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De l’enseignement de l’orthographe…

jeudi, octobre 29th, 2009

Future prof a repris avant-hier son blog… que je croyais bien abandonné depuis septembre ! Elle nous livre ses réactions à un cours sur l’orthographe, à l’IUFM. Très intéressant. Je vous en conseille la lecture…

Qu’est-ce que c’est, l’orthographe ? D’après la formatrice, « l’orthographe, ce n’est rien d’autre qu’un code arbitraire élitiste, et profondément discriminatoire. En plus, ça coute* cher à enseigner.  »

(Note : les mots suivis d’un astérisque sont écrits selon la réforme orthographique de 1990.)

Que l’orthographe soit un code, arbitraire de surcroît, nul n’en doute ! Et quelle que soit la langue, il a bien fallu, à un moment ou un autre, décider de la façon dont s’écrivaient les mots ! D’autant que la langue était parlée dans diverses régions dont les prononciations différaient parfois beaucoup ! Pour que le texte écrit par un Auvergnat soit compréhensible pour un Lorrain, par exemple, il valait mieux fixer une orthographe unique, et non laisser chacun écrire « comme il entendait » ! Pour moi qui compulse actes d’état-civil ou religieux de diverses époques, j’ai vu pas mal de changements de nom, d’un acte à l’autre, dus à une mauvaise compréhension du scripteur… sans doute originaire d’une autre région que le déclarant, lequel ne savait souvent pas écrire (encore moins relire ou épeler !), voire même signer !

« Elitiste » : pourquoi « élitiste » ? Le code lui-même n’est pas élitiste. Il est complexe, certes. Et, évidemment, il a été conçu au fil des siècles par une « élite », les grammairiens. Qui ont voulu, plus ou moins selon les époques, respecter règles et orthographe latines dans une langue qui s’éloignait de plus en plus de ses origines. Notre orthographe est fille de notre histoire, et la langue a adopté nombre de termes étrangers, au fil des invasions, des guerres, et du commerce avec d’autres pays. Sans parler des termes régionaux…

Que l’utilisation qui en a été faite soit « élitiste », certes ! Il faudra qu’un jour je me penche sur cette période du 19ème siècle où la dictée devint une Institution… et où un zéro en dictée recalait inexorablement un candidat dans nombre de concours et examens. Encore récemment, pour être pompier, il fallait passer au travers de ces fourches caudines (j’ignore si c’est encore le cas).

« Profondément discriminatoire » ? Plus que les mathématiques ou la physique ? Je crains que tout enseignement soit, par nature, « discriminatoire », dans ce sens où il fera forcément la différence, à un moment ou à un autre, entre « ceux qui savent » et « ceux qui ne savent pas ». Les gens, enfants ou adultes, ne sont pas « égaux » devant un enseignement, quel qu’il soit. Les uns auront plus de facilités à abstraire, d’autres à concevoir des mécanismes pratiques, d’autres encore à mémoriser des listes, d’autres à s’appuyer sur des raisonnements… Selon la matière enseignée (sans parler de la pédagogie de l’enseignant !), la même personne pourra avoir des « résultats » très divers ! Je ne vois pas très bien en quoi l’enseignement de l’orthographe serait plus discriminatoire qu’un autre… à moins que, là encore, on se réfère à son utilisation comme éliminatoire à des examens et concours…

« Ca coûte cher à enseigner » (désolée, je n’applique pas la réforme…) : ah ! l’argument massue ! Dans notre système actuel, où l’on chiffre le coût d’un redoublement pour dissuader les établissements scolaires de faire redoubler les enfants, ça, c’est un vrai argument ! C’est vrai que, du Cours Préparatoire à la Troisième, de nombreuses heures auront été consacrées à l’orthographe ! Qui pourraient donc être supprimées, ce qui ferait une sérieuse économie !

Je reviendrai plus tard sur d’autres passages de ce très intéressant billet. Mais, pour terminer avec un avis très personnel, pour moi qui suis « visuelle », l’orthographe est fortement liée aux objets que le mot désigne. Ainsi, si je pense « éléfant », je vois mon éléphant s’affiner et prendre des airs de gazelle ; à l’inverse, une « giraphe » ferait ressembler ma girafe à une vache bigarrée…

D’ailleurs, le « nénufar » prôné par la réforme de 1990 ne s’étale plus nonchalamment pour couvrir un étang : il se hisse au contraire, gracile et gracieux, à la forme de l’ancolie…

Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ?

samedi, juin 27th, 2009

Jeudi matin, quand chaque élève de 5ème a eu dit « une chose qu’il avait apprise cette année » (dans les heures de Français, évidemment !), une élève a posé cette question :

« Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ? »

Ce n’est pas la réciproque de ma question, vous l’avez sans doute remarqué : je n’avais pas demandé « qu’est-ce que JE vous ai appris ? »…

J’ai bredouillé je ne sais quoi, sans doute qu’il était l’heure de ranger la salle… ou bien les autres élèves ont couvert ma voix… Toujours est-il que je n’ai PAS répondu… à cette très pertinente question !

Qu’est-ce qu’ils m’ont appris, mes élèves ?

Hors de question de détailler, évidemment : j’en serais tout à fait incapable !

Mais : oui, c’est évident, mes élèves m’ont beaucoup appris !

Et tout d’abord qu’ils avaient, comme moi, leur famille, leurs amis, leurs soucis, leurs rêves, leurs jeux, leurs ennuis… et même leurs moments de paresse, de vague à l’âme, d’envie de dormir, de s’amuser…

Et donc, qu’ils étaient tous différents, même si je pouvais faire des regroupements par « niveaux » ou quoi que ce soit d’autre. Qu’aucune « étiquette » ne pouvait en résumer un seul.

Que donc, chacun attendait de moi quelque chose, qui n’était pas forcément exactement la même chose que le voisin…

Au fil des ans, ils m’ont appris à comprendre les « blocages » qui pouvaient survenir… et à les aider (pas les blocages : les élèves !).

Ils m’ont appris (oh combien !) la patience…

Ils m’ont appris, par leurs réflexions, leurs résultats, à peaufiner mes cours… et mes contrôles !

Ils m’ont appris à les aborder chaque jour d’un oeil « neuf », débarrassé des problèmes qui avaient pu surgir la veille (sauf quand il y avait besoin de revenir sur ces problèmes !).

Ils m’ont appris à ne pas leur tenir rancune, que ce soit pour leur comportement, pour leurs silences, leurs bavardages… ou leurs mauvais résultats.

Ils m’ont appris à écouter, vraiment, ce qu’ils avaient à me dire, sur leur histoire personnelle ou sur leurs apprentissages.

Ils m’ont appris à « tenir mes distances »… et en même temps, à prendre en compte leur demande de « complicité » (en tout bien tout honneur, cela va sans dire !).

Ils m’ont appris…

Ils m’ont appris tant de choses !

Ils m’ont appris à être prof… et, finalement… à être moi…

A tous mes élèves, ceux de cette année comme ceux de la lointaine année 1969-70, et à tous ceux que j’ai croisés entre ces deux années frontières :

MERCI !