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Pan sur les profs ! (encore…)

dimanche, novembre 20th, 2011

Bon, d’accord, les enseignants ne sont peut-être pas un électorat à ménager… Mais quand même !

Merci à Lucien qui nous signale les projets de décret et d’arrêté concernant les enseignants et autres personnels d’éducation. Comme il explique très bien les conséquences financières de ce projet, je me contenterai de le citer :

Évaluation des profs : derrière les modalités, la question des salaires

Imaginons un professeur qualifié d’exemplaire par sa hiérarchie : ayant bénéficié de la réduction de 5 mois tous les trois ans, il parviendra au dernier échelon au bout de 26 ans environ, contre 20 ans actuellement.

Rien ne change en revanche pour le « mauvais prof », qui ne verra le dernier échelon qu’après 29 ans : on notera l’ironie d’un projet émanant d’un gouvernement qui voudrait faire une place plus grande au mérite et qui pénalise proportionnellement davantage les « bons profs » que les mauvais !

Concrètement, les enseignants verront leur salaire stagner plus longtemps, ne connaîtront d’augmentation que de loin en loin. Autant dire que leur pouvoir d’achat va sérieusement se dégrader sur la durée. Peu importe, le gouvernement fera ainsi chaque année quelques centaines de millions d’euros d’économies : l’argent des enseignants, celui-là même qui ne leur sera pas versé par la grâce du présent décret…

Merci également à François Jarraud, du Café pédagogique, qui met à notre disposition ces projets :

Décret n°2012- du 2012 portant dispositions statutaires relatives à l’appréciation et à la reconnaissance de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’éducation et d’orientation relevant du ministre chargé de l’éducation nationale

Objet : modification du système de l’appréciation de la valeur professionnelle par la mise en oeuvre d’un entretien professionnel et des modalités d’avancement d’échelon par l’introduction d’un mécanisme de réductions d’ancienneté.
Entrée en vigueur : ce décret entre en vigueur le 1er septembre 2012.

Notice : La réforme du système de l’appréciation et de la reconnaissance de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’éducation et d’orientation constitue l’un des volets du « pacte de carrière » annoncé par le Gouvernement en octobre 2009 puis confirmé en mars 2010 visant à améliorer les conditions d’exercice du métier d’enseignant dans le cadre d’une gestion plus dynamique et personnalisée des ressources humaines.

Voyons un peu le projet d’arrêté concernant la notation des enseignants…

document de travail V4
1
ARRETE
Arrêté du …..relatif aux conditions générales de l’appréciation de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’orientation et d’éducation relevant du ministère chargé de l’éducation nationale

L’entretien professionnel est conduit par le supérieur hiérarchique direct de l’agent. Pour les enseignants du second degré pré-baccalauréat et post-baccalauréat le supérieur hiérarchique est le chef d’établissement ou son (ses) adjoint(s). Pour les enseignants du premier degré le supérieur hiérarchique est l’inspecteur de l’éducation nationale compétent.
En cas de nécessité liée à la continuité du service public, l’autorité hiérarchique peut également désigner un autre fonctionnaire pour mener les entretiens d’évaluation au sein des écoles ou établissements.

Je me suis déjà exprimée sur cette question, mais j’y reviens… Faire noter l’enseignant uniquement par son chef d’établissement me semble une aberration totale. Rappelons que, actuellement, la notation se fait à 40% par le chef d’établissement, sur des critères discutables, certes, mais globalement d’ordre « administratif », et à 60% par un inspecteur pédagogique censé évaluer la pédagogie de l’enseignant en assistant à une heure de cours. Que ce système ait besoin d’être revisité, c’est probable. En supprimant l’inspection, toute discutable qu’elle puisse être ? L’inspecteur a du moins, sur le chef d’établissement, l’avantage de connaître la matière enseignée, et est donc plus à même d’apprécier le travail du professeur, et son « efficacité ».

Comme, dans le même temps, on demande de plus en plus aux chefs d’établissement de jouer le rôle de chefs d’entreprise, et même d’embaucher directement leurs personnels, enseignants ou non… on peut imaginer les dérives ! Si c’est celui qui m’embauche qui me note… mon emploi est à sa merci !

Et que va-t-on faire des inspecteurs pédagogiques ? On les supprime ? En voilà, de belles économies à réaliser !

Mais voyons sur quoi le professeur va être noté :

Article 5
Le processus d’évaluation est engagé par une démarche d’auto-évaluation qui s’appuie principalement sur les compétences définies à l’annexe de l’arrêté du 12 mai 2010 portant définition des compétences à acquérir par les professeurs, documentalistes et conseillers principaux d’éducation. Il s’agit notamment pour l’agent d’évaluer sa capacité à faire progresser :
– chaque élève ;
– les compétences dans sa discipline ou ses domaines d’apprentissage;
– sa pratique professionnelle dans l’action collective de l’école ou de l’établissement, en lien avec les parents d’élève et les partenaires. Cette action se situe conformément aux orientations validées par les instances de l’école ou de l’établissement par la mise en place notamment de projets pédagogiques transversaux et pluridisciplinaires assurant la cohérence d’un enseignement collectif ;
– la qualité du cadre de travail afin qu’il soit propice aux apprentissages et au partage des valeurs de la République, notamment le respect mutuel et l’égalité entre tous les élèves.

Article 6
L’appréciation du positionnement de l’agent au regard des critères décrits à l’article 5 est réalisée par le supérieur hiérarchique au regard, d’une part, de l’analyse des résultats de l’auto évaluation et, d’autre part, de l’examen de la manière de servir de l’agent.

Je ne comprends pas bien « l’auto évaluation » : le prof doit faire lui-même une évaluation de ses compétences ? Et en fournir un rapport à son chef d’établissement ??? Et j’aime bien « la manière de servir »… Voilà qui éclaire singulièrement la profession…

Bon, c’est un détail… Revenons sur le contenu :
– capacité à faire progresser chaque élève :
C’est évidemment ce à quoi tend chaque enseignant (sauf cas pathologiques…). Y arrive-t-il pour autant ? Difficile à dire ! Prenons le cas – au hasard – d’un prof de Français en collège : il a l’avantage, sur nombre de ses collègues, de n’avoir que peu d’élèves, environ 120). Peut-il, honnêtement, déterminer qu’il a fait progresser chacun de ces 120 élèves ? Ou même, la moitié seulement ? J’aurais été bien embêtée si l’on m’avait demandé de dresser un bilan de ce genre ! Pour quelques élèves, c’est évident, mais pour le plus grand nombre… Quant aux profs qui ont la charge de plusieurs centaines d’élèves… je ne vois pas bien comment on peut évaluer leur action sur ce grand nombre d’enfants ou ados !
Le « mieux », alors, serait de donner les « bonnes classes » aux « bons profs » : ayant de bons résultats, elles prouveraient que le prof est bon… Quant aux « mauvais profs », ne parvenant pas à faire progresser leurs « mauvaises classes »… cela justifierait leur… mauvaise note !

– capacité à faire progresser les compétences dans sa discipline ou ses domaines d’apprentissage :
Même problème… compliqué du fait que l’évaluateur ne connaît peut-être rien à la discipline en question ! Ou n’en a que ses propres souvenirs d’élève !

– capacité à faire progresser sa pratique professionnelle dans l’action collective de l’école ou de l’établissement, en lien avec les parents d’élève et les partenaires :
Ça, à mon avis, c’est le plus dangereux… et le plus facile à évaluer par le chef d’établissement ! Il s’agit donc de calculer l’investissement de l’enseignant en dehors de son travail d’enseignement (qui, rappelons-le, comporte des heures de cours, de préparations et de corrections, plus des entretiens avec élèves et parents d’élèves et réunions avec les collègues des mêmes classes… ce qui représente tout de même une bonne quarantaine d’heures hebdomadaires, compte non tenu des travaux réalisés en dehors des périodes scolaires… lesquelles périodes de « vacances », on ne le répétera jamais assez, ne sont en fait pas réellement « payées » !). Exiger en plus que l’enseignant s’engage dans d’autres actions me semble déraisonnable ! Donnons-lui déjà les moyens de faire correctement son travail, on verra le reste après !
Bien sûr que des projets collectifs sont un « plus », pour l’établissement comme pour les élèves. Et tant mieux pour tout le monde si des professeurs se sentent à même de mener ces projets, malgré l’énorme investissement que cela demande en temps et en travail (non payés !). Mais en faire une « norme », quitte à ce que certains, d’une disponibilité ou d’une force de travail moins grandes, en viennent à bâcler leur métier d’enseignant… c’est un non-sens ! Si on veut vraiment « faire la différence »… payons alors les heures de travail effectuées en plus (ou au moins une partie de ces heures…) !

– capacité à faire progresser la qualité du cadre de travail :
Là aussi, nous nous y efforçons tous ! Mais comment faire réellement un « bilan » ? Les classes ont une « individualité » (si j’ose dire) propre, et nous avons tous eu, certaines années, des classes avec lesquelles nous n’arrivions « à rien » (ce qui est certes exagéré… mais c’est ainsi qu’on le ressent). Si, par malchance, l’année de l’évaluation, le prof a justement des classes qui « ne marchent pas », peut-on vraiment lui en faire porter la responsabilité ?

Article 14
L’agent dont le service est partagé entre plusieurs établissements fait l’objet d’un entretien d’évaluation réalisé par le supérieur hiérarchique de l’établissement d’affectation principale. Le supérieur hiérarchique recueille l’avis des autres chefs d’établissement le cas échéant.
Article 15
L’agent en situation de titulaire sur zone de remplacement est évalué par le chef d’établissement de rattachement administratif. Il recueille l’avis des autres chefs d’établissement où l’agent a exercé.

Déjà que les entretiens avec tous les enseignants de son établissement vont lui demander quelque temps (!), mais le chef d’établissement devra aussi (ce qui paraît « normal ») contacter d’autres chefs d’établissement ! Combien d’heures vont lui prendre ces nouvelles activités ? Car un chef d’établissement a deux ou trois petites choses à faire : veiller à l’établissement lui-même, son entretien, sa sécurité, établir des budgets, encadrer tous les personnels (enseignants, mais aussi assistants d’éducation, personnels de service et d’entretien, personnels administratifs…), s’assurer de la sécurité et du « bien-être » des élèves, recevoir parents, élèves, personnels… et j’en oublie sûrement beaucoup !

D’ailleurs, je vais laisser la conclusion à un chef d’établissement, interrogé dans un blog que nous a signalé Lucien :

Dans les coulisses des évaluations : le témoignage d’un chef d’établissement

Je pense que le système actuel d’évaluation est totalement obsolète. Cela dit, le projet du gouvernement ne me semble pas satisfaisant du tout non plus. Cela nous donnerait vraiment de travail en plus, alors que nous en avons déjà beaucoup. Cela créerait aussi des tensions dans les établissements, y compris dans ceux où règnent actuellement un climat apaisé, et, à l’heure où les conditions d’exercice sont dégradées et où les personnels sont tendus, cela ne me semble pas judicieux du tout… »

P.S. Dans le Nouvel Obs du 17/11/2011, cette citation de Nicole Bricq, sénatrice et rapporteur général de la commission des Finances :

« La défiscalisation des heures supplémentaires des fonctionnaires de ce ministère [l’Éducation nationale] coûte 1,3 milliards d’euros par an à l’État. C’est l’équivalent du coût de 40 000 emplois ! Cela relativise l’efficacité du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ».

Bon dimanche !

Des nouvelles de l’école…

lundi, juillet 4th, 2011

Les écoles sont fermées, dites-vous : c’est les vacances, et les écoliers, collégiens et lycéens (sauf quelques-uns pour ces derniers…) profitent d’un repos plus ou moins mérité…

Certes… Mais il y a des gens qui ne sont pas encore en vacances, eux, et qui nous donnent quelques sujets de réflexion…

La « mission d’information sur la formation initiale et les modalités de recrutement des enseignants” (composée de 14 députés) constituée en mars 2010 et présidée par le député du Doubs Jacques Grosperrin, vient de rendre son rapport, qui sera soumis le 6 juillet à la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale.

Je n’ai pas lu le rapport en question, me contentant des 20 propositions finales, parmi lesquelles figurent :

Cette dernière proposition, estime la commission, ne sera réalisable que dans une dizaine d’années, le temps que l’opinion accepte que les enseignants soient des travailleurs « comme les autres », donc embauchés sur CV et entretien avec l’employeur (académie ou établissement)…

C’est un incroyable retour en arrière de presque 2 siècles (loi Guizot de 1833, qui instaurait le recrutement des instituteurs sur concours)…

Je ne suis pas une fan des concours (j’ai tout de même raté 2 fois le CAPES…), mais ils ont, à mon sens, de nets avantages sur le recrutement « direct » par l’employeur : l’assurance de l’anonymat, qui permet à tout un chacun de concourir, quels que soient son milieu et ses relations (d’accord, d’accord, comme pour toutes études, certains milieux sont plus favorisés que d’autres…) et une relative « indépendance » liée au fait que l’employeur est le ministère de l’Éducation (dite Nationale) : l’enseignant ne peut donc être simplement « viré » parce qu’il déplaît, pour quelque raison que ce soit, par son directeur, principal, proviseur ou inspecteur.

L’embauche « directe » permet, a contrario, de faire jouer les relations ou les pressions ; elle permet aussi de se débarrasser facilement d’un enseignant qui n’a pas le petit doigt sur la couture du pantalon. Ce qui signifie aussi la fin de toute pratique pédagogique qui ne serait pas dans les idées du chef d’établissement.

Et, à terme, cela signifie aussi que l’enseignant ne sera plus « titulaire », mais simple « vacataire », corvéable à merci et remplaçable aisément… grâce à Pôle Emploi, par exemple…

Drôle d’école qu’on nous prévoit là…

Pour plus de détails :

* Revue de presse du jeudi 30 juin 2011

Fin des concours enseignants ?
L’actualité commande. Alors qu’on s’apprête à ranger les cartables et à sortir les sacs de plage, l’actualité éducative est encore très riche.La “mission d’information sur la formation initiale et les modalités de recrutement des enseignants” ( composée de 14 députés ) constituée en mars 2010 et présidée par le député du Doubs Jacques Grosperrin (UMP) vient de rendre son rapport ( contenant une vingtaine de propositions ) qui a été adopté par les seuls députés UMP, majoritaires dans la commission (les députés PS n’ont pas pris part au vote). Ce rapport doit être examiné le 6 juillet prochain par la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale.

[…]

« Les lauréats de la session 2010 ont été jetés dans le grand bain sans avoir appris leur métier », déplore l’élu UMP. Il faut donc, selon la commission « professionnaliser » la formation. Les universités devraient revoir l’architecture de leurs masters « Enseignement et formation » pour accorder plus de place à la pédagogique, à la didactique, aux sciences cognitives. Jacques Grosperrin propose de « spécialiser » les masters par niveau scolaire. Il y aurait ainsi des masters « école maternelle », « collège et lycée général », « enseignement professionnel »…

Ils sont marrants, ces députés : « professionnaliser » la formation ! Comme si cela ne suffisait pas de les envoyer se « former » à temps plein devant les classes ! Le ministre l’a dit : ça a très bien marché, cette année ! Pas plus d’abandons ou de congés maladie que les autres années !… (Il est vrai que, pour la manipulation des chiffres, « ils » sont forts…)

* Un député propose la suppression des concours enseignants

Au ministère non plus, on n’est pas encore en vacances : vendredi dernier, le Groupe Français d’Education Nouvelle et le Centre de Recherche et d’Action Pédagogique (qui éditent les Cahiers Pédagogiques, bien connus des enseignants) apprennent que leur subvention est réduite de moitié. Or, cette subvention leur permet de payer 4 enseignants détachés, qui se consacrent à l’étude et à la recherche en pédagogie. « La pédagogie serait-elle devenue à moitié inutile ? » interroge le communiqué.

Violence gouvernementale contre les mouvements pédagogiques

Communiqué du CRAP-Cahiers pédagogiques et du GFEN – Le ministère de l’Éducation nationale vient de nous annoncer la suppression de la moitié de la subvention permettant le paiement des enseignants détachés dont nous disposons.

[…]

Depuis des dizaines d’années, nos deux mouvements pédagogiques ont produit un travail considérable en contribuant à la réflexion sur les apprentissages, à la formation des enseignants, à la promotion d’innovations en faveur d’une meilleure école. Une part importante de ce travail repose sur l’action militante de bénévoles, des adhérents de nos associations, de tous les acteurs du monde éducatif qui nous soutiennent, mais il dépend également de quelques enseignants mis à disposition par le ministère, quatre pour nos deux associations.

[…]

L’annonce de cette décision le vendredi 2 juillet avec effet au mois de septembre ne peut que nous contraindre à une réduction brutale de nos activités.

Est-ce qu’au temps du « socle commun » la pédagogie est devenu inutile ? Il faut le croire… Car tout de même, on a du mal à penser que ces 2 postes qui vont « sauter » grevaient trop lourdement le budget…

(« Pas de nouvelles, bonnes nouvelles », dit-on… Je crains très fort que ce soit effectivement le cas quand il est question de l’Éducation – dite Nationale -, ces temps-ci…)

Travail de groupes (suite)

mercredi, novembre 3rd, 2010

Beaucoup de pratiques peuvent être dénommées « travail de groupes ». Pour ce qui est de l’organisation, je les classerai en 3 « catégories ».

Travaux à l’intérieur d’une séance

Il s’agit donc d’un travail ponctuel, d’une durée de quelques minutes à une heure. Le plus souvent, on demande aux élèves de faire un exercice par deux, voire par 3 ou 4. Inutile dans ce cas de créer des groupes : chacun travaille avec son voisin, on retourne éventuellement des chaises pour travailler avec les 2 élèves qui sont derrière. (Je rappelle que mes élèves se plaçaient comme ils voulaient, donc, en principe, pas de problèmes d’inimitié…)

Cette forme de travail permet aux élèves de s’expliciter réciproquement consignes, démarches, méthodes, et à l’enseignant de suivre le travail plus facilement que dans le cas d’un travail individuel.

J’ai aussi utilisé cette pratique d’une manière un peu différente, pour aider des élèves en difficulté : après avoir rendu des rédactions, par exemple, je demandais aux « mieux notés » d’aider les « plus mal notés » à reprendre et corriger leur devoir. Une fois les tandems constitués (par des volontaires), les « moyens », eux, retravaillaient leurs rédactions par deux. Que ce soit en grammaire, en rédaction ou en orthographe, cette forme de travail m’a paru bénéfique. Mais je ne l’ai jamais pratiquée que très épisodiquement dans une classe, de peur de constituer de façon visible des groupes « forts » et « faibles ».

Pas de note en général pour ces travaux « courts », sauf dans le cas d’une fiche comportant de nombreux exercices (travail à 3 ou 4, durée d’une heure). Auquel cas je relevais les travaux, mais ne notais généralement qu’une fiche par groupe, la note étant attribuée à tous les élèves du groupe, sauf cas évident de non-travail d’un élément.

Un autre travail était de préparer un texte à jouer devant les autres la semaine suivante (scène de théâtre, fabliau, poème…). Organisation libre du groupe, de 2 à 4. Là, le niveau sonore m’obligeait souvent à envoyer quelques groupes (fiables !) dans le couloir, si nous n’avions pas accès à deux salles voisines ou à une très grande salle…

Travaux sur plusieurs séances

Le travail cette fois doit être planifié et organisé : les élèves savent avec qui ils travaillent, et connaissent les dates des séances (de 4 à 6 séances de 2 heures, en général) où ils se retrouveront.

Je laissais les élèves s’organiser par groupes de 3 ou 4 (à 5, il y en a toujours au moins un qui ne fait rien, ou distrait ses camarades… et le niveau sonore monte beaucoup) ; parfois, certains demandaient à travailler par deux : je le leur déconseillais généralement, vu l’importance du travail, mais les laissais libres ; je refusais par contre le travail individuel… sauf cas extrêmes (moins d’un par an, toutes classes confondues).

Quel travail ?

Le but cette fois est de rendre un devoir unique, qui réunit les recherches de chaque élément du groupe. Il s’agit par exemple d’une recherche en CDI sur un thème donné – sous-thème choisi par le groupe – à organiser sous forme de dossier ou d’exposé. Ou bien d’une étude particulière sur un aspect (à choisir dans une liste) de l’œuvre étudiée en classe. Ou d’une étude à partir de documents proposés d’un thème étudié : l’esclavage, le double, la peine de mort… ceci pour les plus grands, évidemment !

Et, bien sûr, l’objet à rendre peut être un travail d’imagination cadré dans les objectifs du trimestre : « roman » policier ou de science-fiction, conte, pièce de théâtre…

Dans tous les cas, il s’agit d’un travail important, trop important pour un élève seul.

Travail collectif

Là aussi, les élèves doivent connaître le planning de ces heures de travail. La différence avec ce qui précède est que l’objet à produire (texte ou représentation théâtrale) est unique pour toute la classe. Les groupes peuvent être constitués, ou varier selon les séances. En début d’heure, je rappelais où nous en étions, les élèves lisaient ce qu’ils avaient produit lors de la séance précédente, on examinait les pistes possibles, et le travail s’organisait en fonction de ce que les uns et les autres voulaient faire : c’est pourquoi les groupes étaient fluctuants, en fonction des intérêts de chacun. C’est ainsi que mes 5èmes ont écrit Tom le Gnome.

J’ai peu pratiqué cette forme pour la production de texte : elle est très lourde pour le prof, tant pour la correction que pour l’animation et la direction des séances… Par contre, je l’ai beaucoup pratiquée dans l’objectif d’une représentation théâtrale (pendant des années, j’ai « produit » au moins un spectacle par an…). Les groupes alors étaient les acteurs d’une même scène, mais aussi les groupes « costumes », « décors », « accessoires »…

J’essaierai de retrouver quelques-uns de ces travaux pour vous en faire profiter…

Travaux de groupes

samedi, octobre 30th, 2010

J’ai déjà raconté comment, confrontée pour la première fois en Fac aux nécessités et difficultés du travail en groupe, j’avais décidé que cet apprentissage devait se faire au plus tôt et qu’il m’appartenait, à moi, future prof, d’y sensibiliser mes futurs élèves.

« De mon temps », il n’était nullement question de travailler en groupes, d’une manière ou d’une autre. La relation d’apprentissage était claire : maître -> élève, et toute collaboration avec un ou plusieurs autres élèves était bannie, voire honnie sous les termes de « tricherie » ou « copie ». Nous n’étions pas en classe pour établir des relations avec nos pairs, mais pour assimiler et régurgiter les enseignements du maître.

(Encore une fois, ce n’est pas là critique négative de ma part : les objectifs de l’enseignement varient selon les époques et selon la vision qu’en ont les politiques, en fonction d’une situation particulière.)

J’ai donc, dès ma première année d’enseignement (j’avais 20 ans), commencé à faire pratiquer dans mes classes le travail de groupes. Et j’ai appris, au fil des ans, à aider mes élèves dans ce difficile apprentissage.

Pourquoi le travail de groupes ?

D’abord, parce que nous vivons dans une société où il est indispensable de travailler avec d’autres : dans nos métiers, mais aussi dans les associations, syndicats, groupes politiques ou religieux… Nous ne sommes plus dans un monde où seuls quelques « esprits éclairés » avaient pouvoir de décision ; nous avons – globalement – un certain niveau de connaissances et de réflexion qui nous permettent de prendre connaissance d’une question, d’y réfléchir, et de discuter de la réponse à y apporter. Et ce n’est pas forcément la personne la plus instruite qui trouvera la meilleure solution. Il est donc indispensable de savoir écouter et comprendre la parole des autres, de réfléchir à ses implications, de la comparer à notre propre pensée, de trouver points communs et divergences. Le but n’étant plus d’imposer une idée, mais de trouver, ensemble, la meilleure possible.

Cette mise en relation étant très difficile (il faut parvenir à faire abstraction de soi le temps de réfléchir à la parole de l’autre… et relativiser sa propre pensée), un apprentissage est donc nécessaire… et le plus tôt est le mieux, compte tenu du fait que notre caractère s’affirme au fil des ans, nous rendant de moins en moins malléables… et de plus en plus imperméables à la pensée des autres…

Ensuite, il faut savoir que l’enseignant n’est pas tout-puissant : j’entends par là que, quels que soient sa formation, sa motivation, ses qualités de pédagogue, il peut échouer à faire comprendre telle notion (consigne,…) à un élève. Mais qu’un autre élève, mieux au coeur du problème de la compréhension, parviendra à expliquer clairement à son camarade la notion ou la question.

La mise en relations imposée par le travail de groupes bénéficie généralement à l’ambiance de la classe. Le rapport (de force !) maître-élève s’efface devant un autre type de rapports, plus égalitaire… et l’élève a (enfin !) droit à la parole.

Suivant la nature du travail demandé, travailler en groupes permet de travailler plus vite, ou de réaliser un travail quasiment impossible à un élève seul.

***

Voilà quelques pistes de réflexion que j’ai suivies au cours de ces quarante années d' »exercice ». J’y reviendrai un autre jour…

A la noce…

lundi, mai 25th, 2009

Ben oui, ce week-end, j’étais à la noce…

Curieux, ces « retrouvailles »… Je mets des guillemets car, lorsqu’on a quitté une ado de 16 ans et qu’on la revoit 29 ans plus tard… mère de famille et même grand-mère… il s’agit plus de découverte que de « retrouvailles »…

Tout de même, au début, les deux visages se superposaient… Il m’a fallu un peu de temps avant que ne s’efface la photo de l’ado… Il faut dire que les photos de cette époque lointaine, je les revoyais à chaque fois que revenaient à la maison des « anciens » de la 3 C. D’ailleurs, pour celui que j’ai revu il y a quelques semaines, c’est toujours sa tête d’alors que je revois : il me faut faire un gros effort pour me remémorer sa tête actuelle, bien que nous ayons passé toute une soirée ensemble !

Trois journées superbes, dans les préparatifs d’abord, dans la fête ensuite. Je craignais un peu de faire le mouton noir, au milieu de tant d’inconnus… Il n’en a rien été, j’ai été très vite acceptée, et j’ai pu discuter (ma passion !) avec un peu tout le monde…

… et même discuter pédagogie ! Car, au repas, je me suis trouvée face à un instit (pardon : un professeur des écoles !) formateur, et passionné de pédagogie ! Il m’a donné quelques pistes de recherches que je vais pouvoir suivre… un peu plus tard !

Ben oui : mes copies ne se sont pas corrigées toutes seules, pendant ce temps ! Elles s’empilent sagement (encore heureux !), attendant mon stylo violet… Et demain : contrôle de lecture (à préparer !), rendez-vous à la banque (j’ai enfin reçu mon accord de caution !)… Deux-trois autres bricoles en attente, comme les courses, la lessive, le tri des dossiers, les cartons (j’en ai trouvé une mine en rentrant hier… ya pus qu’à les remplir !)…

Euh… il vaudrait mieux que je ne sois pas trop bavarde, ce soir !

A demain !

« Vous croyez que mon travail est facile ? »

vendredi, février 6th, 2009

Je ne sais pas si vous avez suivi le long exercice de Pé-da-go-gie d’hier soir. Moi, pas (d’ailleurs, je regarde très rarement la télé). Donc, petit tour sur Internet pour avoir une idée des propos du Grand Pédagogue (tout le monde ne peut pas disposer d’un Grand Timonier, ne chinoisons pas !).

Ce qui m’intéresse, bien sûr, en tant que prof, c’est la pédagogie utilisée : s’il y a une idée pédagogique à prendre, je me ferai un plaisir d’imiter notre GP (mais non, pas notre grand-père, suivez un peu !)

Et justement, j’ai relevé une petite phrase d’un Grand Intérêt Pédagogique (GIP). Petite phrase qui donne la parole aux « enseignés », qui rend son humanité au GP, qui fait preuve d’une réelle empathie, d’un véritable sens de la démocratie, et de tellement plein de qualités que je ne saurais toutes les nommer.

Écoutez plutôt :

Pendant cent minutes, M. Sarkozy n’a pas caché un certain désarroi face à la crise. « Vous croyez que mon travail est facile ? », a-t-il demandé, tout en revendiquant l’exercice actif du pouvoir à l’instar de ses prédécesseurs, de Charles de Gaulle à Jacques Chirac, mais limité à deux mandats.
http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/02/06/m-sarkozy-ouvre-un-chantier-social-pour-aider-les-victimes-de-la-crise_1151585_823448.html

Ca, c’est de la Pé-da-go-gie ! De la Grande Pé-da-go-gie ! Dire que je n’ai jamais, en bientôt 40 ans, pensé à cela !

Oh ! Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire ! Dès lundi, j’applique cette formule magique dans mes classes !

– L’exercice est trop dur, M’dame !
– Vous croyez que mon travail est facile ?

– Vous ne nous rendez pas les épreuves communes ?
– Vous croyez que mon travail est facile ?

– On ne pourra pas lire le livre en entier pendant les vacances !
– Vous croyez que mon travail est facile ?

Avec ça, j’aurai toujours le dernier mot, c’est génial ! Car aucun élève, bien sûr, n’osera rétorquer : Qu’est-ce qu’on en a à cirer, de votre travail ? Vous êtes payée pour, non ?

Dites, Messieurs les GP, qui vous indignez si vite de voir « encore ! » les enseignants en grève…

VOUS CROYEZ QUE NOTRE TRAVAIL EST FACILE ?