Archive pour le mot-clef ‘Professeur’

« Un prof, ça fait toujours la même chose »

Dimanche 22 juin 2014

C’est le titre du dernier billet de l’instit’humeurs… Qui m’a rappelé quelques souvenirs…

Je l’ai entendue, cette phrase, y compris d’un mien cousin qui argumentait : « La littérature ne change pas »… Comme si, sans parler même de méthodes d’analyse, il n’y avait pas eu quelques nouveautés littéraires en quelques dizaines d’années…

Souvenir : cette prof de Français de lycée qui donnait à photocopier, chaque année, la même liste d’œuvres pour le Bac de Français (à l’époque, pas d’œuvres communes à tous les élèves), un papier si usé que les plis s’en cassaient…

Souvenir : cette prof de Français de collège, qui faisait étudier chaque année à ses 3èmes Les raisins de la colère… Je n’ai rien contre ce roman, mais je me serais beaucoup ennuyée à le reprendre tous les ans…

A mes débuts de prof certifiée, dans le Nord, il était hors de question de demander aux familles d’acheter des livres à étudier en classe. On ne pouvait donc étudier que les livres en série de la bibliothèque… En 6 ans, j’ai bien dû étudier au moins 6 fois Les contes du chat perché, et au moins 4 fois La gloire de mon père… Quelle que soit mon affection (réelle !) pour ces livres… je ne les jamais repris dans les 30 années qui ont suivi !

C’était pour moi un des grands avantages de ma discipline : pouvoir, chaque année, choisir quelles œuvres j’allais étudier avec mes élèves, selon leur niveau et leurs goûts (« testés » via le formulaire que je leur faisais remplir à la rentrée). Il y a des œuvres que j’ai fait étudier 2 ou 3 fois en 30 ans : Intermezzo, La rencontre, Le bal des voleurs, Le dernier jour d’un condamné, diverses éditions de Contes de Maupassant… Et d’autres sans doute, qui ne me reviennent pas en mémoire… Pourquoi ces répétitions ? Parce que telle œuvre me paraissait correspondre aux intérêts des élèves, ou parce que d’autres aspects m’étaient apparus en cours d’étude, et que je voulais les approfondir…

Vocabulaire et rédaction étaient évidemment liés aux thèmes et à l’œuvre du trimestre…

En dehors de ces études d’œuvres, il est sûr que je n’ai pas tout repris à zéro chaque année ! D’autant que, dès 1990, mes cours étaient sur ordinateur, et qu’il était évidemment plus facile de les modifier que lorsque je les tapais à la machine. Je me suis constitué une base de données de textes courts pour démarrer une leçon de grammaire, j’ai ajouté/remplacé des exercices au gré de mes lectures de nouveaux manuels, repris mes progressions selon d’autres logiques… Et bien sûr, telle classe demandait un approfondissement de telle notion, telle autre classe de telle autre notion…

De même, l’étude de l’argumentation en 3ème m’a demandé un très gros travail, mis « au point » au bout de plusieurs années… Et repris différemment pourtant au fil des ans, même si la base restait…

Pour l’orthographe, qui a longtemps été mon gros problème (vu que, justement, je n’avais pas souvenir d’avoir bataillé dans cette discipline…), la « lumière » est venue des stages de gestion mentale (visuels/auditifs) qui ne m’ont certes pas donné un programme ou une méthode, mais qui m’ont permis d’envisager des approches différentes. Malgré tout, à mon grand regret, je ne suis pas parvenue à très bien comprendre ce qui posait problème : telle dictée préparée qui me semblait assez facile se révélait, à la correction, criblée de fautes… L’année suivante, je reprenais ma base de dictées dans un autre ordre, l’enrichissais de nouveaux textes… Et pareillement l’année d’après…

Tout cela, sans compter les différentes réformes et/ou nouvelles approches préconisées en 40 ans d’enseignement ! Par exemple : la disparition du « complément d’attribution » (mais je ne me suis jamais résignée à appeler « complément d’objet second » le « complément d’objet indirect », dont l’appellation me semblait plus claire pour les élèves… Je mentionnais simplement le « nouveau nom » pour les élèves qui l’avaient déjà étudié…), l’introduction des figures de style, de l’étude de l’argumentation ou du récit autobiographique, etc..

« Faire toujours la même chose », dans ce métier, cela me paraît non seulement ennuyeux, mais totalement impossible pour un prof de Français…

Histoire de téléphone portable…

Lundi 10 février 2014

Ce n’était pas du tout l’objet de ma recherche : en fait, je cherchais des conseils lors d’un problème avec un artisan… Mais, sur le site forum-juridique.net-iris, je suis tombée sur cette histoire (message initial du 29/01/2014):

Bonjour,
Le téléphone de ma fille a été confisqué pendant une semaine je vous explique pourquoi :

Pendant un DS ma fille a envoyé une photo de sa copie à une amie. Cette amie en question, son téléphone a été confisqué car elle a utilisé la calculatrice de son portable.

L’heure suivante (pendant le cours de français) ma fille a été appelé à donner son portable car la surveillante du lycée a fouillé dans le téléphone de l’amie de ma fille et c’est comme ça qu’elle a vu le message (avec la photo de la copie de ma fille) en photo.

Ma fille n’a pas été prise sur le fait !
Mais son portable a été confisqué pendant une semaine, elle a été collée et la surveillante du lycée a fouillée dans le téléphone de l’amie de ma fille pour trouver le message en question

Est ce que la surveillante avait le droit de fouiller dans le téléphone de l’amie de ma fille ? Est ce que les sanctions pour ma fille sont quand même prises en compte ? car ma fille n’a pas été prise sur le fait !

Merci de vos réponses

Vous noterez que la question n’est absolument pas : ma fille avait-elle le droit d’envoyer, pendant un devoir, la photo dudit devoir à sa copine ? Comme, de toutes façons, elle n’a (même pas !) été prise sur le fait, cette question n’en est pas une…

Non, la question porte sur le droit de la surveillante à consulter un téléphone utilisé pendant un devoir… (Fouillé ? Pas fouillé ? Vu sur l’écran en passant ? Peu de chances pour qu’on le sache vraiment…)

Curieuse de lire les réponses apportées (dont certaines par des enseignants ou surveillants, d’ailleurs…), j’ai parcouru les 5 pages (je dis bien 5 !) de la discussion… dans lesquelles, d’ailleurs, on ne retrouve pas la personne qui a posé la question…

Je vous en offre juste une qui m’a amusée (vous pouvez aller lire la discussion entière sur le site…) :

Si on suit votre raisonnement : imaginez que vous êtes cambriolés en votre absence. Aucun témoin. Donc les cambrioleurs ne doivent pas être inquiétés, vu qu’ils n’ont pas été pris sur le fait ?

Il y a tout de même un léger hiatus entre les conceptions de certains parents et celles des enseignants, concernant les droits des élèves, non ???

Rentrée…

Lundi 2 septembre 2013

Rentrée… 5ème rentrée que je ne fais pas…

Des regrets ? Non, vraiment pas… J’ai eu l’énorme chance de terminer mes 40 années d’enseignement par 3 années « en or » : non seulement j’ai pu bénéficier d’une dernière mouture de la Cessation Progressive d’Activité (CPA pour les intimes), et donc de n’avoir plus que 3 classes (2 la dernière année…) au lieu des 4 que je ne sais plus quelle réforme nous avait imposées, mais en plus, ces 3 années, l’équipe « administrative » a été celle que je n’aurais jamais osé rêver, sachant surtout répondre à mes attentes quand un problème se posait avec un élève… J’en ai déjà parlé, tant pis si je radote un peu : après tout, je commence à en avoir l’âge…

Quand j’avais un problème avec un élève, non soluble dans la classe (le problème, pas l’élève !), je faisais appel à « l’administration » ; non, évidemment, pour que ladite administration sanctionne l’élève en question : cela, je pouvais le faire sans aide extérieure ! Mais pour qu’un autre adulte dialogue avec l’élève, hors classe, et tente de savoir quel problème se posait réellement. Parfois, le problème était d’ordre relationnel entre l’élève et moi ; mais, le plus souvent, il s’agissait de bien autre chose, d’ordre familial ou personnel… Que l’une ou l’autre personne de l’équipe puisse parler avec l’ado, l’écouter, comprendre… et me tienne au courant, cela a été d’une grande aide pour ces dernières années. Permettez-moi de remercier encore, ici, ces deux personnes qui étaient vraiment à l’écoute des élèves comme des personnels, et dont je garde un chaleureux souvenir…

Donc, disais-je, pas de regrets de cette « retraite » : après 3 années comme celles-là, j’aurais eu trop de mal à enchaîner avec une équipe administrative plus « classique »… vu mon caractère, les conflits n’auraient pas manqué !

Mais… comment ne pas éprouver, de temps à autre, et particulièrement quand la Rentrée scolaire est à la Une, quelques bouffées de nostalgie ?…

« Retraite »… Beaucoup en rêvent, paraît-il… Cela n’a pas été mon cas : Mon métier était trop une part importante de ce que j’étais pour avoir envie de le quitter, malgré la fatigue croissante. Retraite, retrait, retirer… c’est, brutalement, une part de moi qui s’est arrachée, non sans douleur, évidemment !

On pense souvent : il faut préparer sa retraite, avoir des activités qui font oublier le travail…

Ce n’est pas vraiment le problème : des activités, j’en ai, et assez prenantes… Le problème, c’est de retrouver une identité, quand sa propre identité s’est confondue pendant des dizaines d’années avec son métier… Le problème, ce n’est pas de « faire », c’est d’ »être », d’exister, tout simplement…

* * *

Lucien Marboeuf s’est préparé à la rentrée, lui… En allant jouer au prof sur Internet…

Bien que sa description d’une « partie » ne m’ait guère alléchée (mais bien amusée !), je suis allée faire un tour sur ce site où l’on peut « jouer au prof« …

Je ne me suis pas inscrite pour pouvoir jouer à mon tour… Mais qui sait ? Peut-être en aurez-vous envie ?…

Voilà pourquoi votre fille est muette…

Dimanche 5 février 2012

Suite à l’excellent billet de Lucien sur le « burn out » des enseignants,
Épuisement professionnel des enseignants : enfin une étude !
permettez que je m’interroge un peu sur les raisons de cet épuisement ressenti par beaucoup trop de collègues : qu’est-ce qui fait qu’un enseignant « lambda » va en être atteint ?

Je me garderai bien ici de faire des comparaisons avec tel ou tel autre métier, telle ou telle autre fonction ; je me contenterai de décrire, aussi objectivement que possible, les caractéristiques de ce métier.

« Lambda », donc, débarque dans un établissement fin août ou début septembre. Avec un peu de chance, c’est un établissement « lambda », sans (trop de) problèmes particuliers. Il fait connaissance avec quelques collègues, reçoit quelques conseils ou suggestions, est initié à quelques particularités administratives ou autres. Il reçoit son emploi du temps, la liste de ses classes (oui, je parle plus facilement d’un enseignant en collège… j’en ai davantage l’expérience… mes lecteurs auront l’obligeance d’adapter pour les autres enseignants…).

Une fois qu’il sait à qui il va s’adresser, rentré chez lui, Lambda prépare ses « cours de rentrée » qui sont à la fois prise de contact, annonce du programme et de la démarche pédagogique. Ce n’est pas très facile, avec un public totalement virtuel, c’est aussi un peu angoissant : comment va-t-il être perçu des élèves ? Comment ceux-ci vont-ils le « tester » ? Quelle image veut-il donner ? Les premières prises de contact sont toujours angoissantes, même quand on est dans le même établissement depuis plusieurs années : l’alchimie d’une classe est toujours imprévisible, quelles que soient les précautions prises pour la composer. Même une classe « qui marchait bien » et qu’on a quasiment reconduite l’année suivante, peut se montrer très différente : des évolutions personnelles pendant l’été, des événements qui ont affecté tel ou telle, l’irruption d’un nouveau, la contestation de l’emploi du temps ou de la liste des professeurs…

Face à la classe, Lambda se montre sûr de lui, tente de cerner son public, répond calmement aux questions (je ne parle pas ici d’un débutant sans formation, pour qui la situation est évidemment bien pire !), expose le travail de l’année. Il essaie de retenir quelques noms, quelques réactions, repère quelques têtes « sûres » ou « à suveiller »… Puis passe à une autre classe…

A la fin de la première journée, il essaie de se faire une idée des classes vues, de la manière dont il va aborder son programme avec celle-ci ou celle-là. Il va parfois se renseigner auprès d’un collègue sur tel élève qu’il a remarqué. Et il rentre chez lui…

Les non-enseignants ont tendance à penser qu’un prof a préparé ses cours « une fois pour toutes », ou à peu près. C’est loin d’être le cas pour la grande majorité des profs ! Même si le programme n’a pas changé (et il change quasiment avec chaque nouveau ministre !), l’enseignant adapte son cours à son public : une même notion grammaticale, par exemple, vue dans deux classes de même niveau, ne sera pas forcément étudiée de la même manière. Quand il prépare son cours, l’enseignant a en tête la classe à laquelle il va s’adresser : telle notion sera trop ardue, tel exercice trop difficile (ou trop facile !), un brin d’humour sera bienvenu ici, à proscrire là… Le travail de préparation est précis et contraignant… et ne garantit malheureusement pas le succès ! Avoir passé une ou plusieurs heures à préparer un cours et faire le bilan, une fois le cours terminé, que peu d’élèves semblent avoir bien compris la notion étudiée… est non seulement vexant, mais angoissant : comment faire pour revenir sur cette notion, comment aborder à nouveau le sujet pour une meilleure réussite – et sans que les élèves aient l’impression qu’on leur rabâche la même chose ?…

C’est un métier où les constats d’échec sont fréquents : avec des élèves particuliers, bien sûr (faibles, inattentifs, contestataires…), mais aussi avec la classe, plus globalement. Et un constat d’échec oblige à une remise en question personnelle, ce qui est toujours douloureux. Avoir eu l’impression que les cours « passaient bien »… et s’apercevoir, lors d’un contrôle un peu global, que la majorité des élèves n’a rien compris… remet en cause le travail de plusieurs séances : frustrant ! Si Lambda a la chance de côtoyer un ou plusieurs collègues travaillant un peu dans le même sens, il essaiera d’en discuter avec eux. Ce n’est pas forcément possible : d’abord parce que, dans certaines matières, il est le seul de l’établissement ; ensuite, parce que les collègues de la même matière n’ont pas forcément les mêmes objectifs, les mêmes méthodes, les mêmes façons de percevoir les élèves… Si on lui répond, par exemple, « De toutes façons, ils ne fichent jamais rien ! »… Lambda n’est pas beaucoup plus avancé…

En dehors des strictes questions pédagogiques, se posent aussi des questions relationnelles, avec tel ou tel élève, avec telle ou telle classe… Un conflit avec une classe est une situation extrêmement pénible : si on ne parvient pas à le désamorcer rapidement, l’hostilité va grandir et devenir un état d’esprit… Il m’est arrivé de faire appel à un collègue ou à un principal dans certains cas… Si c’est un élève particulier qui est en conflit, après tentatives personnelles de le résoudre, mieux vaut faire appel à quelqu’un d’extérieur : collègue, parent, principal…

Ces remises en question, que tout enseignant fait de lui-même, ne sont pas les seules… Des collègues, des élèves, des parents d’élèves, des principaux, des inspecteurs… peuvent aussi contester tel ou tel aspect de l’enseignement. Il faut alors répondre, expliquer, se justifier, face à des accusations plus ou moins violentes, plus ou moins acerbes. C’est très difficile, d’autant plus si l’interlocuteur est agressif… Il m’est arrivé une fois de sortir de la salle où je recevais un parent d’élève, tant la discussion tournait à l’agression systématique… Garder son calme quand l’interlocuteur vous accuse d’incompétence est un exercice qui fait vite monter la tension !

Tout cela, c’est l’ordinaire « normal » d’un enseignant… A quoi il faut ajouter les remises en question « politiques » (les enseignants n’apprennent plus rien aux élèves, ne sont pas fichus de faire respecter la discipline, et autres critiques de ce genre émises par des personnalités diverses), reprises évidemment par les média… et donc par le public (les enseignants sont bien payés pour ne pas faire grand chose… Ils travaillent 18 heures par semaine…). A quoi il faut ajouter les réformes, la diminution drastique de la « formation continue », la disparition de la formation initiale, les exigences de plus en plus nombreuses quant aux « tâches annexes » (entre autres, de plus en plus de choses à rentrer dans les ordinateurs !), les menaces pesant sur la profession (accroissement du nombre d’élèves par classe, « assouplissement » de la carte scolaire, regroupement d’établissements, et j’en passe !)…

Il y a des enseignants qui craquent ou sont près de craquer ? Je m’étonne qu’il n’y en ait pas davantage…

Pan sur les profs ! (encore…)

Dimanche 20 novembre 2011

Bon, d’accord, les enseignants ne sont peut-être pas un électorat à ménager… Mais quand même !

Merci à Lucien qui nous signale les projets de décret et d’arrêté concernant les enseignants et autres personnels d’éducation. Comme il explique très bien les conséquences financières de ce projet, je me contenterai de le citer :

Évaluation des profs : derrière les modalités, la question des salaires

Imaginons un professeur qualifié d’exemplaire par sa hiérarchie : ayant bénéficié de la réduction de 5 mois tous les trois ans, il parviendra au dernier échelon au bout de 26 ans environ, contre 20 ans actuellement.

Rien ne change en revanche pour le « mauvais prof », qui ne verra le dernier échelon qu’après 29 ans : on notera l’ironie d’un projet émanant d’un gouvernement qui voudrait faire une place plus grande au mérite et qui pénalise proportionnellement davantage les « bons profs » que les mauvais !

Concrètement, les enseignants verront leur salaire stagner plus longtemps, ne connaîtront d’augmentation que de loin en loin. Autant dire que leur pouvoir d’achat va sérieusement se dégrader sur la durée. Peu importe, le gouvernement fera ainsi chaque année quelques centaines de millions d’euros d’économies : l’argent des enseignants, celui-là même qui ne leur sera pas versé par la grâce du présent décret…

Merci également à François Jarraud, du Café pédagogique, qui met à notre disposition ces projets :

Décret n°2012- du 2012 portant dispositions statutaires relatives à l’appréciation et à la reconnaissance de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’éducation et d’orientation relevant du ministre chargé de l’éducation nationale

Objet : modification du système de l’appréciation de la valeur professionnelle par la mise en oeuvre d’un entretien professionnel et des modalités d’avancement d’échelon par l’introduction d’un mécanisme de réductions d’ancienneté.
Entrée en vigueur : ce décret entre en vigueur le 1er septembre 2012.

Notice : La réforme du système de l’appréciation et de la reconnaissance de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’éducation et d’orientation constitue l’un des volets du « pacte de carrière » annoncé par le Gouvernement en octobre 2009 puis confirmé en mars 2010 visant à améliorer les conditions d’exercice du métier d’enseignant dans le cadre d’une gestion plus dynamique et personnalisée des ressources humaines.

Voyons un peu le projet d’arrêté concernant la notation des enseignants…

document de travail V4
1
ARRETE
Arrêté du …..relatif aux conditions générales de l’appréciation de la valeur professionnelle des personnels enseignants, d’orientation et d’éducation relevant du ministère chargé de l’éducation nationale

L’entretien professionnel est conduit par le supérieur hiérarchique direct de l’agent. Pour les enseignants du second degré pré-baccalauréat et post-baccalauréat le supérieur hiérarchique est le chef d’établissement ou son (ses) adjoint(s). Pour les enseignants du premier degré le supérieur hiérarchique est l’inspecteur de l’éducation nationale compétent.
En cas de nécessité liée à la continuité du service public, l’autorité hiérarchique peut également désigner un autre fonctionnaire pour mener les entretiens d’évaluation au sein des écoles ou établissements.

Je me suis déjà exprimée sur cette question, mais j’y reviens… Faire noter l’enseignant uniquement par son chef d’établissement me semble une aberration totale. Rappelons que, actuellement, la notation se fait à 40% par le chef d’établissement, sur des critères discutables, certes, mais globalement d’ordre « administratif », et à 60% par un inspecteur pédagogique censé évaluer la pédagogie de l’enseignant en assistant à une heure de cours. Que ce système ait besoin d’être revisité, c’est probable. En supprimant l’inspection, toute discutable qu’elle puisse être ? L’inspecteur a du moins, sur le chef d’établissement, l’avantage de connaître la matière enseignée, et est donc plus à même d’apprécier le travail du professeur, et son « efficacité ».

Comme, dans le même temps, on demande de plus en plus aux chefs d’établissement de jouer le rôle de chefs d’entreprise, et même d’embaucher directement leurs personnels, enseignants ou non… on peut imaginer les dérives ! Si c’est celui qui m’embauche qui me note… mon emploi est à sa merci !

Et que va-t-on faire des inspecteurs pédagogiques ? On les supprime ? En voilà, de belles économies à réaliser !

Mais voyons sur quoi le professeur va être noté :

Article 5
Le processus d’évaluation est engagé par une démarche d’auto-évaluation qui s’appuie principalement sur les compétences définies à l’annexe de l’arrêté du 12 mai 2010 portant définition des compétences à acquérir par les professeurs, documentalistes et conseillers principaux d’éducation. Il s’agit notamment pour l’agent d’évaluer sa capacité à faire progresser :
- chaque élève ;
- les compétences dans sa discipline ou ses domaines d’apprentissage;
- sa pratique professionnelle dans l’action collective de l’école ou de l’établissement, en lien avec les parents d’élève et les partenaires. Cette action se situe conformément aux orientations validées par les instances de l’école ou de l’établissement par la mise en place notamment de projets pédagogiques transversaux et pluridisciplinaires assurant la cohérence d’un enseignement collectif ;
- la qualité du cadre de travail afin qu’il soit propice aux apprentissages et au partage des valeurs de la République, notamment le respect mutuel et l’égalité entre tous les élèves.

Article 6
L’appréciation du positionnement de l’agent au regard des critères décrits à l’article 5 est réalisée par le supérieur hiérarchique au regard, d’une part, de l’analyse des résultats de l’auto évaluation et, d’autre part, de l’examen de la manière de servir de l’agent.

Je ne comprends pas bien « l’auto évaluation » : le prof doit faire lui-même une évaluation de ses compétences ? Et en fournir un rapport à son chef d’établissement ??? Et j’aime bien « la manière de servir »… Voilà qui éclaire singulièrement la profession…

Bon, c’est un détail… Revenons sur le contenu :
- capacité à faire progresser chaque élève :
C’est évidemment ce à quoi tend chaque enseignant (sauf cas pathologiques…). Y arrive-t-il pour autant ? Difficile à dire ! Prenons le cas – au hasard – d’un prof de Français en collège : il a l’avantage, sur nombre de ses collègues, de n’avoir que peu d’élèves, environ 120). Peut-il, honnêtement, déterminer qu’il a fait progresser chacun de ces 120 élèves ? Ou même, la moitié seulement ? J’aurais été bien embêtée si l’on m’avait demandé de dresser un bilan de ce genre ! Pour quelques élèves, c’est évident, mais pour le plus grand nombre… Quant aux profs qui ont la charge de plusieurs centaines d’élèves… je ne vois pas bien comment on peut évaluer leur action sur ce grand nombre d’enfants ou ados !
Le « mieux », alors, serait de donner les « bonnes classes » aux « bons profs » : ayant de bons résultats, elles prouveraient que le prof est bon… Quant aux « mauvais profs », ne parvenant pas à faire progresser leurs « mauvaises classes »… cela justifierait leur… mauvaise note !

- capacité à faire progresser les compétences dans sa discipline ou ses domaines d’apprentissage :
Même problème… compliqué du fait que l’évaluateur ne connaît peut-être rien à la discipline en question ! Ou n’en a que ses propres souvenirs d’élève !

- capacité à faire progresser sa pratique professionnelle dans l’action collective de l’école ou de l’établissement, en lien avec les parents d’élève et les partenaires :
Ça, à mon avis, c’est le plus dangereux… et le plus facile à évaluer par le chef d’établissement ! Il s’agit donc de calculer l’investissement de l’enseignant en dehors de son travail d’enseignement (qui, rappelons-le, comporte des heures de cours, de préparations et de corrections, plus des entretiens avec élèves et parents d’élèves et réunions avec les collègues des mêmes classes… ce qui représente tout de même une bonne quarantaine d’heures hebdomadaires, compte non tenu des travaux réalisés en dehors des périodes scolaires… lesquelles périodes de « vacances », on ne le répétera jamais assez, ne sont en fait pas réellement « payées » !). Exiger en plus que l’enseignant s’engage dans d’autres actions me semble déraisonnable ! Donnons-lui déjà les moyens de faire correctement son travail, on verra le reste après !
Bien sûr que des projets collectifs sont un « plus », pour l’établissement comme pour les élèves. Et tant mieux pour tout le monde si des professeurs se sentent à même de mener ces projets, malgré l’énorme investissement que cela demande en temps et en travail (non payés !). Mais en faire une « norme », quitte à ce que certains, d’une disponibilité ou d’une force de travail moins grandes, en viennent à bâcler leur métier d’enseignant… c’est un non-sens ! Si on veut vraiment « faire la différence »… payons alors les heures de travail effectuées en plus (ou au moins une partie de ces heures…) !

- capacité à faire progresser la qualité du cadre de travail :
Là aussi, nous nous y efforçons tous ! Mais comment faire réellement un « bilan » ? Les classes ont une « individualité » (si j’ose dire) propre, et nous avons tous eu, certaines années, des classes avec lesquelles nous n’arrivions « à rien » (ce qui est certes exagéré… mais c’est ainsi qu’on le ressent). Si, par malchance, l’année de l’évaluation, le prof a justement des classes qui « ne marchent pas », peut-on vraiment lui en faire porter la responsabilité ?

Article 14
L’agent dont le service est partagé entre plusieurs établissements fait l’objet d’un entretien d’évaluation réalisé par le supérieur hiérarchique de l’établissement d’affectation principale. Le supérieur hiérarchique recueille l’avis des autres chefs d’établissement le cas échéant.
Article 15
L’agent en situation de titulaire sur zone de remplacement est évalué par le chef d’établissement de rattachement administratif. Il recueille l’avis des autres chefs d’établissement où l’agent a exercé.

Déjà que les entretiens avec tous les enseignants de son établissement vont lui demander quelque temps (!), mais le chef d’établissement devra aussi (ce qui paraît « normal ») contacter d’autres chefs d’établissement ! Combien d’heures vont lui prendre ces nouvelles activités ? Car un chef d’établissement a deux ou trois petites choses à faire : veiller à l’établissement lui-même, son entretien, sa sécurité, établir des budgets, encadrer tous les personnels (enseignants, mais aussi assistants d’éducation, personnels de service et d’entretien, personnels administratifs…), s’assurer de la sécurité et du « bien-être » des élèves, recevoir parents, élèves, personnels… et j’en oublie sûrement beaucoup !

D’ailleurs, je vais laisser la conclusion à un chef d’établissement, interrogé dans un blog que nous a signalé Lucien :

Dans les coulisses des évaluations : le témoignage d’un chef d’établissement

Je pense que le système actuel d’évaluation est totalement obsolète. Cela dit, le projet du gouvernement ne me semble pas satisfaisant du tout non plus. Cela nous donnerait vraiment de travail en plus, alors que nous en avons déjà beaucoup. Cela créerait aussi des tensions dans les établissements, y compris dans ceux où règnent actuellement un climat apaisé, et, à l’heure où les conditions d’exercice sont dégradées et où les personnels sont tendus, cela ne me semble pas judicieux du tout… »

P.S. Dans le Nouvel Obs du 17/11/2011, cette citation de Nicole Bricq, sénatrice et rapporteur général de la commission des Finances :

« La défiscalisation des heures supplémentaires des fonctionnaires de ce ministère [l’Éducation nationale] coûte 1,3 milliards d’euros par an à l’État. C’est l’équivalent du coût de 40 000 emplois ! Cela relativise l’efficacité du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ».

Bon dimanche !

Science sans conscience…

Mardi 23 août 2011

Si les élèves de 1ère L et ES, alertés par les débats de toutes sortes, se jettent à la rentrée sur leur manuel de Sciences de la vie et de la terre, ils risquent fort, à mon humble avis, d’être déçus…

Pourtant, la polémique fait rage, paraît-il…

L’homosexualité enseignée à l’école : une pilule qui passe mal

L’introduction, dans les manuels scolaires de la rentrée, d’un chapitre sur l’orientation sexuelle heurte plusieurs associations familiales.

Pour l’éditeur Bordas, «les textes évitent tout esprit polémique (notamment l’influence des religions) et ne font qu’aborder de façon non choquante des questions de société largement médiatisées par ailleurs». Nulle part en effet il est écrit que les élèves doivent multiplier les expériences sexuelles. Mais Familles de France redoute que ces quelques lignes n’entraînent «plus de grossesses précoces et de cas d’infections sexuellement transmissibles».

Les paragraphes sur cette question dans le manuel Bordas.

Si vous avez la curiosité, comme moi, de lire la page incriminée (une page sur plus de 200…), vous contesterez peut-être le titre de Libération : peut-on dire que l’homosexualité soit « enseignée » ici ? On en parle, certes… et alors ?

J’aimerais bien que « Familles de France » m’explique comment parler de l’homosexualité risque d’entraîner « plus de grossesses précoces »… Voir leur lettre au président de la République :

Voulez vous être responsables de plus de grossesses précoces et de cas d’infections sexuellement transmissibles ?

Les « protestataires » s’abritent derrière le fait que ces quelques paragraphes (dans cette édition ou dans une autre) s’appuieraient sur une théorie du « gender », laquelle serait philosophique et non scientifique. J’ignorais jusqu’à ce jour cette théorie qui dit, d’après ce que j’ai lu, que l’identité sexuelle résulte non seulement du sexe génétique, mais aussi de l’environnement socio-culturel. Suis-je totalement stupide ? Je ne vois rien de révolutionnaire là-dedans… Sauf erreur de ma part, l’homosexualité des Grecs anciens était en partie due au fait qu’ils passaient de nombreuses années dans l’armée… Je me trompe ?

Je me souviens aussi avoir lu que le sexe génétique (XX ou XY) n’était pas toujours en accord avec le sexe physiologique (organes) ou hormonal… Anomalies, peut-être, mais bien scientifiques, celles-là…

Voici ce que dit le site Genethique sur cette théorie du genre :

La théorie du gender au lycée : un enseignement idéologique

la théorie du gender a d’abord été l’outil idéologique et subversif d’un féminisme militant : au nom de la non-discrimination entre l’homme et la femme, elle rejette le fondement biologique des sexes comme donné naturellement identifiant pour la personne et affirme que la différence entre l’homme et la femme relève exclusivement d’une construction sociale. Les genres masculins et féminins consistent en des « rôles » socio-culturels arbitraires qu’il est donc possible de déconstruire. En conséquence, aucun dynamisme naturel ne pousse l’homme et la femme l’un vers l’autre : cette inclination ne relève elle aussi que de conditionnements sociaux. Dans cette perspective, c’est l’orientation sexuelle (homosexuelle, hétérosexuelle, bisexuelle, transsexuelle) qui doit primer sur le sexe biologique, génétiquement déterminé par les chromosomes sexuels XX ou XY.

(C’est moi qui souligne : je n’irai sans doute pas lire les textes « officiels » de cette théorie, mais cela m’étonnerait qu’elle nie les différences biologiques !)

Le milieu éducatif et les parents d’élèves ont fermement dénoncé l’intrusion abusive de cette idéologie dans le programme de biologie. Regroupés au sein du collectif « L’école déboussolée », les enseignants du public ont envoyé au ministre de l’Education nationale Luc Chatel une pétition réunissant 33 000 signatures : celui-ci a refusé tout dialogue. Les Associations familiales catholiques (AFC) et l’enseignement catholique ont également protesté.

Je ne sais si L’école déboussolée est un regroupement d’enseignants : je n’ai rien vu dans ce site qui l’indique. Si le site comptabilise effectivement plus de 36 000 signatures à sa pétition, il n’affiche que 6 messages d’enseignants entre le 17 et le 27 juin, et aucun autre depuis…

Pour le philosophe Thibaud Collin, auteur d’essais sur ces questions, « la prime à l’indifférenciation sexuelle promeut en fait l’homosexualité. Ces théories sont une tête de pont pour un changement radical de société ». La dissociation de la sexualité et la procréation est alors consommée : la révolution culturelle voulue par le gender promeut les « droits » à la contraception, à l’avortement et à la procréation artificielle.

Oh ! Les vilains ! Vous vous rendez compte ? La CON-TRA-CEP-TION ! L’A-VOR-TE-MENT ! La PRO-CRE-A-TION AR-TI-FI-CIELLE ! Comment osent-ils !!!

Voir un peu plus bas la position de Christian Vanneste sur la « promotion de l’homosexualité »…

Conclusion
En Espagne, le gouvernement Zapatero a déjà rendu obligatoire les cours sur le gender, entraînant le retrait de dizaine de milliers de familles des écoles appliquant les programmes d’Etat.

Je ne ferai pas de recherches sur le bien fondé de cette conclusion… Si vous avez des lumières à ce sujet, merci de me laisser un commentaire !

Que demande L’école déboussolée dans sa pétition ?

Signez la pétition !

En conséquence, je vous prie donc, Monsieur le Ministre, de bien vouloir :

- Préciser la portée de la circulaire du 30 septembre 2010 et les programmes que vos services ont voulu définir.
- Interdire l’usage des manuels incriminés.
- Garantir que le thème du « gender » ne sera pas à la session 2012 des épreuves anticipées du bac ni aux sessions suivantes.
- Transférer au pire l’étude du « gender » dans le domaine du débat critique de l’éducation civique ou de la philosophie.

36254! signataires depuis le 15/06
RELAYONS
CONTINUONS OBSTINÉMENT !

Je ne connaissais pas Lextimes, mais voici quelques extraits de leur article :

FÉMININ/MASCULIN
Les nouveaux manuels de sciences s’ouvrent à la diversité

« Nous ne pouvons accepter que l’école devienne un lieu de propagande, où l’adolescent serait l’otage de préoccupations de groupes minoritaires en mal d’imposer une vision de la ‘normalité’ que le peuple français ne partage pas », écrit le 31 mai 2011 la présidente du parti chrétien-démocrate Christine Boutin au ministre de l’éducation nationale Luc Chatel

[...]

C’est donc bien un « détournement de l’enseignement au profit du lobby gay », tranche Christian Vanneste pour qui cette « théorie du genre sexuel » ne doit apparaître ni explicitement ni implicitement dans les manuels.

[...]

Un projet de lettre, cosigné par une cinquantaine de députés, circulerait en ce moment et devrait être remis prochainement à Luc Chatel pour dénoncer cette théorie et en exiger le retrait des manuels.

Le « lobby gay »… relayé par les Juifs et les Francs-maçons ?

J’ai lu une autre page… qui m’a laissée perplexe : je pense que, sous la violence des propos, il faut lire l’ironie… Mais celle-ci n’est pas, à mon avis, suffisamment perceptible pour que je puisse citer des extraits… A vous de vous faire une opinion, si vous le désirez :

Courrier des lecteurs
La voix de la sagesse

Bon. Revenons au sujet évoqué dans ces manuels si décriés : faut-il, ou non, aborder les questions de l’homosexualité, de la bisexualité, de la transsexualité ?

Je réponds oui, sans hésitation ! Il m’est souvent arrivé d’aborder le sujet de l’homosexualité avec des élèves, en classe complète, avec un groupe d’élèves ou un élève seul, généralement après qu’un élève avait prononcé l’insulte suprême de « pédé »… Il me semblait de mon rôle d’éclaircir avec eux ce que recouvrait cette insulte, le jugement qu’elle portait. De même qu’un jour j’ai interpellé dans un couloir un élève inconnu qui en appelait un autre « Négro ! ». Il ne s’agit pas de promouvoir tel ou tel « lobby » (!), mais de rendre les élèves conscients d’une diversité et de l’accepter.

Maintenant, que des enseignants se sentent gênés face à ces questions… c’est très dommageable ! Cela prouve une fois de plus que leur formation (quand il y en avait une…) ne les préparait pas suffisamment au dialogue avec les élèves. Et il est beaucoup de questions sur lesquelles le dialogue est primordial, et non pas le « cours », que ce soit sur les « races », l’esclavage, la colonisation, la peine de mort ou autres… Pour pouvoir « enseigner » quelque chose qui a trait à la vie des uns et des autres, il faut s’assurer qu’on est bien sur la même longueur d’ondes, et donc donner la parole aux élèves. Et répondre à leurs questions. Qu’en fin de discussion ils n’aient toujours pas compris, par exemple, que « Négro » était une insulte, n’est pas dramatique : il y a fort à parier que des fragments de cette discussion leur reviendront en mémoire la prochaine fois qu’ils lanceront cette épithète, ou même qu’ils la penseront. Nous n’avons pas à convertir qui que ce soit, mais simplement à expliciter les choses, et donner des arguments en réponse aux leurs.

Les pétitionnaires et autres protestataires exigeant la science « pure » feraient bien de retourner lire Rabelais :

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

Du plagiat…

Mercredi 4 mai 2011

Un article du Nouvel Obs m’a envoyé faire un tour sur des sites consacrés au plagiat… Plus précisément, ces sites s’intéressent surtout au plagiat pratiqué par les étudiants (et parfois les professeurs ou les chercheurs…) qui pillent plus ou moins sans complexe des travaux précédents…

L’histoire d’un professeur de faculté ayant ainsi « exploité » le travail d’un étudiant m’a rappelé ma 1ère année de Fac (cela remonte un peu…). Je ne sais plus quel était l’intitulé de ce TD, dont le professeur nous avait fait acheter son livre sur la langue française… En fait, il y a eu très peu de cours (moins de 10, je dirais…), et notre inquiétude était grande, vu que nous avions en fin d’année un examen sur ce TD… et que nous ignorions totalement en quoi consistait cet examen. Une des dernières séances (elles se sont arrêtées avant la fin décembre…), le professeur nous a distribué des travaux, à faire par groupes : nous avons été trois à choisir « l’enseignement du Français dans les revues pédagogiques », je n’ai plus aucune idée des intitulés des autres travaux.

Comme, chaque semaine, nous nous retrouvions devant la salle veuve du prof (jamais de message annonçant son absence, nous ne pouvions que la constater en venant au « cours »), nous avons eu le loisir de faire sérieusement notre travail, d’autant que, formée comme enseignante, j’avais déjà un certain nombre de ces revues. Au final, notre dossier faisait une centaine de pages… dont un certain nombre de feuilles desdites revues, je vous rassure ! Dossier sans doute manuscrit, pas de souvenirs à ce sujet.

Le prof absent ne nous dispensait pas de rendre nos travaux à la date indiquée, au bureau… Je crois me rappeler qu’il a tout de même fait une apparition en janvier ou février, et qu’il a tenté de nous rassurer sur l’examen final… sans nous dire davantage en quoi il consistait…

Quand nous l’avons revu pour la dernière fois, juste avant les vacances de Pâques, la colère grondait dans le TD, et je faisais partie des plus inquiets, donc de ceux qui protestaient le plus : une année sans cours quasiment, pas de programme clair, pas d’indications sur le partiel… Il nous a fait taire en nous donnant les notes de nos dossiers… et moi particulièrement, puisque nous avons eu 18 ou 19… Il n’y avait d’ailleurs pas, je crois, de mauvaises notes, mais ayant eu une des meilleures, je n’ai pu continuer mes protestations… Sauf quand, sur une demande, il a dit qu’il ne rendait pas les dossiers…

Toute neuve à la Fac, j’ignorais que des devoirs pouvaient n’être pas rendus à leurs auteurs… De plus expérimentés m’ont expliqué ensuite que des profs utilisaient parfois ces travaux pour leurs propres livres… Ils en plaisantaient, même s’ils ressentaient une certaine injustice…

J’ignore totalement si le prof en question a utilisé l’un ou l’autre de nos travaux : loin de moi l’idée de l’accuser de plagiat !

D’ailleurs, je ne me sens pas particulièrement innocente en ce domaine : dans les cours que j’ai pu distribuer à mes élèves, il y avait des exercices que je n’avais pas tous créés… et je n’indiquais pas forcément les sources…

Mais, tout de même… je n’aurais sûrement pas présenté à un jury un travail dont je n’étais pas l’auteur…

Il s’agit ici d’enseignants en Université qui ont plagié… leur thèse de doctorat !


Le plagiaire d’Amiens et « l’acharnement »
— par B. Eizykman et M.-D. Porcheron

Posté par Jean-Noël Darde

Les deux enseignants de Lille-Cambrai et d’Amiens qui ont eu les honneurs d’un article récent de Mediapart pour avoir plagié leur thèse de doctorat et avoir été maintenus à leur poste, utilisent tous les deux la même défense : ils sont victimes d’actes injustifiés de « harcèlement » ou « d’acharnement ». [...]

L’annulation de la thèse n’est pas une sanction, c’est simplement la restitution d’un larcin, comparable à la récupération d’une somme volée par un caissier de banque indélicat. Quant à l’interdiction de s’inscrire pendant deux ans, elle ne correspond à rien d’autre qu’à l’empêchement pour l’enseignant plagiaire d’obtenir une promotion pendant cinq ans : deux ans d’interdiction auxquels s’ajoutent trois ans de préparation d’une nouvelle thèse permettant d’obtenir éventuellement le grade de maître de conférences. Or, quand un étudiant qui a passé sa thèse est convaincu de plagiat, fraude la plus lourde et destructrice qui puisse survenir à l’université puisque le doctorat en est le diplôme ultime, il se voit généralement infliger une interdiction à vie, comme le confirme une décision récente du CNESER à propos d’une thèse plagiée à Toulouse-II : circonstances aggravantes pour les étudiants (voir note 3), circonstances atténuantes pour les enseignants ! Le renversement de cette situation serait plus juste. [...]

Privation de promotion pendant cinq ans : le verdict rendu à l’encontre d’un acte qui bafoue toutes les valeurs de l’Université (qualité et originalité de la recherche, probité et rigueur intellectuelles), qui en menace les fondements mêmes, mérite d’être comparé avec ceux de la justice ordinaire.
Une caissière d’un grand magasin qui dérobe une bricole coûtant 1 euro va se faire renvoyer par son employeur, on a pu le déplorer à plusieurs reprises ces dernières années. Le caissier de banque indélicat ne risque pas de retrouver son emploi derrière la même caisse une fois l’argent restitué. Le trader qui s’affranchit des procédures de contrôle et fait perdre beaucoup d’argent à sa banque sera évidemment remercié. Par contre, le plagiaire est maintenu à son poste, apparemment protégé en tant qu’enseignant par l’esprit de corps suicidaire qui règne encore au sein de l’Université et que dénoncent à juste titre les étudiants (comme dans ce courrier adressé à Michelle Bergadaa). [...]

Surtout, quel que soit son statut, le rôle d’un enseignant est de transmettre aux étudiants – pas à des clients – des connaissances, des méthodes de travail et les valeurs qui fondent l’Université. Contrairement au trader qui adhère aux objectifs cupides du système financier, le plagiaire a porté atteinte aux valeurs qui gouvernent le milieu universitaire : comment pourrait-on dès lors se montrer intransigeants vis-à-vis des étudiants en continuant de protéger les enseignants qui violent les valeurs qu’ils sont censés faire respecter ?

3) À l’Université Pierre Mendès-France (Grenoble 2), on a relevé (1999) une « exclusion de tout établissement public d’enseignement supérieur pour une durée de 3 ans pour tentative de fraude lors d’une épreuve écrite d’examen du DEUG » .

Sur le même site, une autre histoire (il y en a un certain nombre… allez donc y faire un tour !) :

UBU, VICE-ROI DU CNU

On se souvient du cas du vice-président du CNU de Sociologie, le professeur Ali Aït Abdelmaleck de l’Université Rennes 2, pris en flagrant délit de plagiat (cf. Plagiat, silence et excellence).

La découverte des premiers plagiats d’A. A. A., d’abord évoqués sur le blog de Pierre Dubois (2 décembre 2010), a été suivie quelques semaines plus tard du repérage de nouveaux plagiats dans d’autres travaux du même auteur. Le 16 janvier 2011, Michelle Bergadaa mettait en ligne les résultats d’une étude sur ce cas.

Cette situation a conduit l’Association des sociologues enseignants du supérieur (ASES) et l’Association française de sociologie (AFS) à co-signer, le 24 janvier 2011, un communiqué demandant la démission d’A. Aït Abdelmaleck du CNU.

Cependant, à l’occasion de la session du CNU de sociologie-démographie qui s’est tenue du 7 au 11 février 2011, une majorité des participants ont fait valoir leur soutien au vice-président plagiaire. C’est donc avec l’appui de ses pairs qu’un professeur plagiaire a pu être chargé d’évaluer la qualité scientifique d’une part des 610 dossiers (529 candidatures de maître de conférence et 81 de professeur) présentés à cette session.

On comparera cette attitude avec les réactions rapides de l’Université de Bayreuth et des universitaires allemands [pétition à la Chancelière Angela Markel signée par plus de 60.000 universitaires (*)] qui ont imposé la démission du Ministre de la défense à la suite de la découverte des plagiats dans la thèse de « Herr Doktor » Karl-Theodor zu Guttenberg (**).

(**) Notons que le même jour de la démission du Ministre de la défense allemand pour plagiat, Gérard Longuet qui s’est revendiqué plagiaire [cf. cet article du Nouvel Observateur (2004) et cet autre de Libération (2002)] devenait Ministre de la défense dans le nouveau gouvernement Sarkozy.

Sur le site Le plagiat, il y a aussi des exemples intéressants… Celui-ci, par exemple :


16 décembre 2010 : Séraphine, aussi…

Séraphine de Senlis, peintre au destin tragique (1864 -1942), a fait l’objet en 2008 d’un film brillant d’originalité et récompensé de sept prix en 2009 lors de l’Académie des Césars.

Le César du meilleur scénario original est pourtant très contestable puisqu’Alain Vircondelet, auteur d’une biographie de Séraphine, publiée aux Editions Albin Michel en 1986, a obtenu la condamnation pour contrefaçon de l’auteur du scénario et de la Société de TS Productions. Le 26 novembre 2010, le tribunal de grande instance de Paris a condamné le scénariste et la société de production à payer, d’une part, à l’auteur de la biographie 25 000 € en réparation de l’atteinte portée au droit moral (le nom de Vircondelet n’apparaît nulle part dans le générique du film) et, d’autre part, à l’éditeur la même somme en réparation de l’atteinte aux droits patrimoniaux (les droits du livre n’ont pas été rachetés pour la réalisation du film).

Plusieurs cas de plaintes et procès pour plagiat de livres sont évoqués aussi. Il est précisé l’issue des procès, si elle est connue. On y retrouve quelques noms évoqués dans la presse, au fil des ans…

Un autre site, suisse celui-là (le premier peut-être dans l’ordre chronologique), qui a une page d’humour où sont cités quelques courriels :

Bonjour

Je viens de tomber sur votre page avec des sites aidant les étudiants à la fraude. Je peut contribuer a votre travail avec un site qui, j’ai cru, pourra m’aider (je travaille et j’avais pas le temps a ecrire quoi que ce soit).

Mais en resultat j’ai eu un « C » et je pas pu obtenir le retour de mon argent!! Leur site est www.superiorpapers.com.

Merci,
B.
Boston University (USA)

Je suis allée voir ce site (en anglais) : selon l’urgence (de 10 jours à… 3 heures !) et le niveau de qualité (3 niveaux) du travail que vous leur confiez, il vous en coûtera de 20 à 58 $ la page…

Et voilà la « mission » qu’explique le site :

Isn’t it better to focus on the other important things in your life than spend it on paper writing? Our experienced essay writers know that student’s life is difficult and they are ready to help you complete your custom papers. Save your valuable time for the things that are more important to you with our custom essay writing services. We can solve your writing issues today with a custom written essay, term paper, research paper, homework help and more!

Bien sûr qu’elle est difficile, la vie d’étudiant, et qu’on a des tas de choses plus importantes à faire que d’écrire des devoirs, dossiers, thèses et autres… Pas bête, cette idée…

Autre échange de courriels (il y a 4 courriels, voici le 3ème) :

Acte 3 :
De ; xxx, collègien
A : yyy, professeur

Merci de la promptitude de votre réponse Mme yyy,

Pour être honnête avec vous, ce n’est pas mon professeur qui me pose pb.. Celui-ci m’a dit que je pouvais changer le nom de la société et faire un « truc » qui grosso modo serait la même chose mais améliorée…

(Il est bo le prof hein…lol)

En revanche le souci vient du fait que ce cas doit être présenté devant l’institut qui apparament répertorie ce genre de cas… Alors oui, je suis dans la panade d’après ce que vous venez de me dire et je ne vous remercie pas! (lol)

Toutefois, si vous aviez une autre étude, vous me sauveriez et je vous en serais très très reconnaissant car je vous avoue que là, je suis un peu abattu car je ne sais plus trop quoi faire à présent..

Très sincèrement Mme yyy
xxx

Est cité un article du Monde :

Un logiciel contre le plagiat scientifique
LE MONDE | 24.01.08 | 14h34 • Mis à jour le 24.01.08 | 14h34

Pour mesurer la fréquence de ces indélicatesses, deux chercheurs du Southwestern Medical Center de l’université du Texas, Mounir Errami et Harold Garner, ont ausculté une base documentaire médicale américaine – Medline – où sont indexés, avec des résumés, 17 millions d’articles publiés dans plus de 5 000 revues de quelque 80 pays. [...]

En se focalisant sur les 7 millions d’articles les plus cités, ils ont repéré un peu plus de 70 000 cas de « haute ressemblance ». Ce qui, compte tenu des limites du logiciel, leur fait estimer le nombre de plagiats à plus de 200 000, sur les 17 millions d’articles référencés. Pas loin de 3 % !

Mais… ce n’est sans doute pas si grave… Une lettre ouverte d’un plagié (il y en a plusieurs…), retrouvant dans une revue étrangère sa conférence et son article, a bien sûr informé la revue où il avait publié… Et voici ce que le Secrétaire Général administratif de ladite revue lui répond :

« Pour des raisons que vous comprendrez aisément, nous estimons qu’il vaut mieux ne pas jeter d’huile sur le feu, surtout lorsqu’il a pour lieu des régions où il se propage aisément…C’est après tout un honneur que d’être pillé. Cela montre et l’intérêt du texte ainsi mis à contribution, et celui que présente la Revue dont il est l’hôte. »

De l’honneur d’être plagié…

De l’école…

Mercredi 30 mars 2011

Encore l’école ! Ben oui… Quelques réflexions au sujet du dossier du Nouvel Obs dont je vous avais parlé… Ce dossier est indiqué comme en collaboration avec France Info.

Une chose qui m’a bien défrisée (j’en ai encore les cheveux presque raides !), c’est le titre de couverture : « Echec scolaire : les solutions »… Pour un peu, j’aurais zappé la lecture du dossier, tant ce titre racoleur m’a énervée ! Si encore on avait écrit, plus modestement, « DES solutions » ! Mais non, « LES solutions », les seules, les vraies, la vérité vraie dans un magazine d’information, pas spécialement axé sur l’enseignement ! Heureusement (!), le dossier lui-même est titré différemment : « L’école autrement »…

Allons-y donc pour « L’école autrement »…

Le « constat » de départ est évidemment fait à partir des données de l’OCDE, entre autres des résultats de l’enquête PISA… « Notre école républicaine écrase les plus faibles », écrit le journaliste… oubliant sans doute que les « plus faibles » viennent de milieux « défavorisés », comme on dit (« pauvres », ça ferait pas bien dans le paysage de notre France républicaine…), et que ces « milieux » sont de plus en plus nombreux… et de plus en plus « défavorisés » !

Je ne sais pas si le journaliste (en fait, elles sont deux…) s’est donné la peine d’aller faire un tour dans quelques classes, mais il fait comme si :

« Le prof est sur son estrade, les élèves invités à recueillir la bonne parole et à se taire, beaucoup de travaux écrits, des notes sur 20 avec des commentaires toujours aussi stériles : « pas assez de travail », « confus », « peut mieux faire »… »

Ben… Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, cette description ne correspond que de loin à la réalité d’aujourd’hui ! Le « cours magistral » se pratique peut-être (et encore !) au lycée, mais rarement avant ! Le silence dans la classe est généralement ressenti comme un échec par le prof : si la classe ne participe pas (questions, réponses, commentaires…), c’est que le prof n’a pas réussi à intéresser les élèves, ou que le niveau de son « cours » n’est pas adapté !

OK pour les notes sur 20… encore que d’autres systèmes existent… Une tentative avait été faite, il y a peut-être 30 ou 40 ans, de noter (comme certains le faisaient déjà) en « A, B, C, D, E » : si le ministère avait pris la peine, pour valider cette réforme, de former les enseignants à ce système de notation, cela aurait peut-être marché… Mais bon, la formation, hein, c’est pas très utile… à chacun de se débrouiller… Si ça ne marche pas, de toutes façons, c’est la faute des profs !

« Beaucoup de travaux écrits » : ben oui, tiens ! On ne peut pas à la fois se plaindre que les élèves ne savent ni lire ni écrire, et en même temps, demander à ce que les travaux soient essentiellement oraux ! Surtout que, vu le nombre d’élèves dans les classes (on y revient toujours !), vouloir évaluer systématiquement un travail à dominante orale, c’est quasiment abandonner l’enseignement proprement dit ! Parlez-en aux profs de langues, qui essaient de faire parler, au maximum, les élèves ! Si, en une heure de cours, ils ont obtenu une minute d’oral de chacun, c’est bien le maximum ! Les élèves ne sont pas des magnétophones : ils hésitent, ils se trompent… Les profs ne sont pas des robots : s’ils veulent évaluer le travail, de quelque façon que ce soit, ils ont besoin d’un minimum de réflexion…

« Cette professeur d’une école primaire à Helsinki [il n'y a pas que les auteurs de polars scandinaves, qui ont le vent en poupe ! C'est le modèle à la mode, la Scandinavie !] fait remplir des cartes muettes de la Finlande à ses élèves. Et que fera-t-elle si certains n’y arrivent pas ? « Je trouverai une autre manière de leur expliquer », s’exclame-t-elle. »

Cela vous semble évident ? A moi aussi… Mais il faut croire que nous n’avons, vous et moi, aucune idée de ce qui se passe dans les écoles françaises :

« Chez nous, lorsqu’un élève ne sait pas, c’est qu’il a mal appris et non qu’on lui a mal enseigné. C’est lui le fautif. Et s’il se trompe, il est sanctionné. »

Ben voyons ! C’est bien connu, aucun enseignant français ne prend la peine de réexpliquer autrement quelque chose à un enfant qui n’a pas compris ! Hé ! On parle de la Fac, là, ou quoi ???

Et, par-dessus le marché, « ballotté par les réformes, mis en cause par les élèves, contraint, coincé, soutenu par son syndicat, [le prof] s’accroche à son statut comme à son dernier repère. Quitte à ralentir les meilleures réformes… »

(Ici, un renvoi à un autre article… qui ne traite absolument pas de réformes, mais d’expériences pédagogiques, individuelles ou collectives… pas vu le rapport avec ces vilains profs qui ralentissent les bonnes réformes !)

Bon, quand même, y a pas que les profs qui ont tout faux, mais les ministres aussi : « assouplissement » de la carte scolaire, semaine de 4 jours, impasse sur le primaire, « formation » des profs… (je cite : « Tous les jeunes professeurs réclamaient une meilleure préparation au métier – de la psychologie, de la gestion de groupe, de l’acquisition de « bonnes pratiques » -, et la réforme ne propose rien de tout cela. »… Quelle « réforme » ? Depuis quand « réforme » est-il synonyme de « suppression » ???)

Suite (peut-être…) au prochain numéro…

Encore une à laquelle j’aurai échappé !

Mardi 23 novembre 2010

Une quoi ?

Ben, une réforme, tiens !

Bien contente déjà de ne pas avoir à me confronter au désarroi des nouveaux « stagiaires » qui ont débarqué début septembre, pleins d’enthousiasme… et d’appréhension ! J’ai lu ici et là que, parmi eux, un certain nombre de défections s’étaient déjà faites… Cela n’a rien d’étonnant : « balancer » de jeunes diplômés dans des classes sans aucune formation, c’est les envoyer au casse-pipes. Je tire mon chapeau à ceux qui s’accrochent et parviennent à acquérir, « sur le tas », quelques bribes de pédagogie. (Il est vrai que la « pédagogie », supposée empreinte de je ne sais quel esprit démago ou autre, n’est plus à la mode… Anecdote : lors d’une discussion entre profs de français, il y a une quinzaine d’années, une collègue de Lettres Classiques nous a asséné : Vous, vous êtes des pédagogues ; moi, je suis professeur de Littérature. »… Il est vrai que, n’ayant que de bonnes classes – latinistes – de 4ème-3ème, elle pouvait se permettre de faire l’impasse sur la pédagogie… Les autres, enseignant en 6ème-5ème et dans les « mauvaises » 4ème-3ème, ne pouvaient se permettre cette économie…)

Quelle autre réforme ? me demandez-vous.

Celle du cahier de textes de la classe. Numérique, s’il vous plaît !

Dans mon collège, il avait commencé à se mettre en place il y a 4 ans. Uniquement pour les profs volontaires – même si la direction nous y engageait fortement. Je n’avais pas fait partie de cette élite…

Le cahier de textes de la classe a toujours été un problème pour moi : quand le remplir ? Oui, je sais, il suffit de prendre 2-3 minutes pendant le cours… Mais j’ai toujours eu l’impression que ces quelques minutes, je les aurais « volées » à mes élèves… Faire la chasse aux cahiers de textes après la fin des cours pour les remplir me semblait une tâche ennuyeuse et dépourvue de tout intérêt. Je profitais donc des quelques heures de contrôles ou de rédaction pour remplir ces fameux cahiers… avec parfois un mois (voire plus !) de retard… J’étais en tort, je sais ! Et ma principale « préférée », « la Duchesse », se faisait un plaisir de me le faire remarquer, visant mon cahier bien plus souvent que ceux des autres…

Je n’y ai jamais joint, comme il était demandé, les fiches distribuées aux élèves, textes, exercices, contrôles et autres. Les seules fiches que j’y collais étaient les « objectifs du trimestre » où figuraient aussi les dates des contrôles et des travaux de groupes. C’était pas bien. Bon, je n’ai jamais prétendu que j’étais une prof modèle ! D’ailleurs, on n’a jamais fait appel à moi comme « tutrice » ou « conseillère pédagogique », ce qui prouve bien que.

Évidemment, le problème de « quand le remplir » se trouvait réglé avec le cahier de texte numérique : forcément en dehors des heures de cours… faute d’ordinateurs dans les classes ! En salle des profs ou à la maison, donc. Cela m’est apparu comme un nouveau surcroît de travail (tellement de tâches ajoutées, ces 20 dernières années !)… et j’ai donc continué à remplir, cahin-caha, le cahier de textes « papier »…

Mes collègues récalcitrants n’auront plus le choix l’année prochaine : en septembre 2011, le cahier de textes sera numérique.

Bulletin officiel n°32 du 9 septembre 2010
Enseignements primaire et secondaire
Outils numériques
Le cahier de textes numérique
NOR : MENE1020076C
circulaire n° 2010-136 du 6-9-2010
MEN – DGESCO A

[...]

La circulaire parue au Bulletin officiel n°32 du 9 septembre 2010 installe à la rentrée 2011 le cahier de textes numérique, et remplace celle de 1961.

[...]

La présente circulaire a pour objet de préciser les modalités de mise en oeuvre, par l’ensemble des établissements scolaires, du cahier de textes numérique. Il se substitue aux cahiers de textes sous forme papier à compter de la rentrée 2011.

[...]

Le cahier de textes de classe sert de référence aux cahiers de textes individuels. De façon permanente, il doit être à la disposition des élèves et de leurs responsables légaux qui peuvent s’y reporter à tout moment.

[...]

Le cahier de textes de classe sera organisé par discipline et par autre dispositif d’enseignement.
Il sera tenu par chaque professeur concerné et sera à la disposition des personnels de direction et d’inspection qui devront les viser, dans le cadre de leur mission.
L’accès au cahier de textes se fera par l’emploi du temps de la classe et par les disciplines. Un tableau de la charge de travail donnée à l’élève sera accessible.

(C’est quoi, le tableau de la charge de travail ??? On fait ça comment ?)

Le cahier de textes mentionnera, d’une part, le contenu de la séance et, d’autre part, le travail à effectuer, accompagnés l’un et l’autre de tout document, ressource ou conseil à l’initiative du professeur, sous forme de textes, de fichiers joints ou de liens. Les fonctionnalités offertes par les solutions informatiques faciliteront leur mise en page (polices de caractères, soulignement, couleurs, etc.). Les travaux donnés aux élèves porteront, outre la date du jour où ils sont donnés, l’indication du jour où ils doivent être présentés ou remis par l’élève.
Les textes des devoirs et des contrôles figureront au cahier de textes, sous forme de textes ou de fichiers joints. Il en sera de même du texte des exercices ou des activités lorsque ceux-ci ne figureront pas sur les manuels scolaires.

Ouf ! Tout ça ? Je plains – entre autres – les collègues allergiques à l’informatique qui vont devoir faire de la mise en page… et recopier gentiment sur un ordinateur abhorré les textes de devoirs et exercices…

Entre autres, cela pose le problème de la propriété intellectuelle : celle du prof qui a créé sa séance… et celle des auteurs dont il a utilisé les textes ! Une chose est de distribuer un texte à une classe, une autre de le « diffuser » à un tas d’inconnus. Même si l’environnement est dit « sécurisé » (sans autre précision d’ailleurs !). Quand j’ai donné des documents à un collègue, je lui ai précisé que telle ou telle partie du cours avait été prise sur un manuel ou sur un texte d’auteur. Qu’il sache que ces textes, n’étant pas de moi, pouvaient poser question.

À la fin de chaque année scolaire, ces cahiers seront accessibles pendant une année scolaire entière, dans les conditions des cahiers de textes actifs. Ils pourront être consultés par les enseignants, les conseils d’enseignement, le conseil pédagogique, les conseils de classe et les corps d’inspection. Ils seront ensuite archivés et conservés pendant une durée de cinq ans. Il appartiendra en outre au chef d’établissement de déterminer quels sont ceux d’entre eux qui, témoignant d’un enseignement original, méritent d’être versés aux archives de l’établissement.

Et les inspecteurs pourront interroger les profs sur tel cours fait l’année précédente ? Et ils pourront constituer un « best of » à remettre aux nouveaux « stagiaires », à défaut de formation ?

Vous trouverez le texte complet (et celui de son prédécesseur de 1961) sur le site du SNES.
La circulaire est commentée, et, ce qui est assez amusant, les « copiés-collés » d’une circulaire à l’autre sont mis en évidence… Le législateur n’avait sans doute pas le temps de réfléchir à la question du cahier de textes en 2011, il s’est contenté de « rajeunir » la circulaire de 1961…

C’est vrai que l’enseignement n’a pas tellement changé, en 50 ans…

Pas d’appel hier…

Samedi 19 juin 2010

Je n’ai pas fait l’appel hier…

Et je ne le ferai plus, ni demain, ni un autre jour…

Non, non, pas de nostalgie soudaine, juste une association d’idées : « l’appel », pour un prof, ce n’est – a priori – pas celui du 18 juin, mais celui qu’il pratique – plus ou moins régulièrement – dans ses classes…

Pour moi, l’appel a toujours été limité aux premières semaines de cours : il est alors non seulement systématique, mais encore répétitif : il s’agit que j’associe chaque tête à un nom – ou au moins un prénom. Cent dix têtes en moyenne, généralement inconnues. Parfois, j’ai retrouvé un frère ou une sœur d’un « ancien », ce qui favorise la mémorisation… et me permet d’avoir des « nouvelles » dudit ancien… (Les dernières années, il m’est même arrivé d’avoir le fils ou le neveu d’un « ancien »…) Le premier appel est donc une prise de contact (préalablement, je me suis présentée, ai écrit mes nom et prénom au tableau… ce qui n’a jamais empêché tel ou tel élève, des mois plus tard, de « découvrir » triomphalement mon prénom, pêché à je ne sais quelle source de renseignements…

Au cours de cette première heure, tandis que les élèves remplissent la fiche que je leur ai distribuée, je reprends ma liste et tente de retrouver certaines têtes. Mes erreurs, mes oublis, les amusent. Ils tentent même parfois de m’induire en erreur. Quand j’ai réussi à mémoriser la majeure partie de la classe, je tente, liste en main toujours, de les appeler rangée par rangée, et non plus par ordre alphabétique. Encore plus d’erreurs et d’oublis, évidemment… A la fin de la première heure, j’ai procédé ainsi à 5 « appels » au moins… tout en sachant très bien que j’en aurai oublié beaucoup d’ici la prochaine heure… car je vais voir ensuite une nouvelle classe, et recommencer la procédure ! Parfois, il se passe plusieurs jours entre la première prise de contact et le cours suivant… auquel cas tout est à refaire, ou presque…

Les dernières années, j’avais demandé aux élèves de conserver les mêmes places pendant les 3 premières semaines… cela aide pour la mémorisation… mais n’est pas toujours évident : la disposition des salles de classe change…

(J’ai toujours laissé mes élèves libres de se placer où ils voulaient ; il a dû m’arriver 2 fois en 40 ans de les « placer », pour des raisons de fonctionnement difficile. Ma « théorie » est qu’un élève travaille mieux – parce qu’il se sent mieux – s’il est à côté d’un copain ou d’une copine ; évidemment, il risque aussi davantage de bavarder… mais bon, je me sentais capable d’assumer ce « risque ». Par contre, comme il m’arrivait assez souvent de leur demander un travail où ils pouvaient échanger avec le voisin, ce travail me semblait plus productif s’ils avaient choisi leur voisin…)

Au bout de 3 semaines, l’essentiel est fait… même si j’ai encore des hésitations sur le patronyme des 3 Stéphane ou Marine…

C’est un peu fastidieux… mais j’étais récompensée par le regard lumineux de l’élève que j’avais appelé par son prénom : très important pour eux d’être « reconnu », de sortir de l’anonymat…

Passées ces 2 ou 3 semaines, plus besoin de faire l’appel : un rapide coup d’œil me permettait de noter l’absence de tel ou telle (même s’il m’est arrivé d’en « zapper » une…). Je me trompais encore parfois, certes (sans compter que j’ai eu des difficultés avec des jumeaux ou jumelles que je distinguais mal… surtout quand je n’en avais qu’un ou une en face de moi…), mais cela de tirait pas à conséquence : les élèves s’en amusaient plutôt : « Vous vous êtes encore trompée, Madame ! »

Et j’avoue que je restais un peu interloquée, au conseil de classe, quand tel ou tel prof – qui n’avait pas plus d’élèves que moi – avait besoin de la photo des élèves pour savoir de qui on parlait…