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Rentrée des classes…

vendredi, août 28th, 2015

Oui, je sais, je suis un petit peu en avance… Mais comme les Bleues n’ont pas joué hier (elles jouent ce soir contre le Portugal), j’en profite pour vous parler de 2 livres qui viennent de sortir… Bon, d’accord, je ne les ai pas encore lus… Mais vu ce que je connais de leurs auteurs, nul doute que ce soit intéressant… Et drôle !

Le 1er m’est parvenu comme commentaire sur ce blog : merci beaucoup à cette lectrice :

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COMMUNIQUE DE PRESSE

Nos chers petits, le dernier livre de Patrice Romain (Mots d’excuse, 300 000 exemplaires), paraît le 26 août aux éditions Flammarion. L’auteur y présente une collection de mots adressés cette fois par des professeurs aux parents.

Extraits :

Les illuminés
Suissesse
Priscilla se lève de sa chaise tous les quarts d’heure et souffle dans ses mains pour faire le coucou.

Les obsédés
Gomorrhe
Faissal a trouvé intelligent et spirituel, au cours de notre visite au musée de cet après-midi, de mimer ostensiblement un acte de sodomie sur une statue en marbre. Je lui donne une heure de retenue qu’il devra mettre à profit pour rédiger une lettre d’excuses à l’adresse du gardien qui a dû intervenir.

Les artistes
Moulin rouge
A l’intercours S2 – S3, en ouvrant la porte de ma salle, j’ai surpris Gilbert en train d’effectuer une danse lascive, debout sur une table, tout en ôtant ses vêtements un à un. Alerté par le silence soudain des spectateurs, il s’est retourné. Dès qu’il m’a vue, il a sauté de la table pour retourner à sa place. Ce faisant, il a trébuché et s’est entaillé l’arcade sourcilière. Je l’ai fait accompagner à l’infirmerie.

Les as de la répartie
Remède antiseptique
Eliott est venu hier en cours en bermuda et sandalettes. Je lui ai dit que nous n’étions pas à la plage. Il n’a rien trouvé de mieux ce matin, non seulement de revenir avec la même tenue, mais de déplier une serviette de plage sur sa chaise. Lorsque je lui ai demandé des explications, il m’a dit que c’était pour l’hygiène.
Devant tant de provocation, je l’ai renvoyé de cours avec des exercices à faire.

Les grossiers personnages
Mauvais tirage
Aujourd’hui lundi 7 décembre M4. Cours avec les 3ème D. J’annonce à la classe que je serai non gréviste demain. Isidore se permet de faire à voix haute une remarque pour le moins déplacée, surtout au vu de son niveau en mathématiques : « Putain ! On n’a vraiment pas de cul !

Les tricheurs
Oups !
J’ai mis zéro à l’excellent devoir d’Ingrid, dont la seule erreur a été d’oublier son antisèche dans sa copie double…

Les adeptes de la mauvaise foi
Superstitieux
Lucas refuse de faire le contrôle d’espagnol. Motif invoqué : nous sommes vendredi 13 et il risque d’avoir une mauvaise note. Où va-t-on ?

Contact :
Sandie Rigolt, attachée de presse
éditions Flammarion
01 40 51 34 28
srigolt@flammarion.fr

Blog de l’auteur : http://patriceromain44.blogspot.fr/
Page facebook : https://www.facebook.com/pages/Nos-chers-petits/1624307871183515
Contact auteur : patrice.romain@hotmail.fr

Le second… Son auteur est L’instit’humeurs, dont je suis toujours le blog avec intérêt et amusement, car l’auteur use d’un humour qui me plaît bien…

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Cette fois-ci ce n’est pas un billet que je poste, mais un livre que je livre. Ce ne sont pas quelques heures de travail, que je donne à lire, mais des centaines, un an d’écriture que je propose au lecteur. Imaginez l’inquiétude, visez la tronche de l’inconnue !

C’est que, ce livre, je le revendique ! Il est, d’une certaine manière, le prolongement et la quintessence de ce blog, comme s’il avait lentement infusé durant cinq ans de billets quasi-hebdomadaires. Le désir qui le sous-tend est le même que celui qui court dans les 280 posts de l’instit’humeurs : dire simplement, sincèrement, avec un peu d’humour et de dérision, la vie d’un instit, son quotidien, ses états d’âmes, ses joies, rendre compte d’un métier pas tout à fait comme les autres – parce qu’il s’agit d’enfants qu’on fait grandir. Dire aussi les bizarreries, les incohérences, les carences de l’institution.

Je pense que les collègues se retrouveront dans le livre : ce n’est pas l’histoire d’un instit en particulier, c’est l’histoire de nous tous, il n’y est pas question de l’exception, mais du commun.

Au-delà des enseignants, c’est un livre pour tout le monde, pour les parents, les grands-parents, notamment, et plus largement pour tous ceux qui veulent savoir ce qu’est, pour de vrai, ce métier, loin des clichés et des débats stériles.

Et, comme d’habitude (un peu plus sans doute) j’attends avec impatience et curiosité vos commentaires, sur ce blog ou sur les réseaux sociaux ! Les premiers retours sont très positifs, merci à ceux qui ont déjà lu le livre, merci à ceux qui ont aimé et le mettent en avant, sur les blogs (merci le C.I., merci JR), dans les médias (merci Marianne pour la Une)… Merci de dissiper un peu l’inquiétude !

Voilà. Le livre est à vous.

Lucien.

http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2015/08/23/vis-ma-vie-dinstit-sans-gif-anime.html

Bonnes lectures !

« Un prof, ça fait toujours la même chose »

dimanche, juin 22nd, 2014

C’est le titre du dernier billet de l’instit’humeurs… Qui m’a rappelé quelques souvenirs…

Je l’ai entendue, cette phrase, y compris d’un mien cousin qui argumentait : « La littérature ne change pas »… Comme si, sans parler même de méthodes d’analyse, il n’y avait pas eu quelques nouveautés littéraires en quelques dizaines d’années…

Souvenir : cette prof de Français de lycée qui donnait à photocopier, chaque année, la même liste d’œuvres pour le Bac de Français (à l’époque, pas d’œuvres communes à tous les élèves), un papier si usé que les plis s’en cassaient…

Souvenir : cette prof de Français de collège, qui faisait étudier chaque année à ses 3èmes Les raisins de la colère… Je n’ai rien contre ce roman, mais je me serais beaucoup ennuyée à le reprendre tous les ans…

A mes débuts de prof certifiée, dans le Nord, il était hors de question de demander aux familles d’acheter des livres à étudier en classe. On ne pouvait donc étudier que les livres en série de la bibliothèque… En 6 ans, j’ai bien dû étudier au moins 6 fois Les contes du chat perché, et au moins 4 fois La gloire de mon père… Quelle que soit mon affection (réelle !) pour ces livres… je ne les jamais repris dans les 30 années qui ont suivi !

C’était pour moi un des grands avantages de ma discipline : pouvoir, chaque année, choisir quelles œuvres j’allais étudier avec mes élèves, selon leur niveau et leurs goûts (« testés » via le formulaire que je leur faisais remplir à la rentrée). Il y a des œuvres que j’ai fait étudier 2 ou 3 fois en 30 ans : Intermezzo, La rencontre, Le bal des voleurs, Le dernier jour d’un condamné, diverses éditions de Contes de Maupassant… Et d’autres sans doute, qui ne me reviennent pas en mémoire… Pourquoi ces répétitions ? Parce que telle œuvre me paraissait correspondre aux intérêts des élèves, ou parce que d’autres aspects m’étaient apparus en cours d’étude, et que je voulais les approfondir…

Vocabulaire et rédaction étaient évidemment liés aux thèmes et à l’œuvre du trimestre…

En dehors de ces études d’œuvres, il est sûr que je n’ai pas tout repris à zéro chaque année ! D’autant que, dès 1990, mes cours étaient sur ordinateur, et qu’il était évidemment plus facile de les modifier que lorsque je les tapais à la machine. Je me suis constitué une base de données de textes courts pour démarrer une leçon de grammaire, j’ai ajouté/remplacé des exercices au gré de mes lectures de nouveaux manuels, repris mes progressions selon d’autres logiques… Et bien sûr, telle classe demandait un approfondissement de telle notion, telle autre classe de telle autre notion…

De même, l’étude de l’argumentation en 3ème m’a demandé un très gros travail, mis « au point » au bout de plusieurs années… Et repris différemment pourtant au fil des ans, même si la base restait…

Pour l’orthographe, qui a longtemps été mon gros problème (vu que, justement, je n’avais pas souvenir d’avoir bataillé dans cette discipline…), la « lumière » est venue des stages de gestion mentale (visuels/auditifs) qui ne m’ont certes pas donné un programme ou une méthode, mais qui m’ont permis d’envisager des approches différentes. Malgré tout, à mon grand regret, je ne suis pas parvenue à très bien comprendre ce qui posait problème : telle dictée préparée qui me semblait assez facile se révélait, à la correction, criblée de fautes… L’année suivante, je reprenais ma base de dictées dans un autre ordre, l’enrichissais de nouveaux textes… Et pareillement l’année d’après…

Tout cela, sans compter les différentes réformes et/ou nouvelles approches préconisées en 40 ans d’enseignement ! Par exemple : la disparition du « complément d’attribution » (mais je ne me suis jamais résignée à appeler « complément d’objet second » le « complément d’objet indirect », dont l’appellation me semblait plus claire pour les élèves… Je mentionnais simplement le « nouveau nom » pour les élèves qui l’avaient déjà étudié…), l’introduction des figures de style, de l’étude de l’argumentation ou du récit autobiographique, etc..

« Faire toujours la même chose », dans ce métier, cela me paraît non seulement ennuyeux, mais totalement impossible pour un prof de Français…

Cocus, mais contents ?

mercredi, octobre 30th, 2013

Enquête réalisée par le Nouvel Obs, à partir d’un sondage Viavoice auprès de plus de 5000 actifs : 73% des personnes interrogées se déclarent heureuses dans leur travail…

Les « grands gagnants » :

1. les cadres de la fonction publique (hors enseignants et professionnels de santé) : 90%

2. les agriculteurs : 86 %

3. les enseignants : 85 %

(Excusez-moi pour le titre provocateur… mais il s’est tellement imposé que je n’ai pu lui résister… bien que je n’aie jamais été fan de Sardou !)

J’avoue avoir été davantage surprise par le résultat des agriculteurs que par celui des enseignants… mais il est vrai que je n’ai quasiment aucune connaissance de cette profession…

Donc, disions-nous, les enseignants sont heureux dans leur métier…

Avec 2 gros bémols : les conditions matérielles… et la reconnaissance par les supérieurs !

Qui sont les supérieurs ? Essentiellement, des gestionnaires : chefs d’établissement, recteurs, ministres (je mets au pluriel, parce que, quand même, j’en ai « connu » beaucoup ! Et que chacun a tenu à faire sa propre réforme !)… Le terme de « gestionnaire » n’est pas ici péjoratif : mais qu’on reconnaisse qu’il y a quelques différences entre « gérer une classe », « gérer un établissement » et « gérer un ensemble de centaines – de milliers ! – d’établissements ».

Un enseignant sera « reconnu » par ses supérieurs, le plus souvent, parce qu’il s’inscrit dans une ligne fixée par lesdits supérieurs. Rarement pour ses qualités personnelles ou son travail avec ses élèves. D’autant que, hormis les directeurs du primaire, lesdits supérieurs n’ont parfois jamais fait face à une classe… De plus, le chef d’établissement a pour mission de répercuter les « consignes » venues d’en-haut… rarement du goût des enseignants… si bien que la grogne des enseignants contre les nouvelles données se traduit en affrontement contre la direction de l’établissement… Je pense notamment à ces conseils d’administration où l’on discute de la répartition des classes et des services : le rectorat donne une « enveloppe globale » d’heures à répartir (en suivant bien sûr un certain nombre d’obligations). Cette « enveloppe globale », que j’ai vue diminuer d’année en année en termes de H/E (c’est-à-dire heure par élève), est rarement du goût des enseignants, qui voient diminuer ou disparaître dédoublements et heures de cours… et augmenter le nombre d’élèves par classe ! Mais « l’administration » n’a pas d’autre choix que de « faire avec ce qu’on lui donne » ! D’où incompréhension mutuelle, affrontements et rancœurs…

Quant aux inspecteurs, si on les range dans les « supérieurs », eux aussi s’appliquent à se conformer aux directives qu’ils reçoivent, gardant pour eux leurs états d’âme, s’ils en ont ! Et se trouvent donc, le plus souvent, en décalage complet avec l’enseignant qu’ils viennent inspecter… sauf si ce dernier, par chance, applique scrupuleusement toutes les nouvelles manières de suivre le dernier programme en date et ses recommandations… C’est sans doute davantage le cas maintenant : les enseignants héritiers de 68, et donc peu enclins à courber l’échine devant supérieurs et nouveaux règlements, se raréfient forcément…

Le problème, entre autres, est qu’il est fort difficile d’évaluer la « compétence » d’un enseignant, même si ces « évaluations » ont lieu chaque année… J’ai connu une époque où la principale donnait les « bonnes classes » aux « bons professeurs » : excellent choix, vu que les résultats (au brevet, par exemple) étaient bien meilleurs dans ces classes que dans les autres… Mais… cela était-il dû aux élèves ou aux profs ??? Comment le savoir ???

La multiplication, ces dernières années, des tâches administratives dévolues aux enseignants (entre autres : appels et cahiers de textes numériques, qui obèrent le temps d’enseignement) permet, certes, d’évaluer sur ce point les enseignants… Mais est-ce vraiment là l’essentiel ?

Les enseignants, descendants des « hussards de la République », ont bien des choses à reprocher à la façon dont on les traite… Reconnus dès le début pour leur utilité (entre autres, pour assurer l’avenir de l’instruction publique, gratuite et obligatoire, mais aussi, très vite, pour donner des conseils d’hygiène et de vie, et toucher ainsi les parents par le biais des enfants), ils n’ont eu droit que tardivement à une « reconnaissance financière », toute relative… Certes, ils n’ont plus besoin d’assurer leur subsistance en remplissant, en outre, les fonctions de secrétaires de mairie… Mais tels adultes qui poussent de grands cris sur nos « privilèges » (vacances, par exemple !) cherchent pour leur progéniture d’autres métiers, plus gratifiants et rémunérateurs, que celui-là !

Bref, bref… Voici les résultats dudit sondage pour les enseignants :

Moyenne Enseignants Classement
% % (sur 23)
Globalement, dans le cadre de votre travail actuel, diriez-vous que vous êtes heureux ? 73 85 3
Activité professionnelle qui passionne 63 79 7
Reconnu par ses supérieurs (4 professions majoritairement non concernées) 35 31 15/19
Bonnes relations entre collègues 82 86 9
Conditions matérielles satisfaisantes 67 66 16
Travail non pénible 58 63 12
Travail non précaire 76 90 7
Travail utile à la société 79 91 3

Voilà pourquoi votre fille est muette…

dimanche, février 5th, 2012

Suite à l’excellent billet de Lucien sur le « burn out » des enseignants,
Épuisement professionnel des enseignants : enfin une étude !
permettez que je m’interroge un peu sur les raisons de cet épuisement ressenti par beaucoup trop de collègues : qu’est-ce qui fait qu’un enseignant « lambda » va en être atteint ?

Je me garderai bien ici de faire des comparaisons avec tel ou tel autre métier, telle ou telle autre fonction ; je me contenterai de décrire, aussi objectivement que possible, les caractéristiques de ce métier.

« Lambda », donc, débarque dans un établissement fin août ou début septembre. Avec un peu de chance, c’est un établissement « lambda », sans (trop de) problèmes particuliers. Il fait connaissance avec quelques collègues, reçoit quelques conseils ou suggestions, est initié à quelques particularités administratives ou autres. Il reçoit son emploi du temps, la liste de ses classes (oui, je parle plus facilement d’un enseignant en collège… j’en ai davantage l’expérience… mes lecteurs auront l’obligeance d’adapter pour les autres enseignants…).

Une fois qu’il sait à qui il va s’adresser, rentré chez lui, Lambda prépare ses « cours de rentrée » qui sont à la fois prise de contact, annonce du programme et de la démarche pédagogique. Ce n’est pas très facile, avec un public totalement virtuel, c’est aussi un peu angoissant : comment va-t-il être perçu des élèves ? Comment ceux-ci vont-ils le « tester » ? Quelle image veut-il donner ? Les premières prises de contact sont toujours angoissantes, même quand on est dans le même établissement depuis plusieurs années : l’alchimie d’une classe est toujours imprévisible, quelles que soient les précautions prises pour la composer. Même une classe « qui marchait bien » et qu’on a quasiment reconduite l’année suivante, peut se montrer très différente : des évolutions personnelles pendant l’été, des événements qui ont affecté tel ou telle, l’irruption d’un nouveau, la contestation de l’emploi du temps ou de la liste des professeurs…

Face à la classe, Lambda se montre sûr de lui, tente de cerner son public, répond calmement aux questions (je ne parle pas ici d’un débutant sans formation, pour qui la situation est évidemment bien pire !), expose le travail de l’année. Il essaie de retenir quelques noms, quelques réactions, repère quelques têtes « sûres » ou « à suveiller »… Puis passe à une autre classe…

A la fin de la première journée, il essaie de se faire une idée des classes vues, de la manière dont il va aborder son programme avec celle-ci ou celle-là. Il va parfois se renseigner auprès d’un collègue sur tel élève qu’il a remarqué. Et il rentre chez lui…

Les non-enseignants ont tendance à penser qu’un prof a préparé ses cours « une fois pour toutes », ou à peu près. C’est loin d’être le cas pour la grande majorité des profs ! Même si le programme n’a pas changé (et il change quasiment avec chaque nouveau ministre !), l’enseignant adapte son cours à son public : une même notion grammaticale, par exemple, vue dans deux classes de même niveau, ne sera pas forcément étudiée de la même manière. Quand il prépare son cours, l’enseignant a en tête la classe à laquelle il va s’adresser : telle notion sera trop ardue, tel exercice trop difficile (ou trop facile !), un brin d’humour sera bienvenu ici, à proscrire là… Le travail de préparation est précis et contraignant… et ne garantit malheureusement pas le succès ! Avoir passé une ou plusieurs heures à préparer un cours et faire le bilan, une fois le cours terminé, que peu d’élèves semblent avoir bien compris la notion étudiée… est non seulement vexant, mais angoissant : comment faire pour revenir sur cette notion, comment aborder à nouveau le sujet pour une meilleure réussite – et sans que les élèves aient l’impression qu’on leur rabâche la même chose ?…

C’est un métier où les constats d’échec sont fréquents : avec des élèves particuliers, bien sûr (faibles, inattentifs, contestataires…), mais aussi avec la classe, plus globalement. Et un constat d’échec oblige à une remise en question personnelle, ce qui est toujours douloureux. Avoir eu l’impression que les cours « passaient bien »… et s’apercevoir, lors d’un contrôle un peu global, que la majorité des élèves n’a rien compris… remet en cause le travail de plusieurs séances : frustrant ! Si Lambda a la chance de côtoyer un ou plusieurs collègues travaillant un peu dans le même sens, il essaiera d’en discuter avec eux. Ce n’est pas forcément possible : d’abord parce que, dans certaines matières, il est le seul de l’établissement ; ensuite, parce que les collègues de la même matière n’ont pas forcément les mêmes objectifs, les mêmes méthodes, les mêmes façons de percevoir les élèves… Si on lui répond, par exemple, « De toutes façons, ils ne fichent jamais rien ! »… Lambda n’est pas beaucoup plus avancé…

En dehors des strictes questions pédagogiques, se posent aussi des questions relationnelles, avec tel ou tel élève, avec telle ou telle classe… Un conflit avec une classe est une situation extrêmement pénible : si on ne parvient pas à le désamorcer rapidement, l’hostilité va grandir et devenir un état d’esprit… Il m’est arrivé de faire appel à un collègue ou à un principal dans certains cas… Si c’est un élève particulier qui est en conflit, après tentatives personnelles de le résoudre, mieux vaut faire appel à quelqu’un d’extérieur : collègue, parent, principal…

Ces remises en question, que tout enseignant fait de lui-même, ne sont pas les seules… Des collègues, des élèves, des parents d’élèves, des principaux, des inspecteurs… peuvent aussi contester tel ou tel aspect de l’enseignement. Il faut alors répondre, expliquer, se justifier, face à des accusations plus ou moins violentes, plus ou moins acerbes. C’est très difficile, d’autant plus si l’interlocuteur est agressif… Il m’est arrivé une fois de sortir de la salle où je recevais un parent d’élève, tant la discussion tournait à l’agression systématique… Garder son calme quand l’interlocuteur vous accuse d’incompétence est un exercice qui fait vite monter la tension !

Tout cela, c’est l’ordinaire « normal » d’un enseignant… A quoi il faut ajouter les remises en question « politiques » (les enseignants n’apprennent plus rien aux élèves, ne sont pas fichus de faire respecter la discipline, et autres critiques de ce genre émises par des personnalités diverses), reprises évidemment par les média… et donc par le public (les enseignants sont bien payés pour ne pas faire grand chose… Ils travaillent 18 heures par semaine…). A quoi il faut ajouter les réformes, la diminution drastique de la « formation continue », la disparition de la formation initiale, les exigences de plus en plus nombreuses quant aux « tâches annexes » (entre autres, de plus en plus de choses à rentrer dans les ordinateurs !), les menaces pesant sur la profession (accroissement du nombre d’élèves par classe, « assouplissement » de la carte scolaire, regroupement d’établissements, et j’en passe !)…

Il y a des enseignants qui craquent ou sont près de craquer ? Je m’étonne qu’il n’y en ait pas davantage…

Confiance…

mardi, août 4th, 2009

[Les Instructions] sont vraiment dignes de cette grande insti-
tution démocratique par excellence, qui ne fait point de
différence entre les enfants qui lui sont confiés et qui veut
les élever tous, les plus humbles et les plus misérables
autant sinon plus que les autres, selon les mêmes princi-
pes de liberté, de justice et d’amour.

[…]

Est-il besoin d’ajouter que nous avons pleine confiance
dans les maîtres de nos écoles ? Ce sont des hommes de
cœur.

[…]

Le premier devoir de nos instituteurs, ils le savent, est
d’adapter leurs leçons au milieu dans lequel ils se trouvent
et de les renouveler d’année en année.

Si les programmes […] nous servent de guide, il serait
toutefois vain de les appliquer tels quels […]. Il est[…]
indispensable de tenir compte
du milieu, de la force des élèves, des besoins des popula-
tions. A n’en rien faire on se tromperait gravement.

Adapter nos leçons au milieu, c’est en même temps les re-
nouveler. Ce renouvellement est chose nécessaire. Le labou-
reur ne retourne-t-il pas la terre quand vient l’automne ?
S’il ne le faisait, où serait la moisson ? Si nous ne pre-
nions la peine de labourer, nous aussi, notre champ, de re-
tourner notre fonds, où seraient les résultats ?

J’apprécie grandement – et vous aussi, j’espère -, ce « mandat de confiance » adressé par le Ministère aux instituteurs : les programmes sont un guide – et seulement un guide. Il appartient à l’instituteur d’évaluer le milieu dans lequel il se trouve, la « force des élèves » et les « besoins [de la] population » afin d’adapter au mieux ces programmes.

Et il lui appartient en même temps de remettre en question son travail, afin d’améliorer son enseignement…

Mais vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai enlevé des mots du quatrième paragraphe ? Ah ! Il va falloir que je me dévoile… Voici donc ce paragraphe sans coupures :

Si les programmes français nous servent de guide, il serait
toutefois vain de les appliquer tels quels en Tunisie. Il est,
ici plus encore qu’en France, indispensable de tenir compte
du milieu, de la force des élèves, des besoins des popula-
tions. A n’en rien faire on se tromperait gravement.

Pourquoi diable la Tunisie ? C’est que la Tunisie est sous protectorat français… en 1923 !

Voilà mes sources dévoilées…

Instruction Publique

Instruction Publique

Et je ne peux résister au plaisir de vous donner la suite :

Nos écoles sont des écoles laïques. Qu’est-ce à dire, sinon
que, pour en être et rester dignes, il nous faut travailler
sans cesse à notre propre perfectionnement ?

C’est par notre attention soutenue que nos écoles devien-
dront de plus en plus laïques chaque jour. La laïcité, ce
n’est pas seulement une enseigne mise une fois pour toutes
à l’entrée de nos classes, c’est un idéal a la poursuite du-
quel il faut se donner tout entier. Sans doute toute la vie
d’un homme ne suffira pas à l’atteindre et même, à me-
sure que, de génération en génération, on s’en approchera
davantage, il reculera et s’élèvera d’autant. Mais la des-
tinée de l’homme n’est-elle pas de poursuivre une idée qui le
dépasse ? Disons donc de la laïcité ce qu’on peut dire de
toutes les œuvres humaines qui valent la peine d’être faites,
à savoir qu’elle est une création continue.

Laïcité, comme noblesse, oblige : elle oblige au travail.

(Source : Gallica, pages 797 et suivantes)

Je vous en reparlerai, de cette confiance de nos gouvernements en leurs enseignants…

Avoir la foi…

mardi, juillet 28th, 2009

Le commentaire de Frédérique, posté hier, me fait réfléchir (outre qu’il me cause un très grand plaisir !) :

« merci seulement d’avoir cru en nous quand tous laissait penser le contraire!!! »

Oui, c’est vrai, au plus loin que je remonte dans ma vie de prof, j’ai toujours eu – et conservé – la foi !

Au point que j’ai du mal à comprendre les enseignants qui ne l’ont pas, cette foi ! Pour moi, c’est une composante fondamentale du métier…

Peut-être en ai-je hérité de par mon éducation catholique ? A moins que je ne l’ai bue au biberon dans ma famille ?

En tous cas, il me paraît évident que c’est une de mes constantes !

D’abord, bien sûr, la foi en mon métier : enseigner, c’est croire que l’on peut apporter des « choses » à des élèves : connaissances, méthodes, mais aussi ouvertures sur le monde, la vie, les autres. Je repense à cette collègue qui m’assénait : « L’orthographe, c’est inné ! ». Avec ce genre de pensée, j’aurais vite arrêté de « faire de l’orthographe » ! Je ne comprends même pas comment cette collègue a pu enseigner quelque chose de si totalement inutile…

Non, pour moi, être prof, c’est croire fondamentalement qu’on peut changer les choses, les faire évoluer. Ne jamais se décourager devant les échecs, quels qu’ils soient, mais toujours essayer d’y réfléchir, d’imaginer leurs raisons, et d’envisager des réponses possibles. Reprendre les cours, les contrôles, les exercices, de façon à les améliorer.

C’est d’ailleurs une des grandes chances de ce métier : attaquer à chaque rentrée de nouvelles classes, c’est pouvoir améliorer ce qu’on a fait l’année précédente, ou les années précédentes : tenter de comprendre ses erreurs (quand toute une classe « se plante » à un contrôle… il y a des chances pour que le prof soit en cause !) et d’y remédier…

Et, bien sûr, corollaire évident de cette foi dans le métier : la foi dans les enfants !

Car, si je pense que mon métier est d’apporter des « choses » aux élèves qui me sont confiés… il faut bien que je croie en la possibilité pour ces élèves d’apprendre, de changer, de se développer, d’évoluer !

Pour TOUS les élèves !

Il est très gratifiant de voir quelques élèves – les « bons » – répondre à nos attentes: ils écoutent, répondent, apprennent, ont de bonnes notes… et nous donnent l’impression d’être « de bons profs »… Des miroirs déformants… mais embellissants, en quelque sorte !

Mais ils ne représentent généralement qu’une très petite fraction d’une classe… Et, effectivement, se pose alors la question : est-ce que je m’arrête à ce miroir (je suis un bon prof… et les élèves qui ne répondent pas à mes attentes sont de « mauvais élèves », indignes de mon attention) ? ou est-ce que je travaille pour que tous ces « autres élèves » progressent eux aussi, à leur manière et à leur rythme ? Si j’y arrive, peut-être alors – et alors seulement – serai-je « un bon prof »…

Ces enfants, ces ados que j’ai devant moi sont en plein développement. Nul ne peut prévoir avec certitude leur devenir, même pas eux, même pas leurs parents. TOUT est possible, à cet âge, rien n’est joué. C’est parce que j’en suis intimement persuadée que je peux tenter de les en persuader. Car l’élève « en échec constant » a généralement une piètre idée de lui-même et de ses possibilités : la première chose à faire est donc de lui redonner confiance en ses capacités. Confiance fluctuante, évidemment – il a déjà un lourd passif, et se décourage à la première difficulté -, mais confiance quand même, pour qu’il enregistre quelques réussites qui le remonteront dans sa propre estime.

J’en ai eu, de ces élèves en échec scolaire, déçus, découragés, passant leurs cours à dessiner, bricoler… ou embêter les voisins (voire la classe et le prof !). Cette année encore, mon zozo de 3ème… Mais il lui est arrivé plusieurs fois, quand par hasard il entendait une question que j’avais posée et y réfléchissait un peu, de donner la réponse juste : « Vous avez vu, madame ! ». Et de se retourner vers la classe, triomphant…

Ces petites « reconnaissances » ne vont sans doute pas modifier l’orientation scolaire de ces élèves… mais je crois (oui, je crois…) qu’elles modifient leur perception d’eux-mêmes, et qu’elles leur redonnent quelques forces pour l’avenir…

Quant à la plus grande partie d’une classe, généralement « moyenne », elle est bien évidemment aussi susceptible de s’améliorer ! L’élève « moyen » (qui n’est d’ailleurs pas forcément « moyen » dans toutes les matières – d’où le grand intérêt de la discussion avec les collègues sur tel ou tel élève…) peut aussi se révéler « bon » dans tel ou tel type de travail. D’où aussi l’intérêt de varier les approches : l’enseignement du Français est un vrai « cadeau » pour cela, avec ses différentes composantes…

Je me souviens de cette élève de 4ème, aux résultats « moyens-médiocres », qui a joué un rôle important dans Le Bal des voleurs, d’Anouilh : au début, elle apprenait certes son texte, mais le récitait… comme une récitation, justement ! Le jour du spectacle, elle « crevait les planches », et a été la plus remarquée ! Cela n’a pas changé son avenir scolaire… mais je reste persuadée que cela a beaucoup changé sa manière de se percevoir elle-même !

Non, je ne suis pas magicienne, je n’ai jamais transformé un élève « mauvais » ou « moyen » en « bon » (enfin, je crois…). Mais j’espère avoir donné à quelques-uns les moyens de croire en eux-mêmes…

Une simple question de foi…

Quelques fleurs…

vendredi, juin 5th, 2009

C’est bientôt mon anniversaire, alors permettez-moi de me jeter quelques fleurs…

J’espère que vous ne tenez pas ce blog pour la Vérité Pédagogique descendue sur Terre, et que vous ne me prenez pas pour SuperProf… Des erreurs, j’en ai commis, et j’en commets encore… comme, je pense, tous ceux qui travaillent sur/avec « la matière humaine »…

(Je ne regarde pas la télé… mais je lis les commentaires dans mon magazine. Dans celui évoquant le documentaire « Déni de grossesse », la journaliste évoque cette jeune femme entrée un jour à l’hôpital à cause de violentes douleurs : deux médecins diagnostiquent des coliques néphrétiques… mais c’est le 3ème qui a raison : la « colique néphrétique » est une petite fille d’aujourd’hui 5 ans… Remarquez, dans ma famille, il y a un « fibrome » qui doit avoir dépassé les 50 ans…)

Donc, même si j’essaie, le plus souvent, de « faire pour le mieux », conformément à ce que je pense, je ne suis pas pour autant sûre de le faire… Comme je l’ai déjà dit, j’essaie de ne jamais oublier que j’ai des personnes en face de moi. Mais je n’ai évidemment aucune prise sur ce que ressentent les élèves…

Parfois, je vois bien que « le courant passe », et j’en suis heureuse : avec cette classe-là, je peux aller plus loin, leur demander des choses plus difficiles. Parfois, le courant ne passe pas, et je bataille toute l’année pour réveiller une classe endormie. Enfin, il arrive aussi que la classe me soit sourdement hostile… C’est le plus dur. Après avoir tenté toutes les manières d’entrer en dialogue, d’éclaircir les éventuels malentendus, il me faut conduire cette classe et ses récalcitrants vers les objectifs fixés, malgré la mauvaise volonté évidente…

C’est dans une classe de ce genre qu’était « Carole » (ce n’est pas son prénom), qui m’a écrit en octobre, via Copains d’avant.

Une classe que j’avais presque oubliée… parce que je préfère en général évacuer les mauvais souvenirs. Et c’en était un !

Je n’ai plus en tête la composition exacte de la classe, mais je sais qu’une bonne partie des élèves venaient de la même 4ème, avec laquelle j’avais monté une série de sketches (écrits par les élèves) sur le thème de la médecine. Une 4ème qui « marchait bien », donc, vu le temps et l’énergie que demande ce genre de projet. J’étais évidemment heureuse de les retrouver en 3ème… mais ai vite déchanté : le courant ne passait plus avec mes « anciens » (et plus particulièrement quelques « anciennes », qui utilisèrent surtout leurs capacités à « faire du mauvais esprit », comme on dit…), et je ne réussis pas non plus l’accroche avec les nouveaux… Tous les profs – sauf un – rencontraient les mêmes difficultés que moi… mais les petit(e)s futé(e)s arguaient que, justement, si ça marchait bien avec tel prof, ça prouvait que ce n’étaient pas les élèves qui étaient en cause…

Et donc, voici qu’en octobre surgit de ce passé « presque oublié » d’il y a une douzaine d’années, Carole. Qui m’écrit alors :

Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi : vous avez été ma professeur il y a quelques années à []. Il me semble que j’aie été suffisamment détestable pour que ce soit le cas…!

Moi, je fais partie de ceux que vous avez marqué. Oui, par vos tenues, et par votre personnalité. Par votre différence avec certains autres profs, dont on ne sentait pas de réel engagement avec nous, dans cette classe, avec K J, G L, N D, …. que j’imagine, on a dû qualifier de difficile, peut-être… A cette époque, je vous l’avoue, je ne vous aimais pas. Mais, je m’en suis rendue compte plus tard, c’est car je me le refusais… car je n’arrivais pas à vous faire face. J’adorais le français, mais j’adorais encore plus mes copains, et je ne me donnais pas les moyens de réussir. Disons que je préférais ne rien faire, plutôt que risquer de me planter…. Et j’avais la sensation que malgré tout, vous croyiez en nous, et que l’on vous décevait.

J’ai reçu un certain nombre de messages d’anciens élèves, à cette époque. Mais j’ose avouer que c’est celui qui m’a le plus touchée. J’avais tellement eu l’impression d’un échec, avec cette classe (même si la plus grande partie avait « scolairement » assuré le minimum), que j’étais – que je suis encore – sous le choc : malgré tout, j’avais quand même réussi à faire passer quelque chose…

Dans un courriel plus récent, Carole me lance à nouveau quelques fleurs :

Je pourrais résumer en disant que, par définition, l’homme a tendance à être un peu con entre 12 et 18 ans, que le rôle des enseignants (entre autres) est le tirer de là le plus vite possible, et que beaucoup ne le tentent pas. Vous, si. Et ceux qui sont passés dans votre classe se sont certainement dit, à un moment où à un autre, « Je compte, je suis quelqu’un ». C’est important.

Je n’oserais espérer que Carole a raison dans ces deux dernières phrases.

Mais, de tout cœur, je le souhaite…

Merci, « Carole » !

Débattons… du débat

vendredi, mai 29th, 2009

Eh bien, c’est un vrai débat, qui s’engage sur… les débats !

Est-il besoin de rappeler que mon vécu de prof n’est en rien un « modèle », et que, s’il me correspond, il ne correspond pas forcément à d’autres profs ?

Laura évoque l’enseignement dans l’antiquité grecque… mais ma formation est toute autre ! J’ai été formée, comme je l’ai dit au début de ce blog, par une conception « humaine » de l’enfant (l’enfant est une personne), par mai 68 (que je ne rejette absolument pas !) et par une MJC qui avait pour objectif l’éducation populaire, et ouvrait même son conseil d’administration à des ados.

Ma conception de l’enseignement découle de cette formation particulière. J’ai, certes, une « matière » à enseigner. Mais cette « matière » consiste surtout à développer la réflexion des élèves, que ce soit à partir d’un texte, d’une fonction grammaticale ou d’une règle d’orthographe. Et pour qu’ils puissent réfléchir… il faut bien leur donner la parole ! Si je suis seule à parler, il y a fort à parier que 25 élèves au moins vont perdre le fil… et avoir tout oublié à la fin de l’heure !

Ceci dit, pour en revenir aux « débats », je ne pense pas en avoir jamais organisé avant la 4ème, et ils « collent » particulièrement avec le programme de 3ème, où l’on travaille l’argumentation (je sais, maintenant, on doit parler du « discours argumentatif » dès la 6ème… mais… je trouve que c’est « un peu » tôt…). Et, bien sûr, cela exige certaines « qualités » de la part de la classe : si les élèves forment des « clans » étanches, s’ils ne s’écoutent pas, s’ils dénigrent systématiquement tel ou telle dès qu’il (elle) ouvre la bouche… inutile de tenter le débat !

Enfin, le but du débat n’est pas que l’élève ressorte avec une idée claire, toute faite, sur un sujet ; il est que l’élève apprenne à exprimer une opinion, à l’argumenter, à écouter l’opinion des autres, leurs arguments, à y répondre éventuellement. Ils en ressortiront avec les mêmes idées qu’en y entrant ? Peut-être… mais ils auront entendu d’autres avis, d’autres arguments, qui leur auront donné à réfléchir. Parfois, ils auront aussi entendu le vécu de certains camarades : je pense entre autres à cette classe de 3ème où nous avons beaucoup débattu, et où les élèves s’impliquaient au point de mettre en avant leur propre expérience (pas de la peine de mort, bien sûr !), sans craindre le regard critique de leurs camarades (ni le mien !).

Par ailleurs, j’ai déjà parlé des « bilans de fin de trimestre », que j’organise systématiquement dans toutes les classes… en fin de trimestre (!). Là aussi, les tables sont en carré, et tout le monde peut prendre la parole. Ce n’est pas vraiment un débat, bien que les opinions s’affrontent parfois, mais une possibilité d’échange sur ce qui a été fait dans le trimestre, et sur ce qu’on pourrait faire au trimestre suivant. C’est le moment où certains osent dire qu’ils n’ont pas compris telle ou telle chose, que c’était trop difficile… Bien sûr, il aurait mieux valu qu’ils le disent au bon moment… mais je trouve important qu’ils le disent « trop tard » au lieu de se taire : peut-être cette parole leur donnera-t-elle le « courage », par la suite, de demander des explications ?

Mais, encore une fois, c’est mon mode de fonctionnement… Et, de même qu’on ne se moque pas d’un enfant qui trébuche, tombe, quand il apprend à marcher, je ne vois pas pourquoi on tiendrait pour négligeables les efforts que fait l’enfant, ou l’ado, pour apprendre à réfléchir… Il dit des bêtises ? Sans doute, de notre point de vue d’adulte. Mais… c’est normal, il apprend

Lourdes bourdes…

samedi, mai 16th, 2009

Permettez-moi de répondre à nouveau aux questions que se pose une future prof (voir récents commentaires).

Des bourdes, c’est sûr, on en fait tous, on en a tous fait ! De toutes sortes ! Et l’âge, l’expérience n’en prémunissent même pas ! Un instant de distraction, et toc ! on dit juste ce qu’il ne fallait pas dire ! Aucun souvenir précis ne me remonte à la mémoire à l’instant, mais je sais que j’en ai fait, de ces grosses bourdes…

J’ai déjà parlé de la nécessité de « séparer » la personne de son rôle. Un des nombreux avantages est que la « personne » peut tenter de rattraper la bourde qu’a faite le prof. Si, par exemple, je menace un élève : « Je vais mettre un mot sur ton carnet : il va être content, ton père ! » et qu’il me répond : « Il s’en fout, il est mort ! »… c’est ce que j’appelle une grosse bourde… Il me reste à voir l’élève à la fin de l’heure, à m’excuser de mon propos mal venu, en lui expliquant que je me suis énervée à cause de son comportement. Il faut que j’essaie de « rétablir le contact » que j’ai rompu par ma phrase pour le moins maladroite, et que je m’assure qu’il a compris, que nous sommes, en quelque sorte « réconciliés ».

La bourde « de connaissances » est, à mes yeux, moins grave que la bourde « de psychologie », et beaucoup plus facile à gérer… à condition qu’on ne se pose pas d’emblée comme « maître incontestable du savoir », mais qu’on accepte l’idée que nul n’est infaillible… pas même le prof ! Il m’est arrivé de me faire reprendre par un élève parce que j’avais commis une erreur d’analyse (voire même d’orthographe !) : j’ai assuré l’élève qu’il avait tout à fait raison, que je m’étais trompée, assortissant éventuellement ma phrase d’une pirouette « humoristique ». Si j’ai un doute sur un mot, je demande à un élève de regarder dans le dictionnaire pour en connaître le sens précis ou l’orthographe. Il m’est arrivé aussi, en repensant à un cours, ou en corrigeant des copies, de m’apercevoir que j’avais dit une ânerie : je m’en suis expliquée au cours suivant, maudissant ma distraction qui les avait « enduits d’horreur ».

Quant au premier cours de l’année…

C’est vrai qu’on en fait tout un plat… et je ne veux pas minimiser son importance… juste la relativiser !

Le prof a souvent l’impression que « tout est joué » dans la première heure, qu’il lui faut donc être super-bon dans cette première heure, de crainte de « ramer » toute l’année. En fait, ce sont surtout ses craintes personnelles qui s’expriment ici, beaucoup plus que la réalité. Et la pression qu’il se met risque fort… de lui faire commettre la bourde redoutée !

Non, tout n’est pas joué à la fin de la première heure. Heureusement ! Et, au fil des ans, l’importance de cette première heure diminue… presque jusqu’à disparaître ! Par contre, si on s’est « trompé de rôle » (en jouant le « prof copain » ou le « prof sévère », alors que ce n’est pas le rôle qui convient), il y aura un malaise lorsqu’on retrouvera un rôle plus « juste » : il faudra aux élèves le temps de l’adaptation…

C’est quoi, un rôle « plus juste » ? Ben… celui qui vous convient le mieux ! En fonction de votre caractère, de vos goûts, de vos envies, de votre vision du métier ! Il n’y a pas de « prof parfait », de même qu’il n’y a pas de « pédagogie parfaite » : à chacun de trouver… chaussure à son pied ! (les chaussures des autres vous allant rarement…)

Quant à la gestion d’une classe, je l’ai déjà dit, c’est un travail difficile, qui demande beaucoup d’être à l’écoute. Là encore, pas de recette miracle : celle qui marche avec le collègue peut ne pas marcher avec vous, celle qui marche dans une classe peut être totalement inefficace dans une autre, celle qui a si bien marché depuis un mois avec telle classe peut très bien tomber à plat un jour…

Personnellement, quand je sens un problème « de classe », j’essaie le dialogue avec la classe. Éventuellement, avec quelques élèves que je pense susceptibles de m’éclairer. Si cela ne donne rien, j’essaie d’en parler avec des collègues, avec le professeur principal. Voire avec la principale ou l’adjointe. Il m’est ainsi arrivé de faire des « mises au point » avec l’aide de l’un ou de l’autre. Le prof principal ou la principale a commencé à s’adresser à la classe pour que les élèves exposent le (ou les) « problème(s) », puis j’ai répondu. Les 2 fois auxquelles je pense, il s’agissait d’une mauvaise interprétation de la part des élèves, et la situation s’est rétablie assez vite.

Je n’ai jamais (touchons du bois !) eu de problème de gestion de classe dans le sens de chahut, ou autres choses analogues. Par contre, j’ai eu 3 ou 4 classes dans ma « carrière » avec lesquelles je n’ai pu établir de « contact » : nous sommes restés « étrangers »… C’est difficile à vivre… et je n’ai pas trouvé de recette miracle ! Quant aux « zozos » qu’on trouve un peu dans toutes les classes… ils sont par définition imprévisibles ! Et peuvent très bien ficher le bazar pendant toute une semaine… et fournir un travail, une participation, satisfaisants pendant une heure (ou une demi-heure, n’exagérons rien !). Eux sont difficiles à gérer, mais ne reflètent pas la classe…

Encore une fois, le travail sur soi (qu’est-ce que je veux ? de quoi ai-je peur ? qu’est-ce que j’attends de mon métier ? de mes élèves ?) aide beaucoup à prendre ses distances avec les aléas du métier. Et le fait de se souvenir qu’on n’est pas seul.

Bon courage aux futurs profs ! C’est un si beau métier !

La preuve ? Je vais la semaine prochaine dans le Nord, au mariage d’une élève que j’ai eue en 79-80 ! C’est pas beau, la vie de prof ?

Revues pour profs

mardi, mai 12th, 2009

Tiens, aujourd’hui, je vais vous parler de notre « presse spécialisée », j’entends : les revues pédagogiques.

Lors de ma formation d’institutrice, j’ai bien sûr découvert ces revues et fascicules regorgeant d’activités diverses. Une fois maître auxiliaire en collège, ce sont les revues consacrées à l’enseignement du français en collège que j’ai commencé à collectionner.

Bien m’en a pris : un prof de fac, en année de licence, nous a donné des travaux à faire en groupes. Et j’ai choisi « l’enseignement du français à travers les revues pédagogiques » !

Qu’attendait exactement ce professeur ? Je ne l’ai jamais su : il a « disparu » très vite… après nous avoir fait acheter le livre qu’il avait écrit sur la langue française ! Comme nous avions, pour ce cours, à valider 50% par le contrôle continu (donc, notre travail de groupe) et 50% par examen… et que nous n’avions aucune idée de ce qui pouvait nous être demandé à l’examen, vu le peu de cours que nous avions eus, c’était un peu la panique !

Les travaux ont été rendus au secrétariat aux dates fixées… et le prof a ressurgi à la fin de l’année pour nous donner nos notes (mais pas pour nous rendre nos travaux !). Il avait trouvé le moyen de calmer nos angoisses (et la colère qui allait avec) : si je me souviens bien, notre groupe a eu 19/20 !

N’empêche, j’aurais bien aimé le récupérer, ce travail ! J’ai même caressé un temps le projet d’en faire la réclamation écrite… mais ne l’ai jamais osé…

Le dossier comportait une centaine de pages : des documents, certes, mais pas mal de pages manuscrites, étudiant consciencieusement les revues pédagogiques…

Bref, j’ai vite compris que ces revues pouvaient être d’une aide précieuse. Et j’ai découvert, cette année-là, les Cahiers Pédagogiques, d’une visée plus générale, mais fort intéressants. C’est d’ailleurs l’un d’eux qui m’a appris à utiliser un certain nombre d’abréviations dans la correction de copies. Et aussi, ce petit détail : demander aux élèves de tracer une marge à droite de leur copie, réservée à mes corrections (celle de gauche étant pour les corrections des élèves).

Vous ne voyez pas l’intérêt de ce petit détail ? Eh bien… cela fait gagner du temps, donc rend moins pénible l’attaque du paquet de copies !

Car, il faut bien l’avouer : la correction des copies n’est pas vraiment un plaisir ! Et encore : en français, il nous arrive de tomber sur des rédactions intéressantes, des poèmes, des « nouvelles policières » ou fantastiques, ou… Mais, le plus souvent, la perspective d’un paquet de copies à corriger ne réjouit pas vraiment… Il peut être très agréable de faire des recherches pour préparer un cours, ou l’étude d’un livre ; de lancer une activité en classe, ou de « faire un cours »… Très rarement de corriger des copies…

Vous ne voyez toujours pas le rapport avec la marge à droite ? Eh bien, il est nettement plus rapide et plus « naturel », en lisant de gauche à droite, d’annoter à droite la ligne ou le paragraphe qu’on vient de lire ! C’est tout bête… Annoter à gauche revient à masquer de votre main la suite du travail. En notant à droite, vous avez toujours l’ensemble du travail sous les yeux.

Il y a beaucoup d’autres informations, conseils, études, dans les revues pédagogiques, bien sûr ! Mais ce genre de petit détail… qui d’autre qu’un prof pourrait vous le conseiller ?