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De l’accord du participe passé…

lundi, mai 7th, 2012

En lisant les commentaires du blog de l’instit’humeurs, j’ai eu comme des envies de répondre vertement à certains…

Je me suis retenue…

C’est vrai : toujours les mêmes propos accablant les enseignants qui ne fichent rien, ne savent rien, sont tous syndiqués pour défendre leurs privilèges… ça me fatigue !

Le tout au sujet du beau discours de Sarkozy fustigeant une fois de plus lesdits enseignants, qui n’enseignent plus l’excellence, comme leurs héroïques prédécesseurs, les instituteurs de la 3ème république (en a-t-il beaucoup connu ???) qui aimaient la République, EUX !

Je ne sais pas où notre ex-président est allé chercher cette idée d’excellence : les instituteurs d’autrefois (sont-ils si différents de ceux d’aujourd’hui ???) n’avaient qu’un but : amener l’ensemble de leurs élèves, villageois ou citadins, au meilleur niveau possible pour chacun d’entre eux. Non que l’enseignement fût « individualisé » comme on l’entend aujourd’hui, mais les enfants qui semblaient capables d’apprendre avaient droit à des travaux un peu plus difficiles, ou un peu plus longs. Le grand « mérite » de l’instituteur était de pouvoir présenter au certificat d’études quelques élèves soigneusement choisis comme susceptibles de l’obtenir. Et, dans les milieux « populaires », on se réjouissait quand un enfant avait obtenu de si bons résultats… qu’on lui proposait d’aller à l’École Normale… pour être instituteur(trice) ! J’en veux pour preuve les nombreux comptes-rendus d’inspecteurs de Seine-et-Oise que j’ai lus (les comptes-rendus, pas les inspecteurs !). Et… si l’on relit La gloire de mon père, de Marcel Pagnol, c’est bien cette école « pour tous », et non « pour les meilleurs », qui y est décrite…

Et le participe passé, me direz-vous, que vient-il faire dans cette affaire ?

Eh bien… il vient dans les commentaires dudit blog, justement. Citations :

C1 : Effectivement, l’école a bien changé

C2 : Sans doute vous-même,n’êtes-vous plus à l’école depuis longtemps, pour avoir oublié les règles élémentaires de l’accord du participe passé …(« elle a bien changé »)

C1 : Veuillez m’excuser en effet pour cette grossière erreur d’accord

C3 : Mais, » elle a bien changé « , c’est juste!

C4 : l’école a bien changée !! et l’orthographe aussi

La règle que j’ai apprise à l’école (dans les années 50 !) disait ceci :
« Le participe passé employé avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec le complément d’objet direct SI celui-ci est placé avant. »

La même règle est toujours enseignée, même si on dit COD au lieu de complément d’objet direct, et que la formule varie plus ou moins. Souvent, dans un premier temps, les élèves du primaire apprennent que « Le participe passé employé avec AVOIR ne s’accorde pas avec le sujet » : tant qu’ils ne savent pas reconnaître un complément d’objet direct… la règle complète n’a pas de sens…

Bon, ça, c’était « de mon temps » et « aujourd’hui ». Mais avant ?

Le Memento de poche du certificat d’études de ma mère (qui a passé ledit certificat en 1932) affirme :
« Le participe passé conjugué avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct, quand ce complément le précède. »

Le Cours primaire de Grammaire Française de J. Dussouchet (rédigé conformément à l’arrêté ministériel du 25 juillet 1910) indique :

« Le participe passé employé avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct d’objet quand il en est précédé. »

L’Abrégé de la grammaire française de mon arrière-grand-père (décédé en 1900… donc le livre est antérieur !) stipule :

« Le participe passé conjugué avec l’auxiliaire AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec son complément direct, s’il en est précédé. »

Enfin, le Cours Classique et raisonné de langue française (première partie : Grammaire élémentaire) édité en 1861 précise :

« Joint à AVOIR, le participe passé ne s’accorde jamais avec le sujet, dont il exprime seulement l’action.
Étant précédé de son complément direct, le participe joint à AVOIR s’accorde avec ce complément, dont il marque l’état, en même temps qu’il exprime l’action du sujet. »

(Désolée : ma bibliothèque ne contient pas de références plus anciennes…)

* * *

Une chose au moins n’a pas changé, depuis les « instituteurs qui aimaient la République » : les difficultés que nous, Français, jeunes ou moins jeunes, avons à appliquer cette règle !

Le téléphone sonne… en orthographe !

mardi, novembre 9th, 2010

De retour hier d’un petit séjour en Lorraine (ben oui, les retraités peuvent prendre leurs vacances en dehors des vacances scolaires !), je reçois un appel de ma sœur (merci Odile !) me signalant que l’émission Le téléphone sonne, sur France Inter, traite de l’enseignement du Français. J’ai pris l’émission en cours de route… et ne suis pas parvenue, aujourd’hui, à en écouter le début… Peut-être ceux qui s’intéressent à la question y parviendront-ils mieux que moi…

Sur le site de France Inter, il est indiqué :

lundi 8 novembre 2010
Les mots pour le dire… et l’écrire: questions sur le français et l’orthographe

Beaucoup d’élèves sont faibles en orthographe : on le savait déjà. Mais le mal gagne l’enseignement supérieur. Une vingtaine d’Universités en sont réduites à organiser des cours de rattrapage de grammaire et d’orthographe : les fautes dans les copies, les CV, et les lettres sont de plus en plus fréquentes et de moins en moins pardonnées.

Effectivement, la discussion porte beaucoup plus sur l’orthographe que sur l’enseignement du Français. Une des intervenantes se donnera d’ailleurs beaucoup de mal pour rappeler que l’orthographe n’est qu’un aspect de cet enseignement, qu’il faut aussi enseigner la grammaire, la rédaction, la lecture et compréhension de textes écrits ou oraux, etc..

Donc : le niveau baisse, ma pôv’dame, que c’en est une abomination ! Même en Fac, figurez-vous !

Je ne suis pas certaine que, « de mon temps », tous les étudiants de Fac aient eu un niveau « top » en orthographe… Mais ce qui est sûr, c’est qu’à cette époque lointaine, où 6% d’enfants d’ouvriers accédaient à la Fac, les étudiants étaient beaucoup moins nombreux qu’aujourd’hui ! Je rappelle brièvement (désolée pour les redites !) mon expérience personnelle : 2 élèves (sur 15 ?) de mon CM2 admis (sur examen !) en 6ème ; 8 (sur 25) admis en 2nde (sur examen !) ; 2 bacheliers sur les 8… On était très loin d’un cursus où TOUS les élèves vont au collège, où l’on ambitionne 80% de réussite au Bac… et où, évidemment, un nombre croissant de bacheliers suivent des études supérieures…

Si donc, « de mon temps », la majeure partie des étudiants dominaient à peu près les subtilités orthographiques (ce que je veux bien croire !), il est évident qu’en ouvrant les portes de plus en plus grandes, les Facs accueillent de plus en plus de jeunes ayant un niveau plus faible (dans cette matière comme dans d’autres).

D’autant que, pendant la même période, les exigences ont changé : il est devenu important de savoir comprendre, exprimer et discuter des idées (ce qui n’était pas vraiment essentiel autrefois, l’accent étant mis sur les techniques plus que sur la compréhension et l’expression), apprentissages longs et difficiles, requérant du temps… pris sur celui de l’enseignement de l’orthographe et de la grammaire, forcément ! Les horaires de Français ayant, de plus, été réduits au fil des ans… voilà pourquoi votre fille est muette !

De là à dire, comme un auditeur, qu’on n’enseigne plus la grammaire ni l’orthographe… il faut ne connaître aucun enfant en primaire ou au collège pour asséner de pareilles contre-vérités ! Quant à cette auditrice d’une quarantaine d’années qui se souvient que « de son temps », il y avait une dictée tous les jours… je ne me permettrais pas de mettre en doute ses souvenirs, mais… cela ne correspondait absolument pas aux programmes nationaux de l’époque ! (Se rappeler que la dictée « classique » est un contrôle, et non un apprentissage !)

Se souvenir aussi qu’on ne demandait pas, autrefois, aux ouvriers, techniciens, artisans et autres d’écrire des comptes-rendus : s’ils ne maîtrisaient pas l’orthographe, cela les handicapait nettement moins qu’aujourd’hui dans leur métier. Se souvenir aussi, comme le disait très justement un intervenant, que lorsqu’un étudiant écrivait une thèse, par exemple, c’était bien souvent quelqu’un d’autre qui la tapait…

Les modifications dans notre vie quotidienne (l’accès à l’informatique et à Internet entre autres) font que tout le monde, ou presque, doit écrire. Ce n’était pas le cas autrefois : hormis quelques courriers privés, la majorité des gens n’avaient pas à écrire… et ils gardaient pour eux leurs lacunes orthographiques !

Bien évidemment, ces réflexions n’éliminent pas le problème, qui reste réel : l’apprentissage actuel de l’orthographe ne permet pas à une majorité d’élèves de sortir du collège en ayant acquis les bases essentielles.

Oserais-je suggérer que, peut-être, augmenter au lieu de réduire sans cesse les horaires de Français permettrait de trouver des réponses ?

Et, « accessoirement »… réduire le nombre des élèves par classe au lieu de l’augmenter ?

Et, encore « plus accessoirement »… former les futurs profs au lieu de les lâcher dans les classes sans formation ???

Zerro fôte !

vendredi, juillet 9th, 2010

Un article du NO d’avril m’apprend qu’à l’université de Villetaneuse, l’enseignement de l’orthographe et du français est obligatoire pour les étudiants de première année… Ils font trot de fôtes…

Je me souviens (mais j’ai déjà dû le dire) que ma mère, secrétaire de direction dans un centre de recherches, tempêtait souvent contre les ingénieurs qui faisaient beaucoup de fautes… Il s’agissait pourtant de gens nés dans les années 30-40, peu suspects d’avoir subi une « méthode globale » imaginaire… Et il lui arrivait souvent de devoir aller voir le « fautif » pour tel problème d’accord… que sa « formation scientifique » (ou son absence de… ma mère n’est allée à l’école que jusqu’à 13 ans, la mort de son père l’ayant poussée sur le marché du travail) ne lui permettait pas de résoudre : selon le sens, le mot devait s’accorder avec tel ou tel mot… ce qui changeait radicalement le sens du rapport…

L’enseignement de l’orthographe s’arrêtant à la fin du collège, il me semble évident que les élèves qui n’ont pas eu la chance d’acquérir à ce moment-là les « réflexes » d’écriture auront du mal à les acquérir par la suite, d’autres disciplines requérant leur énergie. C’est particulièrement vrai dans le domaine scientifique, où l’apprentissage de notions très complexes mobilise toute la concentration des lycéens et étudiants (et celle des profs !). Dans les formations littéraires, on porte un peu plus attention à « la forme », autant chez les étudiants que chez les enseignants (ceux-ci conditionnant ceux-là).

La « démocratisation de l’enseignement » (entendez par là le nombre de plus en plus important de jeunes accédant au lycée, puis à la Fac) conduit évidemment à ce que de plus en plus de jeunes « ignorants » en orthographe suivent un enseignement supérieur.

Par ailleurs, ne pas oublier que les heures d’enseignement du Français, tant en primaire qu’en collège, se sont réduites au fil des ans : entre 1969 et 2009 (ma « carrière »), l’équivalent d’une année de moins au collège ! Logiquement, on peut en déduire qu’un élève de 3ème sortant du collège en 2009 a le niveau d’un élève de 4ème sortant du collège en 1969… Mais… même pas en orthographe ! Car, entre temps, on a ajouté tellement d’autres notions à enseigner que, forcément, le nombre d’heures consacrées à l’orthographe a nécessairement diminué ! Si j’ai commencé à travailler en consacrant 1 heure par semaine à l’orthographe, je n’ai pu par la suite y consacrer qu’une heure par quinzaine pour les niveaux de la 5ème à la 3ème…

Enfin, autre élément qui a son rôle à jouer : les enfants écrivent beaucoup plus aujourd’hui qu’avant : SMS, courriels, blogs… Toutes ces écritures qui n’ont à répondre à aucune norme autre que celle de la compréhension du correspondant ne s’inquiètent évidemment pas des formes à respecter : l’orthographe n’apparaît plus alors comme une nécessité de communication, mais comme une matière purement scolaire, détachée de la « vraie vie ».

Oui, cela me paraît une bonne idée de faire entrer cet enseignement en Fac… D’autant que les étudiants, ayant davantage de recul sur la « matière », doivent se trouver plus motivés pour progresser…

Mais… il faudrait tout de même réfléchir au nombre d’heures qu’on accorde à l’enseignement du Français au primaire et au collège…

Sans parler de la réflexion sur les méthodes d’enseignement…

… et sans parler de la formation des enseignants !!!

De l’enseignement de l’orthographe…

jeudi, octobre 29th, 2009

Future prof a repris avant-hier son blog… que je croyais bien abandonné depuis septembre ! Elle nous livre ses réactions à un cours sur l’orthographe, à l’IUFM. Très intéressant. Je vous en conseille la lecture…

Qu’est-ce que c’est, l’orthographe ? D’après la formatrice, « l’orthographe, ce n’est rien d’autre qu’un code arbitraire élitiste, et profondément discriminatoire. En plus, ça coute* cher à enseigner.  »

(Note : les mots suivis d’un astérisque sont écrits selon la réforme orthographique de 1990.)

Que l’orthographe soit un code, arbitraire de surcroît, nul n’en doute ! Et quelle que soit la langue, il a bien fallu, à un moment ou un autre, décider de la façon dont s’écrivaient les mots ! D’autant que la langue était parlée dans diverses régions dont les prononciations différaient parfois beaucoup ! Pour que le texte écrit par un Auvergnat soit compréhensible pour un Lorrain, par exemple, il valait mieux fixer une orthographe unique, et non laisser chacun écrire « comme il entendait » ! Pour moi qui compulse actes d’état-civil ou religieux de diverses époques, j’ai vu pas mal de changements de nom, d’un acte à l’autre, dus à une mauvaise compréhension du scripteur… sans doute originaire d’une autre région que le déclarant, lequel ne savait souvent pas écrire (encore moins relire ou épeler !), voire même signer !

« Elitiste » : pourquoi « élitiste » ? Le code lui-même n’est pas élitiste. Il est complexe, certes. Et, évidemment, il a été conçu au fil des siècles par une « élite », les grammairiens. Qui ont voulu, plus ou moins selon les époques, respecter règles et orthographe latines dans une langue qui s’éloignait de plus en plus de ses origines. Notre orthographe est fille de notre histoire, et la langue a adopté nombre de termes étrangers, au fil des invasions, des guerres, et du commerce avec d’autres pays. Sans parler des termes régionaux…

Que l’utilisation qui en a été faite soit « élitiste », certes ! Il faudra qu’un jour je me penche sur cette période du 19ème siècle où la dictée devint une Institution… et où un zéro en dictée recalait inexorablement un candidat dans nombre de concours et examens. Encore récemment, pour être pompier, il fallait passer au travers de ces fourches caudines (j’ignore si c’est encore le cas).

« Profondément discriminatoire » ? Plus que les mathématiques ou la physique ? Je crains que tout enseignement soit, par nature, « discriminatoire », dans ce sens où il fera forcément la différence, à un moment ou à un autre, entre « ceux qui savent » et « ceux qui ne savent pas ». Les gens, enfants ou adultes, ne sont pas « égaux » devant un enseignement, quel qu’il soit. Les uns auront plus de facilités à abstraire, d’autres à concevoir des mécanismes pratiques, d’autres encore à mémoriser des listes, d’autres à s’appuyer sur des raisonnements… Selon la matière enseignée (sans parler de la pédagogie de l’enseignant !), la même personne pourra avoir des « résultats » très divers ! Je ne vois pas très bien en quoi l’enseignement de l’orthographe serait plus discriminatoire qu’un autre… à moins que, là encore, on se réfère à son utilisation comme éliminatoire à des examens et concours…

« Ca coûte cher à enseigner » (désolée, je n’applique pas la réforme…) : ah ! l’argument massue ! Dans notre système actuel, où l’on chiffre le coût d’un redoublement pour dissuader les établissements scolaires de faire redoubler les enfants, ça, c’est un vrai argument ! C’est vrai que, du Cours Préparatoire à la Troisième, de nombreuses heures auront été consacrées à l’orthographe ! Qui pourraient donc être supprimées, ce qui ferait une sérieuse économie !

Je reviendrai plus tard sur d’autres passages de ce très intéressant billet. Mais, pour terminer avec un avis très personnel, pour moi qui suis « visuelle », l’orthographe est fortement liée aux objets que le mot désigne. Ainsi, si je pense « éléfant », je vois mon éléphant s’affiner et prendre des airs de gazelle ; à l’inverse, une « giraphe » ferait ressembler ma girafe à une vache bigarrée…

D’ailleurs, le « nénufar » prôné par la réforme de 1990 ne s’étale plus nonchalamment pour couvrir un étang : il se hisse au contraire, gracile et gracieux, à la forme de l’ancolie…

Accord du participe passé…

mardi, octobre 13th, 2009

J’ai écrit hier, spontanément, « je me suis laissée emporter »… Mais les règles – ô combien subtiles ! – qui régissent l’accord des participes passés me titillaient un peu… et j’ai dû rouvrir mon Grévisse.

Note : Grévisse : raccourci du manuel Le bon usage écrit par Maurice Grévisse en 1936 (!) et dont je possède la 9ème édition, celle de 1969. La Bible de tout prof de Français, qui répertorie toutes les questions qu’on peut se poser sur l’emploi et l’écriture du français…

Alors, que me dit ce bon Monsieur Grévisse ?

– Il s’agit du participe passé d’un verbe pronominal (vous savez, les trucs qui se conjuguent comme « je me lave, il se couche, nous nous parlons« …). Il s’accorde donc, SI le verbe pronominal est réfléchi ou réciproque, avec le pronom réfléchi SI celui-ci est complément d’objet direct… Ouf !

Je me lave : verbe réfléchi : je lave moi, l’action se fait sur moi-même. Même chose pour Il se couche.
Nous nous parlons : verbe réciproque : je parle à quelqu’un, le quelqu’un me parle.

Mais : je m’évanouis, ce livre se vend bien : les verbes ne sont ni réfléchis, ni réciproques. C’est une autre règle pour l’accord du participe passé (avec le sujet, tout bêtement !).

Le pronom réfléchi : le ME de je me lave, le SE de il se couche, le 2ème NOUS de nous nous parlons.

Le complément d’objet direct
(COD pour les intimes… ou les pressés !) : pour faire simple (bien que cela conduise à des erreurs…), il répond à la question Quoi ? ou Qui ? après le verbe :

Je me lave : je lave quoi ? moi, donc ME est COD. Je me suis lavé (si JE est masculin), Je me suis lavée (si JE est féminin).
Il se couche : il couche quoi ? lui-même, donc SE est COD. Il s’est couché, Elle s’est couchée.

Nous nous parlons : nous parlons quoi ? Rien du tout : nous parlons « à » quelqu’un, donc NOUS n’est pas COD. Nous nous sommes parlé.

Donc, dans mon cas précis : Je me suis laissée

Ça va ? pas trop fatigués ? Parce que nous arrivons au deuxième terme de la question :

– Il s’agit d’un verbe pronominal, certes, mais SUIVI D’UN INFINITIF ! Ce qui change tout ! Monsieur Grévisse consacre tout de même 4 pages à ce difficile cas de figure ! Rassurez-vous, je résume, quitte à simplifier un peu…

Il faut revenir à la règle d’accord du participe employé avec AVOIR : il s’accorde si le pronom COD se rapporte au participe :
Les violonistes que j’ai entendu[] jouer -> j’ai entendu les violonistes qui jouaient -> Les violonistes que j’ai entenduS jouer.
Les airs que j’ai entendu[] jouer -> j’ai entendu les airs qui jouaient ??? Non ! -> Les airs que j’ai entendU jouer.

Donc, petite gymnastique avec mon « je me suis laissé emporter« , à transformer, par exemple, en :
L’histoire, je l’ai laissé[] m’emporter -> j’ai laissé l’histoire qui m’emportait -> Je l’ai laisséE m’emporter

Oui, MAIS ici, laisséE s’accorde avec l’histoire, et non avec JE (ou ME à la forme pronominale)…

DONC, finalement, je dois écrire :

Je me suis laissé emporter…

Vous n’avez pas tout suivi ?

Je vais vous avouer un truc (ne le répétez surtout pas !) : au cours de la rédaction de ce petit article, je suis retournée TROIS fois vers l’article précédent pour corriger…

C’est vrai, la langue française n’est pas toujours simple…

En voiture, Simone !

mardi, août 25th, 2009

Mon métier m’a forcément sensibilisée à l’orthographe (l’écriture droite, juste, étymologiquement). Je peux heureusement lire courriers et courriels en en faisant abstraction, mais cela m’est beaucoup plus difficile face à un texte imprimé ou une page Web. Il y a d’ailleurs des sites qui m’ont intéressée par leur tutoriels graphiques… mais que je ne suis jamais retournée voir, rebutée par la quantité de « fautes » qui me sautaient sans arrêt aux yeux.

Je ne suis pas exemptée de tout reproche : il arrive que, parcourant une page de mon blog écrite la veille ou quelques jours plus tôt, je sois arrêtée par une faute de frappe. Que je m’empresse évidemment de corriger. Ce qui ne signifie pas qu’il n’en reste pas quelques-unes, de ci, de là…

Dans un texte imprimé, la « faute » me choque. Je me souviens avoir lu avec difficulté je ne sais plus quel roman de Patricia Highsmith, en raison des nombreuses erreurs qui émaillaient le texte : de l’ordre d’une toutes les 2 pages, environ.

Il arrive que l’erreur m’amuse. Celle que j’ai lue dans le Nouvel Obs de cette semaine, par exemple :

« Avant qu’elle prenne les rennes de « Vogue », beaucoup de marques ont fait appel à Carine (et Mario Testino) comme si elle détenait une potion magique […] »

« Vogue » conduit par des rennes, comme le traîneau du Père Noël ! Ça, c’est un scoop !

Mais… si Carine a pris ces rennes, par quoi est tiré « Vogue », maintenant ? Par des chevaux ? des zèbres ? des éléphants ? des hippopotames ? des ours ?…

La confusion me fait instantanément penser à Le tilbury, de Dubillard. Je l’ai encore fait étudier à mes 5èmes cette année, et ce doit être la 4ème fois que je fais lire ces Diablogues à mes élèves.

Dans cette pièce, les deux personnages, Un et Deux, partent – ou essaient de partir – en tilbury (définition : « Cabriolet découvert et léger. »)

« Un – […] Allez, hue ! Cheval ! Montre-nous de quoi t’es capable ! Moi je vais m’asseoir. Les rênes.

Deux – Rennes : je cherche : Quadrupède du Nord, du même genre que le cerf.

Un – Non. Rênes avec un seul N et un circonflexe.

Deux – Ah les rênes : tenez les voilà. Remarquez, un renne ou deux, c’est pas mal non plus, comme cheval.

Un – Les rennes ! Ça tire les traîneaux, pas les tilburys.

Deux – Dommage qu’il ne neige plus.

Un – De toute façon, Rennes, c’est pas Bar-le-Duc.

Deux – Non, mais est-il bête ! Parole vous devenez gâteux ! Rêne : « courroie de la bride d’un cheval ».

Un – Hop ! Hop et hop ! – c’est ça que vous appelez des rênes ? Eh bien je vous les passe.

Deux – Ce cheval, j’en ferais qu’une bouchée à la reine, avec vos rênes. Flop ! Flop.

Un – Mais non. Il ne bougera pas. Tout ce qu’il faut, c’est qu’il mâchonne cette espèce de sucre d’orge en fonte qu’on lui a glissé à travers son râtelier.

Deux – Le mors.

Un – Le roi est mort, vive la reine. »

Dommage que les éditions Gallimard ne réimpriment plus ces recueils de courtes pièces en Folio Junior Théâtre ! J’y ai trouvé de quoi passer de bien agréables moments avec mes classes !