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Rentrée des classes…

vendredi, août 28th, 2015

Oui, je sais, je suis un petit peu en avance… Mais comme les Bleues n’ont pas joué hier (elles jouent ce soir contre le Portugal), j’en profite pour vous parler de 2 livres qui viennent de sortir… Bon, d’accord, je ne les ai pas encore lus… Mais vu ce que je connais de leurs auteurs, nul doute que ce soit intéressant… Et drôle !

Le 1er m’est parvenu comme commentaire sur ce blog : merci beaucoup à cette lectrice :

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COMMUNIQUE DE PRESSE

Nos chers petits, le dernier livre de Patrice Romain (Mots d’excuse, 300 000 exemplaires), paraît le 26 août aux éditions Flammarion. L’auteur y présente une collection de mots adressés cette fois par des professeurs aux parents.

Extraits :

Les illuminés
Suissesse
Priscilla se lève de sa chaise tous les quarts d’heure et souffle dans ses mains pour faire le coucou.

Les obsédés
Gomorrhe
Faissal a trouvé intelligent et spirituel, au cours de notre visite au musée de cet après-midi, de mimer ostensiblement un acte de sodomie sur une statue en marbre. Je lui donne une heure de retenue qu’il devra mettre à profit pour rédiger une lettre d’excuses à l’adresse du gardien qui a dû intervenir.

Les artistes
Moulin rouge
A l’intercours S2 – S3, en ouvrant la porte de ma salle, j’ai surpris Gilbert en train d’effectuer une danse lascive, debout sur une table, tout en ôtant ses vêtements un à un. Alerté par le silence soudain des spectateurs, il s’est retourné. Dès qu’il m’a vue, il a sauté de la table pour retourner à sa place. Ce faisant, il a trébuché et s’est entaillé l’arcade sourcilière. Je l’ai fait accompagner à l’infirmerie.

Les as de la répartie
Remède antiseptique
Eliott est venu hier en cours en bermuda et sandalettes. Je lui ai dit que nous n’étions pas à la plage. Il n’a rien trouvé de mieux ce matin, non seulement de revenir avec la même tenue, mais de déplier une serviette de plage sur sa chaise. Lorsque je lui ai demandé des explications, il m’a dit que c’était pour l’hygiène.
Devant tant de provocation, je l’ai renvoyé de cours avec des exercices à faire.

Les grossiers personnages
Mauvais tirage
Aujourd’hui lundi 7 décembre M4. Cours avec les 3ème D. J’annonce à la classe que je serai non gréviste demain. Isidore se permet de faire à voix haute une remarque pour le moins déplacée, surtout au vu de son niveau en mathématiques : « Putain ! On n’a vraiment pas de cul !

Les tricheurs
Oups !
J’ai mis zéro à l’excellent devoir d’Ingrid, dont la seule erreur a été d’oublier son antisèche dans sa copie double…

Les adeptes de la mauvaise foi
Superstitieux
Lucas refuse de faire le contrôle d’espagnol. Motif invoqué : nous sommes vendredi 13 et il risque d’avoir une mauvaise note. Où va-t-on ?

Contact :
Sandie Rigolt, attachée de presse
éditions Flammarion
01 40 51 34 28
srigolt@flammarion.fr

Blog de l’auteur : http://patriceromain44.blogspot.fr/
Page facebook : https://www.facebook.com/pages/Nos-chers-petits/1624307871183515
Contact auteur : patrice.romain@hotmail.fr

Le second… Son auteur est L’instit’humeurs, dont je suis toujours le blog avec intérêt et amusement, car l’auteur use d’un humour qui me plaît bien…

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Cette fois-ci ce n’est pas un billet que je poste, mais un livre que je livre. Ce ne sont pas quelques heures de travail, que je donne à lire, mais des centaines, un an d’écriture que je propose au lecteur. Imaginez l’inquiétude, visez la tronche de l’inconnue !

C’est que, ce livre, je le revendique ! Il est, d’une certaine manière, le prolongement et la quintessence de ce blog, comme s’il avait lentement infusé durant cinq ans de billets quasi-hebdomadaires. Le désir qui le sous-tend est le même que celui qui court dans les 280 posts de l’instit’humeurs : dire simplement, sincèrement, avec un peu d’humour et de dérision, la vie d’un instit, son quotidien, ses états d’âmes, ses joies, rendre compte d’un métier pas tout à fait comme les autres – parce qu’il s’agit d’enfants qu’on fait grandir. Dire aussi les bizarreries, les incohérences, les carences de l’institution.

Je pense que les collègues se retrouveront dans le livre : ce n’est pas l’histoire d’un instit en particulier, c’est l’histoire de nous tous, il n’y est pas question de l’exception, mais du commun.

Au-delà des enseignants, c’est un livre pour tout le monde, pour les parents, les grands-parents, notamment, et plus largement pour tous ceux qui veulent savoir ce qu’est, pour de vrai, ce métier, loin des clichés et des débats stériles.

Et, comme d’habitude (un peu plus sans doute) j’attends avec impatience et curiosité vos commentaires, sur ce blog ou sur les réseaux sociaux ! Les premiers retours sont très positifs, merci à ceux qui ont déjà lu le livre, merci à ceux qui ont aimé et le mettent en avant, sur les blogs (merci le C.I., merci JR), dans les médias (merci Marianne pour la Une)… Merci de dissiper un peu l’inquiétude !

Voilà. Le livre est à vous.

Lucien.

http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2015/08/23/vis-ma-vie-dinstit-sans-gif-anime.html

Bonnes lectures !

Sus aux Vandales !

samedi, août 20th, 2011

De retour de mes petites vacances lorraines, j’apprends – via le Nouvel Obs – que Jack Lang vient de sortir un livre : Pourquoi ce vandalisme d’État contre l’École ? Lettre au président de la République.

Je n’ai aucun souvenir de Jack Lang du temps où il était « notre » ministre… ce qui serait plutôt bon signe, vu que j’ai de mauvais souvenirs du passage de Ségolène et du chasseur de mammouths…

Ce qui m’amuse un peu, c’est que j’ai vu avant-hier dans une station d’autoroute Qui a eu cette idée folle un jour de casser l’école ? de Fanny Capel. Sorti en 2004, lui. Je ne l’ai pas lu, et ne lirai sans doute pas davantage le livre de Jack Lang, me contentant des « morceaux choisis » par le Nouvel Obs…

Celui-ci, par exemple, qui m’a fait sourire :

[Vos ministres] ont commencé par dire qu’on avait plus de professeurs que cinq ans auparavant, puis dix ans, puis vingt ans, et qu’il ne fallait pas venir se plaindre. Cet argument a un grand avenir derrière lui, si j’ose dire, car il est fort probable que le nombre actuel d’enseignants reste pour longtemps nettement supérieur à celui du paléolithique.

Quelques chevaux de bataille cités dans l’article : les suppressions de postes (- 160 000 depuis 2002, soit environ 15% de l’ensemble des personnels), la « réforme de la formation » (rappel des « formations privées » qui fleurissent et ont un certain succès auprès des élèves-maîtres), la réforme des programmes en primaire bâclée par Darcos, le livret de compétences :

On réduit ainsi la scolarité à un sinistre petit tas de compétences parcellisées à l’extrême, qui vont de « formuler un propos simple » à « comprendre quelques questions liées au développement durable et agir en conséquence », en passant par des centaines d’autres exigences éclatées et désordonnées où nul ne peut plus reconnaître les fondements du savoir et de la culture. Dire bonjour à la dame et trier ses poubelles, est-ce votre seule ambition pour la jeunesse ?

Sans oublier le nombre croissant d’élèves par classe (« Comment les professeurs de l’école maternelle, dont l’apport est décisif, tout particulièrement pour les enfants des familles défavorisées, peuvent-ils enseigner la langue orale dans une classe de trente ? Combien de minutes reste-t-il à un élève, dans de telles conditions, pour s’exprimer ? »), la suppression de la carte scolaire, qui revient à ghettoïser les enfants de milieux moins favorisés…

Bref, vous croyez au mérite naturel ou hérité, mais vous ne croyez pas aux vertus de l’école.

Ou, en tous cas, pas à celles de l’école publique…

Emotions de lectures…

dimanche, juillet 4th, 2010

J’ai lu récemment Où on va papa ? de Jean-Louis Fournier. Notations brèves (rarement plus d’une page), qui semblent habituelles chez l’auteur, sur sa vie de père… de deux enfants « pas comme les autres ». Humour et détresse se mêlent, émotion à chaque page ou presque…

La bibliothécaire, quand je lui rends le livre en disant que j’ai beaucoup aimé ce style bref, ces notations où le sourire le dispute aux larmes, me parle de Le petit prince cannibale de Françoise Lefèvre : j’en ai entendu parler, ne me souviens plus si je l’ai lu… et l’emporte dans mon sac.

Pas tellement d’humour, cette fois, chez l’écrivaine maman d’un enfant autiste… Beaucoup d’amour, de révolte contre « les gens », ceux qui assistent aux colères phénoménales de l’enfant et critiquent, plus ou moins ouvertement, la mère « qui laisse faire » ; et ceux qui, maladroitement, comparent avec leur enfant : « c’est comme le mien… ». Non, ce n’est pas « comme »… C’est un monde de violence incompréhensible qui habite ce petit garçon muet…

J’avais lu, il y a longtemps, La vie ripolin, de Jean Vautrin, père d’un enfant autiste. Il m’en reste le souvenir de ces hurlements, de cette violence incontrôlable tournée contre soi, auxquels l’auteur tente de s’échapper en prenant le volant et en conduisant pendant des heures…

Et je me prends à me dire : heureusement que je n’ai pas eu à affronter cette situation… Jamais je n’aurais pu faire face à un enfant qui peut, d’une minute à l’autre, exploser de colère sans qu’on sache jamais pourquoi ni comment… Un enfant dont le système de pensée est autre, dont le langage est autre, et incompréhensible…

Il y a deux ou trois ans, j’ai eu en 3ème un élève plus ou moins « rescapé » de l’autisme (il y a des tas de formes et de degrés dans l’autisme) : si je me souviens bien, il a quitté les écoles spécialisées pour entrer en 6ème, ce qui était toujours considéré, 4 ans plus tard, comme une étonnante victoire. Je l’ai vu une seule fois sourire : le reste du temps, son visage était immobile, ne reflétait rien. Il ne parlait jamais spontanément et, quand on lui adressait la parole, ses réponses étaient toujours d’une brièveté déconcertante. Il fallait éviter les questions auxquelles il pouvait répondre par oui ou non… car alors, sa réponse s’arrêtait à ce simple mot… Malgré tout, si je me souviens bien, il avait en Français une moyenne de 8/20, ce qui n’était pas si mal… Il voulait être cuisinier (ou pâtissier, je ne sais plus exactement) et envisageait un apprentissage. Finalement, il est parti en apprentissage dans un établissement près de chez moi, qui forme des jeunes souffrant d’un handicap plus ou moins « léger » : il avait encore besoin d’un milieu protégé avant de se lancer dans le monde des « autres »…

Un peu trop de lectures suscitant l’émotion, ces derniers temps… Cela fatigue, l’émotion ! Du coup, je reprends les polars… ceux de Grisham, par exemple : les émotions d’un polar ne vous interrogent généralement pas sur vous, il n’y a qu’à suivre l’intrigue… Et comme, en plus, je les ai déjà lus, il me suffit de me replonger dans les pas que j’ai parcourus il y a quelques années…

Autre genre d’émotion, mais plus facile à vivre : je vous ai déjà parlé du bouquiniste de mon marché ; il m’a vendu récemment un recueil de l’hebdomadaire « L’Illustré Soleils du Dimanche » de l’année 1899, que je parcours un peu chaque jour. On y trouve uniquement de la lecture « distractive » : nouvelles, poèmes de Maupassant, Hugo, Allais et autres noms connus ou inconnus. Mais aussi des photos et dessins (sans article correspondant, malheureusement). Dans tous les numéros que j’ai feuilletés ces jours-ci figurent des photos et dessins du Procès de Rennes : mais si, vous savez bien, l’Affaire…

Des dizaines de photos, de dessins faits au tribunal, de tous les gens qui participent à ce procès… C’est fascinant… J’avais eu la même émotion quand, il y a bien une vingtaine d’années, j’avais acheté un recueil de fac-similé de journaux anciens, et étais tombée sur le « J’accuse » de Zola… L’Histoire à notre porte… Et bien plus aujourd’hui qu’hier, vu la quantité de sites qui mettent en ligne des documents anciens…

* * *

P.S. Mauvaise surprise ce matin : mon blog est retombé en-dessous des 1500 visites mensuelles… C’est les vacances !

Eh bien, bonnes vacances !

En lisant le journal…

samedi, mai 1st, 2010

Oui, je sais, le Nouvel Obs n’est pas un journal, mais un hebdomadaire… Mais c’est un mot un peu long pour un titre…

Dans le Nouvel Obs, il y a une page que je lis toujours avec beaucoup d’intérêt, c’est la chronique de François Reynaert : j’apprécie son humour, sa façon de traiter des sujets parfois difficiles. Quand j’ouvre le journal (!), je ne me précipite pas pour autant cette page : non, je sais qu’elle est là, quelque part dans les 30 premières pages, et je tourne les pages en lisant ce qui m’intéresse… mais avec la gourmandise secrète de qui convoite la cerise sur le gâteau… Et je lui en veux, à François Reynaert, quand il prend des vacances ! Heureusement, il a la gentillesse de nous prévenir de son absence…

Petite citation de la chronique de la semaine :

« Il y a juste un an, au moment du grand délire viral, quand on sortait d’un avion transatlantique on nous obligeait à porter un masque grotesque pour ne pas contaminer les gens. Maintenant, quand on sort du même avion, après douze jours sans douche et sans changer de vêtements, ceux qui nous accueillent regrettent de ne pas en avoir sous la main pour eux-mêmes. »

Quel « joli » raccourci !

Rien à voir, mais, au fil des pages, je relève 2 titres de livres qui intéresseront peut-être quelques-uns d’entre vous :

La désobéissance éthique, d’Elisabeth Weisman, chez Stock. L’auteur, journaliste et essayiste, y traite des agents de service public (enseignants, postiers, agents EDF-GDF, forestiers, psychiatres, et même policiers…) qui « font de la résistance » contre les Saints Principes du Chiffre, lesquels voudraient nous réduire à n’être que des vecteurs d’enrichissement pour les riches… Je résume… Elisabeth Weisman tient pour éthiques ces résistances qui « portent en elles le souci de l’autre ».
Très envie de le lire, celui-ci !

Le niveau baisse-t-il vraiment ?, de Claude Lelièvre, chez Magnard, collection « L’Avenir de nos enfants en question(s) ». L’auteur est un historien de l’éducation. Une citation me rend plus dubitative : « Pour ne pas se voir eux-mêmes remis en question quand leurs élèves échouent, ils [les professeurs] préfèrent dire que ceux-ci sont de plus en plus mauvais… ».

Autres citations :
« Les fautes d’orthographe, l’ignorance des plus simples éléments de la langue française laissent trop voir qu’un grand nombre se présente à ces épreuves du baccalauréat comme à un jeu de hasard… » (Le Clerc, doyen de la Sorbonne,… 1859 !)
« L’enseignement secondaire se primarise. Les élèves des lycées n’ont ni orthographe, ni vocabulaire exact et varié, ni analyse logique… » (Paul Laumonnier, in La Crise de la culture littéraire… 1929…).

Quand on vous dit que le niveau n’arrête pas de baisser ! Même Platon le disait, alors !

Bonnes lectures… et bon premier mai !

Les Auteurs disent des gros mots !

lundi, mars 22nd, 2010

Un petit article du Nouvel Obs m’apprend qu’un livre vient de sortir, sur les gros mots qui parsèment les œuvres de très éminents Auteurs. Le journaliste, très critique vis-à-vis de ce livre, cite quelques-uns des « gros mots » qu’il a rencontrés : « péter » chez Rabelais, par exemple…

Je n’ai aucune envie d’aller jeter un œil à ce livre, dont l’intérêt me paraît discutable, sans parler de son titre racoleur. Mais j’espère que son auteur a d’autres références concernant notre cher Rabelais… Pour ma part, j’apprécie beaucoup les énumérations de « Comment furent les dames lanternes servies à souper », où l’on trouve des « ballivarnes en pasté », « du promerdis, grand’viande », « de la gendarmenoyre », « des quaisse quesse », « des hoppelatz », « de la marnitandaille avec beau pissefort », « du merdignon », « des croquinpedaignes », et autres joyeusetés, montrant un goût prononcé de l’auteur pour les jeux de mots… Bien avant Lewis Carroll, il inventa les mots-valises…

Je vous laisse déguster la fin de ce repas (extrait de Gallica) :

« Pour le dernier service furent présentées

Des drogues sernogues,
Des tricquedaudaines,
Des gringuenauldes à la joncade,
Des brededinsbrededas,
De la galimaffïée à l’escafignade,
De barabinbarabas,
Des mocquecroquettes,
De la hucquemasche,
De la tirelytantaine,
Des neiges d’antan, desquelles ilz ont eu en abondance en Lanternois,
Des gringaletz,
Du sallehort,
Des mirelaridaines,
Des mizenas,
Des gresamines, fruict delicieulx,
Des marioletz,
De fricquenelles,
De la piedebillorie,
De la mouchancullade,
Du souffle au cul myen,
De. la menigance,
Des tritrepoluz,
Des befaibemis,
Des aliborrins,
Des tirepetadans,
Du coquerin,
Des coquilles betissons,
Du croquignologe,
Des tinctamarrois.

Pour déserte apporterent ung plain plat de merde, couvert d’estrongs fleuris; c’estoit ung plat plain de miel blanc, couvert d’une guimple de soye cramoisine. »

« Péter », vraiment ? Rabelais a écrit « péter » ?

!!!!

Lentraite

mercredi, novembre 25th, 2009

Je viens de finir le dernier roman de Tahar Ben Jelloun, Au pays.

Mohammed est un Marocain qui vit en France depuis 40 ans. Sa femme l’a rejoint, plusieurs de leurs enfants sont nés en France. Un « beau » jour (pas vraiment « beau » pour lui), il apprend qu’il est à la retraite, lentraite, comme il dit.

Cet homme droit et juste, qui n’a eu comme occupation que le travail et les prières (c’est un musulman très pieux) voit son univers s’écrouler : comment vivre sans travailler ? Que faire de ce temps « donné » ? Ses enfants sont presque tous partis, ils ont « fait leur vie », pas forcément comme le concevait Mohammed, qui n’a jamais su leur parler vraiment. Ils sont Français, ont adopté depuis longtemps les us et coutumes français : qu’ont-ils encore de commun avec lui ? Depuis longtemps, ils ne viennent plus au bled avec lui chaque été : passés les premiers jours, ils s’y ennuyaient…

Mohammed revoit sa vie, par bribes désordonnées : il ne comprend pas. Il ne voit pas comment vivre désormais.

Jusqu’à ce qu’il se trouve un but : retourner au bled, et construire, pour lui et toute sa famille, une grande maison qui accueillera tout le monde…

* * *

Impossible, évidemment, de ne pas me « projeter » plus ou moins dans ce roman… ne serait-ce que pour me rappeler toutes les chances que j’ai eues, que n’a pas eues Mohammed…

Les plus évidentes : je suis dans mon pays, j’en parle la langue, je sais lire et écrire.

J’avoue que, pendant très longtemps, mon métier a été le centre de ma vie, de mes occupations, de mes pensées. Mais j’ai toujours eu la lecture pour m’en évader, ne serait-ce que le temps d’un livre… Parfois, aussi, j’ai écrit : poèmes, nouvelles, et même roman… J’ai eu aussi quelques activités manuelles : couture, tricot, tissage, jardinage… bricolage, même !

Et, petit à petit, d’autres occupations sont venues s’ajouter : l’informatique, la création d’images sur ordinateur, la généalogie. Je savais qu’il y avait, quelque part devant moi, cette période où mon métier me lâcherait : il ne fallait surtout pas que ce moment me laisse nue, désemparée…

Je n’étais cependant pas pressée de prendre ma retraite. Mais j’enviais les collègues en « cessation progressive d’activité » (CPA pour les intimes) qui avaient beaucoup moins d’heures… et surtout : moins de classes ! Or, je n’ai jamais réussi à m’adapter aux 4 classes (2 à mes débuts, puis 3, puis 4) : impossible de m’investir de la même façon, de suivre les enfants individuellement… Aussi rêvais-je de cette CPA miraculeuse qui me ferait retrouver mon enthousiasme, ma disponibilité « d’avant »…

Quand l’heure de la CPA a sonné, ses conditions avaient bien changé… Mais ce qui primait pour moi, c’était 3 classes au lieu de 4… Je m’y suis donc engagée, sachant que la retraite sonnerait obligatoirement 3 ans plus tard.

L’année dernière, j’ai ouvert mon blog, pour m’aider à réaliser (rendre réelle) cette cessation totale d’activité, cette fin de ma vie de prof, à qui j’avais tant donné, de qui j’avais tant reçu…

Et voilà :je suis à la retraite…

Pour le moment, je me sens surtout « en vacances »… comme beaucoup de gens que je connais : ils ont vécu une bonne partie de leur première année comme des vacances…

Mais je n’ai pas, comme Mohammed, besoin de m’interroger sur comment passer mon temps : il passe tout seul, et tout aussi vite qu’avant ! Mes activités « annexes » sont devenues centrales, et voilà tout…

Quant à l’avenir… je verrai plus tard…

Rédemptions…

jeudi, septembre 17th, 2009

Après L’élégance du hérisson, j’ai lu Malavita, de Tonino Benacquista. Si l’héroïne du premier trouvait son « salut » dans la lecture (et la culture, d’une façon plus générale), le héros du second trouve le sien dans l’écriture…

Très dissemblables, ces deux héros… et pourtant, tous deux « transcendent » leur destin, socialement tracé, par l’accès aux mots écrits…

La « révélation » (excusez tous ces termes religieux, mais, vraiment, ce sont ceux qui me semblent convenir ici…) de l’une est sa rencontre avec l’institutrice qui l’appelle par son prénom. Celle de l’autre est la rencontre… avec une vieille machine à écrire… qui va transformer l’ex mafioso en… écrivain ! Lui dont le fils dit « Mon père est un Américain de base, tu as oublié ce que c’était. Un type qui parle pour se faire comprendre, pas pour faire des phrases. Un homme qui n’a pas besoin de dire vous quand il sait dire tu. Un type qui est, qui a, qui dit et qui fait, il n’a pas besoin d’autres verbes. Un type qui ne dîne, ne déjeune ni ne soupe jamais : il mange. Pour lui, le passé est ce qui est arrivé avant le présent, et le futur ce qui arrivera après, à quoi bon compliquer ? ».

Pour poursuivre le parallèle, Ethan Frome, d’Edith Wharton, que j’ai lu juste avant, est aussi l’histoire d’une « rédemption ». Pour ce pauvre paysan, la révélation sera la rencontre avec une jeune cousine de sa femme. Plus que des mots, cette rencontre lui donnera accès au monde des sentiments…

Trois romans qui ne se terminent pas forcément bien… Mais qui sont « forts », chacun dans son genre…

Une amie m’avait offert il y a longtemps un roman d’Edith Wharton : je n’avais pas du tout accroché… Il faudra que je le relise… et que j’en lise d’autres : Ethan Frome m’a beaucoup touchée, par la délicatesse de l’auteur à évoquer cette vie de paysans frustes, dont les échanges se limitent aux indispensables informations concernant la vie de la ferme…

De l’élégance… de l’Art ?

mardi, septembre 15th, 2009

Un immense merci à Muriel Barbery (l’auteur de L’élégance du hérisson), pour m’avoir fait découvrir quelques peintres, dont j’ignorais même le nom : Pieter Claesz, Willem Claesz-Heda, Willem Kalf et Osias Beert, peintres hollandais du 17ème siècle, spécialistes de natures mortes.

Et merci à Internet (et aux moteurs de recherche), sans lesquels ces noms ne seraient restés à peu de chose près que des noms, nantis d’une biographie réduite et, avec un peu de chance, d’une photo de tableau… à supposer que j’aie eu le courage de consulter une encyclopédie…

Je ne suis pas une fan des natures mortes (d’autant qu’on y voit souvent des animaux morts…), mais j’avoue avoir été impressionnée par les jeux de lumières des tableaux que j’ai vus sur mon écran…

(Cela me fait penser qu’il faut que je réemprunte Le peintre des batailles, d’Arturo Perez-Reverte : dans ce superbe roman, sont cités de nombreux tableaux que j’aimerais voir… pour tenter de « reconstituer » la fresque du narrateur…).

Mon amour de l’art n’est pas celui de Renée, une des deux narratrices du roman : je n’y connais absolument rien, et me contente de « ressentir »… ou de ne pas ressentir, d’ailleurs. J’aime particulièrement les formes stylisées, les jeux de couleurs et de lumières… C’est à peu près tout ce que je peux dire sur mes préférences en ce domaine…

Citation extraite du roman :

« Car l’Art, c’est l’émotion sans le désir. »

J’ai beaucoup aimé ce roman… et l’aurais bien vu continuer encore pendant quelques centaines de pages, avec ces récits, réflexions et impressions à deux voix… J’aurais bien vu Kakuro jouer son rôle de catalyseur plus lentement, plus progressivement, pour me laisser le loisir de continuer à découvrir les deux narratrices…

Récemment, une cousine me parlait de ce roman (je n’ai pas osé lui dire que je ne l’avais pas encore lu !), qu’elle avait prêté à une tante : une dame de 96 ans… que son âge n’empêche pas de lire ni de discuter de ce qu’elle a lu.

Or, là : blocage complet ! « Une concierge ne parle pas comme ça ! ». Des discussions avec ma cousine (et une autre cousine) l’ont amenée à reprendre le livre abandonné… mais non, elle ne pouvait pas : une concierge ne parle pas comme ça !
Elle rejoignait ainsi l’opinion des riches propriétaires de l’immeuble de Renée… Une vision « de classe »…

Je dois beaucoup de remerciements à mes parents à ce sujet : ils étaient d’une toute petite classe moyenne (artisan et comptable), mais n’avaient aucun préjugé sur « les classes inférieures » (ni supérieures, d’ailleurs !). Leur premier achat immobilier a été un appartement dans un ancien hôtel particulier, divisé en 5 appartements. La voisine du dessus venait faire le ménage chez nous. Pour autant, elle ne perdait pas son statut de voisine et copropriétaire, donc d’égale ! Ma mère, travaillant par la suite dans un Centre de recherches, secrétaire de direction, côtoyant ingénieurs et autres messieurs importants, n’en tirait pas plus de gloire. Et mon père, passé de l’artisanat au statut de « pointeau » dans une usine de chaudronnerie, s’il regrettait un métier qu’il aimait (mais qui ne le faisait pas vivre), ne se sentait pas « déchu » pour autant.

Ils m’ont ainsi donné une vision particulière du monde qui m’entourait, où la richesse et le statut social étaient moins importants que les personnes elles-mêmes… Ils m’ont permis de côtoyer sans effort particulier des gens très différents (quoique… j’aie toujours eu plus de mal avec ceux qui, justement, étalaient complaisamment leur « place élevée »), et de faire des rencontres quasiment impossibles dans des milieux plus « fermés ».

Ouf ! Que de remerciements, aujourd’hui !

De l’élégance de la grammaire

lundi, septembre 14th, 2009

Je suis en train de lire L’élégance du hérisson. Je sais, je suis un petit peu en retard mais mieux vaut tard que jamais…

Un passage m’a fortement intéressée hier.
Dans la pensée profonde numéro 10 de la jeune adolescente surdouée (c’est dans le chapitre consacré à la Grammaire et effectivement il est tout à fait question de la grammaire), je cite :

« Moi, je crois que la grammaire, c’est une voie d’accès à la beauté. Quand on parle, quand on lit ou quand on écrit, on sent bien si on a fait une belle phrase ou si on est en train d’en lire une. On est capable de reconnaître une belle tournure ou un beau style. Mais quand on fait de la grammaire, on a accès à une autre dimension de la beauté de la langue. Faire de la grammaire, c’est décortiquer, regarder comment elle est faite, la voir toute nue, en quelque sorte. Et c’est là que c’est merveilleux : parce qu’on se dit : « Comme c’est bien fait, qu’est-ce que c’est bien fichu ! », « Comme c’est solide, ingénieux, riche, subtil ! ». Moi, rien que de savoir qu’il y a plusieurs natures de mots et qu’on doit les connaître pour en conclure à leurs usages et à leurs compatibilités possibles, ça me transporte. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau, par exemple, que l’idée de base de la langue, qu’il y a des noms et des verbes. Quand vous avez ça, vous avez déjà le cœur de tout énoncé. C’est magnifique, non ? Des noms, des verbes… »

« une voie d’accès à la beauté »… Je ne suis pas très sûre d’avoir donné ce sentiment à mes élèves… En étais-je suffisamment consciente, et convaincue, d’ailleurs ? N’étais-je pas un avatar de Mme Maigre, répondant à l’inévitable question sur l’utilité de la grammaire : « Ça sert à bien parler et bien écrire. » ?

Peut-être que je vais mettre ce passage en introduction à mon site de Français… quand j’aurai le courage (le « temps mental », surtout !) de m’y remettre…

Le pullover rouge

samedi, août 29th, 2009

Parcourant ma bibliothèque (une de mes, devrais-je dire…) à la recherche d’un livre à relire (en attendant la réouverture de la bibliothèque intercommunale), j’ai eu envie de reprendre Le pullover rouge, de Gilles Perrault. Pourquoi ? Le souvenir qu’à l’époque, ce livre m’avait beaucoup marquée, sans doute…

Cette enquête est passionnante, et fort bien écrite. Je ne parle pas ici d’effets de style, mais du choix de l’ordre des éléments. Si l’on suit, globalement, la chronologie de l’enquête et du procès, les retours en arrière, dus aux témoignages recueillis par l’auteur, apportent des éclairages judicieux à l’affaire.

L’affaire… Elle a remué l’opinion française, et s’est conclue par la guillotine pour Christian Ranucci en 1976. Un des derniers guillotinés de notre beau pays civilisé. Il avait 22 ans, 20 ans au moment des faits qui lui étaient reprochés (la majorité à cette époque était à 21 ans).

En 1974, une fillette disparaît. Son petit frère dit qu’un monsieur en voiture (Simca 1100, précise ce petit passionné des voitures) cherchait son chien, et qu’il lui a demandé de l’aider. Quand l’enfant est revenu, sans avoir trouvé le chien, sa sœur avait disparu. La voiture aussi.

On va retrouver le cadavre de la petite fille 2 jours plus tard.

Une des premières bizarreries de l’affaire est le comportement d’un témoin d’accident de voiture, non loin du lieu où on a retrouvé la fillette. Un stop refusé (ou insuffisamment marqué), et c’est la collision. Le responsable prend la fuite. Un couple témoin de l’accident s’arrête et, sur la demande du conducteur de l’autre voiture, poursuit le fuyard.

Il retrouve le véhicule fautif (une 304) arrêté un peu plus loin : un homme s’en éloigne, tirant « un paquet assez volumineux ». Ne pouvant le rattraper, il note l’immatriculation du véhicule, et retourne vers le lieu de l’accident.

Or, quelques jours plus tard, le « paquet » est devenu une petite fille, vêtue comme l’enfant assassinée, et que sa femme et lui ont entendu parler…

C’est cette nouvelle déposition qui va piéger Christian Ranucci, responsable de l’accident…

C’est loin d’être la seule bizarrerie de l’enquête : les témoins de l’enlèvement ne reconnaissent pas le prévenu, un pull-over rouge est trouvé près de l’endroit où a stationné, ensuite, la 304… mais il n’est pas à Christian. L’instruction ne fera pas convoquer diverses personnes témoins d’un « homme en pull-over rouge » qui, sous prétexte de chercher son chien, a voulu emmener des enfants en voiture (une Simca 1100 !). Les psychiatres prennent pour acquis que leur « client » est coupable, et dressent de lui le portrait d’un criminel odieux, que ne reconnaissent aucun de ceux qui ont côtoyé Christian.

Gilles Perrault insiste aussi sur le fonctionnement des dépositions : le témoin (« prévenu » ou non) est interrogé, puis le policier résume en tapant à la machine ce qui a été dit, à la 1ère personne (celle du témoin). Résumé forcément partiel, et même partial, dans la mesure où ce qu’il écrit est forcément vu et rédigé à travers son prisme personnel, et son interprétation. Ainsi, un garagiste qui a assisté à l’enlèvement, relisant sa déposition avant de la signer, conteste une phrase : « Il est donc possible que j’aie confondu une Simca 1100 avec un coupé 304 […] », et fait rajouter (en ces temps sans informatique, il est hors de question de retaper toute la déposition !) : « Je tiens à préciser que je suis mécanicien de métier et que je connais donc parfaitement tous les types de voiture ».

Je reviendrai sur cette question des dépositions…