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Pan sur les profs ! (encore…)

dimanche, novembre 20th, 2011

Bon, d’accord, les enseignants ne sont peut-être pas un électorat à ménager… Mais quand même !

Merci à Lucien qui nous signale les projets de décret et d’arrêté concernant les enseignants et autres personnels d’éducation. Comme il explique très bien les conséquences financières de ce projet, je me contenterai de le citer :

Évaluation des profs : derrière les modalités, la question des salaires

Imaginons un professeur qualifié d’exemplaire par sa hiérarchie : ayant bénéficié de la réduction de 5 mois tous les trois ans, il parviendra au dernier échelon au bout de 26 ans environ, contre 20 ans actuellement.

Rien ne change en revanche pour le « mauvais prof », qui ne verra le dernier échelon qu’après 29 ans : on notera l’ironie d’un projet émanant d’un gouvernement qui voudrait faire une place plus grande au mérite et qui pénalise proportionnellement davantage les « bons profs » que les mauvais !

Concrètement, les enseignants verront leur salaire stagner plus longtemps, ne connaîtront d’augmentation que de loin en loin. Autant dire que leur pouvoir d’achat va sérieusement se dégrader sur la durée. Peu importe, le gouvernement fera ainsi chaque année quelques centaines de millions d’euros d’économies : l’argent des enseignants, celui-là même qui ne leur sera pas versé par la grâce du présent décret…

Merci également à François Jarraud, du Café pédagogique, qui met à notre disposition ces projets :

Décret n°2012- du 2012 portant dispositions statutaires relatives à l’appréciation et à la reconnaissance de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’éducation et d’orientation relevant du ministre chargé de l’éducation nationale

Objet : modification du système de l’appréciation de la valeur professionnelle par la mise en oeuvre d’un entretien professionnel et des modalités d’avancement d’échelon par l’introduction d’un mécanisme de réductions d’ancienneté.
Entrée en vigueur : ce décret entre en vigueur le 1er septembre 2012.

Notice : La réforme du système de l’appréciation et de la reconnaissance de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’éducation et d’orientation constitue l’un des volets du « pacte de carrière » annoncé par le Gouvernement en octobre 2009 puis confirmé en mars 2010 visant à améliorer les conditions d’exercice du métier d’enseignant dans le cadre d’une gestion plus dynamique et personnalisée des ressources humaines.

Voyons un peu le projet d’arrêté concernant la notation des enseignants…

document de travail V4
1
ARRETE
Arrêté du …..relatif aux conditions générales de l’appréciation de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’orientation et d’éducation relevant du ministère chargé de l’éducation nationale

L’entretien professionnel est conduit par le supérieur hiérarchique direct de l’agent. Pour les enseignants du second degré pré-baccalauréat et post-baccalauréat le supérieur hiérarchique est le chef d’établissement ou son (ses) adjoint(s). Pour les enseignants du premier degré le supérieur hiérarchique est l’inspecteur de l’éducation nationale compétent.
En cas de nécessité liée à la continuité du service public, l’autorité hiérarchique peut également désigner un autre fonctionnaire pour mener les entretiens d’évaluation au sein des écoles ou établissements.

Je me suis déjà exprimée sur cette question, mais j’y reviens… Faire noter l’enseignant uniquement par son chef d’établissement me semble une aberration totale. Rappelons que, actuellement, la notation se fait à 40% par le chef d’établissement, sur des critères discutables, certes, mais globalement d’ordre « administratif », et à 60% par un inspecteur pédagogique censé évaluer la pédagogie de l’enseignant en assistant à une heure de cours. Que ce système ait besoin d’être revisité, c’est probable. En supprimant l’inspection, toute discutable qu’elle puisse être ? L’inspecteur a du moins, sur le chef d’établissement, l’avantage de connaître la matière enseignée, et est donc plus à même d’apprécier le travail du professeur, et son « efficacité ».

Comme, dans le même temps, on demande de plus en plus aux chefs d’établissement de jouer le rôle de chefs d’entreprise, et même d’embaucher directement leurs personnels, enseignants ou non… on peut imaginer les dérives ! Si c’est celui qui m’embauche qui me note… mon emploi est à sa merci !

Et que va-t-on faire des inspecteurs pédagogiques ? On les supprime ? En voilà, de belles économies à réaliser !

Mais voyons sur quoi le professeur va être noté :

Article 5
Le processus d’évaluation est engagé par une démarche d’auto-évaluation qui s’appuie principalement sur les compétences définies à l’annexe de l’arrêté du 12 mai 2010 portant définition des compétences à acquérir par les professeurs, documentalistes et conseillers principaux d’éducation. Il s’agit notamment pour l’agent d’évaluer sa capacité à faire progresser :
– chaque élève ;
– les compétences dans sa discipline ou ses domaines d’apprentissage;
– sa pratique professionnelle dans l’action collective de l’école ou de l’établissement, en lien avec les parents d’élève et les partenaires. Cette action se situe conformément aux orientations validées par les instances de l’école ou de l’établissement par la mise en place notamment de projets pédagogiques transversaux et pluridisciplinaires assurant la cohérence d’un enseignement collectif ;
– la qualité du cadre de travail afin qu’il soit propice aux apprentissages et au partage des valeurs de la République, notamment le respect mutuel et l’égalité entre tous les élèves.

Article 6
L’appréciation du positionnement de l’agent au regard des critères décrits à l’article 5 est réalisée par le supérieur hiérarchique au regard, d’une part, de l’analyse des résultats de l’auto évaluation et, d’autre part, de l’examen de la manière de servir de l’agent.

Je ne comprends pas bien « l’auto évaluation » : le prof doit faire lui-même une évaluation de ses compétences ? Et en fournir un rapport à son chef d’établissement ??? Et j’aime bien « la manière de servir »… Voilà qui éclaire singulièrement la profession…

Bon, c’est un détail… Revenons sur le contenu :
– capacité à faire progresser chaque élève :
C’est évidemment ce à quoi tend chaque enseignant (sauf cas pathologiques…). Y arrive-t-il pour autant ? Difficile à dire ! Prenons le cas – au hasard – d’un prof de Français en collège : il a l’avantage, sur nombre de ses collègues, de n’avoir que peu d’élèves, environ 120). Peut-il, honnêtement, déterminer qu’il a fait progresser chacun de ces 120 élèves ? Ou même, la moitié seulement ? J’aurais été bien embêtée si l’on m’avait demandé de dresser un bilan de ce genre ! Pour quelques élèves, c’est évident, mais pour le plus grand nombre… Quant aux profs qui ont la charge de plusieurs centaines d’élèves… je ne vois pas bien comment on peut évaluer leur action sur ce grand nombre d’enfants ou ados !
Le « mieux », alors, serait de donner les « bonnes classes » aux « bons profs » : ayant de bons résultats, elles prouveraient que le prof est bon… Quant aux « mauvais profs », ne parvenant pas à faire progresser leurs « mauvaises classes »… cela justifierait leur… mauvaise note !

– capacité à faire progresser les compétences dans sa discipline ou ses domaines d’apprentissage :
Même problème… compliqué du fait que l’évaluateur ne connaît peut-être rien à la discipline en question ! Ou n’en a que ses propres souvenirs d’élève !

– capacité à faire progresser sa pratique professionnelle dans l’action collective de l’école ou de l’établissement, en lien avec les parents d’élève et les partenaires :
Ça, à mon avis, c’est le plus dangereux… et le plus facile à évaluer par le chef d’établissement ! Il s’agit donc de calculer l’investissement de l’enseignant en dehors de son travail d’enseignement (qui, rappelons-le, comporte des heures de cours, de préparations et de corrections, plus des entretiens avec élèves et parents d’élèves et réunions avec les collègues des mêmes classes… ce qui représente tout de même une bonne quarantaine d’heures hebdomadaires, compte non tenu des travaux réalisés en dehors des périodes scolaires… lesquelles périodes de « vacances », on ne le répétera jamais assez, ne sont en fait pas réellement « payées » !). Exiger en plus que l’enseignant s’engage dans d’autres actions me semble déraisonnable ! Donnons-lui déjà les moyens de faire correctement son travail, on verra le reste après !
Bien sûr que des projets collectifs sont un « plus », pour l’établissement comme pour les élèves. Et tant mieux pour tout le monde si des professeurs se sentent à même de mener ces projets, malgré l’énorme investissement que cela demande en temps et en travail (non payés !). Mais en faire une « norme », quitte à ce que certains, d’une disponibilité ou d’une force de travail moins grandes, en viennent à bâcler leur métier d’enseignant… c’est un non-sens ! Si on veut vraiment « faire la différence »… payons alors les heures de travail effectuées en plus (ou au moins une partie de ces heures…) !

– capacité à faire progresser la qualité du cadre de travail :
Là aussi, nous nous y efforçons tous ! Mais comment faire réellement un « bilan » ? Les classes ont une « individualité » (si j’ose dire) propre, et nous avons tous eu, certaines années, des classes avec lesquelles nous n’arrivions « à rien » (ce qui est certes exagéré… mais c’est ainsi qu’on le ressent). Si, par malchance, l’année de l’évaluation, le prof a justement des classes qui « ne marchent pas », peut-on vraiment lui en faire porter la responsabilité ?

Article 14
L’agent dont le service est partagé entre plusieurs établissements fait l’objet d’un entretien d’évaluation réalisé par le supérieur hiérarchique de l’établissement d’affectation principale. Le supérieur hiérarchique recueille l’avis des autres chefs d’établissement le cas échéant.
Article 15
L’agent en situation de titulaire sur zone de remplacement est évalué par le chef d’établissement de rattachement administratif. Il recueille l’avis des autres chefs d’établissement où l’agent a exercé.

Déjà que les entretiens avec tous les enseignants de son établissement vont lui demander quelque temps (!), mais le chef d’établissement devra aussi (ce qui paraît « normal ») contacter d’autres chefs d’établissement ! Combien d’heures vont lui prendre ces nouvelles activités ? Car un chef d’établissement a deux ou trois petites choses à faire : veiller à l’établissement lui-même, son entretien, sa sécurité, établir des budgets, encadrer tous les personnels (enseignants, mais aussi assistants d’éducation, personnels de service et d’entretien, personnels administratifs…), s’assurer de la sécurité et du « bien-être » des élèves, recevoir parents, élèves, personnels… et j’en oublie sûrement beaucoup !

D’ailleurs, je vais laisser la conclusion à un chef d’établissement, interrogé dans un blog que nous a signalé Lucien :

Dans les coulisses des évaluations : le témoignage d’un chef d’établissement

Je pense que le système actuel d’évaluation est totalement obsolète. Cela dit, le projet du gouvernement ne me semble pas satisfaisant du tout non plus. Cela nous donnerait vraiment de travail en plus, alors que nous en avons déjà beaucoup. Cela créerait aussi des tensions dans les établissements, y compris dans ceux où règnent actuellement un climat apaisé, et, à l’heure où les conditions d’exercice sont dégradées et où les personnels sont tendus, cela ne me semble pas judicieux du tout… »

P.S. Dans le Nouvel Obs du 17/11/2011, cette citation de Nicole Bricq, sénatrice et rapporteur général de la commission des Finances :

« La défiscalisation des heures supplémentaires des fonctionnaires de ce ministère [l’Éducation nationale] coûte 1,3 milliards d’euros par an à l’État. C’est l’équivalent du coût de 40 000 emplois ! Cela relativise l’efficacité du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ».

Bon dimanche !

Profs mis à nu…

mercredi, septembre 21st, 2011

Merci à Odile qui m’a fourni le lien vers ce site. Au cas où vous ne le connaîtriez pas encore, allez donc voir leur calendrier .

Mis à nu, certes, mais « en tout bien, tout honneur »… Ils ne font qu’illustrer leur certitude que l’école est nue…

Vous connaissez sans doute ce conte d’Andersen, Les habits neufs de l’empereur ? Deux escrocs vont voir l’empereur et lui assurent qu’ils lui feront un splendide habit, tissé d’or et d’argent, qui lui permettra de voir qui est sincère autour de lui (mon résumé est approximatif, je ne l’ai pas lu depuis longtemps…). L’empereur est très ennuyé de ne pas voir ledit costume, mais les courtisans le rassurent en s’exclamant sur la beauté de l’ouvrage. Cortège dans les rues, où chacun s’applique à vanter la munificence dudit costume… jusqu’à ce qu’un petit enfant s’écrie : « L’empereur est nu ! »…

Nous avons nous aussi nos « courtisans » qui proclament que l’école n’a jamais été aussi performante… Sous cet habit de statistiques plus ou moins faussées, volontairement ou non, le collectif du Calendrier proclame que l’école est nue, tant par la réduction drastique des moyens qui lui sont donnés que par la perte des valeurs qui ont fondé l’école républicaine.

Lucien a récemment fait état de deux rapports qui tendraient à contredire notre « roi » :

Deux rapports très critiques pour la politique d’Education française

Celui du Haut Conseil de l’Éducation tire à boulets rouges sur nos fameuses « évaluations » :

[Table des matières]

LES INDICATEURS ANNUELS FOURNIS AU PARLEMENT NE SONT PAS SATISFAISANTS
1.1 Les indicateurs concernant « les compétences de base » en français et en mathématiques sont partiels, peu exigeants, et donc trompeurs quant à la maîtrise du socle commun
1.2 Les indicateurs tirés des évaluations nationales des trois paliers du socle commun ne sont pas fiables pour des raisons de méthode
. Au palier 1 du socle, la confusion entre deux types d’évaluation prive les indicateurs de la rigueur nécessaire
. Aux paliers 2 et 3 du socle, la fiabilité des indicateurs n’est pas assurée
. Le champ des indicateurs existants ne permet pas d’évaluer avec précision la maîtrise du socle

[Conclusion]

Le Haut Conseil de l’Éducation recommande de renoncer aux indicateurs actuels de la LOLF sur la maîtrise des « compétences de base ». Ces indicateurs donnent en effet une image erronée du degré de maîtrise effective du socle commun par les élèves.

[…]

Pour être pertinents du point de vue du socle, les indicateurs devront être attentifs à un certain nombre de caractéristiques : ils devront évaluer des compétences, c’est-à-dire la combinaison de connaissances, de capacités et d’attitudes, et se fonder sur une évaluation en situation complexe36 ; ils devront bien entendu évaluer la totalité des compétences37 et conserver une échelle de valeurs stable permettant la comparaison dans le temps.

[…]

Le moment est venu de confier à une agence d’évaluation indépendante la mise en œuvre d’un tel programme, comme le suggérait la lettre de mission du Président de la République adressée au ministre de l’Éducation nationale en 2007. Il est essentiel en effet que, dans notre démocratie, les données concernant les résultats de notre système éducatif soient objectives et transparentes, donc incontestables.

[Notes]

36 La situation d’évaluation doit permettre la mise en œuvre par l’élève de « tâches complexes », c’est-à-dire qui mobilisent de façon combinée des ressources (connaissances, capacités, attitudes) dans des situations ou des contextes concrets, vraisemblables, quasi-authentiques, qui ne se réduisent pas à l’application d’une procédure automatique. L’évaluation de la maîtrise d’une compétence n’est en aucun cas équivalente à la seule évaluation de la maîtrise de chaque ressource isolément, laquelle est indispensable mais insuffisante, comme l’illustre l’exemple de l’apprentissage des langues vivantes.

37 Il est nécessaire d’avoir des indicateurs pertinents pour chacune des sept compétences, y compris pour les compétences 6 – compétences sociales et civiques – et 7 – autonomie et initiative – dont l’évaluation peut, de prime abord, sembler plus compliquée. Nous ne sommes pas totalement démunis en ce qui concerne leur évaluation, puisqu’ont déjà été menés au niveau international des études et des travaux, comme par exemple l’étude ICCS (International Civic and Citizenship Education Study) de l’IEA déjà citée.

Le rapport de l’OCDE est plus méchant à plusieurs égards :

OCDE (2011), Regards sur l’éducation 2011 : Les indicateurs de l’OCDE, Éditions OCDE.
http://dx.doi.org/10.1787/eag-2011-fr

Le graphique B2.1 de la page 240 nous apprend (?) que la France est un des rares pays qui a consacré en 2008 à l’éducation une plus faible part de son PIB qu’en 2000.

Les dépenses d’éducation tous niveaux d’enseignement confondus ont augmenté à un rythme plus soutenu que le PIB dans plus de trois quarts des pays dont les données de 2000 et 2008 sont comparables. Elles ont progressé de plus de 1.0 point de pourcentage durant cette période au Brésil (de 3.5 % à 5.3 %), en Corée (de 6.1 % à 7.6 %) et en Irlande (de 4.5 % à 5.6 %). Toutefois, les dépenses au titre des établissements d’enseignement ont augmenté à un rythme plus faible que le PIB en Allemagne, en Autriche, en France, en Israël, au Japon et en République slovaque. Parmi ces pays, les variations les plus sensibles s’observent en France et en Israël, où la part du PIB consacrée à l’éducation a diminué d’au moins 0.3 point de pourcentage entre 2000 et 2008 (voir le tableau B2.1 et le graphique B2.1), essentiellement en raison de la diminution des dépenses en pourcentage du PIB dans l’enseignement primaire, secondaire et post-secondaire non tertiaire en France (diminution de 0.4 point de pourcentage) et dans l’enseignement tertiaire en Israël (diminution de 0.3 point de pourcentage).

(C’est moi qui souligne)

Une curieuse « courbe » concernant le pourcentage des jeunes en formation :

pp. 384-385 Pourcentage de jeunes (15-29 ans) en formation :
1997 : 42.6
1998 : 42.9
1999 : 43.9
2000 : 43.9
2001 : 43.1
2002 : 44.1
2003 : 44
2004 : 44.6
2005 : 45.1
2006 : 45.9
2007 : 46.8
2008 : 46.2
2009 : 44

Globalement, à part en 2001 (et, dans une moindre mesure, en 2003), le pourcentage de jeunes en formation (donc ni au travail, ni au chômage) progresse jusqu’en 2007. Puis chute ! En 2009, nous voici revenus au taux de 2003…

Le tableau D2.1 p. 431 nous révèle que le nombre moyen d’élèves par classe en 2009 est supérieur d’un peu plus de 1 en France à la moyenne de l’OCDE, et de plus de 2 à la moyenne de l’Union européenne…

Nous arrivons avant-derniers quant à l’influence du milieu socio-économique sur les résultats aux tests OCDE de compréhension de l’écrit :

Cliquez sur le graphique pour l'agrandir.

Quant aux salaires des enseignants… voyez plutôt :

Cliquez sur le graphique pour l'agrandir.

Pour le salaire statutaire dans l’enseignement public, nous arrivons glorieusement en 22ème position sur 34…

Le salaire des enseignants a augmenté, en valeur réelle, dans la plupart des pays dont les données sont disponibles entre 1995 et 2009. La France et la Suisse font figure d’exception : le salaire des enseignants y a diminué en valeur réelle durant cette période.

La plupart des pays ont assisté à une régression du salaire des enseignants en pourcentage du PIB par habitant entre 2000 et 2009. C’est en Australie, en Corée, en France, au Japon et en Suisse que le salaire des enseignants en pourcentage du PIB par habitant a le plus diminué. Il est toutefois resté nettement supérieur à la moyenne de l’OCDE dans tous ces pays, sauf en Australie et en France.

Et le roi s’indigne qu’on le voie nu ???

Revenons à nos moutons… euh… à nos profs dépouillés…

Ne vous contentez pas de regarder le calendrier ! Allez lire leur manifeste :

Manifeste contre le dépouillement de l’école

Je n’en ferai pas de citations… car il faudrait tout citer ! Il n’est pas très long, et vaut largement la peine d’être lu… voire signé (plus de 12 000 signatures à ce jour). Au moins, contrairement à un certain site dont je parlais récemment, il indique qui constitue ce collectif !

Notre « roi nu » n’a pas aimé, allez donc savoir pourquoi !

Le ministre choqué par les profs qui posent nus pour dénoncer le « dépouillement de l’école »

Luc Chatel s’est dit « choqué » par ces pratiques dans une interview dimanche à France 3. « Ca me choque parce que le rôle d’un professeur (…) c’est de valoriser son institution » et « j’ai une trop haute estime du professeur, de l’image du professeur, de ce qu’il représente dans notre pays et dans la République, pour accepter un tel dénigrement » a ajouté M. Chatel ». « On a le droit de critiquer ma politique, je l’accepte, on a le droit d’être militant syndical (…), par contre je suis choqué que l’on puisse porter atteinte à l’image même du professeur », a poursuivi le ministre qui a indiqué qu' »il n’y aura pas de sanction ».

Vous pourrez lire le communiqué de presse répondant au roi :

Les Dépouillés répondent au ministre de l’Éducation nationale, invité du 12/13 sur France 3 du 18 septembre

Réponse qui commence ainsi :

Monsieur le ministre,

Qui dévalorise l’institution scolaire ?
15 professeurs dénudés symboliquement ou un gouvernement qui envoie les nouveaux enseignants non formés, donc « tout nus » devant les élèves ?

Enfin, la page Revue de presse vous renverra vers quelques articles écrits à leur sujet…

Bonne visite !

Le niveau baisse !

vendredi, janvier 23rd, 2009

Le nivô basse, ma pôv’ dame, que c’en est pas croyable !

Déjà, de mon temps, il avait baissé, par rapport à celui de mes parents. Je ne citerai pas Platon (qu’on retrouve sur quelques milliers de pages du Net) tant que je n’aurai pas de référence un peu précise. Mais je me souviens avoir lu qu’au 2ème concours d’Agrégation, dans les années 18.. quelque chose, le rapport indiquait déjà une baisse de niveau… Il y a très longtemps, des siècles peut-être, que nous sommes au-dessous du niveau de la mer, et que les pauvres enseignants, tels le petit garçon de Harlem, bouchent les trous des digues avec leurs doigts en appelant vainement à l’aide.

(Mais quelle jolie image, non ?)

Je veux bien reconnaître que « le niveau baisse »… si on me fournit une étude comparée sur ce qui est comparable. Je l’ai peut-être déjà dit (désolée si je me répète !) : « de mon temps », nous avons été 2 sur ma classe de CM2 (une vingtaine d’élèves, je pense) à entrer en 6ème (sur examen, à l’époque !) ; 8 sur ma classe de 3ème (environ 25 élèves) à entrer en 2nde (toujours sur examen !) ; 3 à obtenir notre Bac et 2 à entrer en Fac (sur cette même classe de 3ème). « Les autres », du CM2 ou de 3ème, se sont contentés du Certificat de fin d’études, s’ils l’ont eu (ce que j’ignore).

Je crois qu’on a « légèrement » oublié que, dans les années 60, une importante partie de la population (pour ne pas dire la plus importante) n’avait pas accès à l’enseignement secondaire, ni même au CEG (je suis entrée au CEG… sur examen !). Alors évidemment, si on compare les résultats d’une « élite » de ces années lointaines avec ceux des élèves d’aujourd’hui, qui ne représentent pas une « élite », mais la totalité des enfants d’une classe d’âge donnée… il n’est pas très étonnant de trouver des différences !

Par contre, si on comparait les résultats des « élites » de 1960 et ceux des « élites » d’aujourd’hui (avec calcul d’un pourcentage équivalent dans la population totale)… je suis à peu près sûre que les enfants d’aujourd’hui nous battraient à plates coutures dans pas mal de domaines… même s’ils ne connaissent pas la liste de dates et de sous-préfectures que nous ânonnions !

Réservons l’école à une élite, et le niveau remontera en flèche !

Trêve de plaisanterie, je voulais vous entretenir de cette dramatique baisse de niveau… mais comme Quelle école demain ? (que j’ai découvert hier, mais apprécie de plus en plus…) l’a fait avant moi, très sérieusement et avec référence des sources, je vous y renvoie… Jetez également un œil sur leur étude des résultats des tests internationaux (vous savez, ceux qui disent que la France est la dernière de la classe, ou presque !)… et vous verrez qu’une fois de plus, nos gouvernants nous mentent effrontément !

Une précision : si je n’apprécie pas (euphémisme…) le gouvernement actuel, je ne crois vraiment pas qu’il a inventé le mensonge éhonté à balancer aux divers médias… Disons que nous avons plus facilement accès qu’avant à des informations, des rapports, qui permettent de pointer les « erreurs ».

Ce qui ne nous sert pas à grand chose, les médias se contentant pour la plupart de répercuter les paroles de « l’autorité », sans les vérifier…

Evaluation CM2, c’est parti !

jeudi, janvier 22nd, 2009

Enfin… c’est parti… c’est vite dit ! Disons que… c’est mal parti! Car il y a de la résistance !

Cette « folie des évaluations », qui n’a d’intérêt que pour les statistiques, et représente donc beaucoup de temps perdu pour tous les élèves et les enseignants concernés (pour les statistiques, un « panel représentatif » suffirait, il me semble… J’en ai déjà parlé…) atteint des sommets de bêtise cette fois-ci, si j’en crois mes collègues du primaire. La plupart contestent le fait qu’on leur demande d’évaluer maintenant des élèves sur des notions qui n’ont pas encore été étudiées à cette époque de l’année… Curieux, en effet. (A l’inverse, je me souviens qu’une de mes premières critiques à l’égard des évaluations 6ème, était que, quels que soient les résultats… nous avions au programme tout ce sur quoi on avait évalué les élèves…)

Mais il faut croire que ces tests ont été créés un peu hâtivement, car les critiques sont nombreuses sur le contenu même. Je vous conseille la lecture des billets d’humeur de Jac. Et si vous voulez en savoir un peu plus, vous trouverez les tests de français (textes officiels) largement commentés dans Quelle école pour demain ?.

L’évaluation de la dictée, entre autres, suscite bien des critiques… Allez donc voir le site de Voyons, monsieur Darcos… vous serez étonnés !

Cerise sur le gâteau de cette évaluation bien mal partie : les cahiers sont téléchargeables sur le Net depuis une dizaine de jours…

Bonnes lectures !

Réflexions sur l’évaluation

dimanche, janvier 11th, 2009

Ma principale adjointe (merci à elle !) m’envoie l’adresse d’une page que je conseille très fort à tous les collègues qui me lisent :
http://www.pedagopsy.eu/evaluation_gauthier.htm

De quoi s’agit-il ?

D’une réflexion, très intéressante, sur le « système » d’évaluation français. J’écris « système » entre guillemets, car l’auteur, Roger-François GAUTHIER, inspecteur général de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (rien que ça !) démontre que justement, des systèmes, on en a beaucoup, et pas du tout systématiques… Plus exactement, les façons de noter sont très diverses selon les enseignants, les types d’exercices, les niveaux d’enseignement, etc.. Le tout étant « systématiquement » (et mathématiquement) additionné et moyenné par matière, par élève, mais aussi par établissement, département, académie…

J’ai lu « un peu vite », mais j’y reviendrai… et vous ferai sans doute part de mes réflexions sur les questions posées. Aujourd’hui, j’ai juste envie de vous citer, dans sa page, cet extrait de Léon Bourgeois, ministre de l’Education Nationale en 1890 (à mon avis, à l’époque, ce devait plutôt être de l’Instruction Publique… mais ne chipotons pas…) :

 » La vraie fin que le maître, tout en s’attachant avec passion à sa tâche journalière, doit avoir constamment présente à l’esprit, c’est de donner, par la vertu d’un savoir dont la majeure partie se perdra, une culture qui demeure. Par delà les objets et les exercices quotidiens de la classe, c’est à l’esprit, c’est à l’âme même de ses élèves qu’il doit viser. Par delà les sanctions prochaines, que fournissent à son enseignement examens et concours, sanctions si souvent hasardeuses et illusoires (1890 !), c’est à la grande et décisive épreuve de la vie qu’il doit les préparer. C’est là en définitive que la valeur des leçons reçues au lycée se démontrera par l’effet « .

Joli, non ?