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Généalogie : une affaire juteuse… (suite de suite)

vendredi, juillet 16th, 2010

Un message émanant d’un forum de généalogie m’envoie vers d’intéressantes questions posées par Pascale Verdier, directrice des Archives départementales du Bas-Rhin.

Je vous les livre telles quelles. Vous trouverez sur Francegenweb d’autres articles sur la question, si elle vous intéresse.

Sur le fond, je comprends par ailleurs votre inquiétude, qui me semble très légitime et que je ne suis pas très loin de partager. Nous sommes à un tournant, et nous ne savons pas du tout ce que sera l’avenir.
Ce que je voudrais dire encore, c’est que la numérisation, indépendamment des sommes investies par les départements, a nécessité également beaucoup de travail, de matière grise (même si les internautes ne s’en rendent pas compte – il suffit de lire les forums, tout ceci est un dû, doit être gratuit, c’est leur travail etc.) : l’apparente simplicité du résultat est permise par des heures et des heures de travail, de contrôle, d’application… tout cela réalisé par les Archives départementales et leur personnel, au service du public.

Ceci pour indiquer qu’il y a également un investissement « affectif » important (je me mets dans le lot !) dans ces projets ; par voie de conséquence, une partie de la communauté archivistique vit relativement mal que tout ce travail, réalisé dans le cadre du service public et de l’intérêt commun, puisse être remis (quelles qu’en soient par ailleurs les conditions financières) au secteur privé à fins de bénéfices commerciaux – surtout quand celui-ci fait preuve d’une certaine brutalité dans son approche – à peine la mise en ligne réalisée.

Que veulent faire ces entreprises ? Des bases de données géantes (je vous renvoie par ailleurs aux communiqués de l’association des archivistes français), dans lesquelles, après avoir tapé un nom, on trouvera des actes.
– Pourquoi veulent-elles le faire ? Parce que cela répond à une demande sociétale : les usagers du service public, qui sont très en colère quand on leur demande de payer, quelle que soit la somme, pour les sites des AD, seront prêts, lorsqu’ils se tourneront vers des entreprises privées, à payer pour accéder via un nom, à une image. Ca ne choquera personne, alors même que les entreprises privées auront acquis le travail du service public… personnellement j’y vois un paradoxe. Le travail du public a donc moins de valeur que celui du privé…
– Pourquoi, alors les archivistes ne se sont-ils pas lancés dans l’aventure de l’indexation nominative ? pour des raisons de respect des libertés individuelles (respect de la loi Informatique et libertés), et surtout, parce qu’ils sont des établissements scientifiques : ils ne sont pas à même de garantir la fiabilité de l’indexation. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais indexer des actes du XVIe siècle nécessite des connaissances paléographiques avérées. Et sans même aller jusque-là, indexer des actes en allemand gothique présente des difficultés !
Personnellement, je veille à la qualité du travail scientifique rendu aux usagers par le biais des Archives départementales.
– Les entreprises privées ne sont pas dans cette optique : les erreurs d’indexation ne seront pas graves pour elles. L’usager, pardon il est devenu le client, s’il ne trouve pas, reviendra une autre fois (donc prolongera son abonnement), et, au pire, imprimera un acte qui ne le concerne pas…
Il n’y aura plus le plaisir de chercher dans les fonds, et de trouver, ou pas, son ancêtre. Quand vous taperez votre nom, Contrelesbandits (!), vous trouverez peut-être un acte vous concernant, mais ce pourra être aussi votre père, votre frère, etc.

J’ai le sentiment que notre travail a été ressenti comme un dû (ce qu’il n’est pas) et que les usagers se rendent compte un peu tard que ce travail a une grande valeur marchande. C’est le sens des avis de la CADA : les archives sont des biens absolument comme les autres, comme des boîtes de conserve par exemple. Cela fut un choc pour les archivistes, qui se voyaient plutôt comme des acteurs culturels. Je persiste à penser, mais c’est une opinion personnelle, qu’ils avaient raison de se voir comme tels. La seule chance est qu’un juge définisse le périmètre de l’exception culturelle prévue par la loi.

De nombreuses questions ont été posées au gouvernement par des députés à ce sujet.

Affaire à suivre…