Posts Tagged ‘Nouveaux profs’

Histoires de gros (et petits) sous…

dimanche, novembre 27th, 2011

Merci encore à Lucien qui m’informe de la « fracassante » annonce de Luc Chatel :

Luc Chatel porte à 2000 euros le salaire des jeunes profs


salaire brut, précise l’article, qui détaille :

Dans le détail, les 14.100 enseignants «à l’échelon 3», c’est à dire ceux qui viennent de réussir leurs concours recevront 2000 euros bruts lors de leur première année d’exercice, soit 100 euros de plus. Les 110 900 enseignants «à l’échelon 4 et 5», qui sont entre leur deuxième et leur quatrième année d’exercice recevront respectivement désormais 2060 euros et 2121 euros bruts, soit 64 euros et 23 euros de plus par mois.

Certes, on ne peut que se réjouir de cette augmentation… Encore que… il y ait plusieurs façons de voir les choses ! Je vous renvoie au billet de Lucien, dont j’extrais ces citations :

Salaire des enseignants : opération poudre aux yeux

En annonçant, dans une véritable tribune, une revalorisation salariale pour les jeunes enseignants, le ministre a réussi un coup à plusieurs ricochets.
Peu importe si cette annonce repose entièrement sur une manipulation éhontée, le ministre a atteint ses objectifs.
[…]
Plus que de l’ironie, il y a du cynisme dans cette annonce : on va vous augmenter avec l’argent que vous ne toucherez pas par la suite !

(voir le billet précédent, sur le projet qui réduit sérieusement les possibilités d’avancement des enseignants en les alignant sur le tableau actuel le plus défavorable…)

Je citais dernièrement Nicole Bricq qui mettait en parallèle le coût pour l’État de la défiscalisation des heurs sup’ des enseignants et celui de 40 000 postes… Dans une revue de la Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale (MGEN), l’éditorialiste fait un autre parallèle :

« En 2012, en 5 ans de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce seront 80 000 postes qui auront été supprimés pour le seul ministère de l’Éducation nationale, fragilisant dangereusement le service public d’éducation et mettant en péril la société de demain.
Or il faut savoir qu’il faudra huit années d’application de ce dogme anti fonctionnaire pour compenser simplement une année de baisse de la TVA sur la restauration. Oui, vous avez bien lu : pour compenser le manque à gagner fiscal correspondant à une seule année de baisse du taux de TVA dans la restauration, il faut huit années de saignée dans toute la Fonction Publique d’État (Source : Cour des Comptes) ! Si gouverner c’est prévoir, lorsque la dette nationale est si importante, bien sûr qu’il faut être attentif aux dépenses, mais également veiller à ne pas réduire les recettes fiscales (bouclier fiscal, heures supplémentaires défiscalisées, baisse du taux de la TVA dans la restauration,…). Clientélisme toujours ! »

L’éditorial insiste surtout sur la grave injustice à taxer les mutuelles : l’augmentation de cotisation qui s’ensuit conduit tout simplement les familles en difficulté de se passer de mutuelle… et donc de soins… Mais, paraît-il, il y a tellement de gens qui grugent notre pauvre Sécu… ! Voir à ce sujet le « Délit Maille » du 15 novembre, où le Ministre de la Santé vient tirer de son lit d’hôpital une horrible fraudeuse :

Tricote ta Sécu

P.S. Je repense à ma mère… qui jugeait qu’elle n’avait pas à déclarer à la sécu consultations et médicaments, vu qu’elle « avait les moyens » de les payer (sa retraite de secrétaire)… Je me demande combien de gens, parmi ceux qui ont vraiment les moyens, raisonnent de cette façon…

Vous avez dit « formation » ???

dimanche, mai 29th, 2011

Merci, une fois encore, à Lucien, qui suit beaucoup mieux l’actualité que moi (non, je ne parlerai pas ici de DSK ! – pas plus que Lucien, d’ailleurs !), et m’ouvre de nouvelles pistes de réflexion

(Photo sur le site Europe1.fr)

Ça vous intéressait ? Dommage… Le « recrutement » ne se passait que sur une journée…

A défaut de formation, allez donc faire un tour à « Pôle Emploi » (ça fait quand même plus smart que « ANPE », non ?)…

Extraits d’entretien :

Recrutement d’enseignants le 26 mai à Paris

Quel recrutement ?
Avant toute chose, le recrutement d’un enseignant passe par un concours, mais nous sommes amenés à recruter de temps en temps des contractuels pour pallier à des remplacements. Il s’agit de personnes pour le remplacement d’enseignants dans les établissements collèges, lycées généraux, technologiques et professionnels de la Ville de Paris.

Il fut un temps où existaient des « titulaires remplaçants »… Mais, évidemment, ça coûtait plus cher !

Les profils ?
Les pré-requis pour être enseignant contractuel, c’est d’abord un niveau universitaire attendu, le Master ou à défaut la Licence, ou même un niveau inférieur pour certaines disciplines professionnelles, une parfaite maîtrise de la langue française tant à l’écrit qu’à l’oral, une approche de l’animation, le fait de savoir mener un groupe de jeunes et puis une connaissance du monde de l’éducation et du monde de l’école en général.

Si je comprends bien, les « contractuels » seront mieux placés que les « stagiaires » pour affronter une classe : « une approche de l’animation, le fait de savoir mener un groupe de jeunes »… voilà des éléments que les « stagiaires » auraient aimer trouver dans leur « formation » ! (Je mets toujours « stagiaires » entre guillemets, car considérer comme « stage » la prise en responsabilité de classes, avec un emploi du temps de prof titulaire, c’est se moquer du monde ! Comme appeler « réforme de la formation » la suppression de toute formation préalable !)

Quelles perspectives ?
Pour un étudiant, cela peut être un marchepied pour ensuite passer le concours, c’est une excellente expérience professionnelle en vue de préparer ce concours.

Ben la voilà, la solution ! Une « formation » qui ne coûte pas cher !

Pour avoir été « maître auxiliaire » tout en préparant le concours… j’ai raté 2 fois ce dernier ! C’est que, mine de rien, ça prend pas mal de temps de préparer des cours, les assurer, corriger les devoirs… Pour peu que cela vous intéresse, il est difficile de trouver ensuite le temps de préparer sérieusement le concours !

Pôle Emploi recrute des profs remplaçants

Mais alors, comment s’assurer des qualités pédagogiques des candidats ? Selon Benoît Verschaeve, « toutes les garanties sont prises pour que ce soient des personnes en mesure de pouvoir travailler avec des élèves dès la rentrée ».
Un suivi sera mis en place ainsi que des inspections, rappelle en outre le DRH.
[…]
Les candidats recrutés mercredi seront rappelés en septembre. Un contrat de quelques mois ou d’une année entière leur sera proposé. Ils seront surtout sollicités pour des remplacements en urgence, parfois du jour au lendemain. De quoi remédier en partie aux absences ponctuelles, qui ne peuvent être comblés par les titulaires. Ces derniers sont en effet affectés en priorité à des postes à temps plein.

Pas un mot sur les salaires, sur les contrats… On gagne le droit de ne plus être inscrit au chômage (économies… et baisse du nombre de chômeurs !), et remplacements « au pied levé », car chacun sait qu’il n’est nul besoin de préparer quoi que ce soit avant de prendre en charge une – ou plusieurs – classe(s) !

Lisez donc le témoignage d’une de ces « candidates » !

Ma journée au grand marché aux profs de Pôle Emploi

Quiconque verrait un rapport entre ces recrutements « sauvages » et le nouveau projet de « formation des maîtres en alternance » du ministre aurait sans doute mauvais esprit…

Jeunes profs en alternance : nouvelle embrouille de Chatel

[…]

D’abord, il y a une manipulation sémantique. Les masters en alternance prévoient en général un temps quasi-équivalent de stage et de formation. Joël Péhau, secrétaire national du SE-Unsa :

« Dans le projet de Luc Chatel, il n’y a que trois à six heures de terrain prévu par semaine, c’est l’équivalent de 20% du temps sur l’année. C’est un ersatz de master en alternance. »

D’autre part, Luc Chatel n’a pas précisé quelles seraient les conditions d’encadrement de ces contrats d’enseignement. Des étudiants en M1 et M2 (à la fac, pas encore admis aux concours) peuvent-ils prendre en charge des classes ? Joël Péhau :

« C’est comme demander à un maçon de construire une maison tout seul pour se mettre dans le bain. Ce que nous souhaitons, c’est une formation pratique accompagnée. Mais je doute que des tuteurs soient débloqués pour les étudiants en cursus universitaire. »

Luc Chatel a précisé que les étudiants en contrat seraient rémunérés entre 3 000 et 6 000 euros par an. Selon le SE-Unsa, « c’est entre 10% et 50% de moins qu’un contractuel ou un remplaçant en titre ».

A l’IUFM, la formation pratique était assurée par des stages. Des stages d’observation étaient prévus en première année (l’année de préparation aux concours). Une fois admis aux concours, les professeurs-stagiaires alternaient pendant une autre année formation théorique et stages encadrés par des tuteurs.

Luc Bentz, de l’Unsa-Education, rappelle que la conférence des directeurs d’IUFM avait déjà travaillé sur des « vraies formations en alternance » plus exigeantes. Différents modèles ont été proposés. Il regrette que l’un d’eux n’ait pas été retenu.

J’ai déjà parlé ici d’une association des maires ruraux. Ils sont inquiets,les maires !

Luc Chatel : Il faut un traitement différencié en matière de suppression de postes pour l’école-primaire

Ce que vous reprochent un certain nombre de maires, c’est de poursuivre un objectif comptable sans tenir compte des enjeux de l’aménagement du territoire…

L’aménagement du territoire, c’est important. Mais ce qui m’importe le plus, c’est la réussite des élèves, la réussite de ceux qui habitent dans ces zones rurales. Je ne suis pas sûr qu’il soit bien raisonnable, du point de vue des pratiques pédagogiques, d’avoir 12 élèves par classe.

Voilà une nouvelle qu’elle est bonne ! Le souci du ministre est la réussite des élèves ! Et il s’intéresse à la pédagogie : 12 élèves par classe, ça ne fonctionne pas ! C’est lui qui le dit, alors pensez si c’est vrai !

Pendant des années, les maires se sont battus pour conserver au moins une classe par village. Avec le recul, on s’est aperçu qu’il s’agissait d’une fausse bonne idée. Les enseignants se trouvent isolés, on ne peut pas mettre en place d’accueil périscolaire… Aujourd’hui, on privilégie les regroupements intercommunaux, sur un même lieu, souvent un bâtiment moderne, avec demi-pension et garderie.

Que proposez-vous pour éviter une fronde des maires sur les fermetures de classes ?

Je vais demander au premier ministre et au président de la République un traitement différencié pour le primaire. Il n’y aura pas de moratoire sur le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Mais, tout en réalisant le schéma d’ensemble, nous devrons veiller à fermer le moins de classes possible.

Donc, pour arriver au chiffre magique de « 1 sur 2″… il ne reste plus qu’à supprimer davantage de postes – et de classes – dans le secondaire… Ou j’ai mal compris ???

Je lisais dans le Nouvel Obs (25/05/2011) que, d’après un sondage, 72 % des Français font confiance à l’Éducation Nationale (contre 74,2 à la police, 84,8 à la gendarmerie… 55 à la justice et 42,1 à… Pôle Emploi !)… Le score risque de ne pas vraiment s’améliorer dans les années qui viennent…

TOUT VA BIEN !

dimanche, décembre 5th, 2010

Ouf ! Nous voilà rassurés ! Surtout que c’est le Ministre de l’Éducation (Nationale ?) qui le dit ! Monsieur TVB en personne ! Si, si si !

« Je tiens à vous rassurer sur la mise en œuvre de (la) réforme » de la formation, a déclaré M. Chatel en présentant « des indicateurs qui ne sont pas particulièrement alarmants », lors d’une conférence de presse, « point d’étape » de l’année scolaire en cours.

« Moins de 1% » des enseignants stagiaires ont été « repérés en difficulté », entre 3 et 4% ont été en congés maladie et 78 avaient démissionné mi-octobre soit moins que l’an dernier, a-t-il détaillé.

« Réforme de la formation », on appelle ça… Comme dans 1984, où le ministère chargé de modifier les faits conformément à la politique du moment se nommait « miniver » pour « ministère de la vérité »…

Si elle est si efficace, cette « réforme », je suggère qu’on l’applique à tous les corps de métier : ça va en faire, des économies, de supprimer les formations CAP, BEP, et toutes les formations particulières : écoles d’infirmiers, internats de médecine, formations d’assistants sociaux… École, et… boulot ! Aussi sec ! On apprend « sur le tas » ! Même plus besoin d’apprentissage, dites donc !

L’article du Figaro précise :

Au ministère de l’Éducation, on fait observer que la formation pédagogique dispensée dorénavant par les universités et non plus par les IUFM comprendra des stages obligatoires. Il est aussi possible «d’améliorer le dispositif actuel», affirme Luc Chatel qui n’exclut pas la possibilité d’une formation «en alternance».

Ah ! On aura peut-être encore besoin de l’apprentissage, alors ? Pour « améliorer le dispositif actuel » ? Remarquez, il ne peut guère être qu’amélioré : faire moins que zéro, cela signifierait une « formation négative »…

L’article du Figaro module un peu l’enthousiasme du ministre :

Selon quatre jeunes filles professeurs stagiaires exerçant à Paris ou dans les Hauts-de-Seine, « la plupart des stagiaires ont des difficultés mais évitent d’en faire part car ils craignent de ne pas obtenir leur titularisation à la fin de cette année. Nous sommes tous dans la débrouille ».

Une autre jeune femme témoigne: « Je ne sais pas du tout comment m’y prendre. Mes élèves sont des cobayes. Devant les parents, je bluffe et affiche une assurance que je n’ai pas. » Cet autre professeur stagiaire a assisté à une manifestation de parents d’élèves, hostiles à l’arrivée d’une débutante.

Tout va bien, on vous dit !

Cet article se réfère à l’enquête menée par le SNES :

81% des stagiaires estiment leur temps de travail supérieur à 40 heures hebdomadaires.

70% des stagiaires consacrent plus de deux heures à la préparation d’une heure de cours.

Tout à fait logique en début de carrière !

18% des stagiaires sont affectés dans des établissements classés ZEP ou considérés comme difficiles. 16% des stagiaires enseignent dans des classes à examens.

Oui, on se doutait bien qu’ils ne seraient pas affectés dans des établissements « vitrines » !

82% des stagiaires ont plus de 4 classes en charge. (Ce nombre dépend bien sûr des volumes horaires par classe de la discipline enseignée.)
Combien de classes avez-vous ?
1 – 3 : 18%
4 – 5 : 40%
6 – 7 : 34%
> 7 : 8%

Un peu plus de 90% des stagiaires ont un tuteur…

… qui n’est pas toujours dans l’établissement

Non : 35%

… ni dans la même discipline.
Non : 5%

73% des stagiaires auront eu moins d’une semaine, voire aucun jour, de formation avant les vacances d’automne.

Après deux mois dans le métier, ce sont en effet les sentiments d’épuisement et d’inquiétude qui dominent chez les stagiaires.
Parmi les qualificatifs suivants, quels sont les trois (au plus) qui décrivent le mieux comment vous vous sentez depuis le début de l’année dans votre nouveau métier ?
(Plusieurs réponses possibles)
Satisfait : 20%
Épanoui : 19%
A l’aise : 21%
Débordé : 60%
Fatigué : 86%
Stressé : 39%
Angoissé : 22%

Mais, bien sûr, ce n’est là qu’une enquête portant sur quelques centaines de « stagiaires »… Sans doute les quelques pour cent estimés par Monsieur TVB !

Des nouvelles des nouveaux…

mardi, septembre 28th, 2010

Article du Nouvel Obs :

« 8300 profs sans formation

Le mal des débutants

Par mesure d’économie, les nouveaux enseignants sont catapultés dans les classes sans y avoir été préparés. Payés 1500 euros par mois pour 15 à 18 heures de cours par semaine, ils rament »

Petite précision sur ce chapeau : ce n’est pas 15 à 18 heures, mais 15 (pour les agrégés) OU 18 heures (pour les certifiés).

Ceci dit, l’article décrit la panique qu’on pouvait supposer…

« Un élève s’est approché de moi avec un cahier, je me demandais ce qu’il voulait. C’était le cahier de textes de la classe que je suis censée remplir à la fin de chaque cours », raconte Antonia, 29 ans. Cette nouvelle enseignante d’anglais a décroché son capes en juillet. Elle a été nommée à la rentrée dans un collège en ZEP de l’académie de Créteil. Pendant les quelques heures de formation express juste avant la rentrée, on lui a répété : « Faites un plan de classe. » Scrupuleuse, elle a essayé d’en imposer un en rangeant par ordre alphabétique ses élèves de troisième. La séance a viré à l’émeute. »

Curieux, cette incitation au « plan de classe » : se présenter face à un public inconnu, aux réactions inconnues, et commencer à vouloir modifier la « géographie » de la classe… Comment peut-on donner de tels conseils ? Au moins aurait-il fallu envisager avec ces « nouveaux profs » les conséquences possibles d’un tel « bouleversement » ! Je sais bien que des collègues pratiquent ce « système », dont je ne vois toujours pas l’utilité, sauf comme remède éventuel (et provisoire ?) à une situation difficile. Mais… ces collègues ont déjà la fameuse « autorité » acquise au fil des ans !

Conclusion :

« Mais l’autre jour, après une nouvelle journée calamiteuse, elle a voulu démissionner. « Je ne me voyais pas retourner au collège. On m’aurait donné six heures, c’était jouable. Mais dix-huit, c’est mission impossible. » Le 15 septembre, Antonia a demandé un congé maladie. »

Voilà une rentrée réussie ! Et comme, dans ce genre de situation, la terreur augmente en approchant du terme du congé… il y a des chances pour qu’Antonia demande de nouveaux congés… en attendant, peut-être, de démissionner.

Il doit y en avoir d’autres, des Antonia, dans nos collèges et lycées ! De jeunes diplômés, désireux de bien faire, aimant leur futur métier… et découvrant qu’ils n’ont pas prise sur leurs élèves… Et je ne suis pas sûre que les videos de l’Institut national de la recherche pédagogique puissent les aider beaucoup…

Quel gâchis ! A peine ont-ils commencé un métier dont ils rêvaient, que ces jeunes se voient déstabilisés, inquiets pour leur avenir, cherchant déjà une autre idée de métier… Et aucune aide psychologique à attendre, évidemment !

Et, bien sûr, des classes sans profs, qui peuvent plus ou moins se glorifier d’avoir fait craquer celui qu’on leur avait parachuté… Toutes prêtes à « mettre le paquet » sur le prochain…

A côté de ces situations extrêmes (mais sans doute trop nombreuses !), les surprises de Jacques paraissent anodines :

« En attendant, les stagiaires font cours en aveugle. « Je n’ai aucune idée de la façon dont un enfant de 11 ans apprend », poursuit Jacques l’historien, tout surpris d’être interrompu par des élèves de sixième qui lui demandent : « Est-ce qu’il faut écrire le titre en rouge ou en vert ? » « 

Tout enseignant en collège s’est trouvé, un jour ou l’autre, interrompu par une question de ce genre… Un des « musts » étant : « Je suis en bas de la page, qu’est-ce que je fais ? ». Forte envie, évidemment, de lui conseiller d’écrire sur la table… mais attention : j’ai déjà parlé de l’imperméabilité à l’ironie de nombreux élèves de cet âge !

Par contre, l’ignorance dont Jacques témoigne quant aux modes d’apprentissage est beaucoup plus dommageable…

Entendons-nous : je ne défendrai pas la façon dont certains IUFM abordaient les questions pédagogiques. J’ai trop entendu d’aberrations à ce sujet. Sans doute en grande partie, d’ailleurs, parce qu’on avait omis de former les professeurs ! Lesquels n’avaient donc que leur propre expérience et la ligne du parti… pardon, du ministère ou du rectorat ! Un peu court pour former de futurs profs… Et, évidemment, il coûte beaucoup moins cher de supprimer ces formations que de tenter de les améliorer…

Nouveaux profs, je suis de tout cœur avec vous… même si cela ne change pas grand chose ! Et j’espère très fort que, dans vos collèges ou lycées, vous rencontrerez des collègues qui pourront vous aider dans ces démarrages difficiles…

Bonne rentrée !

lundi, août 30th, 2010

En cette période de rentrée scolaire, je ne peux m’empêcher de penser à tous ces « fonctionnaires stagiaires » qu’on va lancer dans les établissements…

Ainsi que l’indique le très sérieux site officiel :

L’année scolaire 2010-2011 sera la première année de la mise en place de la réforme du recrutement des enseignants du second degré et des personnels d’éducation. Les lauréats des concours 2010 ainsi que ceux d’une session antérieure ayant bénéficié d’un report de stage durant l’année scolaire 2009-2010 seront nommés fonctionnaires stagiaires et auront en responsabilité plusieurs classes dans le cadre de leur année de stage. De même, les conseillers principaux d’éducation (CPE) seront affectés en établissement scolaire pour y exercer leurs fonctions.

Réforme de recrutement ? Je ne vois pas très bien en quoi il s’agit d’une réforme du recrutement… Le recrutement s’opère sur les mêmes bases (résultats aux concours). Par contre, les « petits nouveaux » ne connaissent leur établissement d’affectation que depuis quelques jours… s’ils le connaissent ! Des réunions dans les rectorats sont prévues pour les « accueillir » aujourd’hui et/ou demain, et leur donner toutes les informations nécessaires… y compris sur le logement… Génial, de savoir quelques jours avant de prendre son poste qu’on va travailler à quelques centaines de kilomètres de chez soi !

Réforme ? Réforme de non-formation, aurait-on pu écrire, avec quelque souci de la vérité ! Mais, comme dans 1984, les mots ont des sens contradictoires : si le « Miniver » d’Orwell était en réalité le ministère du travestissement de la réalité, le Ministère de la Formation, chez nous, est devenu celui de la non-formation…

Il est vrai que les économies sont toutes bonnes à prendre… plutôt que d’aller « taper » ceux qui ont de l’argent… et en font plus ou moins sur notre dos…

Je me permets donc de souhaiter, malgré tout, la bienvenue à tous ces « petits nouveaux » qui vont se trouver confrontés à tant de questions, pratiques et pédagogiques.

Et bon courage !

Bonne rentrée à tous et à toutes !

En bref… et en vrac…

samedi, août 14th, 2010

Retour de « vacances » (j’ai un peu l’impression d’être en « vacances » depuis 1 an, mais bon…) : mes lecteurs aussi sont en vacances : 850 visites depuis un mois… Il va falloir travailler dur pour remonter la pente !

* * *

Visites dans le Midi à des amies de longue date : ce qui est amusant, c’est que je les ai toutes les 3 connues dans le Nord ! L’une comme élève, une autre comme collègue dans le même collège, la 3ème comme collègue dans un autre collège…

* * *

Rencontré chez une amie un nouvel agrégé (de physique) qui ne connaîtra son affectation qu’à la fin du mois… quelques jours avant la rentrée ! Décidément, on fait tout pour les « mettre en condition », ces petits nouveaux ! La fille d’une de mes amies est aussi nouvelle agrégée (en sciences)… et dans la même incertitude…

* * *

Visite aux Archives Nationales d’Outre-Mer, à Aix : là aussi, quelques incertitudes et inquiétudes : 9 départs en retraite… non remplacés, évidemment ! Économies, économies…

* * *

Pour terminer sur une note plus optimiste : si vous voyagez dans le coin, je vous recommande vivement les chambres d’hôtes de la Commanderie des Taillades, à Cazan. Le décor est superbe (plus d’un kilomètre dans les bois depuis la route jusqu’au gîte), les chambres confortables et agréables, l’accueil très sympathique…

Bonne suite de vacances !

Lettre aux nouveaux Capesiens

lundi, juillet 26th, 2010

Vous venez d’avoir votre CAPES, qui vous ouvre la porte de l’Éducation Nationale, et vous avez fêté comme il se doit cette réussite.

Malgré tout, une vague inquiétude vous taraude : où allez-vous « tomber » ? Quel genre d’établissement ? Quels niveaux de classes ? Quand, comment, allez-vous pouvoir préparer cette rentrée qui vous met, théoriquement, au même niveau que des profs qui enseignent depuis 10, 20, 30 ans ou plus ?

Vous entrez dans un métier qui, à mon humble avis, est un des plus beaux du monde : à vous échoit la responsabilité de former – en partie, certes – les adultes de demain. Noble tâche et lourde responsabilité. Métier passionnant et difficile, qui vous oblige à vous remettre sans cesse en question : votre pédagogie, bien sûr, mais aussi vos façons de réagir, de comprendre, d’appréhender les choses et les gens.

Permettez à une « jeune » retraitée de vous indiquer quelques pistes pour cette première rentrée…

Je regrette infiniment qu’on vous « lâche » ainsi dans un métier difficile sans aucune formation. Vous aussi, sans doute. Mais vous allez être obligés de « faire avec »… ou plutôt : de « faire sans »…

Le plus important, à mon avis : vous n’êtes pas seuls. Dans votre établissement, il y aura forcément, comme partout, des collègues sympathiques qui seront prêts à vous épauler, tuteurs ou non. A vous prêter des cours, des livres, des fiches ; à vous conseiller telle ou telle progression ; à vous mettre en garde contre tel ou tel élève, telle ou telle classe ; à vous écouter et à répondre à vos interrogations. Certes, comme partout aussi, vous croiserez des « tontons ronchons » et des « taties hargneuses » qui serreront contre eux leurs précieuses préparations et refuseront de vous les montrer. D’après mon expérience, ils ne sont qu’une petite minorité, et vous pourrez trouver assez facilement de vrais interlocuteurs.

Ne craignez surtout pas de faire appel à vos collègues : ils savent dans quelles conditions vous débarquez, ils sont pleins de bonne volonté à votre égard. Tentez de repérer assez vite les collègues « positifs » (ceux qui passent leur temps à se plaindre des élèves, de la « baisse de niveau » et autres choses de ce genre risquent de vous donner une image assez décourageante de votre métier tout neuf… je vous conseillerais plutôt de les fuir !) : n’hésitez pas à leur parler de toute difficulté, même minime, que vous rencontrez dans vos classes. Car notre métier est loin d’être un long fleuve tranquille… Il va falloir faire face à des classes, certes, à des cours d’une matière que vous maîtrisez… mais pas forcément au niveau auquel vous allez l’enseigner… et à mille petits « problèmes » tels que l’insolence, l’élève qui bavarde constamment, celui qui interrompt le cours, celui qui fait autre chose, etc.. Vous trouverez parfois « instinctivement » la « bonne » façon de répondre ; parfois non, et il sera alors important d’en parler avec des collègues pour chercher les meilleures réponses possibles.

Les élèves sont un peuple changeant : vous aurez parfois l’impression de ne pas reconnaître votre classe… Parce qu’ils sortent d’un cours difficile, qu’ils ont eu une sale note, que l’un d’entre eux a un « vrai » problème, qu’une bagarre a eu lieu dans la cour, qu’ils se sont couchés tard la veille… ou pour n’importe quelle autre raison que vous ne connaîtrez peut-être jamais. Pris individuellement, c’est pareil : le « cancre » se révélera peut-être très actif un jour, et le « bon élève » maussade ou endormi…

N’oubliez jamais : tels qu’ils sont, dans leurs constantes et leurs imprévisibles réactions, ce sont des personnes. Comme vous et moi. Plus jeunes, certes, plus « fous », plus immatures, mais des personnes. Et ils apprécieront grandement que vous en teniez compte.

Vous jouirez au départ d’une aura favorable : les ados aiment les profs jeunes, dont ils se sentent plus proches. Ils voudront vous séduire, chacun à sa façon. Cela ne les empêchera nullement de vous « tester », comme ils testent systématiquement tout prof qu’ils n’ont jamais eu en cours : il s’agit pour eux de voir jusqu’où ils peuvent aller, quand et comment le prof établit son autorité. L’autorité, ce n’est pas un coup de poing sur la table ou une « gueulante », c’est simplement la conscience des limites à ne pas dépasser dans la relation prof-élèves. Pas de règles là-dessus, sinon, évidemment, d’éviter le ton copain-copain, qui fausse totalement le rapport prof-élève. Vous êtes une personne, ils sont des personnes, et c’est à vous, parce qu’adulte, d’établir la « distance raisonnable » entre eux et vous.

On dit souvent : au début, il faut être sévère, quitte à lâcher du lest ensuite. Oui et non : si les élèves veulent vous séduire… vous aussi, voulez les séduire ! Et ce n’est pas en revêtant l’armure du prof sévère que vous allez y parvenir… du moins pas dans l’immédiat. Mais, dès la première heure, il est important que les rôles respectifs soient fixés. Des profs, il y en a de toutes sortes : chacun fait en fonction de son caractère, de sa personnalité. Vous évoluerez sans doute beaucoup au cours de cette première année, selon les réactions que vous rencontrerez.

On dit aussi : la première heure avec une classe détermine toute l’année. Heureusement, ce n’est pas vrai, et si votre première heure ne s’est pas déroulée comme vous le souhaitiez, vous aurez pas mal d’heures ensuite pour établir un rapport satisfaisant avec votre classe ! D’autant que, évidemment, vous serez fragilisé par votre « première première heure »… qui risque de ne pas se passer comme vous la rêviez…

Les enfants, et encore plus les ados, sont très réceptifs à l’état mental des adultes, surtout si lesdits adultes ont autorité sur eux (parents, profs,…) : instinctivement, ils cherchent « la faille »… parce qu’ils craignent de la trouver… Vous avez entendu parler de profs dépressifs qui se font chahuter, par exemple : ce n’est pas cruauté de leur part, c’est qu’ils ne supportent pas que l’adulte soit faillible, qu’il ne soit pas le mur contre lequel s’appuyer. Vous ferez sans doute, un jour ou l’autre, l’expérience d’un cours alors que vous êtes fatigué ou enrhumé ou soucieux : souvent, les élèves sont alors beaucoup plus agités, bavards, énervés ; ils réagissent « agressivement » à votre état… parce qu’ils ne se sentent plus dans la même « sécurité » que d’ordinaire…

Quand je parle d’adulte « faillible », j’entends bien sûr au niveau « mental ». Les élèves acceptent parfaitement que vous ignoriez telle ou telle chose, ou que vous ayez recours au dictionnaire pour vérifier l’orthographe d’un mot… sauf, évidemment, si vous avez voulu imposer l’image du prof infaillible… auquel cas ils vont chercher tous les moyens de vous mettre en échec : ils savent bien que tout le monde, même les profs, peuvent se tromper ou ignorer quelque chose. Si vous commencez un cours en disant, le plus « naturellement » possible : « J’ai fait une erreur au dernier cours , nous allons rectifier… », ils sauront apprécier votre honnêteté intellectuelle.

Encore une fois : n’hésitez pas à parler à des collègues des problèmes rencontrés, des questions que vous vous posez. Jusqu’à ma dernière année, j’ai pu ainsi trouver des réponses plus adaptées que celles que j’avais tentées ; réfléchir ensemble à une question permet de voir des aspects qu’on avait négligés… Sans compter que c’est tout de même rassurant de voir que d’autres ont – ou ont rencontré – des problèmes similaires…

Je vous souhaite de bonnes vacances, une bonne rentrée… et longue vie dans ce métier que vous avez choisi !