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De l’esclavage…

mardi, mai 10th, 2011

10 mai : « Journée de la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition » dans nos écoles…

Je ne suis pas une fan des célébrations, mais profite de l’occasion pour vous offrir quelques citations, issues de mon travail avec des classes de 3ème sur ce thème.

Les élèves étaient par groupes, devaient lire et étudier une dizaine de textes au choix (au moins 2 textes d’argumentation, 2 textes littéraires -1 extrait de roman ou de conte philosophique, 1 poème -, 2 textes de loi, 1 article de presse, 1 texte historique ou 1 document historique) parmi ceux que je mettais à leur disposition..

La plupart de ces textes proviennent de Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation, livre que je vous recommande si vous voulez vous pencher sur la question.

Aristote, Politique, livre I

De même également, la chose dont on est propriétaire est un instrument en vue d’assurer la vie, et la propriété dans son ensemble, une multiplicité d’instruments ; l’esclave lui même est une sorte de propriété animée, et tout homme au service d’autrui est comme un instrument qui tient lieu d’instruments.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Léon Tolstoï, La Sonate à Kreutzer

Mais, monsieur, l’esclavage n’est pas autre chose que le profit des uns obtenu par le travail forcé de beaucoup d’autres. Or donc, pour qu’il n’y ait plus d’esclavage, il faut que les hommes renoncent au travail forcé des autres, en le considérant comme un péché, comme une honte. Et cependant, on abolit les formes extérieures de l’asservissement, on interdit la vente des serfs, on s’imagine, on se persuade que l’esclavage n’existe plus, et l’on refuse de voir qu’il persiste, puisque les hommes aiment toujours à profiter de l’effort d’autrui, tout en croyant agir en pleine équité. Et du moment que le procédé est jugé équitable, il se trouvera toujours des hommes plus forts ou plus malins que d’autres pour savoir l’utiliser. Il en va de même pour l’émancipation de la femme. Son asservissement consiste dans le seul fait que les hommes trouvent équitable de la considérer comme un instrument de plaisir. Oui, bien sûr, on lui donne la liberté, on lui octroie les mêmes droits qu’à l’homme, mais on continue de la considérer comme un instrument de plaisir, ainsi l’élève t on dès son enfance, ainsi demeure t elle dans l’opinion publique. Et c’est pourquoi la femme reste une esclave humiliée et dépravée, et l’homme un esclavagiste débauché.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Diderot et d’Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers

Les Européens font depuis quelques siècles commerce de ces nègres qu’ils tirent de Guinée et des autres côtes de l’Afrique, pour soutenir les colonies qu’ils ont établies dans plusieurs endroits de l’Amérique et dans les Isles Antilles. On tâche de justifier ce que ce commerce a d’odieux et de contraire au droit naturel, en disant que ces esclaves trouvent ordinairement le salut de leur âme dans la perte de leur liberté ; que l’instruction chrétienne qu’on leur donne, jointe au besoin indispensable qu’on a d’eux pour la culture des sucres, des tabacs, des indigos, etc. adoucissent ce qui paraît d’inhumain dans un commerce où des hommes en achètent et en vendent d’autres, comme on ferait des bestiaux pour la culture des terres.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

La Case de l’oncle Tom, Harriet Beecher Stowe

Mais quoi ! voilà que mon maître vient… il m’arrache à mon travail, à mes amis, à tout ce que j’aime, et il me rejette dans la boue ! Et pourquoi ? parce que, dit il, j’oublie qui je suis… Il veut m’apprendre que je ne suis qu’un esclave ! mais voilà qui est la fin de tout, et pire que tout ! Il se met entre ma femme et moi… Il veut que je l’abandonne et que j’en prenne une autre… et tout cela, vos lois lui permettent de le faire… en dépit de Dieu et des hommes ! Monsieur Wilson, prenez y garde ! il n’y a pas une de ces choses qui ont brisé le cœur de ma mère, de ma sœur et de ma femme… il n’y a pas une de ces choses qui ne soit permise par vos lois. Chaque homme, dans le Kentucky, peut faire cela, et personne ne peut lui dire non ! Appelez vous ces lois les lois de mon pays ?

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Prosper Mérimée, Tamango

De la sorte, son navire contenait une dizaine de nègres de plus qu’un autre du même tonnage. À la rigueur, on aurait pu en placer davantage ; mais il faut avoir de l’humanité, et laisser à un nègre au moins cinq pieds en longueur et deux en largeur pour s’ébattre, pendant une traversée de six semaines et plus ;  » car enfin  » disait Ledoux à son armateur pour justifier cette mesure libérale,  » les nègres. après tout, sont des hommes comme les Blancs « .

[…]

Restait encore une trentaine d’esclaves : c’étaient des enfants, des vieillards, des femmes infirmes. Le navire était plein.
Tamango, qui ne savait que faire de ce rebut, offrit au capitaine de les lui vendre pour une bouteille d’eau de vie la pièce. L’offre était séduisante. Ledoux se souvint qu’à la représentation des Vêpres siciliennes à Nantes, il avait vu bon nombre de gens gros et gras entrer dans un parterre déjà plein, et parvenir cependant à s’y asseoir, en vertu de la compressibilité des corps humains. Il prit les vingt plus sveltes des trente esclaves.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

William Styron, Les Confessions de Nat Turner, Folio, 1969

Car, que pouvait signifier la liberté pour un homme comme Arnold ? Sans instruction, sans métier, maladroit par nature, enfantin et crédule, l’esprit abruti par les quarante années pendant lesquelles il n’avait été qu’un bétail, il avait sans doute trouvé la vie suffisamment douloureuse tant qu’il était esclave. Maintenant, libéré par la grâce et la piété de sa maîtresse (qui lui avait laissé cent dollars gaspillés en eau de vie pendant sa première année de liberté mais qui n’avait pas pensé à lui faire apprendre un métier), le vieil idiot n’existait qu’à la lisière de la vie, plus insignifiant, plus misérable qu’il ne l’avait jamais été au temps où il était esclave.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Aimé Césaire, écrivain et maire de Fort de France

1848-1998
Cent cinquantenaire des Révoltes d’Esclaves

Qu’est-ce que la haine sinon la bonne pièce de bois attachée au cou de l’esclave et qui l’empêtre, ou l’énorme aboiement du chien qui vous prend la gorge ?
Moi, j’ai une fois pour toutes refusé d’être esclave.
Architecte aux yeux bleus, je te défie !

site : Office Municipal de la Culture de Pointe-À-Pitre

Tourgueniev, Mémoires d’un chasseur

 » Dis moi, il y a longtemps que tu es pêcheur ? lui demandai je.
– Plus de six ans, répondit il en se redressant.
– Et auparavant, que faisais tu ?
– Avant, j’étais cocher.
– Qu’est ce qui t’a fait changer de métier ?
– La nouvelle maîtresse.
– Quelle maîtresse ?
– Celle qui nous a achetés dernièrement. Vous la connaissez peut-être : Aliona Timofievna, une grosse dame, qui n’est plus bien jeune.
– Pour quelle raison a t elle voulu que tu sois pêcheur ?
– Dieu sait !

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Eugène Sue, Atar Gull

BEUFRY. Moi j’ai un moyen bien commode, non seulement d’éviter la nourriture de mes vieux nègres hors de service, mais encore de rentrer dans mes fonds, et au delà…
WIL ET LES CONVIVES. Contez nous ça… c’est un miracle.
BEUFRY. Du tout, c’est bien simple, vous savez que le gouvernement donne deux mille francs de tout nègre supplicié pour assassinat ou pour vol, afin que le propriétaire n’essaie pas de soustraire les coupables à la justice, dans la crainte de perdre une valeur
WIL. Eh bien…
BEUFRY. Eh bien… les gueux de Noirs, arrivés surtout à un âge très avancé, ont bien toujours quelques peccadilles sur la conscience, c’est impossible autrement ; ainsi, on est toujours sûr de ne pas se tromper ; on aposte donc deux témoins qui affirment l’avoir vu voler, par exemple. Les preuves ne manquent pas ; on l’envoie à la geôle, et s’il est trouvé coupable, ce qui arrive ordinairement, on le pend… et en échange, on vous compte deux mille francs écus…

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Décret du 4 février 1794.

La Convention nationale déclare que l’esclavage des nègres dans toutes les colonies est aboli. En conséquence, elle décrète que tous les hommes SANS DISTINCTION DE COULEUR domiciliés dans les colonies sont citoyens français, et JOUIRONT DE TOUS LES DROITS assurés par la Constitution.

Disposition abolie par Bonaparte :

Décret du 30 floréal An X (20 mai 1802)

 » Article 1. L’esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789.
Article 2. La traite des noirs et leur importation dans les dites colonies auront lieu conformément aux lois et règlements existant avant cette époque de 1789. « 

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Proclamation d’abolition 1863

Je, Abraham Lincoln, Président des États Unis en vertu du pouvoir qui m’est conféré comme Commandant en Chef de l’Armée et de la Marine des États Unis à une époque de rébellion armée effective contre l’autorité et le gouvernement des États-Unis, et comme mesure de guerre convenable et nécessaire pour anéantir la susdite rébellion, en ce premier jour de janvier de 1863, et en accord avec mon projet d’agir ainsi, publiquement proclamé, ordonne et déclare que toutes les personnes possédées comme esclaves dans les États et parties d’États ci dessus désignés sont libres et le seront à l’avenir ; et que le gouvernement exécutif des États-Unis, y compris ses autorités militaires et navales, reconnaîtra et maintiendra la liberté des susdites personnes.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Condorcet, Réflexions sur l’esclavage des Nègres, 1781

En supposant qu’on sauve la vie des Nègres qu’on achète, on ne commet pas moins un crime en l’achetant, si c’est pour le revendre ou le réduire en esclavage. C’est précisément l’action d’un homme qui, après avoir sauvé un malheureux poursuivi par des assassins, le volerait.

Voltaire, Candide, chapitre XIX

Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.

site Vitellus

L’Œil le plus bleu, Toni Morrison, Christian Bourgois éditeur traduit par J. Guiloineau,1994 pour l’édition française

Elle lève les yeux vers lui, et voit le vide là où devrait se trouver la curiosité. Et quelque chose de plus. L’absence totale de reconnaissance humaine la séparation glacée. Elle ne sait pas ce qui retient ce regard suspendu ainsi. Peut être parce qu’il est adulte, que c’est un homme et elle une petite fille. Mais elle a déjà vu de l’intérêt, du dégoût et même de la colère dans les yeux des hommes. Pourtant ce vide n’est pas nouveau pour elle. Il a quelque chose de blessant ; quelque part, sous la paupière inférieure, il y a du dégoût. Elle l’a vu tapi dans les yeux de tous les Blancs. Voilà. Le dégoût doit être pour elle, pour sa peau noire. Ici tout est mouvement et anticipation. Mais sa peau noire est immobilité et crainte. C’est sa peau noire qui explique, qui crée le vide marqué par le dégoût dans les yeux des Blancs.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1772

Tu n’es pas esclave : tu souffrirais la mort plutôt que de l’être, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t’emparer comme de la brute, le Tahitien, est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui, qu’il n’ait pas sur toi ?

site Vitellus

Article Traite des Nègres : 1766.

Jaucourt, in Encyclopédie

Il n’y a donc pas un seul de ces infortunés que l’on prétend n’être que des esclaves, qui n’ait droit d’être déclaré libre, puisqu’il n’a jamais perdu la liberté ; qu’il ne pouvait pas la perdre ; et que son prince, son père, et qui que ce soit dans le monde n’avait le pouvoir d’en disposer ; par conséquent la vente qui en a été faite est nulle en elle-même ; ce nègre ne se dépouille, et ne peut pas même se dépouiller jamais de son droit naturel ; il le porte partout avec lui, et il peut exiger partout qu’on l’en laisse jouir. C’est donc une inhumanité manifeste de la part des juges des pays libres où il est transporté, de ne pas l’affranchir à l’instant en le déclarant libre, puisque c’est leur semblable, ayant une âme comme eux.

site Vitellus

Montesquieu , De l’Esprit des Lois, Livre XV, Chapitre 5

DE L’ESCLAVAGE DES NÈGRES

Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique pour s’en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

(Si vous voulez le texte complet, voir http://blogdeprof.fr/?p=278)

Rousseau, Le Contrat social, livre 1 chapitre 4, avril 1762

Ainsi, de quelque sens qu’on envisage les choses, le droit d’esclave est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires ; ils s’excluent mutuellement ; soit d’un homme à un homme, soit d’un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé.

site Vitellus

Denis Diderot, Contribution à l’Histoire des deux Indes de l’abbé Raynal (1780)

Hommes ou démons, qui que vous soyez, oserez-vous justifier les attentats contre ma liberté naturelle par le droit du plus fort ? Quoi ! celui qui veut me rendre esclave n’est point coupable ? Il use de ses droits ? Où sont-ils ces droits ? Qui leur a donné un caractère assez sacré pour faire taire les miens ? Je tiens de la nature le droit de me défendre ; elle ne t’a donc pas donné celui de m’attaquer.

PRIS AU PIÈGE DANS DES GOULAGS TROPICAUX

C’est le jour de la première paye qu’explose à la face des péoès 3 la terrible réalité :  » J’avais fait 13 alqueires 4 de débroussaillage, raconte, encore vibrant, M. José Ribamar Diaz, quand je suis allé réclamer mon salaire : on m’a ri au nez ; il n’y avait pas de paye, il fallait continuer à travailler car… je devais de l’argent !  »
Une dette, en effet, les emprisonne, qu’ils découvrent soudain. Car, leur dit on, ils doivent rembourser le prix de leur voyage dans le camion à bestiaux. En outre, ils ont acheté, à la cantina, bottes, machettes, haches, ustensiles de cuisine, savon et aliments. Or, ils doivent tout payer, même l’eau !
 » Les prix ? On ne les connaissait pas. Quand on les a découverts, on s’est rendu compte que ce qui valait 10 000 cruzeiros à Redençao, on nous le facturait 30 000 ! Un sac de riz de 20 000, c’était 80 000 ! À l’heure de faire les comptes, ils nous expulsaient, ne nous laissaient pas calculer, faisaient comme ils voulaient les additions. Et l’on ne pouvait rien faire, ils étaient les patrons. « 

Maurice Lemoine, Le Monde diplomatique, Août 1993.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

LA PROSTITUTION DES MINEURS, COMMERCE MONDIAL

Les clients des prostituées craignent tant le sida qu’ils les recherchent de plus en plus jeunes, les pensant ainsi non contaminées. C’est ignorer l’habileté et le goût du lucre des souteneurs qui, louant très cher les services d’enfants vierges, leur font refaire à plusieurs reprises des  » virginités  » hautement rentables.
C’est ainsi que l’on compte en Thaïlande, selon l’estimation de l’Unicef, environ 300 000 enfants de moins de seize ans travaillant dans des bars et des maisons closes. Hermétiquement closes puisque ces enfants, dont la majorité ont été enlevés ou achetés dans le nord du pays partie la plus pauvre de la Thaïlande, peuplée de minorités , sont enfermés de jour comme de nuit. Ils sont d’abord livrés, dans une chambre gardée, à leurs premiers clients, qui défileront au rythme de dix à quinze par jour. Pour la plu-part, ces rapports sexuels contraints s’accompagnent de coups et de mauvais traitements de toutes sortes.

Claire Brisset, Le Monde diplomatique, Août 1996.
in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

L' » héritage  » de l’esclavage aux Antilles

A Fort-de-France, les élèves d’une classe d’hypokhâgne ont accepté d’évoquer l’esclavage et ses séquelles, cent cinquante ans après son abolition. Un débat serein entre des jeunes qui incarnent l’avenir des Antilles.

Je ne pourrai jamais oublier une scène qui s’est produite quand j’étais petite et qui illustre l’incroyable complexité des rapports hérités de l’esclavage. Ma tante était venue me chercher à la sortie de l’école. Il y avait plein d’enfants, et un petit Blanc s’est retrouvé près de moi. Ma tante l’a aperçu et, à ma grande stupéfaction, je l’ai vue le saluer, très respectueusement :  » Bonjour Monsieur de Lagarrigue. « … Cela m’a fait beaucoup de peine.

Annick Cojean, Vendredi 24 avril 1998
© Le Monde 1998
site Horizons

Des domestiques étrangers vivent dans des conditions de quasi-esclavage

Le Comité France contre l’esclavage moderne dénonce des « situations intolérables » d’exploitation de domestiques étrangers par leurs employeurs. Une dizaine d’affaires ont été portées à sa connaissance, dont la moitié font l’objet de procédures en justice. Les victimes sont le plus souvent des femmes, parfois des couples, originaires de pays en développement, venues en France pour échapper à la misère. En situation irrégulière ou privées de papiers, elles hésitent à porter plainte.
Lorsque leurs employeurs bénéficient de l’immunité diplomatique, le ministère des affaires étrangères tente de régler les dossiers à l’amiable

tiré du journal « Le Monde » – 15 juillet 1997
site ClioTexte

Code noir

Promulgué par Louis XIV en mars 1685, le Code noir réglementait l’esclavage aux Antilles et en Louisiane. Il ne fut définitivement aboli qu’en 1848 (voir texte n° 38). ses 60 articles étaient destinés à maintenir la  » discipline de l’Église catholique, apostolique et romaine  » et à régler  » l’état et la qualité des nègres esclaves « . ce texte longtemps méconnu est fondamental pour comprendre l’histoire de l’esclavage français.

Article 1. Voulons et entendons que l’édit du feu roi de glorieuse mémoire notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles. Ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.
Article 2. Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achèteront des nègres nouvellement arrivés d’en avertir les gouverneur et intendant des dites îles dans huitaine au plus tard, à peine d’amende arbitraire […]

Article 26. Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres selon que nous l’avons or-donné par ces présentes pourront en donner l’avis à notre procureur général et mettre les mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d’office, si les avis lui en viennent d’ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais, ce que nous vou-lons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves. […]

Article 42. Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes ; leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membre, à peine de confiscation des esclaves et d’être procédé contre les maîtres extraordinairement.
Article 43. Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres ou les commandeurs qui auront tué un esclave sous leur puissance ou sous leur direction, et de punir le meurtre selon l’atrocité des circonstances ; et en cas qu’il y ait lieu de l’absolution, permettons à nos officiers de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs absous, sans qu’ils aient besoin d’obtenir de nous des lettres de grâce.
Article 44. Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels entrer en la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers sans préciput ni droit d’aînesse, ni être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni aux retranchements des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort ou testamentaire.[…]
Article 47. Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari de la femme et leurs enfants impubères, s’ils sont tous sous la puissance du même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en seront faites, ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires, sur peine contre ceux qui feraient les aliénations d’êtres privés de celui ou de ceux qu’ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu’ils soient tenus de faire aucun supplément de prix. […]

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

(Le plus horrible de ce texte… c’est qu’il tentait de « limiter » les exactions des « propriétaires »…)

Décret d’abolition

Le Gouvernement provisoire,
Considérant que l’esclavage est un attentat contre la dignité humaine ;
Qu’en détruisant le libre arbitre de l’homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir
Qu’il est une violation flagrante du dogme républicain : Liberté, Égalité, Fraternité ;
Considérant que si des mesures effectives ne suivaient pas de très près la proclamation déjà faite du principe de l’abolition, il en pourrait résulter dans les colonies les plus déplorables désordres,
Décrète :
Article 1. L’esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d’elles. À partir de la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres, seront absolument interdits.

Fait à Paris, en Conseil du Gouvernement, le 27 avril 1848.
Les Membres du Gouvernement provisoire.
in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN
Composée de 35 articles, cette déclaration servit de préface à la Constitution adoptée par la Convention en juin 1793.

Le peuple français, convaincu que l’oubli et le mépris des droits naturels de l’homme, sont les seules causes des malheurs du monde, a résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, ces droits sacrés et inaliénables, afin que tous les citoyens pouvant comparer sans cesse les actes du gouvernement avec le but de toute institution sociale, ne se laissent jamais opprimer, avilir par la tyrannie ; afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur ; le magistrat la règle de ses devoirs ; le législateur l’objet de sa mission. En conséquence, il proclame, en présence de l’Être suprême, la déclaration suivante des droits de l’homme et du citoyen.

Article 18. Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre, ni être vendu ; sa personne n’est pas une propriété aliénable. La loi ne reconnaît point de domesticité ; il ne peut exister qu’un engagement de soins et de reconnaissance, entre l’homme qui travaille et celui qui l’emploie.

Pétition
Depuis 1844, les pétitions réclamant à la Chambre l’abolition de l’esclavage se multipliaient. Le 7 mai 1846, la Société française pour l’abolition de l’esclavage pétitionna en faveur de l’émancipation des esclaves en Algérie : les  » îles  » n’étaient en effet pas les seules terres à porter ce fléau. En avril 1847, elle reçut 11 000 signatures.
La plus marquante d’entre ces pétitions a été initiée par Victor Schœlcher en août 1847 : en voici la péroraison.

Nous demandons, Messieurs, l’abolition immédiate et complète de l’esclavage dans les colonies françaises ;
Parce que la propriété de l’homme sur l’homme est un crime ;
Parce que l’épreuve des lois des 18 et 19 juillet 1845 a rendu plus manifestes que jamais l’insuffisance et le danger des moyens prétendus préparatoires ;
Parce qu’aujourd’hui même ces lois ne sont pas encore appliquées dans leur entier ;
Parce qu’on ne peut détruire les vices de la servitude qu’en détruisant la servitude elle même ;
Parce que toutes les notions de justice et d’humanité se perdent dans une société à esclaves ;
Parce que l’homme est encore vendu à l’encan, comme du bétail, dans nos colonies ;

Rapport préparatoire au décret d’abolition.

Le rapport préparatoire au décret a été construit en se fondant sur l’état antérieur de l’esclavage, à la fois juridique (le Code noir) et économique (l’organisation des îles), et en réfutant tous les obstacles pressentis. Ce rapport est remis au Gouvernement provisoire le 15 avril 1848. En voici des extraits qui respectent l’architecture générale du document et en restituent les grandes articulations.

La propriété sera donc libérée, en même temps que le travail aura été affranchi. Désormais, un mutuel accord réglera, entre le propriétaire et le travailleur, ce que le pouvoir absolu du maître imposait jadis à son esclave, et 1’on devra surtout s’appliquer à résoudre de la manière la plus équitable et la plus prompte les difficultés que ce nouveau régime peut susciter entre les deux parties.

La République n’entend plus faire de distinction dans la famille humaine. Elle ne croit pas qu’il suffise, pour se glorifier d’être un peuple libre, de passer sous silence toute une classe d’hommes tenue hors du droit commun de l’humanité. Elle a pris au sérieux son principe. Elle répare envers ces malheureux le crime qui les enleva jadis à leurs parents, à leur pays natal, en leur donnant pour patrie la France et pour héritage tous les droits du citoyen français ; et, par là, elle témoigne assez hautement qu’elle n’exclut personne de son immortelle devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

Le sous secrétaire d’État président de la Commission : V. SCHŒLCHER.
Le secrétaire de la Commission : H. WALLON. « 

La Déclaration universelle des droits de l’homme,10 décembre 1948

Article 1. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Article 2. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique et de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Une vente d’esclaves en 1806

Basse-Terre (Guadeloupe), le 19 décembre 1806.
Le Directeur particulier du domaine,
Prévient le public, qu’il sera vendu, conformément aux ordres de M. le Général Préfet, et par-devant M. l’Inspecteur colonial, le 5 janvier 1807, au plus offrant et dernier enchérisseur, les nègres ci-après, détenus à la geôle de la Basse-Terre, savoir :
Le nègre épave, 1 nommé Phaëton, menuisier, âgé d’environ 60 ans, se disant à M Jamet-Delorme, de la Martinique ;
La négresse Suzanne, âgée d’environ 20 ans, provenant des prises 2 ;
Le nègre épave, nommé Mathurin, âgé d’environ 15 ans, se disant appartenir à M. Dupaty, de Sainte-Anne ;
La cabresse 3 nommée Rose, âgée d’environ 6 ans, ne connaissant point de maître ; sa mère, nommée Praxelle, marronne 4 depuis longtemps.
Les réclamations, dans le cas, où il s’en présenterait, doivent être adressées à la direction particulière du domaine, avant le 4 janvier 1807.
Laniboire
Vu et approuvé par le Général de brigade Préfet colonial de la Guadeloupe et dépendances.

Texte intégral d’une annonce reproduite par Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, tome quatrième : 1803-1830, Basse-Terre, 1860, rééd. EDCA, 1976, p. 75.

1 Epave : esclave vieux ou malade, abandonné par le maître.
2 Prise : esclave pouvant provenir des prises en mer. La guerre de course avait été relancée en 1794 par Victor Hugues. Cette guerre, qui fit les beaux jours des corsaires et des entrepôts pointois, entraîna des hostilités entre la France et les Etats-Unis.
3 Cabresse ou capresse, capre : on désigne ainsi des personnes noires et relativement claires de peau (« claire de peau » est l’expression la plus commune en français des Antilles). Aux lecteurs métropolitains qui voudraient une définition plus précise, il faut préciser que ces taxonomies fondées sur des catégories pseudo-scientifiques erronées, ne se prêtent guère à des définitions précises et rationnelles.
4 Marron, marronne : de l’espagnol « cimarron », esclave en fuite. le marronnage pouvait être occasionnel ou définitif. Verbe : marronner.

Les Martyrs de la liberté

Les révoltes des esclaves débutèrent dès l’instant où la traite commença.
Des millions d’hommes et de femmes périrent autant par les maladies que par les sévices d’autant plus féroces que la ré-volte menaçait à tout instant.
La fin du 18ème siècle et le début du 19ème virent la résistance à l’oppresseur s’organiser constituant « l’Épopée noire ».
Les noms de ces martyrs héros de la liberté en Guadeloupe, en Haïti, en Martinique sont peu connus, exceptés les plus célèbres d’entre eux, tant il est vrai qu’un voile de méconnaissance recouvre « pudiquement » notre histoire et singulièrement le passé esclavagiste de celle-ci.
Profitons de l’intérêt suscité par la commémoration du 150e anniversaire de l’esclavage pour en rappeler les noms et les faits.

site Office Municipal de la Culture de Pointe-À-Pitre

HISTOIRE SUCCINCTE DE L’ESCLAVAGE ET DE SON ABOLITION
PAR Michel PUZELAT, professeur d’Histoire à la faculté de Paris VII Saint Denis

1492 : Colomb aborde aux  » Indes »
1500 : les premiers esclaves africains sont transportés aux Antilles.
1503 : la culture de la canne à sucre est introduite à Saint-Domingue
Moins de dix ans s’écoulent donc entre le premier voyage de Colomb et l’arrivée aux Antilles des premiers esclaves afri-cains. Rappelons aussi que le début de la tragédie africaine répond à la disparition dramatique des populations américaines, sous l’effet conjugué de la violence des  » conquistadores » et des maladies importées par les Blancs.
Quelques chiffres témoignent de l’ampleur de cette hécatombe : des 50 (peut-être 80) millions d’ « Indiens » qui peu-plaient l’Amérique lors de l’arrivée des Européens, n’en subsistent plus qu’une dizaine de millions un siècle plus tard. A Saint-Domingue, premier territoire colonisé, le bilan est encore plus effroyable : cinq millions d’autochtones en 1492, 125 en 1570…

site Mosaïque

PROPOSITION DE LOI
adoptée par l’assemblée nationale en première lecture, tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

Article 1er
La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.

18 février 1999

Le Président,
Signé : Laurent FABIUS.

site Assemblée nationale

4. Nul ne sera tenu en esclavage, ni en servitude, l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
Déclaration universelle des droits de l’homme

La lutte contre l’esclavage ne deviendra pleinement effective qu’après que le droit interne de chaque pays eut intégré dans sa législation une incrimination pour fait d’esclavage. C’est ce que le législateur français a opportunément décidé en incorporant au nouveau code pénal un article 212 1 qui punit de la réclusion criminelle à perpétuité les crimes contre l’humanité, parmi lesquels figure désormais la réduction en esclavage. La seule force des mots ne servirait, elle, qu’à occulter la question essentielle à laquelle ne répondent, ni la déclaration, ni le nouveau code pénal : qu’est ce que l’esclavage ?

Or, c’est sur le terrain de la violation de la liberté du consentement que les formes contemporaines de l’esclavage se manifestent :
– celle des trois cents millions d’enfants de cinq à quatorze ans asservis par le travail, la guerre ou la prostitution, comme celle des femmes victimes d’une traite qui n’est plus  » blanche  » ;
– celle des populations déplacées de force en Afrique, au Kosovo et ailleurs…

Monique Pelletier,
avocate au barreau de Paris, ancienne secrétaire d’État à la justice (1978) et ancienne ministre déléguée à la condition féminine et à la famille (1978-1981)

in La Déclaration universelle des droits de l’homme, Gallimard, Folio, 1998.

Le témoignage de Kaboli
 » Ma vie est perdue… « 

J’avais quinze ans quand mon père, qui tenait une petite échoppe de vêtements dans un village du Tamil Nadu [État du sud de l’Inde], est mort. Ma mère a gardé la boutique pour pouvoir s’occuper de mes trois sœurs et de mes deux frères, mais la vie était très difficile. Nous avions très peu d’argent et nous n’allions pas à l’école. Aucun de nous n’a appris à lire ou à écrire. Un jour, ma tante a expliqué à ma mère qu’elle pouvait trouver un travail pour moi, dans une bonne famille, avec un salaire correct. Ma mère lui a donné son accord et m’a dit d’y aller, alors même qu’elle ne savait pas où c’était.
J’ai donc pris le train avec ma tante. Après deux jours de voyage, nous sommes arrivées à Delhi. Là, une femme qui avait quarante ou cinquante ans nous attendait. Ma tante m’a demandé de la suivre en me disant qu’elle nous rejoindrait plus tard. Cette dame avait la peau claire : elle était bien habillée, elle parlait bien et j’ai accepté d’aller avec elle. Avant de partir, je l’ai vue remettre une enveloppe à ma tante, que je n’ai plus jamais revue. Elle avait beau habiter dans le même village que nous, nous ne savions pas ce qu’elle faisait. Bien sûr, nous savions qu’elle avait de l’argent, mais nous ne nous sommes jamais demandé pourquoi.
Quand on est arrivées à la maison, dans un quartier populeux du vieux Delhi, j’ai tout de suite vu que quelque chose n’al-lait pas. Il y avait beaucoup de filles, venant de tous les États. A la manière dont elles étaient habillées et à leur façon de s’ex-primer, j’ai compris. J’ai commencé à pleurer mais la dame m’a dit :  » Tu ne peux rien faire. J’ai payé pour toi, donc c’est mieux d’accepter la situation.  » Cela fait onze ans que je suis ici… Je vis toujours dans la même maison avec quinze autres filles qui se sont toutes retrouvées là dans des circonstances identiques aux miennes.

(Propos recueillis par Françoise Chipaux.)

in La Déclaration universelle des droits de l’homme, Gallimard, Folio, 1998.

René Depestre, MINERAI NOIR
(né en 1926, à Port au Prince, Haïti)

Quand la sueur de l’indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l’or draina au marché la dernière goutte sang indien
De sorte qu’il ne resta plus un seul indien aux alentours des mines d’or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l’Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l’inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l’épaisseur du minerai noir

in Le livre d’or de la poésie contemporaine, Marabout Université

Retour au Laogai
La vérité sur les camps de la mort dans la Chine d’aujourd’hui

Harry Wu est né à Shanghai en 1937. Il a été interné dans des laogai ( » camps de rééducation par le travail « ) pendant 19 ans. Libéré en 1979, il est aujourd’hui citoyen américain. Au risque d’être arrêté à nouveau, il est retourné en Chine pour témoigner des conditions de vie dans les laogai.

On m’autorisa ensuite à passer dans l’atelier de derrière où je découvris un prisonnier presque entièrement caché par une cuve d’un produit chimique destiné à saler les peaux d’agneau. Il s’avança et, à mon grand étonnement, commença à ôter son uniforme. Quand il fut entièrement nu, il descendit dans la cuve et entreprit d’en remuer le contenu avec son corps. .J’eus un frisson en pensant à l’effet que ce produit avait sur sa propre peau. .Je réussis à prendre quelques photos à la dérobée. Gao remarqua cependant l’intérêt que je prenais aux prisonniers.
– Laissez moi vous expliquer, dit il. Aux États Unis, ils ont leurs lois, et ils voudraient les imposer à la Chine.

Harry Wu et George Vecsey, Retour au Laogai, 1996
Éd. Belfond 1997 pour la traduction française.

Au sujet de l’illettrisme (suite de suite)

lundi, novembre 9th, 2009

J’espérais que vous viendriez m’aider de vos réflexions sur la question… mais bon, il va falloir que je continue toute seule…

La question suivante (je n’ai sans doute répondu que très partiellement à la question des causes, mais tant pis !) est, bien évidemment : que peut-on faire pour lutter contre l’illettrisme ?

Il y a des textes et des commissions à ce sujet… mais je suis un peu paresseuse ce matin, et vous laisse libres d’aller vous documenter sérieusement…

L’école ne peut agir qu’à la « racine » du mal. Si, comme je le suppose, l’illettrisme « s’acquiert » en partie à force de ne pas utiliser lecture et écriture, il appartient à d’autres structures d’y chercher réponse : lieu de travail, commune, associations diverses…

Pour l’école, en fonction de mon analyse des causes, il y a deux niveaux d’intervention :

– au départ. Si l’illettrisme est dû à un mauvais apprentissage, c’est dans les premières années du primaire qu’il faut s’en occuper. Et si l’enfant n’est pas prêt, à 6 ans, pour ces apprentissages, il convient de lui fournir une possibilité de mûrir un peu plus lentement. L’instituteur de cours préparatoire remarque sûrement assez vite ces enfants pour qui lecture et écriture restent « lettre morte »… Le problème est que, dans sa classe, il n’a pas la possibilité de s’occuper d’eux plus spécifiquement. Si, deux ou trois heures par semaine, il pouvait « s’affranchir » de sa classe pour s’occuper de ces quelques enfants, avec des activités type maternelle dirigées vers lecture/écriture, peut-être parviendrait-il à les faire avancer quelque peu. Même processus en CE1, afin que ces « lents » parviennent à une lecture/écriture correcte à la fin des deux années.

Quelle structure pour ces heures ? Regrouper les « lents » dans une même activité (souvent, les écoles primaires comportent 2 CP, voire plus) avec un instituteur ? Ou par classe, avec « leur » instituteur ? Je laisse répondre les gens plus familiers de l’école élémentaire…

– au collège. Il est vraisemblable que, quel que soit le soutien accordé aux enfants en primaire… il y aura malgré tout quelques enfants qui seront passés au travers des mailles, et révéleront l’étendue de leurs « non-savoirs » à l’arrivée en 6ème… Il faut alors pouvoir les prendre en charge, et tenter de remédier à leurs difficultés. C’est forcément plus difficile, car l’enfant s’est construit une personnalité au travers de ses sentiments d’échec, et il n’a pas obligatoirement envie de « revenir en arrière », et risquer d’échouer à nouveau. De plus, il est important qu’il n’ait pas l’impression qu’on le fait travailler « en plus » des autres… ni qu’on l’exclue de certains cours ! On pourrait, par exemple, concevoir des « ateliers lecture » sur un même créneau horaire, où les enfants seraient regroupés non par classes mais par « centres d’intérêt ». Un groupe concernerait ces enfants en difficulté, pour lesquels on inventerait jeux et activités les réconciliant avec la lecture.

Et, pour en revenir à ce que je disais il y a quelques jours, comme quoi le recours à l’oral facilite souvent l’utilisation de l’écrit, on pourrait peut-être faire naître l’envie d’écrire de récits oraux… Utilisation de l’ordinateur, impression de textes, illustrations, création de « livres »… Ce genre d’activité permettrait peut-être à certains enfants de reprendre pied…

J’ai bien conscience ici d’enfoncer des portes ouvertes, et que bien des personnes plus autorisées que moi ont mené des réflexions beaucoup plus précises et complètes. Mais… en une quarantaine d’années de collège, je n’ai jamais vu qu’on se soucie de ces enfants. Entendons-nous bien : les professeurs font ce qu’il leur est possible de faire dans le cadre de leurs cours… mais cela ne peut suffire, la plupart du temps, à « débloquer » des enfants dont les apprentissages primaires ont été insuffisants… Peut-être (sûrement, même !) existe-t-il des établissements où l’on a essayé de remédier au problème… Si vous en avez connaissance, si vous avez quelque expérience en ce domaine… merci de nous en faire profiter !

Rentrer… en sixième !

mercredi, août 26th, 2009

Encore 5 jours de vacances… Après, je serai… à la retraite !

J’avoue que cela n’a pas encore beaucoup de sens pour moi… Cela viendra au fil des jours, je pense…

J’ai envie aujourd’hui de vous parler d’une rentrée particulière, riche en émotions de toutes sortes : la rentrée en 6ème !

Si vous connaissez un enfant qui va vivre cette difficile aventure, conseillez-lui donc la lecture de La Sixième, de Susie Morgenstern : l’auteur décrit ce difficile apprentissage… comme si elle l’avait vécu !

J’ai dû faire étudier ce roman 2 ou 3 fois à mes classes : en 6ème, bien sûr, mais aussi, si je me souviens bien, une fois en 5ème. En tous cas, ce sont des 5èmes qui m’avaient rédigé leurs souvenirs d’entrée en 6ème… qui ne démentaient absolument pas les propos de l’écrivaine !

On a beau, depuis quelques années, faire visiter le collège aux élèves de CM2, en fin d’année, ils sont toujours terrorisés quand arrive la fin du mois d’août. Tant de questions, tant d’inconnues !

La plus importante d’abord : est-ce que je serai dans la même classe que mon copain (ma copine) ?

Ces pauvres petits, qui étaient « les grands » de l’école primaire, vont en effet se retrouver les plus petits. Et non seulement ça, mais on va les mélanger, selon quelque ténébreuse alchimie, avec de parfaits inconnus venant d’autres écoles primaires. Dans ma banlieue, ils se retrouvent même avec des « étrangers » d’autres villages !

Si un grand frère ou une grande sœur a déjà fait l’expérience du collège, se joint la crainte de tomber sur tel ou tel prof, « une vraie peau de vache ». Et aussi, si « le grand » a fait un peu trop parler de lui au collège, la peur d’être trop vite étiqueté par les profs…

Tout cela, on ne peut le savoir que le jour de la rentrée : quelles affres !

En attendant, on la prépare activement, cette rentrée ! On fait les courses, on pointe sur la liste remise par le collège les fournitures achetées, en respectant bien le mot à mot. On achète un nouveau sac (les cartables, c’est terriblement « out » !), voire même un sac à roulettes, car on a entendu parler du poids des mots.

Et on prépare son sac, plusieurs jours à l’avance, qu’on vérifie quotidiennement pour voir si on n’a rien oublié. On va chercher la carte qui permettra d’utiliser les transports scolaires (bien que, le premier jour, on vienne souvent accompagné d’un parent), on repère bien où se trouve l’arrêt du car, et combien de temps il faut pour l’atteindre : si on manquait le car, ce serait terrible !

L’autre cause de souci, dans les préparatifs, c’est la tenue : comment m’habiller ? Souvent, les points de vue des parents et des enfants divergent, à ce propos. Il faut une tenue pratique, certes, mais surtout susceptible de séduire tous ces inconnus qu’on va côtoyer dans la classe. Du neuf, de préférence, mais pas trop classique, un zeste de fantaisie est indispensable. Le matin encore de la rentrée, on s’interroge encore sur le choix du plumage…

La gorge trop serrée pour prendre le petit déjeuner habituel, on presse les parents : et si on allait rater le car ? ou la sonnerie du collège ? Ce n’est pas tant la crainte d’être puni (encore que…), mais plutôt celle d’être remarqué (et moqué) par les futurs condisciples…

Que d’angoisses ! Et si on ne trouvait pas son nom sur les listes ? Et si on avait été oublié ? Et si on était dans la même classe que son pire ennemi ? Et si on avait cet horrible prof dont on nous a parlé ? Et si…

Tant de questions ! Et voilà qu’il est l’heure, qu’il faut absolument partir, qu’une envie irrépressible nous jette dans les toilettes comme dans un havre de paix…

C’est l’heure. Il faut y aller. La peur au ventre, mais, si possible, la tête droite du fier conquérant…

Sigles et Abréviations

mercredi, août 5th, 2009

Parmi les cadeaux qui m’ont été offerts lors de mon anniretraimaillère, ce tout petit livre à feuilleter de temps en temps : Jeux de sigles ! de Pascal Petiot et Pascal Argence, aux éditions First. Les auteurs s’y amusent à imaginer des définitions pour un bon nombre de sigles, plus ou moins connus. Voici quelques extraits (je n’ai pas copié toutes les définitions pour chaque sigle…) :

MST

  • Microbes Salement Tenaces
  • Momentanément Sexe Terminé
  • Macho Sévèrement Touché
  • Maintenant Soirées Tranquilles
  • Mariage Sûrement Terminé
  • Maudit Souvenir Touristique
  • Misère Sexuelle Temporaire
  • Maudit(e) Sois-Tu !
  • PDG

  • Peur Des Grévistes
  • Parachute Doré Garanti
  • Patron Définitivement Gagnant
  • Président De Gala
  • Président Difficilement Généreux
  • VRP

  • Visiteur de Restaurant en Province
  • Vendeur Relooké Plouc
  • Vendeur Rarement Prospère
  • Voyage Rarement Payant
  • NRJ

  • Ne Répond Jamais
  • Niaiseries Radiophoniques Jubilatoires
  • Nouvelle Radio Jetable
  • Nous Ratissons Jeune
  • Nouvelle Restriction de Jugeotte
  • Et, pour terminer, ce sigle qui commence le recueil (je ne le connaissais pas, et ai mis la bonne définition parmi les autres… histoire de voir si vous saurez mieux que moi la découvrir !) :

    AAAAA

  • Association des Adolescents Acnéiques Affreusement Affectueux
  • Amants Adultères Allergiques Aux Alliances
  • Anti Association Anarchiste Absolument Antitout
  • Association Amicale des Andouilles Absolument Abrutis
  • Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique
  • Assemblée Anonyme des Apolitiques Anticonstitutionnellement Abstentionnistes
  • Amateurs Avisés d’Art Abstrait Albanais
  • Association d’Authentiques Amateurs d’Abus d’Alcool
  • Amicale des Anciens Acrobates Alcooliques Accidentés
  • D’autres extraits un autre jour, peut-être…

    De l’horrible danger…

    vendredi, juin 19th, 2009

    Tout d’abord, je vous prie de m’excuser pour mon silence d’hier… dû à l’arrivée tant attendue de l’offre de prêt immobilier et aux démarches (banque, notaire, agence…) qui s’en sont ensuivies…

    Si vous permettez (si vous ne permettez pas… il est trop tard !), pour répondre au commentaire de Lulubie, je voudrais faire appel à un illustre auteur, qui écrivit le texte suivant (abordé hier en classe de 3ème) :

    DE L’HORRIBLE DANGER DE LA LECTURE

    Nous Joussouf-Chéribi, par la grâce de Dieu mouphti du Saint-Empire ottoman, lumière des lumières, élu entre les élus, à tous les fidèles qui ces présentes verront, sottise et bénédiction.

    Comme ainsi soit que Saïd-Effendi, ci-devant ambassadeur de la Sublime-Porte vers un petit État nommé Frankrom, situé entre l’Espagne et l’Italie, a rapporté parmi nous le pernicieux usage de l’imprimerie, ayant consulté sur cette nouveauté nos vénérables frères les cadis et imans de la ville impériale de Stamboul, et surtout les fakirs connus par leur zèle contre l’esprit, il a semblé bon à Mahomet et à nous de condamner, proscrire, anathématiser ladite infernale invention de l’imprimerie, pour les causes ci-dessous énoncées.

    1° Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l’ignorance, qui est la gardienne et la sauvegarde des États bien policés.

    2° Il est à craindre que, parmi les livres apportés d’Occident, il ne s’en trouve quelques-uns sur l’agriculture et sur les moyens de perfectionner les arts mécaniques, lesquels ouvrages pourraient à la longue, ce qu’à Dieu ne plaise, réveiller le génie de nos cultivateurs et de nos manufacturiers, exciter leur industrie, augmenter leurs richesses, et leur inspirer un jour quelque élévation d’âme, quelque amour du bien public, sentiments absolument opposés à la saine doctrine.

    3° Il arriverait à la fin que nous aurions des livres d’histoire dégagés du merveilleux qui entretient la nation dans une heureuse stupidité. On aurait dans ces livres l’imprudence de rendre justice aux bonnes et aux mauvaises actions, et de recommander l’équité et l’amour de la patrie, ce qui est visiblement contraire aux droits de notre place.

    4° Il se pourrait, dans la suite des temps, que de misérables philosophes, sous le prétexte spécieux, mais punissable, d’éclairer les hommes et de les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des vertus dangereuses dont le peuple ne doit jamais avoir de connaissance.

    5° Ils pourraient, en augmentant le respect qu’ils ont pour Dieu, et en imprimant scandaleusement qu’il remplit tout de sa présence, diminuer le nombre des pèlerins de la Mecque, au grand détriment du salut des âmes.

    6° Il arriverait sans doute qu’à force de lire les auteurs occidentaux qui ont traité des maladies contagieuses, et de la manière de les prévenir, nous serions assez malheureux pour nous garantir de la peste, ce qui serait un attentat énorme contre les ordres de la Providence.

    A ces causes et autres, pour l’édification des fidèles et pour le bien de leurs âmes, nous leur défendons de jamais lire aucun livre, sous peine de damnation éternelle. Et, de peur que la tentation diabolique ne leur prenne de s’instruire, nous défendons aux pères et aux mères d’enseigner à lire à leurs enfants. Et, pour prévenir toute contravention à notre ordonnance, nous leur défendons expressément de penser, sous les mêmes peines; enjoignons à tous les vrais croyants de dénoncer à notre officialité quiconque aurait prononcé quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net. Ordonnons que dans toutes les conversations on ait à se servir de termes qui ne signifient rien, selon l’ancien usage de la Sublime-Porte.

    Et pour empêcher qu’il n’entre quelque pensée en contrebande dans la sacrée ville impériale, commettons spécialement le premier médecin de Sa Hautesse, né dans un marais de l’Occident septentrional; lequel médecin, ayant déjà tué quatre personnes augustes de la famille ottomane, est intéressé plus que personne à prévenir toute introduction de connaissances dans le pays; lui donnons pouvoir, par ces présentes, de faire saisir toute idée qui se présenterait par écrit ou de bouche aux portes de la ville, et nous amener ladite idée pieds et poings liés, pour lui être infligé par nous tel châtiment qu’il nous plaira.

    Donné dans notre palais de la stupidité, le 7 de la lune de Muharem, l’an 1143 de l’hégire

    * * *

    J’ai été très étonnée que plusieurs de mes collègues de Français ne connaisse pas ce très beau texte qui mérite d’être médité… Surtout, n’y voyez aucune attaque contre l’Islam ou la Turquie ! Mais Voltaire, puisqu’il s’agit de lui, recourait à la transposition de lieu et d’époque pour répondre à la condamnation de son Dictionnaire Philosophique, en 1765.

    Tiens ! Encore une lecture intéressante à conseiller à l’Ennemi N°1 de La Princesse de Clèves…

    C’est parti !

    mardi, avril 28th, 2009

    Hier, j’avais trouvé « l’eau un peu froide »… Aujourd’hui, je suis « dans le bain » !

    La première heure n’était pourtant pas terrible : sur le modèle de celle d’hier, en fait… Classe muette, avec des élèves à qui il fallait rappeler régulièrement de noter les réponses, comme si cela n’allait pas de soi ! Mes explications sur la transformation passive, le discours indirect ou la nominalisation ne semblaient intéresser personne, ou à peu près… Ils arrivaient juste assez à suivre pour savoir à qui c’était de lire une des phrases de l’exercice, et quelle phrase…

    La deuxième heure, avec les 5èmes, fut très différente ! J’avais prévu de les laisser faire leur travail personnel d’orthographe (remise à niveau en fonction des résultats au test de début d’année)… mais vu leur degré d’excitation, j’ai abandonné l’idée ! On est allé chercher les Diablogues (pas tout à fait un par élève, malheureusement !)… Les quelques élèves qui en avaient lu des extraits l’année dernière s’en sont aussitôt souvenus, et ont voulu lire « Ping-pong » ! Puis ça a été « Le malaise de Georges », et enfin « Le tilbury ». Le public a été à la hauteur, riant de bon cœur aux jeux de mots et répliques absurdes… On va pouvoir travailler cela plus sérieusement demain !

    Et, pour la dernière heure, j’ai distribué aux 3èmes le chapitre 3 de Zadig, « Le chien et le cheval », avec pour mission de répondre à 5 questions. Travail par deux, pas mal troublé au début par le zozo de service qui avait décidé de ne rien faire… et de le faire savoir bruyamment par tous les moyens possibles ! J’ai réussi tout de même, au bout d’un certain temps, à ce qu’il se calme pour laisser ses camarades travailler.

    J’aime bien ce chapitre, que je distribue parfois quand on travaille sur le roman policier : j’y vois en effet un « ancêtre » des romans de détectives… et demande évidemment aux élèves de le prouver. Les rares élèves qui avaient terminé à a fin de l’heure avaient effectivement trouvé le rapport…

    Le 3ème trimestre est lancé !

    Rentrée…

    dimanche, avril 26th, 2009

    Après les dernières vacances, la dernière rentrée, comme de juste !

    Je vous avouerai que je ne ressens pas du tout l’enthousiasme habituel… Plutôt démotivée, la future retraitée !

    Je ne m’inquiète pas trop : une fois « dans le bain », je retrouverai ma forme ! C’est comme au bord de la piscine ou de la mer : on craint un peu le froid, on hésite, on sursaute même aux éclaboussures… Et puis, une fois dedans, on s’y trouve tellement bien qu’on se donne des « encore 5 minutes » avant de ressortir…

    Tout de même : si ce n’est la première année, c’est une des très rares années où je n’aurai préparé aucune nouvelle lecture… Il est vrai que la préparation pour les ateliers généalogie m’a pris pas mal de temps… Cela me sera peut-être compté par le Grand Pédagogue ?

    Et ma préparation de trimestre a été plutôt rapide, pour ne pas dire bâclée… Un petit coup de Diablogues pour les uns (las ! l’édition Folio Junior n’existe plus ! Quant à Tardieu… pas d’édition bon marché… Tant pis ! On travaillera avec les livres du collège, une fois n’est pas coutume !), un petit coup de Zadig pour les autres (qui n’ont pas été fichus de cesser leurs bavardages pour me dire ce qu’ils souhaitaient, lors du bilan de fin de trimestre)…

    C’est un problème pour les profs de Français, les livres qui ne sont plus réédités ! Le nombre de livres que j’ai en 2 ou 3 exemplaires, pour avoir à chaque fois la même édition que les élèves ! J’ai eu une collègue qui faisait toujours étudier à ses classes les mêmes livres… Si elle a continué ainsi, à l’heure qu’il est, elle doit avoir au moins 15 éditions différentes du Salaire de la peur !

    J’adore les Diablogues de Dubillard… Et la sélection du recueil Folio Junior est intéressante. On en a vu un ou deux extraits avec une de mes classes de 6ème l’an dernier… mais tant pis ! Ils voulaient faire du théâtre (parce qu’ils participent, eux, au bilan de fin de trimestre !), ils vont en faire ! Et si on en a le temps (mon planning lecture est un peu flou…), on verra en prime Un mot pour un autre, de Tardieu… Ça les changera des fabliaux du Moyen-Age…

    Ah ! le théâtre ! Le grand plaisir des élèves, à très peu d’exceptions près ! Et, je l’avoue, mon plaisir à moi aussi ! Si, d’emblée, certains occupent la scène, la plupart progressent doucement, d’une fois sur l’autre, prennent de l’assurance, donnent de la voix, ôtent leurs mains de leurs poches, arrêtent de triturer le bas de leurs manches, oublient de regarder le public (sauf si c’est prévu) pour répondre en regardant leur(s) partenaire(s), leur visage devient mobile, reflète des émotions qu’ils ne ressentent pas… Ils jouent, quoi !

    A mon avis (que je partage…), c’est le meilleur entraînement à l’oral… et le plus ludique !

    Une fois frappés les trois coups, tout devient possible…

    Fabliaux

    mercredi, mars 4th, 2009

    Aujourd’hui, ce ne sont pas des poèmes, mais des fabliaux du Moyen-âge que mes 5èmes ont tenté de mettre en scène. Par groupes, ils ont choisi un fabliau, se sont réparti les rôles, ont réfléchi à une « mise en scène ». Nous verrons le résultat de leurs réflexions dans 15 jours…

    Le premier problème est de choisir un fabliau dans le recueil… d’autant que peu d’élèves ont dû les lire tous (j’ai préféré ne pas faire de sondage à ce sujet !). Heureusement, quelques fabliaux ne font que 2 ou 3 pages, et se lisent donc relativement vite, quand aucun membre du groupe n’a pu proposer un titre qui convienne aux autres.

    Vous avez oublié ce qu’était un fabliau ? Une petite histoire que racontaient des itinérants dans les villages. Elle mettait en scène des « gens du peuple » (rien à voir avec les histoires de chevaliers) et se terminait par une « morale ». Un des exemples les plus connus est celui de « la housse partie » (en français moderne : « la couverture partagée »). Cela ne vous dit rien ?

    Un paysan, prenant de l’âge, décide de donner tous ses biens à son fils, et vient habiter chez celui-ci. Mais, au bout d’un certain temps, sa bru trouve qu’il est de trop dans la maison – une bouche à nourrir, alors qu’il ne travaille pas – et parvient à convaincre son mari de le chasser. Le vieux paysan proteste, mais tout ce qu’il parvient à obtenir de son fils, c’est qu’il lui donne une vieille couverture de cheval, pour se protéger du froid.

    Le vieux va donc à l’écurie trouver son petit-fils… qui coupe une couverture en deux et lui en donne la moitié. Surpris, il retourne se plaindre à son fils qui demande des explications à l’enfant. Et celui-ci de répondre qu’il garde l’autre moitié pour son propre père, quand il sera devenu vieux et qu’il le chassera, à son tour, de la maison.

    Frappé par la leçon que vient de lui donner son fils, l’homme décide de garder son père chez lui…

    Et la morale est double : l’enfant a donné une « bonne leçon » à son père… et le narrateur conclut par la recommandation de ne pas donner tout son bien à ses enfants, mais de garder de quoi être indépendant…

    Je suis sûre que cette histoire vous rappelle quelque chose…

    Un peu de lecture ?

    dimanche, février 15th, 2009

    Bon, je ne peux pas faire la paresseuse tous les jours, et m’en tirer avec une photo !

    Mais si vous voulez bien (sinon, il est trop tard !), je ne vous parlerai pas de mon métier aujourd’hui, mais d’un livre que je suis en train de lire : Les années, d’Annie Ernaux, qu’une trop gentille collègue m’a offert.

    Vous l’avez lu ? Alors je ne vous apprendrai rien… je vous dis à demain ?

    Vous ne l’avez pas lu ? Alors je vous le conseille, pour des retrouvailles avec votre passé (ou celui de vos aînés).

    Il s’agit d’une autobiographie d’un genre très particulier. En effet, l’auteure (oui, j’ose !) ne dit jamais « je », mais « elle », parfois « nous », le plus souvent « on ». Ce n’est pas vraiment un récit, mais plutôt des descriptions de moments particuliers, et surtout d’ambiances particulières. De quoi parlait-on, rêvait-on, dans les années 50, 60, 70 ? (je n’en suis pas plus loin, pour le moment). Titres de chansons, de films, de poèmes ou de romans, nouveautés techniques (machine à laver, réfrigérateur, transistor…), animateurs vedettes de la radio et de la télévision, publicités… tout un univers que les gens de mon âge ont connu, dont les plus jeunes ont entendu parler.

    C’est cependant un « récit » personnel, ancré dans une certaine réalité sociale, dans un milieu précis, à des âges précis (un peu plus âgée que moi… l’auteure juge les « yéyés » de très haut, alors qu’ils représentent mes 15 ans…). Annie Ernaux feuillette un album photos (que nous ne verrons pas !) où elle figure à divers âges, et reconstruit l’époque de la photo.

    Au fil des pages, je retrouve tant de choses oubliées, disparues ou tellement passées dans la vie de tous les jours qu’on ne songe plus depuis longtemps à s’en étonner : la pilule, le hula-hoop, le nouveau franc, Ma sorcière bien-aimée, le lait en berlingot… Sans oublier Zappy Max (c’est pour pouvoir écouter « Ça va bouillir ! » pendant les vacances que ma mère a acheté son premier transistor !) et Geneviève Tabouis (« Attendez-vous à savoir… »)…

    Un catalogue ? Non, vraiment pas, car s’y mêlent les sentiments, les impressions de ceux qui vécurent ces époques… Aucune nostalgie non plus, car l’auteure a toujours l’impression d' »avancer » (du moins, où j’en suis arrivée de ma lecture).

    Des retrouvailles ? Oui, des retrouvailles avec un passé qu’on a relégué derrière nous, parce qu’il faut bien avancer, n’est-ce pas ?

    Si vous l’avez lu, si vous avez envie de le lire, j’espère que vous me direz ce que vous en pensez…

    Bonnes lectures !

    Demain, les vacances !

    mercredi, février 11th, 2009

    Demain ? Oui, car mon emploi du temps, particulièrement soigné pour une future retraitée, me laisse le vendredi libre…

    Mais rassurez-vous, je ne pars pas les mains vides ! J’ai récupéré ce matin les 28 rédactions des 5èmes… et récupérerai demain leurs 28 contrôles de grammaire ! Plus quelques paquets de copies datant d’une ou deux semaines, négligés au profit des contrôles communs de 3ème…

    Et mes projets d' »aménagement » de mon site de Français, de « modèle de livre de famille » pour les ateliers Généalogie…

    Non, non, je ne m’ennuierai pas, c’est sûr !

    Une chose extraordinaire est arrivée aujourd’hui : les livres que j’avais commandés pour mes élèves il y a un peu plus d’un mois ont été livrés au collège ! Je vais pouvoir les distribuer, pour qu’ils aient un peu de lecture pour les vacances !

    J’ai cru que je ne les aurais jamais ! Compliquée, cette histoire de livres !

    Quand je suis arrivée au collège, et que j’ai pris connaissance du peu de librairies dans le coin (les élèves attendaient parfois 2 mois que le « libraire » pense à eux…), j’ai vite décidé de les commander moi-même, pour les élèves dont les parents étaient d’accord.

    Première période : je commandais les livres au fournisseur du collège en manuels. Dans un premier temps, j’obtenais la même réduction que le collège… réduction qui se réduisit à 5% avec la loi (la réduction reste un élément apprécié des familles…). Cela se compliqua un peu quand la loi m’interdit de faire passer ces commandes par le Foyer coopératif. Et j’abandonnai quand le nouveau gestionnaire de la librairie décida qu’il ne me livrerait plus les livres, que je n’avais qu’à venir les chercher (à vingt ou trente kilomètres d’ici… sans parler du problème de transporter un carton forcément très lourd, plein d’une centaine de livres).

    Deuxième période : je commandai ensuite les livres à une librairie proche d’ici. Je gardai « mes » 5%, et le libraire livrait le colis au collège. Le libraire était assuré d’une commande d’environ 300 livres par an, il était content, et moi aussi ! Le commerce fut vendu deux fois, mais je gardai mes « privilèges »… Jusqu’au jour où le libraire m’informa que, compte tenu de l’augmentation du prix de l’essence, il ne pouvait plus me consentir de réduction. Fin de la deuxième période.

    Bien embêtée, je me tournai alors vers les sites Internet. Cela se passa correctement jusqu’à cette année… Au premier trimestre, malgré mon courriel précisant que j’avais besoin de ces livres au plus vite, la (grosse !) société me livra une partie de ma commande dans des délais raisonnables… et m’informa au bout d’un mois et demi qu’elle ne pouvait obtenir les livres restants – correspondant à la commande des 5èmes. Les élèves durent alors se procurer – en urgence ! – le livre (dont j’avais lu une bonne partie en classe, « en attendant »… Ils ne se le procurèrent pas tous, ce fut quand même un « beau bazar », et, quand en janvier je leur demandai s’ils voulaient me commander les livres, ils furent très réticents – ce que je comprends ! A peine la moitié des élèves me commandèrent leur livre…

    Ce trimestre… je changeai donc de site ! Mais cette fois, ce n’est pas le libraire qui fut en défaut, mais la poste ! Je ne sais pas quelle expérience vous avez des « Colissimo », mais moi, j’en ai plusieurs de mauvaises ! Ayant été avertie de l’envoi de mon colis, je me connectais chaque jour au site de la poste… pour voir que le colis restait tranquillement dans le « centre de traitement » de départ… Au bout d’une dizaine de jours, je contactai le libraire pour qu’il fasse une réclamation (le destinataire n’en a pas la possibilité, comme vous le savez peut-être…). Et, quelques jours plus tard, j’apprends que le colis est arrivé… chez l’expéditeur ! Avec la mention « Adresse inconnue » ! En fait, l’expéditeur avait inversé les 2 chiffres suivant le numéro du département (360 au lieu de 630)… mais tout le reste était correct, y compris le nom complet de la commune… De toutes façons, cela n’expliquait pas pourquoi le colis n’avait pas quitté le département d’expédition !

    Enfin bref, le colis est finalement arrivé ce matin, et mes élèves auront de la lecture pour les vacances !