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De l’instruction

jeudi, août 13th, 2009

Poursuivant mes recherches sur Gallica, je tombe sur un texte de Lacretelle, que je me fais un plaisir de porter à votre connaissance (ou à votre souvenir).

De l’établissement des connoissances humaines, et de l’instruction publique dans la constitution française

Pierre-Louis Lacretelle, 1791

Tous les passages sont extraits du Discours Préliminaire.

Ce seroit déjà beaucoup d’avoir à examiner les moyens et les ressources de l’esprit humain, pour mettre un enfant au niveau de l’instruction de ses maîtres, pour amener l’homme au point d’aller au-delà de ce qu’l a appris ; pour préparer un enfant à tout ce qu’il lui importe d’apprendre dans la société, pour conduire l’homme à rassembler en lui toutes les connoissances de son siècle.

[…]

Il s’agit de savoir d’une part, comment une nation, par ses institutions, peut se saisir de l’intelligence ordinaire, des penchants naturels des hommes, pour leur apprendre ce qu’ils doivent pratiquer ; pour leur faire aimer ou haïr ce qui leur est bon ou funeste ; pour les soumettre à ses loix, pour les faire entrer das sa direction : et d’une autre part, comment elle peut s’emparer de la science humaine dans toute son étendue et sa fécondité ; comment elle doit l’organiser, pour qu’elle fournisse sans cesse à l’ordre social tous les moyens de perfection dont il a besoin ; pour que toutes les richesses de la science s’appliquent continuellement à cette destination.

[…]

J’ai reconnu que la société devoit reposer sur la science humaine ; que la science humaine devoit être l’ame du corps politique ; que l’éducation, loin d’être séparée dans son cours du développement de la science, n’étoit que son principal instrument, et pour s’étendre, et pour agir sur les hommes et les choses ; que la science, le meilleur des élémens de la société, le plus ferme appui d’une constitution, ne devoit connoître d’autres bornes que celles de l’intelligence humaine ; qu’elle devoit avoir pour moyens toutes les forces d’une société bien ordonnée. Enfin, la prenant où elle est pour la conduire jusques où elle peut aller, j’ai conçu que, soit dans sa manière de conserver ses richesses, soit dans celle de les augmenter, soit dans celle de les répandre, elle pouvoit recevoir une rénovation aussi heureuse que celle qui s’opère aujourd’hui dans notre système social.

Ayant, pour ainsi dire, à constituer la science humaine, à la constituer dans une grande nation, et un siècle très-riche en progrès et en lumières, j’examine quels sont les rapports de la science avec la société ; comment ces rapports se modifient dans une société très-étendue, très-civilisée ; les services que la société peut obtenir de la science par une instruction publique, qui, en développant toutes les ressources de celle-ci, les applique toutes entières aux besoins de celle-là. Ayant à approprier la culture des connoissances humaines, et l’instruction publique à la constitution nouvelle de l’empire français, j’ai recherché les avantages de la science, les recours de l’instruction, pour affermir et perfectionner une semblable constitution.
Considérant ensuite la science en elle-même, mais relativement à cet emploi social auquel tout doit la ramener, j’en examine toutes les parties, j’en cherche les liens ; je montre comment ces liens se renforcent par cette destination commune. Je cherche dans leurs principes éternels, dans leur développement actuel, quelle doit être leur direction ; quelle elle doit être aussi dans une société qui en feroit l’instrument de sa prospérité ; comment elles doivent y être cultivées, enseignées, administrées, pour se conserver, se perfectionner et s’accroître ; pour augmenter sans cesse leur utilité par leur gloire.

[…]

Je me place sur-tout au milieu du nouvel ordre de choses que la constitution vient de fixer, pour y conformer le régime de l’instruction nationale. Dressant mon établissement sur l’ordre constitutionnel du royaume, je lui donne pour principal objet le premier intérêt de la constitution, celui d’élever le peuple jusqu’à ses principes, de préparer, par l’amélioration du peuple, la perfection où elle doit tendre elle-même. J’ai soin qu’en conduisant toutes nos connoissances à leur plus grande hauteur, il les simplifie, pour les répandre par-tout où elles peuvent se communiquer ; qu’il porte dans chaque lieu les notions utiles ; qu’il réserve celles qui ne feront qu’ajouter à la richesse de l’esprit humain, pour les lieux où elles peuvent être convenablement recueillies ; qu’il appelle tous les hommes qui lui sont nécessaires ; qu’il rejette tous ceux qui lui seroient inutiles ;

[…]

Les personnes, ainsi que les choses, ont souvent aussi attiré mon attention. Il est des classes entières, dont mon sujet m’a conduit à examiner les droits, les intérêts et l’emploi. Tels sont les jeunes gens, premier objet de mon travail ; je n’ai pas seulement examiné ce que doit être pour eux l’institution que je propose, mais ce qu’ils doivent y être. Telles sont les femmes, dont l’éducation n’a jamais eu ni règles, ni principes, et qui doivent trouver leur place dans l’établissement des connoissances humaines, d’après celle qui leur appartient dans l’ordre social. Tels sont les ecclésiastiques, dont la position change, qu’il faut ratacher à la société par des vues plus justes et plus sages, qui, par un autre plan, et avec une utilité spéciale, peuvent rentrer dans l’éducation publique. Tels sont les gens de lettres, par qui l’esprit humain se développe, dont l’influence est si puissante pour la société, et que par conséquent un bon régime politique doit adopter.

Très intéressantes, les idées de ce monsieur… La suite une autre fois, peut-être…

Rapport au Roi…

samedi, août 8th, 2009

A la recherche, sur Gallica, de « textes fondateurs », je trouve un Rapport au Roi très intéressant quant à la situation de l' »Instruction Publique ». En voici quelques extraits :

TABLEAU DE L’ÉTAT ACTUEL DE L’INSTRUCTION PRIMAIRE EN FRANCE

Rapport au Roi

Du 1er novembre 1841

[…] En comparant le nombre des élèves garçons et filles, en 1840, avec celui des élèves en 1829, on trouve dans les écoles 1,912,339 enfans de plus qu’il y a dix ans. Ce nombre, toutefois, ne persiste pas toute l’année, et éprouve même une très-grande variation, qui tient aux travaux des champs. Ainsi, dans les écoles communales où les garçons seuls sont admis, on compte en hiver 756,999 enfans, et on n’en trouve plus que 463,464 en été ; dans les écoles communales spécialement affectées aux filles, on compte en hiver 425,896 enfans, et on n’en compte plus que 274,363 en été. Il en est de même dans les écoles privées, qui reçoivent en hiver 673,462 élèves, et qui n’en ont que 453,464 en été. Cette différence serait bien plus sensible encore, si je distinguais ici les écoles des villes, où la désertion des élèves pendant l’été est peu nombreuse, des écoles de campagne, où cette désertion est presque générale.

La Revue des deux Mondes du 15 nov. 1841 résume et commente ce long rapport :

Ainsi, il y a dix ans, sur 37,295 communes, 23,000 seulement avaient une école ; en 1837, le nombre des communes pourvues d’écoles était de 29,615 ; en 1840, de 33,099. M. Villemain indique nettement les obstacles divers que les hommes et les choses opposent à une plus rapide propagation de l’instruction primaire. Toutefois, dès aujourd’hui, cette instruction est mise à la portée de trois millions d’enfans ; c’est 1,912,339 enfans de plus qu’il y a dix ans. Encore quelques efforts, et l’enseignement primaire sera répandu sur tous les points du royaume et accessible à tous. « Fondée par la loi même sur la religion et la morale, l’instruction primaire ne peut que fortifier dans les cœurs le sentiment du devoir, les pures affections de la famille, le dévouement au prince et aux lois du pays. Sagement dirigée, et appliquée surtout à répandre les connaissances indispensables, loin de jeter dans les classes ouvrières le dédain de leur profession, elle leur donne le désir et le moyen de s’y distinguer, et d’en sortir quelquefois par une supériorité de mérite, et non par ces agitations que la morale réprouve, et que la loi condamne. »

Nous ne sommes pas encore (plus) en République, et la grande majorité des écoles sont catholiques, même si on dénombre quelques centaines d’écoles protestantes, et quelques dizaines d’écoles israélites. On voit cependant apparaître des écoles « mixtes », et les pères de famille autorisent ou non leurs enfants à suivre les cours de religion.

Les communes ont l’obligation de créer une école primaire, seules ou par groupe de 3 communes. Celles de plus de 6000 habitants doivent en plus créer une école primaire supérieure.

Ce rapport parle aussi de la formation des maîtres, des manuels, des écoles d’adultes… Je n’ai pas encore tout lu, mais vais poursuivre la lecture de ce rapport instructif