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Action… Réaction ?

dimanche, mai 10th, 2009

Quand je dis « ne jamais oublier qu’on a été enfant », ce n’est évidemment pas pour faire copain-copain avec les élèves. C’est pour relativiser leurs réactions (ou leurs non-réactions, d’ailleurs !). Même si le prof a été bon élève, sage et tout et tout, il a forcément eu des moments moins lumineux quand il était en classe, ou quand il avait un devoir à faire, une leçon à apprendre. Se souvenir de ces moments-là aide à mieux comprendre le comportement des élèves. Les rapports adulte-enfant (et particulièrement prof-élève) ont peut-être changé, mais le fond reste le même. « De mon temps », jamais un élève n’aurait osé dire à un prof : « j’aime bien (ou : « je n’aime pas ») votre jupe, votre tee-shirt… ». Mais, entre élèves, nous commentions largement la tenue de tel ou tel professeur !

J’en viens justement à la fin du message de la future prof (vous vous souvenez ? J’étais partie de son blog pour lui répondre…). Je cite :

« De même il faut être sacrément habile, ne pas dire n’importe quoi, réfléchir à ce qu’on dit tout en restant spontané. Par exemple, si un élève me demande en plein cours si je suis homosexuelle, comme dans le film… c’est idiot mais je crois que je ne saurais vraiment pas quoi dire ! Et sur ce coup, le François Marin du film a très bien réagi je trouve. De même avec la fille qui vient voir François Marin à la fin de l’heure. Il lui demande de s’excuser sincèrement, elle le fait, et avant de franchir la porte, elle lui dit qu’en fait, elle ne le pensait pas du tout. Pffff, bin moi, ça m’aurait bien énervée, ça m’aurait attristée même ! Je crois que si je deviens prof (ce dont j’ai extrêmement envie mais bon…), je pleurerai toutes les deux minutes. Ça doit être émotionnellement éprouvant d’être prof. C’est comme la petite Henriette qui vient voir François Marin à la fin de l’heure du dernier jour de cours… elle était carrément trop mignonne ! J’ai trouvé le prof un peu froid et maladroit avec elle d’ailleurs. Et puis l’autre fille qui lit Platon en 4ème, ça m’aurait fait de l’effet aussi ça ! J’aurais eu du mal à ne pas le montrer. »

Il est effectivement parfois difficile de répondre à un élève qui vous tient un propos surprenant. Difficile aussi, de ne pas rougir sous le coup de la surprise, ou de l’émotion. Quant aux larmes… mieux vaut apprendre à les maîtriser !

Encore une fois, je n’ai pas vu le film (ni n’ai l’intention de le voir). Mais l’exemple proposé me fait dire qu’il est nécessaire, avant tout, de « faire le tri » : l’élève a-t-il le « droit » de me poser cette question ? Si la question s’adresse au prof, oui. Si elle s’adresse à la personne, non.

Je ne me souviens pas qu’un élève m’ait demandé si j’étais homosexuelle, mais il m’est arrivé plusieurs fois d’être interrogée sur mes préférences politiques ou religieuses. Je n’ai jamais accepté de répondre à ce genre de questions. Pas seulement à cause du « droit », du « principe de laïcité » (que je trouve éminemment respectable !), ou par peur de protestations de parents. Non : mes options (et plus encore mes options quant à ma sexualité !) me sont personnelles, elles n’ont pas à apparaître sur la scène de la classe. Si j’en fais état, je franchis une limite entre mon rôle et ma personne, et je peux alors m’attendre à d’autres questionnements, plus inquisiteurs.

Car les élèves sont curieux de la vie des profs, et c’est bien normal ! Ils questionnent, ils provoquent, ils veulent « tout savoir »… et, quand ils ne savent pas… ils inventent !

Je me souviens que, dans mon collège du Nord, une année, un collègue était arrivé, portant le même patronyme que moi… J’ai appris par la suite que les élèves nous avaient « mariés » sans problèmes !

Dernière chose : les enfants, et les ados plus particulièrement, se cherchent, cherchent des adultes « de référence ». D’où leurs provocs et leurs questionnements indiscrets. Mais, au fond d’eux-mêmes, malgré leur envie affichée d’être « copain » avec le prof, ce qu’ils veulent avant tout, c’est que le prof soit un adulte. Droit dans ses bottes ! Ils ne veulent surtout pas trouver en face d’eux les mêmes incertitudes, les mêmes hésitations, les mêmes peurs. Et ils ne le supportent pas !

J’ai déjà dit qu’un prof dépressif, par exemple, se faisait vite déborder, voire chahuter. C’est que les élèves se trouvent alors dans un état d’insécurité qu’ils ne supportent pas. Ils vont tout faire pour « faire craquer » le prof. Non parce qu’ils sont « méchants », mais parce qu’ils n’ont pas confiance, que cet adulte leur fait peur, leur renvoie une image de l’adulte qu’ils ne veulent pas connaître.

Il m’est arrivé d’être dépressive… Mais jamais d’être chahutée (vite ! je touche du bois !!!). C’est que ma dépression, je l’accrochais au porte-manteau en arrivant au collège, pour enfiler ma tenue de prof. Mieux : c’est le plus souvent grâce à mon métier que j’ai « tenu le coup », même si ma vie personnelle était alors difficile.

Alors, difficile, ce métier ?

Oui… mais tellement enrichissant (et je ne parle pas – qui l’eût cru ? – de l’aspect financier) !!!

Retour sur « la » principale

mercredi, mars 18th, 2009

Pour être honnête, je dirai que cette principale d’il y a… longtemps ! fut la seule incompétente que je rencontrai dans ma « carrière ».

Et, toujours pour être honnête, j’avoue que je suis allergique à l’autorité en tant que telle… Des collègues m’ont baptisée « la rebelle », si vous voyez ce que je veux dire… Quand j’ai été reçue au CAPES (au 3ème essai…), j’ai immédiatement pensé que, maintenant, je ferais ce que je voudrais, et que je me moquais de ce que pensaient les autres. Plus de chômage ni de recherche d’emploi en perspective : je pouvais être « maîtresse » dans mes classes… (bien que mes années dans le privé ne m’aient pas vraiment appris la docilité…).

Le plus souvent (pour ne pas dire presque à chaque fois) que je me trouvais face à un nouveau (une nouvelle) principal(e), nos rapports tournaient vite à l’affrontement : je ne correspondais pas à l’image, je ne faisais pas « ce qu’il fallait ». Ma première année dans le Nord, ma première année en région parisienne, j’eus droit à la visite de l’inspecteur, venu spécialement pour moi, à l’appel du principal. Mais j’avais la conscience tranquille : malgré le travail de groupe, forcément plus bruyant qu’un cours traditionnel, je « tenais » mes classes, et ce que je faisais était peut-être discutable, mais sûrement pas répréhensible. « Ce que vous faites, c’est l’idéal dans l’utopie », me déclara le premier inspecteur. J’ai retenu la formule, tant elle me semblait inadaptée après avoir vu une classe fonctionner pendant une heure. Mon « avancement » s’en trouvait retardé ? Je ne me suis jamais occupée de « faire carrière », je n’ai jamais cherché à « gagner plus ». J’estimais que ce que j’aurais gagné financièrement en courbant l’échine m’aurait coûté le plaisir que je prenais à mon métier.

Cependant, après les premières escarmouches (parfois violentes – verbalement, je vous rassure !), le ou la principal(e) reconnaissait généralement que, si j’étais plutôt « atypique », je faisais mon boulot. Dans la mesure où lui/elle faisait le sien, nous pouvions nous respecter mutuellement. Cela n’excluait pas les désaccords, les luttes même. Mais c’étaient rarement les « personnes » qui s’affrontaient, c’étaient plutôt les fonctions.

Avec « la » principale dont j’ai commencé à vous parler, c’était très différent : classée comme « mauvais prof » (sur des critères que je ne chercherai pas à approfondir), j’ai eu droit, tout le temps qu’elle a sévi, à son mépris et à ses tentatives pour me déstabiliser, voire pour me faire muter. C’était très mal s’y prendre avec moi, vu mon caractère… Je décidai très vite qu’elle partirait avant moi, que je n’avais que quelques années à la subir avant qu’elle prenne sa retraite : il me suffisait de « tenir »…

De mon côté, je ne pouvais non plus respecter quelqu’un d’aussi incompétent. Il suffisait d’entrer dans son bureau pour en prendre la mesure. Vous avez déjà vu un bureau de principal ? Couvert de papiers, de dossiers ouverts, de dossiers empilés, de feuilles volantes…

Rien de tout cela avec « la nôtre » : sur son bureau : un sous-main, un éphéméride. Point. Rien pour écrire, pas un bout de papier ! L’ordre parfait… de quelqu’un qui ne faisait rien…

Un petit meuble vitré renfermait précieusement le Journal Officiel, auquel nous n’avions pas accès. Il n’est pas bon que les professeurs aient un accès direct aux lois : s’il en était besoin, un affichage en salle des profs nous donnait l’information… pas forcément à temps, car elle ne lisait évidemment pas ces textes rébarbatifs. Et l’adjoint(e), sur qui reposaient toutes les questions administratives, n’en avait pas forcément le temps, ou l’idée…

Mais… suffit pour aujourd’hui ! Je vous en reparlerai demain… ou une autre fois !