Archive pour le mot-clef ‘Le dîner’

Notes de lecture…

Vendredi 14 octobre 2011

Après avoir lu L’homme qui aimait les chiens, dont je vous ai parlé il y a quelque temps, j’ai voulu lire d’autres romans de Leonardo Padura, auteur cubain. J’ai ainsi découvert des « romans policiers » très particuliers, imprégnés du passé et du présent cubains. Mario Conde, le policier héros de ces romans, m’a paru apparenté à l’Adamsberg de Fred Vargas dans ses rapports brumeux avec la réalité du quotidien. Mais Mario a un sens très aigu du passé de son pays, et son culte de l’amitié n’a pour égal que celui qu’il voue au rhum… souvent bu avec lesdits amis…

Dans cette série, j’avoue avoir été le plus touchée par le dernier que j’ai lu : Les brumes du passé.

Mario n’est plus policier, 10 ans ont passé, il achète des livres anciens pour d’autres revendeurs. En faisant du porte à porte, il découvre une superbe bibliothèque contenant des milliers de livres, dont des éditions originales, en sommeil depuis 40 ans…

Je ne suis pas bibliophile au sens strict du terme… mais j’aime les livres… et la description presque amoureuse de cette bibliothèque, la révérence avec laquelle Mario en sortait un volume, la sensualité de son contact avec tel ou tel ouvrage, m’ont profondément émue… Bien sûr, la plupart des titres et auteurs évoqués (à part Heredia) ne me disaient strictement rien : ils évoquaient Cuba, depuis les « origines » (en tous cas, les origines de la colonisation). Mais je ressentais profondément l’émotion du personnage…

A la vue de ce merveilleux trésor (dans tous les sens du terme, car certains de ces livres se revendent à l’étranger plusieurs milliers de dollars…), Mario a un pressentiment de quelque chose d’essentiel. Coutumier de ces prémonitions, il pense en avoir trouvé la raison en découvrant entre les pages d’un livre un article de journal sur Violeta del Rio, chanteuse de boléro des années 50… Et le voilà parti en quête de cette Violeta, de son histoire…

Enquête difficile, menée dans des quartiers d’où l’on ne ressort pas sans plaies ni bosses… Qui se souvient d’une chanteuse de boléro disparue de la scène depuis 50 ans ?

Bien que Mario ait compris que ce n’était pas là le « document caché » qui causait son pressentiment, il poursuit jusqu’au bout son enquête, reliant le passé au présent, les crimes passés aux crimes présents… Le tout sur fond d’histoire de Cuba… et sur fond d’amitiés…

Le titre reflète bien le roman, à mon avis : rêveries brumeuses en effet, liens ténus entre passé et présent. Entre temps, des lettres d’une femme amoureuse à un homme… dont on ne saura qu’à la fin qui ils sont et d’où sortent ces lettres… Tout pour aiguiser la curiosité du lecteur… s’il ne cherche pas un « thriller » aux actions qui s’enchaînent constamment…

* * *

Un autre roman, très différent de ton, de pays et de contenu : Purge, de Sofi Oksanen, auteure finlandaise.

Là aussi, beaucoup de promenades entre passé et présent. Nous sommes en Estonie (parfois à Vladivostock ou ailleurs…), et si l’histoire se déroule en 1992, les incursions dans le passé vont jusqu’en 1936…

En 1936, l’Estonie est une république. Incorporée à l’URSS en 1940. Occupée par les Allemands de 1941 à 1944. Puis à nouveau par les Russes de 1944 à 1991. Redevenue république en 1991… C’est dire si les gens qui ont vécu ces différentes époques ont connu de bouleversements, de goulags ou de camps de concentration, d’exécutions sommaires… et de peur ! La question primordiale est de survivre…

Survivre, c’est l’obsession des deux femmes du roman : une vieille, qui demeure seule dans la maison où elle est née, et une jeune, qui arrive de Vladivostock et trouve refuge chez la première, se croyant (se sachant ?) poursuivie par des hommes qui ne lui feront pas de cadeau…

Leur histoire, à l’une et à l’autre, nous la découvrirons au fil des chapitres, dans un désordre savamment construit qui nous fait comprendre les peurs qui les habitent. Bouleversant…

* * *

Le troisième roman dont je veux vous parler, je l’ai fini hier soir, et lui aussi m’a bouleversée, mais d’une manière différente… Il s’agit de Le dîner, d’Hermann Koch (auteur hollandais). On s’y promène aussi un peu dans le temps, par les retours en arrière du narrateur. Mais l’histoire n’a rien de « typiquement hollandais », malheureusement, et pourrait avoir pour cadre n’importe quel pays « occidental »…

Le narrateur, Paul, est donc convié à dîner au restaurant par son frère Serge, lequel est candidat au poste de Premier ministre. Cette candidature en fait évidemment un « homme politique » dont les manières exaspèrent Paul. Les deux couples se retrouvent donc, et les chapitres sont ceux du repas…

J’ai été séduite dès le départ par le ton du narrateur, humoristique, désabusé… et très amoureux de sa femme. Mais, au fil des plats servis et des retours en arrière, on comprend que la raison de ce repas est bien plus grave qu’il n’y paraît : les deux fils de chacun des couples (un fils pour chaque, comprenez-moi !) ont commis un crime… Deux ados « normaux », de milieux « normaux », sans problèmes particuliers… Un accident, plaident les parents qui veulent à tout prix éviter que leurs enfants soient saisis par la justice. Sauf Serge, qui estime que justice doit être rendue, ne serait-ce que pour que les deux garçons puissent, après avoir « payé leur dû » à la société, reprendre une vie « normale »…

Je ne sais ce qui m’a le plus bouleversée : l’horreur du « crime-accident » des deux ados (avec leurs rires !) ou la façon dont trois des parents minimisent l’histoire.

La quatrième de couverture pose la question :

« Reste la question : jusqu’où irions-nous pour préserver nos enfants ? »

Terrifiant…