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Rentrer… en sixième ! (suite de suite)

vendredi, août 28th, 2009

Voici notre jeune héros sur le seuil de la classe : un peu décevante, cette classe… Beaucoup moins décorée qu’en primaire !

Si le professeur autorise un placement libre, ce sont, le plus souvent, les premiers rangs qui sont occupés d’abord (en 3ème, ils se précipitent au contraire vers le fond, quitte, s’ils ne sont pas très nombreux, à laisser vide tout le premier rang…).

On attend, debout, l’autorisation de s’asseoir (ça aussi, c’est nouveau, pour la plupart !). On sort du beau sac tout neuf les fournitures rutilantes achetées quelques jours plus tôt : on sait qu’on n’en aura vraisemblablement pas besoin ce premier jour… mais… on ne sait jamais ! Et puis, le plaisir d’exhiber le premier classeur, l’agenda, le stylo si joliment orné d’un petit lapin au bout (que notre voisin saisit pour le manipuler d’un air jaloux)…

Assis, bras croisés, dans un silence émaillé de chuchotements, on écoute le professeur faire l’appel. Il faudra réunir tout son courage pour rectifier une mauvaise prononciation du nom ou du prénom… ou attendre qu’un camarade plus hardi le fasse à notre place…

La distribution des livres : c’est vrai qu’il y en a beaucoup ! Tiendront-ils tous dans notre sac ? Pas sûr ! Comment faire, alors ? Un voisin mieux renseigné nous informe de la possibilité de casiers… On feuillette brièvement tous ces manuels, contenant le Savoir à acquérir en un an…

Le carnet de correspondance : il faut commencer à le remplir, en indiquant nom, prénom, adresse, et toutes ces sortes de choses (qu’on aura à répéter sur de multiples fiches !). Et voici, au tableau, que s’inscrit la liste des professeurs, à recopier sur la page adéquate. Chuchotements excités à l’annonce de certains noms : « Il est super, ce prof ! », « Celle-là, elle met tout le temps des heures de colle ! », « Ouais ! C’est la prof de dessin de ma sœur ! Elle fait des trucs extra ! »… On écoute attentivement, à l’affût de toute information sur ces inconnus qui vont nous gouverner pendant un an…

L’emploi du temps : à recopier au crayon sur la couverture du carnet de correspondance. Ouf ! On quitte tous les jours à 3 heures et demie ! Et… « t’as vu ? on a le vendredi après-midi de libre ! ». Et toutes ces heures de sport… super !

Au fur et à mesure que le temps passe, la classe devient plus bavarde, plus agitée, plus décontractée, aussi. On commence à « entrer en 6ème »…

Récréation : ouf ! On avait perdu l’habitude de rester le cul vissé sur une chaise pendant 2 heures !

On retrouve dans la cour le copain de 6ème 8, on échange des impressions, des craintes ; on se rassure, aussi : après tout, ce n’était pas si terrible…

Peu de jeux, peu de cris… et encore moins si d’autres niveaux partagent la cour : là, on passe à l’écart, discrètement, on essaie de se trouver un coin « tranquille », loin des grands…

A la sonnerie, on se range à l’emplacement prévu, sans trop traîner : pour retrouver notre classe, il faut suivre la rangée : on n’a même pas retenu le numéro de la salle !

Mais c’est une « autre » classe qui entre dans la salle : plus animée, plus confiante, ayant éloigné les angoisses premières. On est en 6ème. Eh bien ! On s’y fera ! On est grand, maintenant !

Rentrer… en sixième ! (suite)

jeudi, août 27th, 2009

J’ai laissé hier mon pauvre petit sixième en route pour le collège. S’il est parti avec ses parents, il a continué à les abreuver d’interrogations et d’angoisses. S’il a rejoint des camarades, à pied, à bicyclette ou en car, il a pu partager ses craintes avec eux… réconfort tout relatif…

Le voilà donc devant le bâtiment étranger, redouté. Avec un peu de chance, l’établissement n’ouvre ses portes qu’aux sixièmes ce matin : beaucoup de têtes étrangères, mais notre héros aperçoit assez facilement des visages connus, voire sympathiques. Si, malheureusement, la rentrée est pour tout le collège, c’est une foule hostile qu’il perçoit d’emblée, avec des tas de gens beaucoup plus grands que lui, qui parlent fort et rient, alors que lui et ses semblables se font tout petits et discrets, blottis près de l’entrée, de peur de ne pas atteindre à temps le Saint des Saints.

Tout effaré et craintif qu’il soit, le sixième que ses parents ont amené jusque là tente de les persuader de repartir : pas question de passer pour un bébé auprès des autres ! Même s’il n’a qu’une envie : se blottir contre les jambes rassurantes de papa ou de maman, et de fermer les yeux, en espérant vaguement que tout ceci n’est qu’un rêve, voire un cauchemar…

La grille s’ouvre, et les sixièmes entrent en flageolant un peu, malgré leurs airs bravaches. Si d’autres niveaux entrent aussi… ils ne sont pas si pressés, et laissent – pour une fois ! – la priorité aux « petits », qu’ils regardent d’un air à la fois vaguement méprisant et attendri.

Dans la cour, c’est la ruée vers les feuilles qui affichent la composition des classes. On serre très fort la main du copain ou de la copine, pour ne pas se perdre parmi tout ce monde, mais aussi pour forcer le destin à nous réunir dans la même classe.

On parcourt les listes, à la recherche désespérée de son nom. Au passage, on croise tel ou tel nom connu… et tellement d’inconnus ! Et si mon nom ne s’y trouvait pas ? On appelle mentalement au secours papa ou maman, qui sauraient forcément débrouiller la situation…

Là ! Là ! Sixième 6 ! Et qui d’autre, dans cette classe ? Deux ou trois camarades… pas LE copain ou LA copine… Il (ou elle) est en sixième 8…

Pas question de pleurer, évidemment, même si une grosse boule serre la gorge. Renseigné, notre héros échappe à la bousculade et partage ses regrets avec le meilleur copain…

Sonnerie… Vite, on cherche où l’on doit se ranger ! C’est qui, cette prof devant ma classe ? Oh non ! Pas elle ! Prof principale, en plus !

Angoisse, angoisse, angoisse…

Regards autour, dans la rangée : peu de têtes connues, pas de quoi s’affoler non plus. A part un ou deux qui font les « durs », les autres sont aussi accablés que moi… Un ou deux visages sympa, qui m’adressent même une esquisse de sourire, à laquelle je réponds bravement…

Le rang s’ébranle. Pour un peu, ils se tiendraient tous par la main, tant ils ont peur de se perdre dans cet immense bâtiment. En tous cas, ils se tiennent tellement serrés qu’ils se bousculent un peu, se marchent sur les pieds. Quelques chuchotements entre ceux qui ont la chance, eux, de retrouver ami ou amie…

Impossible de repérer quoi que ce soit dans les couloirs. Oubliée, la visite du mois de juin ! On a juste l’impression d’errer dans un labyrinthe où nous guette je ne sais quel monstre antique…

Arrêt. Cette porte, c’est la classe. Enfin, pour ce matin. Car on se rappelle bien qu’on n’aura plus droit à une salle particulière, qu’on devra changer à chaque heure de cours ! Terrible !

Le cœur battant d’émotion, on se prépare à entrer en sixième 6…

Rentrer… en sixième !

mercredi, août 26th, 2009

Encore 5 jours de vacances… Après, je serai… à la retraite !

J’avoue que cela n’a pas encore beaucoup de sens pour moi… Cela viendra au fil des jours, je pense…

J’ai envie aujourd’hui de vous parler d’une rentrée particulière, riche en émotions de toutes sortes : la rentrée en 6ème !

Si vous connaissez un enfant qui va vivre cette difficile aventure, conseillez-lui donc la lecture de La Sixième, de Susie Morgenstern : l’auteur décrit ce difficile apprentissage… comme si elle l’avait vécu !

J’ai dû faire étudier ce roman 2 ou 3 fois à mes classes : en 6ème, bien sûr, mais aussi, si je me souviens bien, une fois en 5ème. En tous cas, ce sont des 5èmes qui m’avaient rédigé leurs souvenirs d’entrée en 6ème… qui ne démentaient absolument pas les propos de l’écrivaine !

On a beau, depuis quelques années, faire visiter le collège aux élèves de CM2, en fin d’année, ils sont toujours terrorisés quand arrive la fin du mois d’août. Tant de questions, tant d’inconnues !

La plus importante d’abord : est-ce que je serai dans la même classe que mon copain (ma copine) ?

Ces pauvres petits, qui étaient « les grands » de l’école primaire, vont en effet se retrouver les plus petits. Et non seulement ça, mais on va les mélanger, selon quelque ténébreuse alchimie, avec de parfaits inconnus venant d’autres écoles primaires. Dans ma banlieue, ils se retrouvent même avec des « étrangers » d’autres villages !

Si un grand frère ou une grande sœur a déjà fait l’expérience du collège, se joint la crainte de tomber sur tel ou tel prof, « une vraie peau de vache ». Et aussi, si « le grand » a fait un peu trop parler de lui au collège, la peur d’être trop vite étiqueté par les profs…

Tout cela, on ne peut le savoir que le jour de la rentrée : quelles affres !

En attendant, on la prépare activement, cette rentrée ! On fait les courses, on pointe sur la liste remise par le collège les fournitures achetées, en respectant bien le mot à mot. On achète un nouveau sac (les cartables, c’est terriblement « out » !), voire même un sac à roulettes, car on a entendu parler du poids des mots.

Et on prépare son sac, plusieurs jours à l’avance, qu’on vérifie quotidiennement pour voir si on n’a rien oublié. On va chercher la carte qui permettra d’utiliser les transports scolaires (bien que, le premier jour, on vienne souvent accompagné d’un parent), on repère bien où se trouve l’arrêt du car, et combien de temps il faut pour l’atteindre : si on manquait le car, ce serait terrible !

L’autre cause de souci, dans les préparatifs, c’est la tenue : comment m’habiller ? Souvent, les points de vue des parents et des enfants divergent, à ce propos. Il faut une tenue pratique, certes, mais surtout susceptible de séduire tous ces inconnus qu’on va côtoyer dans la classe. Du neuf, de préférence, mais pas trop classique, un zeste de fantaisie est indispensable. Le matin encore de la rentrée, on s’interroge encore sur le choix du plumage…

La gorge trop serrée pour prendre le petit déjeuner habituel, on presse les parents : et si on allait rater le car ? ou la sonnerie du collège ? Ce n’est pas tant la crainte d’être puni (encore que…), mais plutôt celle d’être remarqué (et moqué) par les futurs condisciples…

Que d’angoisses ! Et si on ne trouvait pas son nom sur les listes ? Et si on avait été oublié ? Et si on était dans la même classe que son pire ennemi ? Et si on avait cet horrible prof dont on nous a parlé ? Et si…

Tant de questions ! Et voilà qu’il est l’heure, qu’il faut absolument partir, qu’une envie irrépressible nous jette dans les toilettes comme dans un havre de paix…

C’est l’heure. Il faut y aller. La peur au ventre, mais, si possible, la tête droite du fier conquérant…