Posts Tagged ‘fiction’

S.O.S. PROFS (Fin)

samedi, décembre 27th, 2008

Au début du XXIIème siècle, le gouvernement français accepta le tutorat des États-Unis : la France avait été déclarée « pays en voie de sous-développement » et, par conséquent, incapable de gérer seule son patrimoine. Ni les industriels, ni les savants, ni la puissante caste des précepteurs ne purent y faire grand chose…

*

*

*

S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS  S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS S.O.S. PROFS  S.O.S. PROFS  S.O.S. PROFS  S.O.S. PROFS  S.O.S. PROFS  S.O.S. PROFS

S.O.S. PROFS (5)

vendredi, décembre 26th, 2008

Les industriels, qui avaient continué à former une certaine partie de leur personnel, durent un jour constater que l’augmentation du taux d’illettrisme et d’analphabétisme les touchait eux aussi. Quand le directeur d’une grande entreprise d’appareils ménagers reçut des dizaines, puis des centaines de lettres de directeurs de vente se plaignant que des gens ayant acheté un aspirateur le rapportaient le lendemain parce qu’ils n’avaient pas su s’en servir, il s’alarma. Les consommateurs ne sachant plus lire les modes d’emploi, il fallait trouver d’autres moyens pour vendre les appareils. Bientôt, une cassette video expliquant le maniement de chaque appareil fut offerte à tout acheteur. Dans le même temps, les bureaux de recherche essayaient de simplifier au maximum les produits sur lesquels ils travaillaient. A la civilisation « multi-boutons » succédait la civilisation « mono-bouton ». Les campagnes publicitaires vantèrent la simplicité et le naturel, détrônant la sophistication. Un ingénieur découvrit un appareil pour lequel aucun mode d’emploi n’était nécessaire : le balai. En quelques années, tous les aspirateurs disparurent des magasins et des foyers.

Le travail de « simplification » fut énorme. Il rejeta par exemple les recherches de conditionnement alimentaire dans les oubliettes. L’important, c’était que le consommateur sache ce qu’il achetait. Pour cela, ne pouvant plus lire les étiquettes, il fallait qu’il le voie. Le plus simple était donc de vendre les produits « en vrac », au poids ou au litre. Les hypermarchés ne purent faire face à ces nouvelles exigences qui demandaient beaucoup trop de personnel. Ils furent remplacés par de petits commerçants spécialisés qui offraient une quantité limitée de produits. Les conserves en bocaux de verre se vendirent encore, mais les surgelés disparurent peu à peu, trop peu de gens étant susceptibles de les utiliser.

(Suite et fin demain)

S.O.S. PROFS (4)

mercredi, décembre 24th, 2008

Dix ans plus tard, il fallut faire le bilan de cette innovation – la France avait été la première au monde à généraliser cette forme d’enseignement, utilisée déjà sur les hauts plateaux des Andes ou dans d’autres endroits réputés inaccessibles. Si l’on s’en tenait uniquement aux résultats des « diplômes de fin d’études » (suites de tests passés sur ordinateur), le bilan était plus que désastreux : parmi les enfants de 15 ans, 10% obtenaient leur diplôme; parmi ceux de 18 ans, 5%, et on arrivait à peine à 1% pour ceux de 23 à 25 ans. Encore fallait-il tenir compte, pour que le bilan fût juste, de la situation sociale des parents : le fait que les enfants soient aidés par un précepteur entrait pour 90% dans la réussite aux tests…

Certes, les enfants aimaient la télévision, et ils étaient toujours aussi fascinés par l’image… Mais, livrés à eux-mêmes devant le poste, seuls ou avec leurs « copains », ils désertaient vite la 15ème chaîne pour en regarder une autre… ou bien allaient jouer dehors, pour retrouver l’ébauche de vie sociale dont la disparition de l’école les avait privés. Même les plus « sages », s’ils parvenaient à rester 5 ou 6 heures par jour devant les images de Savoir +, ne pouvaient prêter une attention continue aux discours plus ou moins monotones des professeurs. Seuls ceux qui étaient accompagnés par un précepteur suivaient effectivement tous les cours, d’autant que le précepteur était à même de contrôler ensuite ce qui avait été retenu, de réexpliquer et de vérifier. En fait, télévision ou pas, 15ème chaîne ou pas, seuls les précepteurs étaient gages d’un apprentissage réel.

Les recherches se multiplièrent, tant dans le domaine de la pédagogie que dans celui de la psychologie. On en vint à mettre au point de nouveaux programmes, très attrayants, dont l’objectif n’était plus un apprentissage conscient, mais qui s’adressaient davantage au subconscient des élèves pour leur inculquer quelques notions civiques indispensables. Les enfants apprirent à rester immobiles et attentifs devant le poste, passionnés par les aventures de leurs héros favoris. Ainsi, ils n’apprenaient peut-être pas à lire, mais du moins parvint-on à endiguer la vague de délinquance juvénile entraînée par une trop grande liberté d’action, incontrôlée et incontrôlable.

S.O.S. PROFS (3)

mardi, décembre 23rd, 2008

Dans ces conditions, et devant l’impossibilité de « suivre » les élèves (mot d’ordre de la fin du 20ème siècle), de grandes disparités se firent jour entre les enfants selon leur classe sociale et leur milieu familial. Les parents qui tenaient à ce que leur enfant fût instruit, pour pouvoir suivre plus tard des études longues, s’aperçurent bien vite que l’enseignement dispensé était très nettement insuffisant : il fallait pouvoir, bien avant les diplômes ou concours qui sanctionnaient des années d’apprentissages, contrôler ce que l’enfant avait réellement acquis. On vit renaître alors une profession bien oubliée, celle des précepteurs : de jeunes étudiants, frais sortis des Universités, se virent offrir des ponts d’or par certaines famille pour prendre en charge leur rejeton. Un précepteur « bien organisé », c’est-à-dire ayant su se placer dans cinq ou six familles, gagnait, pour les mêmes 30 heures hebdomadaires, environ 20 fois plus qu’un professeur. Heureusement, le bruit ne s’en répandit pas trop vite : cela aurait découragé les derniers enseignants, et risqué de jeter par terre un système qui ne tenait plus que par miracle.

Parallèlement, le gouvernement tenta de trouver d’autres remèdes à une situation de plus en plus catastrophique. Des recherches furent entreprises, en liaison avec les grands media, pour envisager de nouvelles formes d’enseignement. La fascination des enfants et des jeunes pour la télévision ne s’étant pas démentie depuis une bonne cinquantaine d’années, c’est ce canal que choisit le Ministre de l’Education Nationale pour pallier les problèmes de l’instruction. Une quinzième chaîne, Savoir +, fut créée, avec un programme très précis qui, de 8 heures du matin à 23 heures, 7 jours sur 7, diffusait les cours jugés indispensables à tous les niveaux. Les derniers professeurs purent partir tranquillement à la retraite après avoir enregistré tous leurs cours : la relève était assurée… si l’on peut dire, puisque eux-mêmes, en fait, l’assuraient…

S.O.S. PROFS (2)

lundi, décembre 22nd, 2008

Dans la décennie qui suivit, le problème ne fit évidemment que s’aggraver. D’autant que les nombreux enseignants recrutés dans les années 1960-1970 parvenaient à la retraite les uns après les autres. Il fallut se hâter de trouver quelques solutions. On augmenta légèrement le salaire des professeurs, en échange de quoi ils passèrent progressivement de 18 à 30 heures de cours hebdomadaires. Certains ne purent faire face à cet accroissement de leur temps de travail, et peuplèrent les maisons de repos spécialisées. Un grand nombre, toutefois, parvinrent à assurer leurs cours ; d’autant que, avec l’augmentation des effectifs d’élèves par « classe », il n’était plus question de faire autre chose que des cours magistraux, et qu’ils se trouvaient ainsi libérés des corrections de copies, tâche fastidieuse et ingrate s’il en fût. En effet, comment demander sérieusement à un professeur de corriger les quelque 100 devoirs ou exercices consécutifs à une heure de cours ? Même s’il n’avait exigé qu’un exercice par mois, il aurait dû en corriger 750 par semaine… Tout de même, il y avait des limites…

La plupart continuèrent donc à dispenser leur savoir à une centaine d’enfants et d’adolescents qu’il fallut regrouper dans des locaux divers. Les écoles, collèges, lycées, n’avaient pas été conçus pour rassembler tant de jeunes dans leurs salles. Aussi les salles de classe furent-elles désertées au profit des cantines, salles municipales, salles de sports, et même, parfois, salles de réunion d’entreprises ou de restaurants… On installait un tableau mobile, et le professeur faisait son cours, que les élèves essayaient de suivre tant bien que mal. Il va sans dire que, dans une telle situation, la plus grande discipline était de rigueur. Aussi l’élève chahuteur était-il impitoyablement renvoyé et ne trouvait-il que rarement un autre établissement prêt à l’accueillir.

S.O.S. PROFS (1)

dimanche, décembre 21st, 2008

Je vous avais parlé de la petite nouvelle d’anticipation qui figurait dans la plaquette diffusée en 1989 par la Coordination de l’Essonne. En voici le début.

S.O.S. PROFS

C’est dans les années 1980 que certains responsables gouvernementaux français commencèrent à s’alarmer devant la difficulté croissante de recruter des enseignants pour les générations futures. En fait, le problème était latent depuis une bonne décennie, vu qu’on n’avait cessé d’exiger plus de diplômes, de disponibilité, de compétence et de travail des enseignants, tout en les payant de moins en moins, comparativement aux autres catégories professionnelles de même niveau d’études. Evidemment, quand un jeune parvenait au terme de ses années d’université et qu’il comptait ce qu’il pouvait gagner en tant que professeur ou ingénieur dans une entreprise, il avait vite fait de choisir. Même l’attrait des congés, longtemps considérés comme un privilège exorbitant, ne suffisait plus : à quoi servaient tant de vacances si on ne disposait pas de l’argent nécessaire pour en profiter pleinement ? Quant au bénévolat, conséquence d’une conception quasi apostolique et mystique du métier, il avait fait long feu : on se souciait d’efficacité et de réussite sociale, et non plus d’évangéliser les masses.

C’est pourtant sur ce thème de l’évangélisation que le gouvernement entreprit une campagne publicitaire destinée à recruter de jeunes chômeurs munis de diplômes pour en faire de nouveaux enseignants. « Enseignez, jeunesse ! », telle était la conclusion des spots télévisés ou radiodiffusés, qui rappelait curieusement le « Allez, enseignez toutes les nations » d’un certain Jésus, dit le Christ, à ses disciples, quelques centaines d’années plus tôt. Mais les publicitaires avaient beau essayer de parler de modernité de la profession, de liens avec le monde industriel (carence qui se faisait au contraire sentir de plus en plus lourdement, faute de moyens), de travail « en équipes » (ne correspondant absolument pas à la réalité, étant donné la multiplication des tâches dévolues aux enseignants), la campagne fut un échec retentissant. Deux milliards de francs dépensés en pure perte, ou presque, car une centaine de jeunes bacheliers prêts à n’importe quel emploi se présentèrent comme volontaires. Ils furent acceptés, cela va sans dire, bien qu’ils n’eussent pas le niveau d’études « exigé ». Mais on n’en était déjà plus à ce genre de détails. Des bruits couraient, comme quoi, dans certaines régions, on avait rappelé des professeurs à la retraite, ou engagé des militaires pour pouvoir assurer la totalité des enseignements prévus dans les différents secteurs.

(A suivre…)