c’est très dommageable ! Cela prouve une fois de plus que leur formation (quand il y en avait une…) ne les préparait pas suffisamment au dialogue avec les élèves. Et il est beaucoup de questions sur lesquelles le dialogue est primordial, et non pas le « cours », que ce soit sur les « races », l’esclavage, la colonisation, la peine de mort ou autres… Pour pouvoir « enseigner » quelque chose qui a trait à la vie des uns et des autres, il faut s’assurer qu’on est bien sur la même longueur d’ondes, et donc donner la parole aux élèves. Et répondre à leurs questions. Qu’en fin de discussion ils n’aient toujours pas compris, par exemple, que « Négro » était une insulte, n’est pas dramatique : il y a fort à parier que des fragments de cette discussion leur reviendront en mémoire la prochaine fois qu’ils lanceront cette épithète, ou même qu’ils la penseront. Nous n’avons pas à convertir qui que ce soit, mais simplement à expliciter les choses, et donner des arguments en réponse aux leurs.

Les pétitionnaires et autres protestataires exigeant la science « pure » feraient bien de retourner lire Rabelais :

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

Sus aux Vandales !

Samedi 20 août 2011

De retour de mes petites vacances lorraines, j’apprends – via le Nouvel Obs – que Jack Lang vient de sortir un livre : Pourquoi ce vandalisme d’État contre l’École ? Lettre au président de la République.

Je n’ai aucun souvenir de Jack Lang du temps où il était « notre » ministre… ce qui serait plutôt bon signe, vu que j’ai de mauvais souvenirs du passage de Ségolène et du chasseur de mammouths…

Ce qui m’amuse un peu, c’est que j’ai vu avant-hier dans une station d’autoroute Qui a eu cette idée folle un jour de casser l’école ? de Fanny Capel. Sorti en 2004, lui. Je ne l’ai pas lu, et ne lirai sans doute pas davantage le livre de Jack Lang, me contentant des « morceaux choisis » par le Nouvel Obs…

Celui-ci, par exemple, qui m’a fait sourire :

[Vos ministres] ont commencé par dire qu’on avait plus de professeurs que cinq ans auparavant, puis dix ans, puis vingt ans, et qu’il ne fallait pas venir se plaindre. Cet argument a un grand avenir derrière lui, si j’ose dire, car il est fort probable que le nombre actuel d’enseignants reste pour longtemps nettement supérieur à celui du paléolithique.

Quelques chevaux de bataille cités dans l’article : les suppressions de postes (- 160 000 depuis 2002, soit environ 15% de l’ensemble des personnels), la « réforme de la formation » (rappel des « formations privées » qui fleurissent et ont un certain succès auprès des élèves-maîtres), la réforme des programmes en primaire bâclée par Darcos, le livret de compétences :

On réduit ainsi la scolarité à un sinistre petit tas de compétences parcellisées à l’extrême, qui vont de « formuler un propos simple » à « comprendre quelques questions liées au développement durable et agir en conséquence », en passant par des centaines d’autres exigences éclatées et désordonnées où nul ne peut plus reconnaître les fondements du savoir et de la culture. Dire bonjour à la dame et trier ses poubelles, est-ce votre seule ambition pour la jeunesse ?

Sans oublier le nombre croissant d’élèves par classe (« Comment les professeurs de l’école maternelle, dont l’apport est décisif, tout particulièrement pour les enfants des familles défavorisées, peuvent-ils enseigner la langue orale dans une classe de trente ? Combien de minutes reste-t-il à un élève, dans de telles conditions, pour s’exprimer ? »), la suppression de la carte scolaire, qui revient à ghettoïser les enfants de milieux moins favorisés…

Bref, vous croyez au mérite naturel ou hérité, mais vous ne croyez pas aux vertus de l’école.

Ou, en tous cas, pas à celles de l’école publique…

Un peu de « bon sens » ???

Lundi 1 août 2011

Je vous ai déjà parlé de ce « florilège » réalisé par le SNES à partir des témoignages de collègues au sujet du Brevet… J’ai eu beaucoup de mal à faire des choix dans ce corpus, qui vaut la peine d’être lu en entier !

- Dans un collège des Hautes Alpes (05) : la validation a été faite toute l’année sur Pronote mais les collègues ont appris le 24 mai que la validation sur Pronote n’était pas valable et qu’il fallait tout recommencer sur Notanet pour… le lendemain, dernier délai.

- Dans un collège de Saône et Loire (71), le conseil pédagogique a décidé que les items étaient répartis entre les disciplines mais que chacun faisait ce qui lui plaisait et qu’un enseignant pouvait invalider un item validé par un autre : c’est donc le dernier collègue qui est « passé » qui a eu le dernier mot.

- Dans l’académie de Montpellier, les IPR d’EPS prodiguent une page et demie de conseils aux enseignants d’EPS sur leur participation à la validation de la « compétence » n° 1 (maîtrise de la langue française) et … 3 lignes sur les deux items spécifiques à l’éducation physique !

- Entendu dans un collège de Guyane (973) :
Professeur d’EPS : Comment renseigner l’item « savoir nager » alors que les élèves de la classe n’ont pas eu piscine ?
Chef d’établissement : Pour ne pas les pénaliser, il suffira de demander aux élèves s’ils savent nager.

- Dans un collège de la Marne (51), un IPR a expliqué que l’on pouvait valider l’item « faire preuve d’initiative » si on voyait un élève ramasser les dictionnaires dans la classe.

Après une représentation particulièrement réussie de la chorale, un chef d’établissement est allé voir le professeur d’éducation musicale, a omis de la féliciter mais lui a fait remarquer : « Vous allez pouvoir valider plein d’items avec ça. »

- Dans un collège du Nord (59), le chef d’établissement a demandé que le socle soit validé pour tous les élèves, sauf ceux qui ont cumulé des problèmes « sérieux » dans le travail et dans la conduite (liste à établir avec les équipes pédagogiques).

- Entendu lors de l’audience du 26 mai 2011 obtenue au ministère à propos du LPC
SNES : Les enseignants de français ne se retrouvent pas dans un LPC où leur discipline est éclatée en plusieurs piliers et où la « compétence » n° 1 (maîtrise de la langue française) peut être validée par un professeur de n’importe quelle discipline.
Conseiller du ministre : Le fait que tout professeur de quelque discipline que ce soit puisse valider la « compétence » 1 est une avancée. Tous les professeurs disent en effet que les élèves qui ne maîtrisent pas le français rencontrent des difficultés dans les autres disciplines. Tous les enseignants sont donc amenés à enseigner le français (sic !) et à valider la maîtrise de la langue par les élèves.

Le ministère ne confondrait-il pas l’utilisation de la langue et son enseignement ?

- Entendu dans un collège de Seine-Saint-Denis (93) :
Professeurs : Comment savoir si une compétence est vraiment acquise ?
Administration : Eh bien, c’est simple, il suffit d’appliquer la règle des 3 fois.
Professeurs : [surprise générale]
Administration : Mais si, c’est simple ! Un élève qui dit bonjour trois fois a ses items « interaction » et « prise d’initiative » validées dans les piliers 6 et 7.

Administration : Comme nous ne consacrerons que 2 heures par classe pour établir le niveau d’acquisition des compétences, il va falloir aller à l’essentiel, j’ai donc décidé que tous les élèves avec au moins 12 de moyenne auront leur socle validé.

- Dans un collège du Puy de Dôme (63), le chef d’établissement a validé le socle pour tous les élèves et demandé aux enseignants de « dé-valider » ensuite les élèves posant « problème », ce qu’ils ont refusé de faire.

- Dans un collège du Gers (32), où le chef d’établissement a validé tous les élèves derrière les enseignants, un élève qui avait eu 2 de moyenne en anglais a eu son niveau A2 validé dans cette langue.

- Dans un collège de la Meurthe et Moselle (54), le chef d’établissement convoque depuis plusieurs années les profs de LV dans son bureau et les « cuisine » jusqu’à ce qu’ils acceptent de valider le niveau A2 de certains élèves faibles, en leur tenant des propos culpabilisants du style : « Si l’élève n’a pas le niveau, c’est que vous n’avez pas fait votre travail d’enseignant. Qu’avez-vous fait pour aider cet élève ? ».

- Dans un collège du Val d’Oise (95), le chef d’établissement a validé lui-même les items en se basant sur les résultats du brevet blanc.

- Entendu dans un collège de Seine et Marne (77) :
Professeur principal : huit items sur seize, cela fait 50%, on peut donc valider la « compétence » ?
Chef d’établissement : Oui bien sûr… Normalement, il faut 80% des items pour valider une compétence, mais c’est élastique.

- Dans un collège de l’Aube (10) : les équipes ont eu 3 semaines pour remplir les grilles mais il n’y a pas eu de réunion de concertation. Le chef d’établissement a ensuite réuni les professeurs principaux de 3ème un midi et leur a suggéré d’atteindre 90 % d’élèves validés (consignes de l’IA) et de ne pas valider les élèves dont tout le monde était sûr qu’ils n’auraient pas le brevet, afin de « garder une certaine crédibilité ».

- Dans un collège de la Haute Savoie (74), le chef d’établissement a demandé que les professeurs principaux ne dépassent pas « 3 ou 4 élèves maximum par classe » pour lesquels le socle ne serait pas validé.

- Dans un collège du Var (83), le chef d’établissement a déclaré : « il ne faut pas dépasser les 15% d’échec car c’est gênant pour les statistiques que l’on remonte au rectorat ».

- Dans l’académie de Mayotte (976), une IPR d’anglais a fait passer par écrit des consignes aux principaux de collèges pour que le niveau A2 en anglais soit validé pour un nombre plus important d’élèves.
Extraits du courriel qu’elle a envoyé le 4 avril : « Le niveau faible de beaucoup d’élèves et par conséquent le faible taux de validation du A2 les années précédentes, a placé l’académie dans une position très peu avantageuse … J’en appelle à votre pouvoir de persuasion pour amener les enseignants à comprendre que le niveau A2 est juste ce que l’on appelle le ‘niveau de survie’ qui correspond à l’expression ‘grand débutant’, et que c’est un niveau ‘socle’ … J’ai noté une certaine amertume chez les enseignants quand vous validez contre leur gré, mais vous avez ce pouvoir. Permettez-moi de vous signaler toutefois qu’il serait souhaitable de ‘négocier’ avec eux sur la base des considérations ci-dessus. Je compte sur vous pour les convaincre du bien-fondé de vos décisions afin qu’ils accueillent avec plus d’enthousiasme ces nouveaux modes d’évaluation et qu’ils leur accordent plus de crédit…. » .

- Dans un collège du Gard (30), un professeur de Français aboutit à la non validation de la « compétence » n° 1 pour près de 30% de ses élèves. Considérant que cela perturbait « ses quotas », le chef d’établissement a repris l’évaluation du collègue afin d’obtenir un résultat plus conforme à « l’objectif de performance assigné à l’établissement ».

Florilège sur l’épreuve orale d’histoire des arts

- Dans un collège du Gard (30), le chef d’établissement a imposé les consignes de notation suivantes : mettre entre 10 et 12 à ceux qui présentaient quelque chose de « pas terrible », entre 12 et 14 à ceux qui avaient un peu travaillé… et ainsi de suite jusqu’à 19.5 (car il a décidé que la note de 20 sur 20 n’était pas possible)

- Dans un collège de la Moselle (57), des jurys ont été composés de professeurs d’EPS et technologie qui n’avaient pas participé à l’enseignement d’histoire des arts. Les notes ont par ailleurs été communiquées aux élèves dès le lendemain des oraux.

- Dans un collège des Yvelines (78), le chef d’établissement a relevé « à vue de nez » les seules notes des élèves qui avaient des chances d’obtenir le DNB.

- Dans un collège de la Vienne (86), les enseignants ont été contraints, lors de l’harmonisation des notes, de mettre la moyenne à tout le monde, même si certains élèves avaient dit des inepties.

- Dans un collège de l’Essonne (91), le chef d’établissement a modifié, sans convoquer de réunion d’harmonisation, certaines notes attribuées par 3 des 4 jurys au motif que les notes attribuées par le 4ème jury avaient été bien supérieures.

- Dans un collège du Puy de Dôme (63), 4 jurys ont fait passer l’oral avec la même grille d’évaluation après harmonisation, en appliquant les recommandations d’une IPR venue expliquer ce qui était attendu lors de l’épreuve orale. Mais le principal adjoint a déclaré, lors des conseils de classe, qu’il avait dû gonfler les notes de vie scolaire pour contre-balancer « la catastrophe nucléaire des résultats de l’Histoire des Arts » (sic).

* * *

On pourrait conclure de ces extraits que les chefs d’établissement font parfois n’importe quoi… Ce serai oublier qu’ils sont, comme les Inspecteurs Pédagogiques, soumis à des « obligations de résultats » dont dépendent non seulement leur carrière, mais aussi les dotations horaires pour leur collège… Si le ministère a décidé qu’il fallait au moins 80% de « réussites », les établissements qui ne respectent pas ce taux risquent fort d’être « mal notés »… et d’en subir les conséquences du point de vue « moyens » octroyés (suppression de postes, augmentation du nombre d’élèves par classe, suppression d’options…).

Le « Brevet » n’a plus rien d’un examen : c’est un outil de chantage entre le ministère et les personnels de l’Éducation dite « Nationale »… qui n’a de « Nationale » que l’obligation de correspondre aux statistiques prédéfinies !

Nouvelles nouvelles de l’école (suite)

Mercredi 27 juillet 2011

Fermetures de CIO

Les Centres d’Information et d’Orientation sont eux aussi dans le collimateur : à terme, ils seront regroupés avec « Pôle Emploi », supprimant ainsi un excellent outil dédié aux collégiens, lycéens et étudiants. J’ai eu à diverses reprises l’occasion de m’entretenir avec des conseillers travaillant dans le Centre le plus proche de mon collège. Entre autres, au sujet d’élèves turcs qui y suivaient, ou y avaient suivi, des séquences d’apprentissage du Français, de la lecture et de l’écriture… Toutes choses difficiles à assurer dans un collège – sauf si le nombre de ces enfants le justifie… Les Centres offrent aussi (dois-je dire « offraient » ?) entretiens et tests permettant aux jeunes de s’orienter au mieux dans la jungle des formations diverses, de préciser ce qu’ils attendent d’un métier, etc.. Il me semble évident que de tels centres s’adressant spécifiquement à des jeunes (et à leurs parents !) n’ont pas grand chose à voir avec l’ex-ANPE, rebaptisée Pôle Emploi… Par ailleurs, ces « regroupements » ne sont pas seulement « de fond », mais aussi locaux : si le collégien doit parcourir une centaine de kilomètres pour s’y rendre, au lieu des 15 ou 20 actuels… il y a de grandes « chances »… pour qu’il ne fasse pas le voyage ! « Chance », dis-je… car moins de clients, moins de conseillers à recruter… Toutes les économies sont bonnes à prendre ! (sauf sur le marketing et les « jets » privés… mais ceci est une autre histoire…)

Communiqués
Le Ministère de l’Éducation nationale affaiblit délibérément son réseau de CIO !

Par une série d’arrêtés parus au Journal officiel les 8 et 9 juillet, la fermeture et la fusion de plusieurs CIO en France sont désormais officielles. Sous prétexte du retrait des conseils généraux du financement de certains centres d’information et d’orientation, le Ministère de l’Education nationale décide la fermeture de 6 CIO du département du Nord, qui ne sera compensée que par la création d’un seul CIO à Lille et d’un CIO à Dunkerque.

[...]

Le SNES évalue aujourd’hui ces fermetures à une trentaine sur un effectif de 500. Les Centres d’information et d’orientation constituent pourtant les premiers services publics de proximité, inscrit dans un district scolaire, mettant à disposition des informations gratuites et fiables, des conseils personnels et un suivi sur tout ce qui concerne la scolarité et l’orientation.

[...]

Il est pour le moins paradoxal que parallèlement à la mise en place du service d’orientation tout au long de la vie le Ministère de l’Education nationale n’ait de cesse d’affaiblir le réseau public des CIO.

Concours de profs

On savait déjà qu’il y avait, dans certaines disciplines, moins de candidats que de postes ouverts. Les « Bac + 5″ seraient-ils plus mauvais que les « Bac + 3″ ? Peut-être, à en croire les résultats…

Des centaines de postes d’enseignant non pourvus, faute de candidats admis

Les résultats aux concours viennent de tomber et, dans quatre disciplines – mathématiques, lettres classiques, lettres modernes et anglais – au total 978 places offertes aux Capes externes ne sont pas pourvues, a expliqué la directrice générale des ressources humaines du ministère (DGRH), Josette Théophile.

Pas grave, explique cette brave dame, car on avait ouvert 300 postes de plus que nécessaire… Et puis, bien sûr, Pôle Emploi est là pour « boucher les trous » !

Allez donc savoir pourquoi, le SNES (Syndicat National des Enseignants du Second degré) n’est pas d’accord !

Communiqués
Snes Concours de recrutement : il faut pourvoir tous les postes !

Cette situation est la conséquence du sous-recrutement chronique depuis des années, de l’absence de pré-recrutements et de la dégradation des conditions d’entrée dans le métier.

[...]

Le SNES s’était, en janvier, adressé à la DGRH du ministère, pour demander et proposer des mesures permettant de combler les postes non pourvus. Des dispositions réglementaires permettent en effet de recruter parmi les candidats au CAPES interne ou à l’agrégation.

[...]

Dans un contexte de baisse très inquiétante du nombre d’inscrits aux concours, le ministère doit prendre la mesure de la situation et ne peut se permettre d’afficher un manque de recrutements.

A moins que… justement, ce ne soit une justification supplémentaire pour supprimer lesdits concours… et la titularisation, et le statut de fonctionnaire, et… la suppression, à terme, de l’Éducation qui ne serait plus nationale…

Si « on » tient à garder « intact » le niveau des concours de recrutement, « on » n’a pas les mêmes exigences pour les examens… Là, au contraire, il faut garder… le pourcentage de résultats positifs, ou l’augmenter, ce qui est encore mieux !

Le Brevet

Communiqués
Snes Diplôme national du brevet : tous les moyens sont-ils bons pour faire du chiffre ?

Lors de la délibération des jurys, souverains dans la délivrance du diplôme au vu des résultats obtenus en repêchant éventuellement les candidats aux résultats « tangents », des consignes précises semblent avoir été données aux présidents de jurys pour que le diplôme soit attribué à des candidats qui étaient très loin d’avoir obtenu la moyenne de 10 sur 20 : repêcher jusqu’à 8,5 de moyenne !
Déjà l’an dernier, des inspecteurs d’académie avaient fait pression sur certains jurys pour que le taux final de lauréats du diplôme soit au moins égal à celui de l’année précédente.

[...]

[Le ministère] se gardera sans doute de préciser que les enseignants ont été particulièrement déroutés par ce LPC qui comprend 98 items disparates et flous à valider, parfois sans lien direct avec ce qui est enseigné en classe, et qu’ils ont exprimé à plusieurs reprises et de multiples façons leur impossibilité de renseigner sérieusement ce livret.
Il se gardera sans doute aussi de préciser que les chefs d’établissement subissent également des pressions pour que leur établissement affiche un taux « présentable » de validation du socle (en lien avec le contrat d’objectifs qu’ils ont signé avec le recteur) et que c’est eux qui valident in fine les 7 compétences du socle, quoi qu’aient pu dire ou écrire les enseignants qui avaient eu les élèves en classe.

[...]

[Le SNES] demande solennellement au ministre de cesser de faire du « chiffre » en bradant un diplôme national, élément structurant du collège, qui garde une valeur symbolique et initiatique forte pour les élèves, et qui leur permet de passer quelques concours, notamment dans la fonction publique.

Il demande l’ouverture de discussions pour que l’évaluation des élèves soit plus soucieuse de repérer les réussites que de sanctionner les lacunes, mais sans démagogie, ni complaisance.

Au fur et à mesure qu’on le « réforme », ce pauvre Brevet, il perd de plus en plus de sens ! Si, en plus, « on » ne se soucie que de « faire du chiffre »… autant économiser l’examen et le distribuer dans les conseils de classe de fin d’année… en faisant attention à recevoir autant d’élèves que préconisé !

Je serais tout à fait incapable de me remémorer tous les avatars de ce malheureux « examen », mais en voici quelques-uns de ma mémoire de prof :

- examen portant sur toutes les matières enseignées en 3ème, dans un centre d’examen ;
- idem, sauf que certaines matières sont au choix (en 1974, par exemple, géographie ou 2nde langue…) ;
- examen seulement pour les élèves n’ayant pas la moyenne globale sur l’année ;
- retour à l’examen pour tous, avec moins de matières ;
- examen en Français, Maths et Histoire ; comptent également les moyennes de 3ème, sauf celles d’Histoire-Géographie ; l’examen se passe dans le collège ;
- idem, mais on y ajoute les moyennes de 4ème : ajoutées à celles de 3ème, elles comptent pour la moitié des points de l’examen ;
- idem, avec en prime une note de « conduite » (ça s’appelle pas comme ça, c’est un souvenir de mes années d’école… J’ai toujours refusé de participer à cette « notation », estimant que l’attitude d’un élève dans l’établissement n’avait strictement rien à voir avec ses résultats, et encore moins avec un examen ! C’est une aberration totale !) ;
- idem, avec en prime le niveau A2 de 1ère langue, obligatoire ;
- idem, avec en prime l’obtention obligatoire du B2i ;
- idem, avec livret de compétences (je suppose qu’on a supprimé les moyennes ?) et épreuve d’ »Histoire des Arts »;
- (à suivre…)

Le SNES a concocté un joli « florilège » à partir de dysfonctionnements constatés dans divers collèges… Je vous en parlerai la prochaine fois…

Nouvelles nouvelles de l’école…

Dimanche 24 juillet 2011

Des rythmes scolaires

Désolée, mais je n’ai pas eu le courage de lire le rapport en entier… Voici les 10 propositions de la commission :

10 mesures pour des rythmes plus équilibrés

La journée
1/ amplitude journalière identique pour tous les écoliers et collégiens : 7 heures au moins, 8h30 pour ceux qui ne rentrent pas déjeuner chez eux.
Horaires d’entrée et de sortie fixes et réguliers : 8h30 – 17h par exemple
2/ limitation de la durée totale des cours :
5 heures par jour à l’école élémentaire et pour les deux premières années de collège,
6 heures par jour en classe de 4e et de 3e
3/ 1 à 2 heures par jour d’accompagnement éducatif pour tous :
- 2 heures par jour à l’école et en classe de 6e et de 5e au collège
- 1 heure en classe de 4e et de 3e
4/ pause méridienne qui ne peut être inférieure à 1h30 en principe à l’école et au collège, que les élèves rentrent chez eux ou non
La semaine
5/ étalement de la semaine sur au moins 9 demi-journées, dont, à l’école élémentaire,
une demi journée supplémentaire de trois heures d’enseignement (le mercredi ou le samedi)
6/ limitation de la durée hebdomadaire d’enseignement :
23 heures à l’école élémentaire et pour les deux premières années de collège
L’année : une répartition des temps plus régulière
7/ une année organisée en 38 semaines d’école et séquencée en 5 périodes d’enseignement d’une durée comprise entre 7 et 8 semaines:
- 8 semaines de petites vacances sur 4 périodes de 2 semaines
- 6 semaines de vacances d’été
8/ une organisation concertée et régulière, sur la semaine et sur l’année, pour les travaux et contrôles demandés aux élèves, notamment au lycée
9/ une division de la France en 3 zones pour toutes les vacances sauf celles de Noël.
Une plage commune est maintenue pour l’ensemble des zones entre le 13 juillet et le 16 août
Un partenariat modernisé
10/ une gouvernance et un partenariat renouvelés entre l’État et les collectivités territoriales, les enseignants, les familles, les établissements nationaux, les associations.

Quelques remarques :

« L’accompagnement éducatif pour tous » signifie : l’aide aux élèves (particulièrement ceux en difficulté), le travail personnel à fournir (plus de travail à faire à la maison), des activités culturelles et sportives.

- L’aide aux élèves : comment peut-on « aider » les élèves s’ils sont toujours en classe complète ? Sinon, cela signifie obligatoirement plus d’enseignants…

- Le travail personnel : qu’il soit fait entièrement à l’école ne me paraît pas vraiment souhaitable. D’abord, pour les apprentissages, qui gagnent à être repris plusieurs fois dans la semaine pour une meilleure mémorisation. Ensuite, pour les rapports enfants-parents : si des parents ne « suivent » pas, pour quelques raisons que ce soit, la scolarité de leur enfant, beaucoup d’autres s’y intéressent, jettent un œil aux devoirs, aident à un exercice, font réciter des leçons. Les priver de cet intérêt actif, c’est les obliger à tout remettre dans les mains des enseignants avec une « confiance aveugle ». Si les discussions parents-enseignants ne sont pas toujours faciles, elles sont généralement enrichissantes pour tous, élèves y compris. Mais comment discuter si vous ne savez presque rien de ce que fait l’enseignant, de ce qu’il demande à votre enfant ? Entre cette proposition et le fameux « livret de compétences », j’ai l’impression qu’on « vire » de plus en plus les parents de l’école… et cela me semble une très mauvaise chose !

- Les activités culturelles et sportives : envisage-t-on que l’Éducation Physique et Sportive (EPS) ne soit plus considérée comme un « enseignement » ? Ni l’Éducation Musicale ? Ni les Arts Plastiques ? Ce seraient seulement des « activités » ?

9 demi-journées en primaire : on revient donc sur l’absurde décision des 4 journées… Bravo !

Périodes de 7 à 8 semaines entre vacances : si je me souviens bien, cette périodicité avait été inaugurée par le ministre Jack Lang… cela remonte un peu… En tant qu’enseignants, nous avions apprécié, les enfants étant trop fatigués au bout de 7 semaines pour assimiler correctement, à notre avis…

6 semaines de vacances l’été, avec période commune aux 3 zones entre le 13 juillet et le 16 août : à ma connaissance, beaucoup d’entreprises ferment en juillet OU en août. Les parents devront donc trouver des solutions pour les 15 jours où l’enfant sera en vacances – et pas eux. Sans parler des cas – et il y en aurait forcément un certain nombre – où plusieurs enfants de la même famille sont scolarisés dans des zones différentes… Sans parler non plus de réunions familiales rendues plus difficiles. Il serait à prévoir un certain « absentéisme » pour les périodes de classe coïncidant avec les vacances des parents…

Sans parler de la question des enseignants… Si j’ai bonne mémoire, quand j’étais élève, la rentrée était fixée au 1er octobre. Quand j’ai enseigné, elle était au 15 septembre. Depuis X années, elle est au 1er septembre (voire fin août parfois). Les enseignants corrigeant ou interrogeant au BAC, au BTS ou autres, ont déjà, et depuis plusieurs années, 1 mois et demi de vacances au lieu de 2 mois : ils passeraient donc à 1 mois ? Avec quelles compensations, financières ou de temps de travail ?

Je sais, je sais : vous allez me rétorquer que des vacances, on en a plein ! Je vous rappellerai cependant ce que j’ai déjà expliqué ici : d’une part, notre temps de travail hebdomadaire a été calculé pour « résorber » les « petites vacances » ; d’autre part, nos « grandes vacances » ne sont pas payées : notre salaire mensuel – correspondant à celui des fonctionnaires de la même « classe » a été multiplié par 10… et divisé par 12 ! Que je sache, les différentes réductions des « grandes vacances » n’ont donné lieu à aucune réduction de temps de travail ni d’augmentation de salaire… C’est d’ailleurs un des reproches formulés par le SNES :

Communiqués
Snes Rythmes scolaires : de fausses réponses

Limiter la réflexion à la durée de la journée scolaire sans travailler sur l’organisation de la semaine et se focaliser sur le raccourcissement des vacances d’été n’est pas la bonne entrée sur cette question. Il est en outre inconcevable que soit imposée une augmentation du temps de travail des enseignants sans même que soit évoquée une augmentation de leur rémunération ou une diminution de leur maxima hebdomadaire de service.

Pour l’organisation « concertée et régulière, sur la semaine et sur l’année, pour les travaux et contrôles demandés aux élèves, notamment au lycée »… ce n’est pas beaucoup plus qu’un vœu pieux, particulièrement au lycée ! A moins qu’on allonge – gratuitement, sans doute – la journée des enseignants par une heure de concertation (mais au lycée, vu le grand intervalle des heures d’ouverture/fermeture, certains enseignants d’une même classe ne se rencontrent jamais !)… ou qu’on décide a priori d’un calendrier, sans tenir aucun compte des aléas de progression des classes et des élèves : en effet, chaque enseignant élabore en début d’année, de trimestre et éventuellement de mois, une progression… qu’il révise autant de fois que nécessaire, selon le rythme d’acquisition de ses classes.

Quant au « partenariat modernisé« … il fait état des nécessaires conditions financières… et je n’ai pas l’impression qu’on soit dans une période où augmenter le budget de l’Éducation Nationale soit une priorité…

Je voulais vous donner d’autres « nouvelles », mais ce sera pour une autre fois, car on billet commence à être bien long… Je vous laisse méditer sur les conclusions de Luc Chatel à ce rapport :

Rythmes scolaires : l’heure est à « la consultation des partenaires de l’école »

Le ministre a déclaré que s’ouvrait désormais la dernière phase, « la consultation des partenaires de l’école : organisations syndicales, associations de parents d’élèves, représentants des collectivités et des professionnels des différents secteurs économiques concernés par cet enjeu ». Bref, après un an de concertation, il relance une… concertation.