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TOUT VA BIEN !

dimanche, décembre 5th, 2010

Ouf ! Nous voilà rassurés ! Surtout que c’est le Ministre de l’Éducation (Nationale ?) qui le dit ! Monsieur TVB en personne ! Si, si si !

« Je tiens à vous rassurer sur la mise en œuvre de (la) réforme » de la formation, a déclaré M. Chatel en présentant « des indicateurs qui ne sont pas particulièrement alarmants », lors d’une conférence de presse, « point d’étape » de l’année scolaire en cours.

« Moins de 1% » des enseignants stagiaires ont été « repérés en difficulté », entre 3 et 4% ont été en congés maladie et 78 avaient démissionné mi-octobre soit moins que l’an dernier, a-t-il détaillé.

« Réforme de la formation », on appelle ça… Comme dans 1984, où le ministère chargé de modifier les faits conformément à la politique du moment se nommait « miniver » pour « ministère de la vérité »…

Si elle est si efficace, cette « réforme », je suggère qu’on l’applique à tous les corps de métier : ça va en faire, des économies, de supprimer les formations CAP, BEP, et toutes les formations particulières : écoles d’infirmiers, internats de médecine, formations d’assistants sociaux… École, et… boulot ! Aussi sec ! On apprend « sur le tas » ! Même plus besoin d’apprentissage, dites donc !

L’article du Figaro précise :

Au ministère de l’Éducation, on fait observer que la formation pédagogique dispensée dorénavant par les universités et non plus par les IUFM comprendra des stages obligatoires. Il est aussi possible «d’améliorer le dispositif actuel», affirme Luc Chatel qui n’exclut pas la possibilité d’une formation «en alternance».

Ah ! On aura peut-être encore besoin de l’apprentissage, alors ? Pour « améliorer le dispositif actuel » ? Remarquez, il ne peut guère être qu’amélioré : faire moins que zéro, cela signifierait une « formation négative »…

L’article du Figaro module un peu l’enthousiasme du ministre :

Selon quatre jeunes filles professeurs stagiaires exerçant à Paris ou dans les Hauts-de-Seine, « la plupart des stagiaires ont des difficultés mais évitent d’en faire part car ils craignent de ne pas obtenir leur titularisation à la fin de cette année. Nous sommes tous dans la débrouille ».

Une autre jeune femme témoigne: « Je ne sais pas du tout comment m’y prendre. Mes élèves sont des cobayes. Devant les parents, je bluffe et affiche une assurance que je n’ai pas. » Cet autre professeur stagiaire a assisté à une manifestation de parents d’élèves, hostiles à l’arrivée d’une débutante.

Tout va bien, on vous dit !

Cet article se réfère à l’enquête menée par le SNES :

81% des stagiaires estiment leur temps de travail supérieur à 40 heures hebdomadaires.

70% des stagiaires consacrent plus de deux heures à la préparation d’une heure de cours.

Tout à fait logique en début de carrière !

18% des stagiaires sont affectés dans des établissements classés ZEP ou considérés comme difficiles. 16% des stagiaires enseignent dans des classes à examens.

Oui, on se doutait bien qu’ils ne seraient pas affectés dans des établissements « vitrines » !

82% des stagiaires ont plus de 4 classes en charge. (Ce nombre dépend bien sûr des volumes horaires par classe de la discipline enseignée.)
Combien de classes avez-vous ?
1 – 3 : 18%
4 – 5 : 40%
6 – 7 : 34%
> 7 : 8%

Un peu plus de 90% des stagiaires ont un tuteur…

… qui n’est pas toujours dans l’établissement

Non : 35%

… ni dans la même discipline.
Non : 5%

73% des stagiaires auront eu moins d’une semaine, voire aucun jour, de formation avant les vacances d’automne.

Après deux mois dans le métier, ce sont en effet les sentiments d’épuisement et d’inquiétude qui dominent chez les stagiaires.
Parmi les qualificatifs suivants, quels sont les trois (au plus) qui décrivent le mieux comment vous vous sentez depuis le début de l’année dans votre nouveau métier ?
(Plusieurs réponses possibles)
Satisfait : 20%
Épanoui : 19%
A l’aise : 21%
Débordé : 60%
Fatigué : 86%
Stressé : 39%
Angoissé : 22%

Mais, bien sûr, ce n’est là qu’une enquête portant sur quelques centaines de « stagiaires »… Sans doute les quelques pour cent estimés par Monsieur TVB !

Encore une à laquelle j’aurai échappé !

mardi, novembre 23rd, 2010

Une quoi ?

Ben, une réforme, tiens !

Bien contente déjà de ne pas avoir à me confronter au désarroi des nouveaux « stagiaires » qui ont débarqué début septembre, pleins d’enthousiasme… et d’appréhension ! J’ai lu ici et là que, parmi eux, un certain nombre de défections s’étaient déjà faites… Cela n’a rien d’étonnant : « balancer » de jeunes diplômés dans des classes sans aucune formation, c’est les envoyer au casse-pipes. Je tire mon chapeau à ceux qui s’accrochent et parviennent à acquérir, « sur le tas », quelques bribes de pédagogie. (Il est vrai que la « pédagogie », supposée empreinte de je ne sais quel esprit démago ou autre, n’est plus à la mode… Anecdote : lors d’une discussion entre profs de français, il y a une quinzaine d’années, une collègue de Lettres Classiques nous a asséné : Vous, vous êtes des pédagogues ; moi, je suis professeur de Littérature. »… Il est vrai que, n’ayant que de bonnes classes – latinistes – de 4ème-3ème, elle pouvait se permettre de faire l’impasse sur la pédagogie… Les autres, enseignant en 6ème-5ème et dans les « mauvaises » 4ème-3ème, ne pouvaient se permettre cette économie…)

Quelle autre réforme ? me demandez-vous.

Celle du cahier de textes de la classe. Numérique, s’il vous plaît !

Dans mon collège, il avait commencé à se mettre en place il y a 4 ans. Uniquement pour les profs volontaires – même si la direction nous y engageait fortement. Je n’avais pas fait partie de cette élite…

Le cahier de textes de la classe a toujours été un problème pour moi : quand le remplir ? Oui, je sais, il suffit de prendre 2-3 minutes pendant le cours… Mais j’ai toujours eu l’impression que ces quelques minutes, je les aurais « volées » à mes élèves… Faire la chasse aux cahiers de textes après la fin des cours pour les remplir me semblait une tâche ennuyeuse et dépourvue de tout intérêt. Je profitais donc des quelques heures de contrôles ou de rédaction pour remplir ces fameux cahiers… avec parfois un mois (voire plus !) de retard… J’étais en tort, je sais ! Et ma principale « préférée », « la Duchesse », se faisait un plaisir de me le faire remarquer, visant mon cahier bien plus souvent que ceux des autres…

Je n’y ai jamais joint, comme il était demandé, les fiches distribuées aux élèves, textes, exercices, contrôles et autres. Les seules fiches que j’y collais étaient les « objectifs du trimestre » où figuraient aussi les dates des contrôles et des travaux de groupes. C’était pas bien. Bon, je n’ai jamais prétendu que j’étais une prof modèle ! D’ailleurs, on n’a jamais fait appel à moi comme « tutrice » ou « conseillère pédagogique », ce qui prouve bien que.

Évidemment, le problème de « quand le remplir » se trouvait réglé avec le cahier de texte numérique : forcément en dehors des heures de cours… faute d’ordinateurs dans les classes ! En salle des profs ou à la maison, donc. Cela m’est apparu comme un nouveau surcroît de travail (tellement de tâches ajoutées, ces 20 dernières années !)… et j’ai donc continué à remplir, cahin-caha, le cahier de textes « papier »…

Mes collègues récalcitrants n’auront plus le choix l’année prochaine : en septembre 2011, le cahier de textes sera numérique.

Bulletin officiel n°32 du 9 septembre 2010
Enseignements primaire et secondaire
Outils numériques
Le cahier de textes numérique
NOR : MENE1020076C
circulaire n° 2010-136 du 6-9-2010
MEN – DGESCO A

[…]

La circulaire parue au Bulletin officiel n°32 du 9 septembre 2010 installe à la rentrée 2011 le cahier de textes numérique, et remplace celle de 1961.

[…]

La présente circulaire a pour objet de préciser les modalités de mise en oeuvre, par l’ensemble des établissements scolaires, du cahier de textes numérique. Il se substitue aux cahiers de textes sous forme papier à compter de la rentrée 2011.

[…]

Le cahier de textes de classe sert de référence aux cahiers de textes individuels. De façon permanente, il doit être à la disposition des élèves et de leurs responsables légaux qui peuvent s’y reporter à tout moment.

[…]

Le cahier de textes de classe sera organisé par discipline et par autre dispositif d’enseignement.
Il sera tenu par chaque professeur concerné et sera à la disposition des personnels de direction et d’inspection qui devront les viser, dans le cadre de leur mission.
L’accès au cahier de textes se fera par l’emploi du temps de la classe et par les disciplines. Un tableau de la charge de travail donnée à l’élève sera accessible.

(C’est quoi, le tableau de la charge de travail ??? On fait ça comment ?)

Le cahier de textes mentionnera, d’une part, le contenu de la séance et, d’autre part, le travail à effectuer, accompagnés l’un et l’autre de tout document, ressource ou conseil à l’initiative du professeur, sous forme de textes, de fichiers joints ou de liens. Les fonctionnalités offertes par les solutions informatiques faciliteront leur mise en page (polices de caractères, soulignement, couleurs, etc.). Les travaux donnés aux élèves porteront, outre la date du jour où ils sont donnés, l’indication du jour où ils doivent être présentés ou remis par l’élève.
Les textes des devoirs et des contrôles figureront au cahier de textes, sous forme de textes ou de fichiers joints. Il en sera de même du texte des exercices ou des activités lorsque ceux-ci ne figureront pas sur les manuels scolaires.

Ouf ! Tout ça ? Je plains – entre autres – les collègues allergiques à l’informatique qui vont devoir faire de la mise en page… et recopier gentiment sur un ordinateur abhorré les textes de devoirs et exercices…

Entre autres, cela pose le problème de la propriété intellectuelle : celle du prof qui a créé sa séance… et celle des auteurs dont il a utilisé les textes ! Une chose est de distribuer un texte à une classe, une autre de le « diffuser » à un tas d’inconnus. Même si l’environnement est dit « sécurisé » (sans autre précision d’ailleurs !). Quand j’ai donné des documents à un collègue, je lui ai précisé que telle ou telle partie du cours avait été prise sur un manuel ou sur un texte d’auteur. Qu’il sache que ces textes, n’étant pas de moi, pouvaient poser question.

À la fin de chaque année scolaire, ces cahiers seront accessibles pendant une année scolaire entière, dans les conditions des cahiers de textes actifs. Ils pourront être consultés par les enseignants, les conseils d’enseignement, le conseil pédagogique, les conseils de classe et les corps d’inspection. Ils seront ensuite archivés et conservés pendant une durée de cinq ans. Il appartiendra en outre au chef d’établissement de déterminer quels sont ceux d’entre eux qui, témoignant d’un enseignement original, méritent d’être versés aux archives de l’établissement.

Et les inspecteurs pourront interroger les profs sur tel cours fait l’année précédente ? Et ils pourront constituer un « best of » à remettre aux nouveaux « stagiaires », à défaut de formation ?

Vous trouverez le texte complet (et celui de son prédécesseur de 1961) sur le site du SNES.
La circulaire est commentée, et, ce qui est assez amusant, les « copiés-collés » d’une circulaire à l’autre sont mis en évidence… Le législateur n’avait sans doute pas le temps de réfléchir à la question du cahier de textes en 2011, il s’est contenté de « rajeunir » la circulaire de 1961…

C’est vrai que l’enseignement n’a pas tellement changé, en 50 ans…

D’hier à aujourd’hui

mercredi, septembre 15th, 2010

Non, non, je n’ai pas déserté, et ne suis pas non plus en « grève de blog » ! Tout simplement, j’ai eu le plaisir d’accueillir quelques jours des cousins dans ma petite maison… et, bien sûr, le blog est passé « après » !

Je voudrais revenir – sans grand espoir de convaincre qui que ce soit… – sur cette question évoquée sur le Post : « Programmes scolaires, c’était mieux avant ? » J’ai lu – et parfois répondu (à) – les commentaires, célébrant l’école et les écoliers d’hier, et les livres de classe : les enfants « en » savaient plus… sans compter, évidemment, qu’ils étaient bien plus sages qu’aujourd’hui…

Par exemple, un lycéen d’aujourd’hui, nous dit-on, ignore totalement la fameuse « règle de 3 » qui a abreuvé nos années d’école. Normal : les termes de « règle de 3 » ne sont plus utilisés ; on parle, si je me souviens bien de « rapport en croix », ou quelque chose de ce genre : le calcul est à peu près le même, sauf qu’il est basé, plus logiquement, sur les 4 termes de l’énoncé, et non plus seulement sur 3. Je ne suis pas prof de maths, ne comptez pas sur moi pour une belle démonstration ! En tous cas, un lycéen sait encore faire ce type de calcul… si on ne le défie pas avec une terminologie qu’il ignore ! Si on demande à des gens de ma génération de souligner dans un texte les « déterminants »… ils en seront incapables, vu qu’ils ignorent le sens du mot ! Mais ils sauront très bien souligner les « adjectifs possessifs », « articles définis » et autres choses qu’ils ont apprises en classe.

Je n’ai pas « apprécié » toutes les réformes que j’ai connues en tant que prof… d’autant qu’il m’a fallu apprendre les nouvelles dénominations dans les manuels scolaires, vu qu’il n’y avait pas de formation spécifique. Cependant, pour la question des « déterminants », j’ai trouvé cette « réforme » logique et plus conforme à la langue : un « adjectif possessif » n’a rien d’un « adjectif » : ce n’est pas un « adjoint » du nom, c’est un mot qui se place avant le nom, indique son nombre et son genre ; il est beaucoup plus proche, de par son rôle, d’un « article défini » que d’un « adjectif qualificatif ». Les changements de dénomination dans l’enseignement ne tiennent pas forcément du désir saugrenu de tels ou tels « réformateurs » en puissance : ils s’appuient souvent sur de nouvelles découvertes, sur de nouvelles logiques de la matière enseignée.

« Ils ne savent plus les dates ! » J’avoue que je ne les ai jamais beaucoup sues… De même que je n’ai jamais appris les listes de départements, préfectures et sous-préfectures (programme du certificat à mon époque… mais je ne l’ai pas passé !) que mes parents me reprochaient d’ignorer… Mais les écoliers d’aujourd’hui sont beaucoup mieux que nous aptes à saisir les enchaînements de causes et effets d’un événement historique. Ils « comprennent » mieux ce qu’on ne nous faisait « qu’apprendre ».

C’est que l’école reflète, en partie au moins, l’évolution de la société. La psychologie, par exemple, n’avait pas droit de cité dans les années 50 (et encore moins avant !). On a redécouvert ce que disait déjà Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». Apprendre, c’est d’abord comprendre, « prendre avec soi ». L’enseignement a tenté de développer l’intelligence comme préalable au savoir. Au mécanisme du « par cœur » et des listes interminables, on a préféré s’adresser à la compréhension de l’élève…

Aussi parce que les besoins de la société n’étaient plus les mêmes : l’école de Jules Ferry avait pour objectifs de « former des citoyens » aptes à se débrouiller par eux-mêmes, à appliquer des règles d’hygiène élémentaires, à être capables de communiquer avec des gens d’une autre région en utilisant une langue commune. Une fois cela acquis, la société a eu d’autres besoins : l’évolution technique et scientifique réclamait une main-d’œuvre plus qualifiée, apte à comprendre le maniement de tel ou tel engin. Il ne suffisait plus alors de « savoir » un nombre limité de choses, mais de pouvoir apprendre de nouvelles choses, même adulte. D’avoir donc développé des capacités d’appréhension et de compréhension…

Et donc, à la vision quelque peu indifférenciée de sa classe qu’avait l’instituteur du début du 20ème siècle, s’est peu à peu substituée une vision beaucoup plus individualisée des élèves, tendant non plus à amener tout le monde au même point, mais à développer chez chacun les qualités qu’on pressentait chez lui. Cela correspond aussi à l’évolution des mentalités : le « peuple » du 19ème siècle n’existe plus ; il s’est différencié en nombreuses « catégories »… qui évoluent constamment ! On n’est plus dans un enseignement « de masses », mais dans un enseignement qui vise à permettre à chacun de mener une vie autonome… et d’être capable de se « reconvertir ».

L’accès de plus en plus aisé aux différentes sources d’information a évidemment interféré avec l’éducation des enfants. De plus en plus, ils « savent » des choses que ne leur ont apprises ni leurs parents, ni leurs enseignants. Ils sont en « prise ouverte » sur le monde, chose qui nous était bien impossible à « mon époque ». Il appartient alors à l’éducation (parentale ou scolaire) de les aider à comprendre et hiérarchiser ces informations acquises.

Vous qui avez plus ou moins mon âge, vous souvenez-vous des « journaux pour la jeunesse » des années 50 ? Il était très exceptionnel d’y trouver une allusion quelconque à l’actualité de la France, et encore moins du monde. Il existe aujourd’hui des journaux (des vrais : qui paraissent tous les jours !) et des magazines dédiés aux enfants de tous les âges, qui ont pour but de les éclairer sur tels ou tels événements, telles recherches, telles découvertes…

Les enfants d’aujourd’hui savent-ils moins de choses que les enfants d’hier ? Je dirais au contraire qu’ils en savent beaucoup plus ! Mais pas forcément les mêmes choses. Et c’est là ce qui nous déroute. Nous voudrions qu’ils sachent les mêmes choses que nous : d’abord, cela nous permettrait de « briller » à leurs yeux en leur montrant que nous en savons « encore plus » ; et surtout, cela donnerait plus de valeur à l’enseignement que nous avons reçu (et donc : cela nous donnerait plus de valeur !) puisqu’il aurait perduré jusqu’à aujourd’hui…

Une petite anecdote pour finir ce chapitre (j’y reviendrai, sur un thème un peu différent) : cet été, Matteo (5 ans) m’a demandé de lui lire un livre ; il a choisi dans sa « bibliothèque » un livre sur les dinosaures… Eh bien ! Je peux vous assurer qu’à 5 ans, il en sait beaucoup plus sur le sujet que moi à 61 ans !

Les profs encore en grève !

lundi, septembre 6th, 2010

Ben oui, encore une grève ! Plus exceptionnel : dès la rentrée. Encore plus exceptionnel : grève de 2 jours ! Aujourd’hui pour la défense de l’École publique, demain pour la défense des retraites.

Je me contenterai aujourd’hui de reproduire ici le modèle de lettre aux parents du SNES.

Parce que les réformes entreprises visent à la destruction de notre École (et, plus largement, de nos services publics).
Parce que je ne peux pas accepter qu’on lance sans formation des milliers de jeunes dans des classes.
Parce que les « économies » ne visent que le moment présent, sans prévoir aucunement le prix qui sera à payer dans 15 ou 20 ans pour tous les élèves qui n’auront pas pu, dans des classes de 30, 40 ou plus, accéder à un métier, une situation, un avenir.
Parce que, bien que retraitée, je ne peux me sentir étrangère à ce mouvement de protestation, que j’espère fort et significatif.

Madame, Monsieur,

L’École publique traverse aujourd’hui une période difficile tant au niveau des moyens qui lui sont alloués qu’à celui des missions qui lui sont confiées.

Sous couvert d’une diminution des dépenses publiques, décidée sans prise en compte du rôle social et économique du service public dans l’émergence d’une société plus juste et plus égalitaire, le ministre de l’Éducation nationale réduit l’offre de formation, dégrade les conditions de travail des élèves et des personnels, détruit la formation professionnelle des enseignants, abandonne les jeunes des catégories les plus défavorisées à un avenir précaire. Les conséquences les plus violentes de cette politique sont le désengagement de l’État qui renvoie aux collectivités locales des responsabilités coûteuses qu’il ne veut plus assumer, et l’aggravation des inégalités entre les établissements et entre les élèves.

Ainsi dans (nom de l’établissement), les conditions de vie et d’étude se sont dégradées: donner quelques éléments significatifs (postes, options, dispositifs d’aides et de soutien supprimés, augmentation des effectifs par classe, remplacements non effectués…).

Les personnels ne peuvent se résoudre à cette situation qui les empêche d’exercer leur mission et remet en cause l’idéal démocratique et égalitaire qui les anime.

Porteurs d’un autre projet pour les jeunes qui leur sont confiés, vos enfants, ils interpellent depuis des mois leur administration et leur ministre, sans succès. Pire, les seules réponses à leurs interrogations, préoccupations ou revendications sont le plus souvent marquées du sceau du mépris pour leur travail et leur engagement professionnel, et accélèrent encore le processus de destruction du service public d’éducation.

Dans le même temps le projet de réforme des retraites procède de la même vision de la société : protéger les plus favorisés et faire payer aux moins riches, aux plus défavorisés, aux plus fragiles les conséquences sociales et économiques d’une crise financière provoquée par l’appétit sans frein des spéculateurs.

Décider de cesser le travail est toujours un choix difficile parce qu’il implique une désorganisation de l’établissement et des contraintes pour les familles, mais aussi à cause de ses conséquences financières pour les personnels qui se voient retirer une journée de salaire.

Mais face à une telle situation, les personnels n’ont pas d’autres recours que l’appel à la grève.

Ils seront en grève le lundi 6 septembre dans les collèges et les lycées pour revendiquer une autre politique éducative et l’abandon des réformes en cours.

Ils seront en grève le mardi 7 septembre et participeront aux manifestations aux côtés de l’ensemble des salariés pour exiger l’abandon du projet de réforme des retraites et obtenir une réforme des retraites plus juste.

Les personnels du (nom de l’établissement)

Zerro fôte !

vendredi, juillet 9th, 2010

Un article du NO d’avril m’apprend qu’à l’université de Villetaneuse, l’enseignement de l’orthographe et du français est obligatoire pour les étudiants de première année… Ils font trot de fôtes…

Je me souviens (mais j’ai déjà dû le dire) que ma mère, secrétaire de direction dans un centre de recherches, tempêtait souvent contre les ingénieurs qui faisaient beaucoup de fautes… Il s’agissait pourtant de gens nés dans les années 30-40, peu suspects d’avoir subi une « méthode globale » imaginaire… Et il lui arrivait souvent de devoir aller voir le « fautif » pour tel problème d’accord… que sa « formation scientifique » (ou son absence de… ma mère n’est allée à l’école que jusqu’à 13 ans, la mort de son père l’ayant poussée sur le marché du travail) ne lui permettait pas de résoudre : selon le sens, le mot devait s’accorder avec tel ou tel mot… ce qui changeait radicalement le sens du rapport…

L’enseignement de l’orthographe s’arrêtant à la fin du collège, il me semble évident que les élèves qui n’ont pas eu la chance d’acquérir à ce moment-là les « réflexes » d’écriture auront du mal à les acquérir par la suite, d’autres disciplines requérant leur énergie. C’est particulièrement vrai dans le domaine scientifique, où l’apprentissage de notions très complexes mobilise toute la concentration des lycéens et étudiants (et celle des profs !). Dans les formations littéraires, on porte un peu plus attention à « la forme », autant chez les étudiants que chez les enseignants (ceux-ci conditionnant ceux-là).

La « démocratisation de l’enseignement » (entendez par là le nombre de plus en plus important de jeunes accédant au lycée, puis à la Fac) conduit évidemment à ce que de plus en plus de jeunes « ignorants » en orthographe suivent un enseignement supérieur.

Par ailleurs, ne pas oublier que les heures d’enseignement du Français, tant en primaire qu’en collège, se sont réduites au fil des ans : entre 1969 et 2009 (ma « carrière »), l’équivalent d’une année de moins au collège ! Logiquement, on peut en déduire qu’un élève de 3ème sortant du collège en 2009 a le niveau d’un élève de 4ème sortant du collège en 1969… Mais… même pas en orthographe ! Car, entre temps, on a ajouté tellement d’autres notions à enseigner que, forcément, le nombre d’heures consacrées à l’orthographe a nécessairement diminué ! Si j’ai commencé à travailler en consacrant 1 heure par semaine à l’orthographe, je n’ai pu par la suite y consacrer qu’une heure par quinzaine pour les niveaux de la 5ème à la 3ème…

Enfin, autre élément qui a son rôle à jouer : les enfants écrivent beaucoup plus aujourd’hui qu’avant : SMS, courriels, blogs… Toutes ces écritures qui n’ont à répondre à aucune norme autre que celle de la compréhension du correspondant ne s’inquiètent évidemment pas des formes à respecter : l’orthographe n’apparaît plus alors comme une nécessité de communication, mais comme une matière purement scolaire, détachée de la « vraie vie ».

Oui, cela me paraît une bonne idée de faire entrer cet enseignement en Fac… D’autant que les étudiants, ayant davantage de recul sur la « matière », doivent se trouver plus motivés pour progresser…

Mais… il faudrait tout de même réfléchir au nombre d’heures qu’on accorde à l’enseignement du Français au primaire et au collège…

Sans parler de la réflexion sur les méthodes d’enseignement…

… et sans parler de la formation des enseignants !!!

Le Temps des Cerises…

mardi, juin 15th, 2010

Quand j’étais petite (il y a très longtemps, car j’ai grandi très vite), quand on me demandait mon âge, je répondais : « J’aurai 6 ans aux cerises ! ». Fière comme un petit banc, que j’étais, alors…

Les cerises sont passées (les miennes, du moins…), mon anniversaire aussi, et j’avoue que je déprime un peu…

Pas à cause de mon anniversaire, certes, ni à cause des cerises… A cause du temps, sans doute, qui s’obstine dans les gris et dans la pluie, au lieu de nous envoyer les ardents rayons du mois de juin…

Pourtant… pourtant, j’ai aussi des raisons de ne pas déprimer. Par exemple, le fait de voir, depuis quelque temps déjà, que mon modeste blog reçoit 1500 visites par mois, soit une cinquantaine par jour : après la traversée du désert due au Méchant Hacker, ça fait quand même plaisir…

Par exemple, la grande générosité de mon cerisier qui a produit des dizaines de kilos de fruits : amis et voisins en ont pris leur part… mais la plus grande partie tombe ou pourrit, par grappes, sur l’arbre.

Par exemple : dimanche dernier, avec des amies, nous avons pu manger dehors : après la maussade journée de samedi, c’était presque une petite victoire…

A côté de ça, je me réjouis de ne plus écouter la radio ni regarder la télé : l’hebdo que je lis m’apporte suffisamment de mauvaises nouvelles ; encore ce matin, je lisais que notre système de santé se casse la figure, et qu’il faut, de plus en plus, être riche pour se faire soigner… Ça ne remonte pas le moral…

Il y a quelque temps, je voulais vous parler des décisions de Sarko 1er concernant l’école, suite à un article de l’Express lu sur Internet… Je n’ai plus très envie de commenter l’article, mais vous en donne quand même quelques extraits…

la création d' »établissements de réinsertion scolaire ». Dix structures visant à accueillir pour moins d’un an 20 à 30 élèves en situation de rupture scolaire devraient être ouvertes au cours de l’année 2011. Un fichier des décrocheurs pour recenser les élèves quittant l’école après 16 ans va officiellement être ouvert.

(voir plus bas pour des précisions)

Un policier référent devrait être désigné dans les 53 établissements les plus confrontés à la violence. Les enseignants seront mis à contribution en étant formés à la discipline et à l’autorité. Le plan de sécurisation des établissements scolaires lancé par Luc Chatel, lors des Etats généraux de la sécurité à l’école en avril dernier va être poursuivi. Un diagnostic de sécurité sera réalisé d’ici à fin juin 2010 dans tous les établissements, pour faire face à la violence, a assuré Nicolas Sarkozy.

-Dernier point et non des moindres, le chef de chaque établissement pourra désormais lui-même recruter ses professeurs. Cette mesure expérimentale sera généralisée en 2011.

Alors là… sauf erreur, les chefs d’établissement « embauchent » déjà les vacataires : aurait-on l’intention de leur faire embaucher les titulaires… alors que, jusqu’ici, on essaie de les affecter à des postes au niveau national, avec le moins d’injustices possible ???

Au sujet de ce « fichier des décrocheurs » (un problème ? Créez un fichier ! Avant, c’était : Créez une commission !), un autre article de l’Express :

Ici, le dispositif ne vise plus à collecter des informations sur les élèves scolarisés, mais sur les élèves qui abandonnent l’école sans diplôme. « C’est un outil de plus pour lutter contre le décrochage, qui est avec l’absentéisme, un fléau majeur de notre société », a déclaré Jean Michel Blanquer, directeur général de l’enseignement scolaire au Ministère de l’Education. Ils seraient, selon lui, plus de 100 000 en France à « décrocher » sans qualification. Ce dispositif avait été annoncé par Nicolas Sarkozy à Avignon en septembre 2009.

(…)

Cependant, « aucune information sur la santé de l’élève ou son environnement social et familial ne sera demandé », précise Jean-Michel Blanquer. Sa durée sera de 2 ans et « en aucun cas le fichier ne pourra être transmis à d’autres administrations » a-t-il déclaré. « Ce fichier aura pour objectif le suivi personnalisé de chaque élève concerné » a-t-il expliqué.

La deuxième parti du SDO, un fichage de l’orientation complète de l’élève, devrait voir le jour en 2011.

Oui, évidemment, une fois qu’ils sont fichés, les problèmes sont résolus… Que je sache, l’école n’est obligatoire que jusqu’à 16 ans : est-ce qu’on a l’intention de conduire de force les plus de 16 ans vers une école ? Il me semblait qu’au contraire « on » avait grandement « valorisé » la « solution » de l’apprentissage, dès 14 ans, même… J’ai rêvé, ou quoi ?

Quant à ce fichier… un autre article rappelle les problèmes avec le fichier « Base Elèves » du primaire, obligatoire pour les enfants dès 3 ans :

Le 30 mars dernier, Rémi Riallan et Claude Didier, directeurs d’école primaire dans l’Isère, ont été démis de leurs fonctions de directeur pour ne pas avoir rempli le fichier Base élèves.

(…)

Ce fichier répertorie des informations sur chaque enfant scolarisé dès 3 ans. Elles constituent un dossier nominatif qui peut être conservé pendant 35 ans. Les directeurs d’établissement ont l’obligation de remplir le dossier. Il peut ensuite être transmis à la mairie ou au ministère de l’Education.

(…)

« Avant, les renseignements du fichier Base élèves restaient dans l’école. Il y avait une sorte de confidentialité. Maintenant que le fichier est électronique et nominatif, avec la mention du n° INE (identification nationale de l’élève), il peut remonter au niveau des mairies, des ministères. Ça change tout », critique Mireille Charpy, directrice d’établissement en retraite, fermement opposée au fichier.

(…)

« Avec ce fichier, il y a plus de présomption de son utilisation à d’autres fins que l’éducation » résume Mireille Charpy. Et d’ajouter, « les enfants appréhendent de se présenter à l’école de peur d’être repérés par la police. Les professeurs ne veulent pas briser le lien de confiance qui existe avec les élèves en remplissant ce fichier. L’école doit être avant tout un lieu de protection ».

(…)

En effet, dans un rapport adressé au gouvernement français, les Nations Unies ont pointé du doigt les dangers du système. Le Conseil des droits de l’homme a interpellé le gouvernement français et a donné raison aux deux ex-directeurs qui boycottent le fichier. Il a dénoncé les menaces dans l’exercice de leurs fonctions des deux directeurs pour défendre les droits de l’enfant et a élevé les deux hommes au titre de « défenseurs des droits ». Seule la Commission nationale d’enquête et liberté (CNIL) a cautionné Base élèves.

Sur toutes ces « bonnes nouvelles »… je me demande si je ne vais pas aller me recoucher…

Bonne journée à vous !

13 : le nombre magique (suite et fin)

jeudi, juin 10th, 2010

Dernières fiches magiques, qui vont permettre de faire de sérieuses économies dans l’Éducation « Nationale »…

10- Lycée d’enseignement général et technologique
Rationalisation de l’offre scolaire

Il s’agit pour l’académie de rechercher les gains potentiels liés aux conditions de mise en œuvre de la réforme du lycée, notamment à la rentrée 2011 qui sera déterminante pour le dimensionnement de l’offre scolaire par la suite.

La réforme du lycée général et technologique offre des possibilités significatives d’optimisation aux établissements :

– une dotation horaire globalisée pour la mise en place de groupes à effectifs réduits,
– la possibilité de  » mise en réseau  » des établissements pour assurer certains enseignements de manière optimale,
– la mise en place d’un  » tronc commun  » en première permettant la constitution de classes réunissant des élèves des différentes séries,
– l’organisation de l’enseignement des langues vivantes par groupes de compétence.

La rationalisation de la carte des langues rares et la mise en place de conventions entre établissements pour la mise en place des enseignements d’exploration devront être recherchées. L’utilisation de la dotation globalisée laissée à la disposition de l’établissement doit être la plus efficace possible dans le cadre du dialogue avec les établissements.

(Vous voyez que les profs n’ont pas forcément tort quand ils se méfient d’une nouvelle réforme… Il est clairement dit ici que cette réforme doit permettre de supprimer des postes… contrairement aux discours officiels « rassurants »…)

En 2009/2010 le nombre moyen d’heures constaté pour la classe de seconde au niveau national (métropole + DOM) est de 41,3.

(Non, non, ce ne sont pas les heures de cours suivies par les élèves, rassurez-vous ! Mais celles affectées à la classe, et comportant des heures à effectif réduit…)

A la rentrée 2010, l' » horaire total élève  » est de 28h30 auquel s’ajoute une enveloppe horaire pour les enseignements en groupes à effectif réduit sur la base de 10h30 par division.

Cet élément de coût rapporté à la division doit naturellement être nuancé par la taille des divisions : ainsi, en fonction du public qu’il accueille, un établissement pourra faire le choix soit de remplir ses divisions, de limiter les petits groupes et d’avoir une offre scolaire importante, soit d’avoir des divisions plus réduites, de favoriser les petits groupes et d’avoir une offre plus resserrée.

(Ça a toujours été le problème, y compris en collège : si on veut créer une nouvelle option – une langue vivante par exemple -, il faut « bourrer » les classes… D’où la suppression inéluctable, depuis pas mal d’années, d’options qui « coûtent cher » en moyens… pour tenter d’alléger un peu les classes…)

Pour la classe de seconde, il s’agit de faire différentes simulations en chiffrant le gain que pourrait dégager une dotation forfaitaire moyenne de 39h par division, 39,5h, 40h.

Par ailleurs, un examen de la carte des options et des enseignements en petits groupes doit être conduit pour l’ensemble du second cycle général de manière à maximiser leur efficacité et chiffrer les gains potentiels.

Pour les classes de première et de terminale générales, il convient d’évaluer les possibilités offertes par le « tronc commun ».

(Donc : « tronc commun » = possibilité de regrouper des élèves de différentes classes… Le « seuil » d’ouverture de classe étant, dans notre académie, à 30 élèves… on peut envisager sans problèmes – y compris de locaux ! – des cours à 40 élèves… Vous avez dit « suivi individualisé » ???)

11- Lycée Professionnel :
Rationalisation de la carte des formations

Les nouvelles grilles horaires présentent des marges d’organisation et d’adaptation locales importantes.

Les spécialités sont regroupées en  » champs professionnels  » devant permettre d’optimiser l’organisation de la formation. Le regroupement des divisions à effectifs réduits sera recherché ainsi qu’une augmentation de la taille des divisions.

(Voilà qui est très clair : toutes les classes doivent être nombreuses ! Quitte, pour les élèves voulant une formation dans un métier moins couru, à faire quelques dizaines de kilomètres pour rejoindre le lycée où elle se fera…)

L’objectif est de rationnaliser la carte des formations et de spécialiser les établissements afin d’optimiser la taille des structures.

La mise en œuvre de la rénovation de la voie professionnelle a conduit la plupart des académies à développer leur offre de CAP afin de permettre aux élèves souhaitant une insertion professionnelle rapide de s’orienter vers ce diplôme de niveau V. Cette stratégie initiale doit être questionnée au regard de l’orientation des élèves et du remplissage de ces structures.

(Ouais… on s’en fiche, de ceux qui visent un CAP ! Z’ont qu’à aller dans le privé, ou en apprentissage !)

12- Itinéraires de découverte : état des lieux

Les itinéraires de découverte sont organisés à raison de deux heures hebdomadaires inscrites à l’emploi du temps de la classe afin de permettre aux élèves de s’investir dans des projets interdisciplinaires et de travailler de façon autonome ou en groupes. Ils portent sur au moins deux disciplines.

Deux heures professeurs sont attribuées aux collèges pour leur organisation.

(Euh… j’ai pas bien compris : 2 heures pour l’ensemble du collège ???)

Dans le cadre de son autonomie, l’établissement peut procéder à des groupements d’élèves de plusieurs classes d’un même niveau.

Il conviendra de décrire les différentes organisations et modalités de financement (en termes de moyens horaires), d’indiquer les évolutions qui pourraient être envisagées en recherchant l’optimisation en terme d’organisation et de coût.

(OP-TI-MI-SER : le mot magique ! Pas optimiser le fonctionnement, l’adéquation de l’enseignement aux élèves, l’ambiance de travail… Non : LE COÛT ! L’Éducation ne rapporte rien, elle doit donc coûter le moins possible ! Revoir l’analyse de 1857 dans l’article Parenthèse)

13- Renforcement de l’efficience des emplois administratifs dans les services déconcentrés et dans les EPLE

(C’est qu’ils ont pensé à tout, pas seulement à diminuer le nombre des enseignants ! Je suis même étonnée qu’ils n’aient pas sérieusement comptabilisé les heures de ménage, cantine et entretien : on pourrait sûrement rogner aussi là-dessus !)

De multiples expérimentations et réformes sont conduites dans les domaines de gestion administrative et financière des rectorats et des inspections académiques (IA). Réorganisation des services, suppressions d’emplois, regroupements immobiliers et mise en place de nouveaux systèmes d’information sont étroitement liés.

(Ben oui, un ordinateur remplace facilement un secrétaire !)

Ainsi, la modernisation de l’organisation et du fonctionnement des services fait l’objet d’une programmation propre à chacune des académies et se décline en un ensemble d’actions qui ont pour effet de :
– réorganiser les services en favorisant la mutualisation au niveau académique, inter-académique, voire interministériel ;
– réduire le nombre d’implantations immobilières conformément aux objectifs de performance fixés par France Domaine (ratio portant sur une norme de 12M² SUN par agent) ;
– opérer des regroupements de structures, variables suivant la configuration géographique et la taille des entités administratives existantes, pour une meilleure articulation des compétences entre échelons départemental et académique et l’amélioration des conditions de travail des agents et de l’accueil du public. Inscrites dans un cadre pluriannuel, les restructurations des services académiques reposent sur deux axes :

¢ la mutualisation des fonctions de gestion sur le rectorat ou la création de plateformes de mutualisation sur une ou plusieurs IA ;
¢ les rapprochements Rectorat / IA chef lieu de région.

Depuis 2006, le nombre d’emplois non enseignants supprimés dans les services centraux et déconcentrés s’élève globalement à 2 900 ETP dont 2 550 ETP pour les académies (cf annexe 1). Les services académiques (rectorats et inspections académiques) ont absorbé plus des 2/3 de ces mesures.

b) départs en retraite et taux de remplacement des départs

Cependant, une forte érosion du nombre de départs en retraite a été constatée en 2009 : le nombre de départs effectifs s’est élevé à 745 contre 877 prévus initialement. Par rapport à 2008, le flux sortant est inférieur d’environ 20%.

(Comme c’est curieux ! On élève l’âge de la retraite, le nombre d’annuités… et les gens ne partent plus en retraite comme prévu ! Ils marchent sur la tête, ou quoi, « là-haut » ? C’est vrai qu’ils n’ont sans doute pas de soucis de ce genre…)

L’année 2009 est donc marquée par un changement de comportement des agents en raison de l’application d’une décote dans le calcul de la pension de retraite par trimestre manquant dans la durée d’assurance : pour les personnels non enseignants, le taux d’érosion entre 2008 et 2009 est estimé à 13% (services centraux, services académiques et EPLE).
En l’absence de recul suffisant sur ce nouveau comportement, la durée moyenne des reports de départs en retraite des agents ne peut être évaluée pour la période 2011-2013.

Dans une famille, en général, quand surgissent des difficultés financières, on essaie aussi de rogner sur beaucoup de choses… A ma connaissance, pourtant, on ne rogne qu’en dernière mesure sur le budget « éducation des enfants »… Mais l’État n’est évidemment pas une famille…

13 : le nombre magique… (suite)

lundi, juin 7th, 2010

Après cette petite parenthèse qui nous a renvoyés plus de 150 ans en arrière, je reprends ces fameuses fiches qui vont permettre d’économiser des tas d’argent au gouvernement (on pourra toujours réutiliser cet argent pour traquer les gamins que l’école, ne pouvant plus s’occuper d’eux, rejette à la rue…).

6- Évolution de la taille des classes au collège

Il s’agit pour l’académie de procéder à une analyse du nombre d’élèves par division ou groupe d’élèves au regard des caractéristiques sociales et structurelles de l’académie, des niveaux et types de formation, et d’estimer les gains en emplois qui peuvent être générés dans le cadre d’une optimisation des effectifs dans les structures.

L’augmentation du nombre d’élèves par division (ou groupes) fait partie des mesures destinées à optimiser l’utilisation des moyens d’enseignement sans dégrader les résultats des élèves. Il n’est pas démontré en effet que la taille des classes ait un effet probant sur la réussite des élèves.

(Oui, on nous avait déjà dit ça pour l’école primaire : pas de raisons pour que les collégiens aient davantage besoin qu’on s’occupe d’eux…)

Au niveau national (France métropolitaine et DOM), le nombre moyen d’élèves par division (E/D) dans le second degré public tous niveaux confondus est passé de 24,1 à 23,9 entre les rentrées 2005 et 2009. Sur cette période il est resté stable en collège (24,0).

Une analyse probablement trop schématique montre que le surcroît de moyens au profit de certaines académies, pourtant significatif, ne permet pas d’atteindre une plus grande performance scolaire et d’égaliser les chances. Il est donc permis de douter de l’efficacité de l’emploi de ces moyens additionnels.

(Diminuer les moyens permettra sans doute davantage « d’atteindre une plus grande performance scolaire »… C’est marrant, j’aurais cru que ces « moyens supplémentaires », justement, permettaient de réduire le déficit de ces académies… Maintenant, évidemment, si on espère que cela permettra à une académie « ouvrière » – pour schématiser – d’atteindre les mêmes résultats qu’une académie « bourgeoise »… il y a nettement erreur sur les attentes !)

La méthode consiste donc à faire évoluer le nombre d’élèves par division puis à procéder au calcul du nombre théorique de divisions correspondant.

Exemple : Au sein d’un établissement, 240 élèves sont en 4ème dans 10 divisions soit un nombre d’élèves par division de 24,0. En augmentant le nombre d’élèves par division de 5 élèves on devrait obtenir : 240 / 29 = 8,3 divisions arrondi à 9 (gain d’une division).

Soit un gain théorique en ETP (sur la base d’un coût théorique d’une division de 29 heures) de 1(division) x 29(heures) /18 = 1,6.

(5 élèves de plus, rien que ça ! Et en moyenne, toujours ! En tenant compte des collèges ruraux qui, faisant baisser la sacro-sainte moyenne… conduiront donc leurs homologues urbains à dépasser largement les 30 élèves par classe !

Ceci dit… en 40 ans, j’en ai vu très peu, des classes à 24 élèves – telles que les prônait la réforme Haby, dans les années 70. Si je faisais la moyenne du nombre d’élèves de toutes mes classes – hormis les classes particulières comme CPPN, classes « techno » et autres -, je pense que je serais plutôt à 26-27 qu’à 24…)

7- Évolution du réseau des établissements

L’optimisation de l’utilisation des moyens de même que la nécessité d’une offre de formation diversifiée doit conduire à une évolution du réseau des établissements de petite taille (suppression, fusion, regroupements…).

(Ce qui signifiera, dans certaines régions, des transports scolaires d’une heure et plus pour rejoindre le collège… Mais qui se soucie des élèves ???)

Outre le coût de ces établissements pour les finances publiques (État et collectivités territoriales), cette situation peut nuire à la qualité de la formation dispensée : isolement des enseignants, multiplication des services partagés, difficulté à monter financièrement des projets pédagogiques, difficulté de faire intervenir des partenaires,…

(Mais… c’est qu’on parle pédagogie, dans ces fiches ! Et même qu’on s’attendrit sur le sort des enseignants ! Bon, d’accord, ça vient après le coût financier, mais bon, on y pense !)

A la rentrée 2009, au niveau national, on compte plus de 7900 établissements. Leur taille moyenne (métropole + DOM) est de 477 élèves en collège, 419 en LP et 950 en lycée.

Les établissements ayant 200 élèves ou moins représentent près de 6% du total des établissements et ceux ayant entre 200 et 300 élèves environ 11%.

(Les collèges à 700, 1000 élèves ou plus reviennent sans doute moins cher… Sauf peut-être en termes d’incidents divers, dégradations, bagarres et autres… Un enfant « anonyme » au milieu de 1000 autres sera sans doute plus tenté qu’un enfant « visible » et reconnu… Mais… au diable la psychologie ! On mettra des policiers référents, ça résoudra les problèmes !)

8- Réduction du volume des décharges dans le 2nd degré

Le terme de  » décharge  » est utilisé pour désigner des activités entraînant des aménagements aux obligations règlementaires de service d’enseignement devant élèves (ORS) des personnels enseignants.

C’est à un recensement des activités qu’elles recouvrent qu’il faut procéder pour se limiter à celles qui seront considérées comme confortant l’acte éducatif. C’est une mesure à  » la main des recteurs  » car il apparait par exemple que la mobilisation d’heures d’un professeur pour coordonner l’activité pédagogique en 6ème peut être utile dans certains collèges et pas dans d’autres.

Pour l’année scolaire 2009-20101, près de 357 000 heures de décharges, soit l’équivalent de 19 827 ETP, ont été accordées à près de 181 000 enseignants, ce qui représente une moyenne de 2 heures hebdomadaires de décharges par enseignant [déchargé]. Les décharges représentent 5,4% des effectifs d’enseignants affectés en établissement, elles sont en baisse de -2,7% cette année.

Les décharges non statutaires représentent 40% de l’ensemble des décharges, soit 2,1% des effectifs d’enseignants en établissement. Les 2/3 des décharges non statutaires relèvent de la responsabilité de l’établissement (soutien scolaire, chorale, coordination disciplinaire…), le 1/3 restant relevant de la responsabilité de l’académie (missions académiques, formation et utilisation des TICE…).

(Ça sert à quoi, le soutien scolaire, hein ? Autant le supprimer ! Et la chorale ? Ça a une utilité quelconque, la chorale ? A part permettre à des enfants d’apprendre à former un groupe, à travailler pour le plaisir, à s’écouter les uns les autres, à découvrir leur propre voix et celle des autres, voire à se produire en public et récolter fièrement des ovations – que certains n’auraient peut-être pas dans les « matières scolaires »… D’ailleurs, on devrait peut-être aussi supprimer les enseignements d’Education Musicale, d’Arts Plastiques et d’Education Physique et Sportive… Ça en ferait, tout ça, des économies !

Je n’ai jamais vu, en collège, de collègues ayant une décharge pour « coordination disciplinaire » – entendez par là les collègues qui se chargent – bénévolement à ma connaissance – de regrouper et dispenser les informations concernant leur matière, de prévoir les épreuves communes, d’organiser le matériel pédagogique commun, etc.. Par contre, je sais que les professeurs ayant certaines matières à expérimentation – sciences par exemple – ont une heure de « labo », dite aussi « de vaisselle » pour préparer et ranger les matériels utilisés en cours. Il me semble me souvenir que ces heures ont été réduites, voire supprimées pour certaines matières…

Ce qui existe aussi… c’est les heures de décharge pour l’informatique : un collègue – généralement de Technologie – se voit attribuer la responsabilité du parc informatique du collège : à lui de veiller à son bon état, à le dépanner, le compléter… Ça coûte nettement moins cher que de faire appel à un technicien… C’est sans doute pour cela que le ministre ne cite pas cet exemple de décharge…)

Le taux de compensation des décharges  » mono-motif  » non statutaires est de 31,8% : 16,9% pour les ARA et 38,9% pour les ARE. Les décharges non statutaires non compensées représentent près de 51 000 heures, soit 2 828 ETP.

9- Optimisation du remplacement dans le 2nd degré

Les remplacements des enseignants absents sont assurés soit en ayant recours aux titulaires de zone de remplacement ou à des agents non titulaires (contractuels ou vacataires), soit en faisant appel, notamment pour les courtes absences, aux enseignants de l’établissement rémunérés en heures supplémentaires.

Un dispositif spécifique, régi par le décret n°2005-1035 du 26 août 2005, a été créé concernant le remplacement des enseignants absents pour une courte durée (inférieure à 15 jours). Il peut être demandé aux enseignants de remplacer ponctuellement leurs collègues absents pour une durée inférieure ou égale à deux semaines, dans la ou les disciplines qu’ils enseignent habituellement, en privilégiant le volontariat et en les rémunérant en heures supplémentaires. Ce dispositif donne lieu à la mise en place de protocoles à l’initiative des chefs d’établissement.

(Il faut avouer que cette loi n’a pas très bien marché… Prendre en charge, en plus de ses classes, une autre classe dont on ne sait ni ce qu’elle étudie ni où elle en est du programme, cela signifie un surcroît de travail énorme, même pour moins de 2 semaines !

Quant aux absences de plus de 15 jours… vu qu’on a supprimé une grande partie des Titulaires de Zone de Remplacement (TZR pour les initiés)… elles sont remplacées de plus en plus tardivement ! Évidemment, l’idée qu’on puisse payer un titulaire qui restera chez lui peut-être un mois dans l’année au total fait mal au portefeuille ! L’appel aux non-titulaires, outre qu’il coûte moins cher, permet de les renvoyer chez eux « gratuitement » ensuite…)

Les remplacements des enseignants absents pour une durée supérieure à deux semaines sont assurés par des titulaires de zone de remplacement ou par des agents non titulaires (contractuels ou vacataires), ces remplacements sont régis par le décret n°99-823 du 17 septembre 1999.

Au cours de l’année scolaire 2009-20101, le besoin de remplacement et de suppléance [des congés de plus de 15 jours] des enseignants affectés en établissement est relativement stable par rapport à l’année scolaire précédente ; il s’établit, en janvier 2010, à 13 720 ETP, soit 3,98% de la population enseignante affectée en établissement (4,01% en janvier 2009).

Pour couvrir ces absences, les académies disposent d’un potentiel total brut de 13 190 ETP, en baisse de près de 17% par rapport à l’année scolaire précédente. Les moyens enseignants affectés de façon permanente au remplacement et à la suppléance se distinguent par deux notions : le potentiel brut et le potentiel net ; ce dernier ne comprenant que les personnels réellement disponibles pour effectuer, dès que nécessaire, un remplacement ou une suppléance. En 2009-2010, le potentiel net représente 9 068 ETP. L’écart entre le potentiel brut et le potentiel net, communément appelé  » pertes de potentiel  » représente 4 122 ETP.

Le taux d’efficacité du remplacement et de la suppléance est stable et s’établit à 96,23% cette année1. Quant au taux de rendement, il est de 83,44%, en hausse de plus de 3 points cette année par rapport à l’année précédente sur la même période. Cette hausse du taux de rendement, annonçant une mobilisation plus importante du potentiel de remplacement et de suppléance, résulte d’une baisse sensible du potentiel pour un besoin stable.

Pour optimiser le remplacement dans le 2nd degré, deux principaux leviers peuvent être actionnés :
– la réduction des pertes de potentiel, écart entre le potentiel brut et le potentiel net,
– l’amélioration du taux de rendement du potentiel net (fortes disparités académiques).

¢ Les pertes de potentiel représentent 4 122 ETP en 2009-2010, soit 31,25% du potentiel brut. Cette proportion varie sensiblement d’une académie à l’autre variant de 22,90% à 61,11%. Ces pertes de potentiel sont de plusieurs natures :

– Les quotités faibles, inférieures à 33% de l’ORS difficilement mobilisables, représentent 1 048 ETP, soit 7,9% du potentiel brut. La part de ces petites quotités varie de 2,8% à 14,6% selon l’académie.

– Les enseignants indisponibles représentent 576 ETP, soit 4,4% du potentiel brut. Près de la moitié des enseignants indisponibles le sont pour assurer des missions académiques (49%), d’autres sont dans l’incapacité provisoire d’enseigner (41%), 3% sont prêtés à des organismes extérieurs…

– Les congés des remplaçants représentent 919 ETP, en baisse de -13,6%. Ils représentent 7% du potentiel brut.

– Les surnombres disciplinaires représentent 1 579 ETP, soit 12% du potentiel brut. Ils sont en forte baisse cette année : -24,9%.

Bon, on parlera du lycée une autre fois…

(Parenthèse)

dimanche, juin 6th, 2010

Envie de vous faire partager une de mes récentes lectures…

Les salles d’asile sont en réalité des établissements de première éducation où les enfants des deux sexes reçoivent, jusqu’à l’âge de sept ans, les soins que réclame leur développement physique et moral.
Dans les autres écoles, l’enfant, pendant de longues heures, est condamné à l’immobilité et contraint de se livrer à un travail qui n’a aucun attrait pour lui ; à la salle d’asile, au contraire, on s’est efforcé de suivre plutôt que de contrarier les impulsions de la nature, et de donner satisfaction aux tendances du jeune âge.
Ainsi l’enfant aime le mouvement, l’action, le bruit : il a besoin de varier sans cesse ses occupations, ses jeux, ses attitudes ; il est imitateur et contrefait volontiers les gestes, les manières des autres enfants ; il est questionneur, et demande à tout propos : Qu’est-ce que cela ? Pourquoi cela ?
Cette mobilité perpétuelle, cette turbulence, cette singerie imitative, cette incessante curiosité, sont évidemment des ressorts providentiels, qui ont pour but d’amener le développement intégral des facultés physiques et intellectuelles de l’enfant. Comprimer ces ressorts, c’est entraver ce développement, au détriment de sa santé et de son esprit.
[…]
A la salle d’asile, les leçons ne durent jamais plus de dix à quinze minutes, après quoi viennent les exercices corporels. […]
Les leçons comprennent les premiers éléments de l’instruction religieuse, de la lecture, de l’écriture, du calcul verbal et du dessin linéaire. Des tableaux représentant des sujets tirés de l’histoire sainte, des animaux, des plantes, donnent lieu à des récits ou à des explications simples sur l’histoire naturelle, l’agriculture, la géographie, etc. Puis viennent les leçons de choses, dans lesquelles la directrice, en montrant aux enfants une image représentant un objet, ou cet objet lui-même, leur adresse une série de questions auxquelles ils répondent tous à la fois. […]

(Je passe sur les descriptions de jeux, chansons, travaux manuels, exercices physiques…)

[…]
Oui, la crèche,la salle d’asile et l’école primaire, partout où elles existent simultanément, améliorent et transforment, au moral comme au physique, les générations naissantes. C’est à l’État, c’est aux administrations locales, c’est aux bons citoyens, c’est aux dames surtout, sans l’inspiration desquelles rien de bien ne se réalise, qu’il appartient de provoquer partout la création de nouvelles crèches et de nouveaux asiles.
Sans doute, il y a la question d’argent qui souvent paralyse la bonne volonté des administrateurs. Mais qu’on y songe. Des institutions qui tendent à prévenir la maladie, le désordre et la misère, préparent pour les travaux de l’agriculture et de l’industrie, aussi bien que pour l’armée, des hommes bien conformés, laborieux et tempérants ; de telles institutions rapportent à l’État et aux communes plus qu’elles ne leur coûtent.

Ne voilà-t-il pas de beaux sujets de réflexion ?

Bien sûr, vous aurez traduit « salles d’asile » par « écoles maternelles ». Comme les crèches, elles ont été créées au départ par des personnes soucieuses de ne pas laisser à l’abandon les enfants des classes laborieuses des villes. Puis progressivement prises en charge par l’État.

Par un décret en date du 16 mai 1855, les salles d’asile de France ont été placées sous la protection de l’Impératrice Eugénie.

Vous aviez bien perçu qu’il s’agissait là d’un texte ancien… C’est un article de L.-A. Bourguin, in La Ruche parisienne (Journal illustré paraissant tous les samedis) n° 38, daté du 11 juillet 1857…

13 : le nombre magique…

jeudi, juin 3rd, 2010

Merci à Axel du lien sur son blog, qui m’a permis de prendre connaissance de l’article de l’Humanité et, ensuite, des 13 Fiches Magiques envoyées aux Rectorats…

Vous êtes sans doute déjà au courant : le ministère de l’Éducation (encore Nationale… pour combien de temps ?) a envoyé ces 13 Fiches aux Rectorats, charge à eux de les remplir pour faire le bilan… des postes qui peuvent être supprimés…

Ben oui… Si les mots d’ordre officiels concernant l’Éducation sont « meilleure formation », « augmentation du taux de réussites », « aide aux élèves en difficulté », LE vrai mot d’ordre est : FAIRE DES ÉCONOMIES. Et cela passe, évidemment, par la suppression des postes d’enseignants… (quitte à inventer des « policiers référents » pour « compenser » – ? – le trop faible nombre d’adultes dans les établissements scolaires…).

C’est le site du Café pédagogique qui a eu vent de ces fiches – évidemment non destinées à la publication ! – ; à croire que certains inspecteurs à qui était dévolu le soin de les remplir… en étaient pour le moins choqués…

J’ai lu les fiches en question… et vous offre un petit condensé afin que vous sachiez de quoi il est question…

1 Augmentation de la taille des classes dans le 1er degré

Hors cas ou situations spécifiques, les études et expériences les plus récentes indiquent que la diminution des effectifs dans les classes n’a pas d’effet avéré sur les résultats des élèves et que les très petites écoles ne s’avèrent plus toujours performantes.

(Vous avez dit « suivi individualisé » ???)

La réduction ou le maintien de la taille des classes doit ainsi être réservée aux secteurs relevant de l’éducation prioritaire et être strictement accompagnée (pédagogie) et encadrée (évaluation).
L’augmentation de la taille des classes peut donc être globalement envisagée sans dégradation des résultats des élèves.

La taille moyenne des classes connaît une certaine stabilité depuis plusieurs années.
En France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer, le nombre d’élèves par classe (Préélémentaire+Elémentaire+ASH) est passé de 23,28 en 1999 à 23,46 en 2009. En préélémentaire ce taux est égal à 25,54 et à 22,65 en élémentaire.
En théorie, une augmentation de 1 élève par classe en moyenne devrait se traduire, au niveau national, par une économie de près de 10 000 classes, soit un peu plus de 4% du contingent total. Dans les faits, la hausse du seuil d’une unité ne pourra se traduire que par une remontée beaucoup plus limitée du nombre moyen d’élèves par classe (0,6 ou 0,7).

(En théorie… Parce que, dans les faits, pour arriver à cette « moyenne », on additionne des classes à 10 élèves et des classes à 30… Comme les classes à 10 – communes rurales, isolées… – ne risquent guère d’augmenter le nombre de leurs élèves, ce sont les autres qui devront l’augmenter d’autant… pour que la sacro-sainte « moyenne » soit respectée !)

La fermeture de petites écoles est progressive sur le moyen terme et peut encore progresser, en accord avec les communes concernées. En effet, à la rentrée 2009, on recensait 4 971 écoles à classe unique et 11 538 écoles avaient une ou deux classes, soit 23,56 % des écoles. Le nombre de RPI a augmenté ces dix dernières années : il est passé de 4 636 à 4 879 mais dans certaines académies, des regroupements de ce type devraient être développés.

(Très intéressant… Que les gamins soient contraints de se lever à 6 h pour attraper le car de ramassage, qu’ils ne rentrent chez eux qu’une douzaine d’heures plus tard n’aura évidemment aucune incidence sur leur cursus scolaire ni sur leur santé ! Et puis… les parents seront bien obligés de trouver d’autres solutions pour leurs enfants que l’école maternelle ! Autant d’économies…)

2- Réduction du besoin de remplacement dans le 1er degré

Il s’agit pour l’académie d’explorer une voie qui consiste à organiser tout ou partie des sessions de formation continue en dehors des pics d’absence (automne et printemps) ou mieux, en dehors du temps scolaire (mercredi après-midi et pendant les vacances scolaires).

(Mieux, évidemment ! Justement, les instits ne savent pas quoi faire, le mercredi après-midi et pendant leurs vacances… Et les formateurs non plus…)

Par ailleurs, une piste d’optimisation du coût en emplois du remplacement réside dans le recours à des non titulaires en substitution à des titulaires pour assurer une part du remplacement, les non titulaires présentant une ressource plus flexible dont le rendement est proche de 100 %.

(Pourquoi ne pas remplacer les titulaires par des non titulaires, s’ils ont un tel « rendement » – ? – Autant d’économisé !)

Dans le cadre de la réforme du recrutement, il est judicieux d’offrir à des étudiants la possibilité de se familiariser avec la pratique enseignante, en dehors des stages déjà prévus pour les étudiants en master.

(Ça ne vous dérange pas, qu’on confie vos enfants à un étudiant, pour qu’ils le forment ?)

Les cas de figure suivants doivent être examinés :

– le recours aux non -titulaires sur les besoins de remplacement courts, les titulaires étant mobilisés sur les absences de longue durée ;
– le calibrage du remplacement en titulaire sur le niveau moyen annuel du besoin de remplacement et le « financement » des pics d’absence par le recours aux non-titulaires.

En revanche, il est possible d’envisager l’organisation hors du temps scolaire de la formation continue à destination des enseignants organisée dans le cadre des programmes académiques ou départementaux de formation.

Cette pratique existe déjà à des degrés divers dans les académies ; il s’agit a minima d’en accroître l’importance.

– L’enquête DGESCO  » contrôle de l’utilisation des emplois  » auprès des recteurs et des IA à la rentrée 2009, recense 25 819,25 emplois affectés au remplacement en métropole+DOM, soit 8,32 % des emplois d’enseignants du premier degré du programme 140. La répartition de ces emplois est la suivante :
– stages longs ASH : 761 emplois (0,25 % des emplois) ;
– formation continue : 3 133,5 emplois (1,01 % des emplois) ;
– maladie maternité : 21 924,75 emplois soit 7,06 % des emplois).

S’agissant de la substitution de vacataires pour assurer le remplacement des maîtres pour congés de maladie et maternité, il est demandé d’estimer les hypothèses suivantes :

– recours à des non-titulaires à hauteur de 80 % pour les absences de moins de deux jours, de 50 % de trois à cinq jours, de 25 % entre six et dix jours, les vacataires étant supposés avoir un rendement de 100 % ;
– même simulation si l’on se limite aux congés courts prévisibles ;
– calibrage du potentiel de remplacement sur le nombre moyen annuel d’absences journalières (toutes causes confondues) et financement du surplus par des non titulaires avec deux variantes : financement à 100 % du besoin de remplacement et maintien du taux de remplacement actuel.

3 – Baisse de la scolarisation des enfants âgés de deux ans

(Oui, vous savez, ceux qui font la sieste et dont on change les couches…)

I) Définition de la mesure

Il s’agit pour les académies de mesurer les gains en emplois qui peuvent être générés par une baisse de la scolarisation à deux ans lorsque celle-ci peut être considérée comme le « fruit de l’histoire » et ne correspond pas aux objectifs d’égalité des chances assignés à cette politique.

(Là, j’avoue que j’aurais besoin d’explications sur le « fruit de l’histoire » et les « objectifs d’égalité des chances »…)

Les études disponibles ne démontrent pas que la scolarisation à deux ans constitue un avantage évident dans toutes les situations par rapport à d’autres modes de garde alternatifs.

(Ah ! La maternelle est un « mode de garde » ? Je croyais que c’était un moyen d’éducation…)

Sur la base du constat de la rentrée 2009, l’approche générale consiste à calculer les effectifs des écoles sans tenir compte des enfants de moins de deux ans scolarisés, puis d’appliquer à ces écoles les seuils d’ouverture de classes de l’inspection d’académie concernée.

Lorsque la pratique des seuils d’ouverture a été abandonnée, vous retiendrez les seuils suivants : 27 élèves pour les maternelles relevant de l’éducation prioritaire, 32 élèves pour les autres.

(J’aimerais bien les voir, ces messieurs décideurs, face à 32 bambins de 3 ans, pendant toute une journée !)

Le gain en emplois se calculera en prenant en compte les éléments suivants :
– nombre de fermetures liées à la  » déscolarisation  » des deux ans (toutes écoles, hors éducation prioritaire et en éducation prioritaire) ;
– incidence sur le nombre moyen d’élèves par classe, toutes écoles confondues, hors éducation prioritaire et éducation prioritaire ;
– nombre total de fermetures proposées en tenant compte du nombre d’élèves par classe (toutes écoles, hors éducation prioritaire et en éducation prioritaire).

4- Sédentarisation des enseignants « hors la classe »

(« sédentarisation » : comprenez que les enseignants en question vont être tout simplement réintégrés dans le « bloc commun » et affectés dans une classe.)

Un indicateur LOLF recense la part du potentiel enseignant en responsabilité d’une classe. Il représente 83,07 % des emplois. Cet indicateur correspond à plus de 52 000 emplois.
Cela étant, le nombre des enseignants  » hors la classe  » peut être limité à certaines catégories de personnels :
– les enseignants chargés de la prévention et du traitement des difficultés scolaires (dont RASED) : 12 918,5 emplois ;
– les enseignants qui accueillent les primo-arrivants : 920,75 emplois ;
– les enseignants affectés à la scolarisation des enfants malades ou handicapés, hors classe d’inclusion scolaire et classe d’adaptation : 4 102 emplois ;
– les enseignants affectés à l’enseignement à l’extérieur des écoles : 1 987,5 emplois ;
– les conseillers pédagogiques : 3 618,25 emplois ;
– les personnels en situations diverses (MAD, fonctions exceptionnelles, PACD/PALD, décharges syndicales) : 1 783,5 emplois.

Ces personnels représentent 25 353,5 emplois à la rentrée 2009.

La durée de l’enseignement scolaire dans le premier degré est désormais fixée à vingt-quatre heures hebdomadaires dispensées à tous les élèves auxquelles s’ajoutent deux heures d’aide personnalisée en très petits groupes pour les élèves rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages. Cet effort représente l’équivalent de 16 000 postes d’enseignants entièrement dédiés à aider les élèves qui en ont le plus besoin.

Dans ce nouveau contexte, la contribution des enseignants spécialisés des RASED, qui s’ajoute à cet effort, doit évoluer.

(On a déjà commencé à les supprimer, d’ailleurs…)

Plusieurs scénarios doivent être examinés :

– suppression des seuls maîtres G (non-remplacement des départs en retraite et affectation en classe) et poursuite de la politique de sédentarisation des maîtres E dans les écoles où la difficulté scolaire se manifeste le plus (sans économie) ;
– suppression des maîtres G et des maîtres E ; pour ces derniers, il convient d’estimer quel est le besoin de maîtres E maintenus en  » surnuméraires  » dans les écoles, voire dans des structures ad hoc (milieu rural par exemple) ;
– un troisième scénario intègre, en plus du scénario précédent, la mise en extinction des psychologues scolaires.

(maîtres E, chargés de l’aide pédagogique, maîtres G, rééducateurs : gens inutiles s’il en fut !)

S’agissant des autres enseignants n’assurant pas la responsabilité d’une classe, conseillers pédagogiques ou « faisant fonction », personnels assurant des fonctions d’animation, de soutien et de coordination pédagogiques ou des fonctions administratives, postes dits  » exceptionnels « , les  » taux d’encadrement  » sont très variables et ne correspondent pas nécessairement aux caractéristiques territoriales et structurelles. Des marges d’optimisation existent et doivent être mises en œuvre. Il s’agit également de recentrer ces personnels sur la politique éducative, d’éviter la dispersion de leur activité au profit d’activités périphériques et de réexaminer le bien-fondé de certaines situations, qui correspondaient à des besoins ponctuels.

A la rentrée 2009, environ 2 000 emplois de RASED ont été supprimés, ces emplois étant principalement occupés par des professeurs des écoles qui n’étaient pas titulaires d’un diplôme d’enseignement spécialisé. 248 emplois affectés aux besoins éducatifs particuliers ont été supprimés. Au total, 2 200 emplois ont été supprimés, alors qu’une mesure de suppression de 3 000 emplois était inscrite au PLF 2009. Par ailleurs 1 248 emplois de RASED ont été affectés en surnuméraire auprès d’une ou deux écoles concentrant des difficultés sociales importantes.

Les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de cette mesure montrent qu’elle nécessite une affirmation et un accompagnement politiques importants. Il vous est demandé ici un exercice d’évaluation du besoin minimal en maîtres E et des conséquences en termes de libération d’emplois de l’absence de recrutement nouveau de psychologues scolaires et de maîtres G.

S’agissant des conseillers pédagogiques ou  » faisant fonction  » (3 618,25 emplois) au nombre d’environ 3 620), le ratio d’encadrement moyen est de 89 enseignants par conseiller et le ratio le plus élevé de 116 enseignants par conseiller. Il est probable que la  » bonne cible  » nationale est comprise entre les deux. Aussi, vous est-il demandé de procéder à un examen de l’activité des conseillers pédagogiques et de leur productivité.

(Oui… un conseiller pédagogique peut facilement prendre en charge une bonne centaine d’enseignants, voire plus… Il n’a pas grand chose à faire…)

Pour les enseignants assurant d’autres fonctions (animation, coordination, activités au profit d’autres organismes), la pertinence de ces missions doit être réévaluée.

Ce vivier doit être recentré sur les missions prioritaires du système éducatif et constitue une véritable marge.

Au titre de l’action  » besoins éducatifs particuliers  » (RASED, scolarisation des enfants handicapés,…), pour une moyenne nationale de 7,75 %, les taux vont de 6,33 % à 9,50 % en métropole seule. Pour le pilotage et l’encadrement pédagogique, pour une moyenne nationale de 4,48 %, les taux vont de 3,7 % à 5,75 %.

Sur la base des projections de départs de maîtres G et de psychologues scolaires et en supposant un niveau de recrutement nul, une fois les départs en formation déjà actés pris en compte, il est demandé d’en déterminer l’incidence sur les emplois.

(Psychologues scolaires ? Ça sert à quelque chose, ces bêtes-là ?)

S’agissant des maîtres E, vous indiquerez le niveau cible correspondant au volume minimum, qu’il vous paraît souhaitable de maintenir soit en surnuméraire dans les écoles où les élèves rencontres les difficultés scolaires les plus importantes, soit dans des structures ad hoc permettant de garantir un maillage territorial suffisant. Il vous appartient de déterminer le rythme d’atteinte de cette cible en utilisant les marges offertes par les départs en retraite et l’affectation de ces enseignants devant une classe.

5 – Intervenants extérieurs en langue vivante et assistants étrangers dans le premier degré

Il s’agit pour l’académie d’examiner dans quelles conditions des emplois d’intervenants extérieurs en langue vivante et d’assistants étrangers peuvent être supprimés sans nuire à la qualité de la formation dispensée aux élèves.

Depuis plusieurs années, le cursus des professeurs des écoles leur permet d’être habilités à enseigner les langues vivantes à l’école. Ce sera également le cas des professeurs des écoles recrutés à compter de la rentrée 2010.

(Ah ben ! S’ils sont habilités, c’est qu’ils sont capables, pas vrai ?)

Le nombre d’emplois délégués pour la rentrée 2010 est le suivant :
– assistants étrangers : 1 059 emplois
– intervenants extérieurs : 1 475,5 emplois

L’écart entre le nombre d’emplois délégués et la consommation est très important de l’ordre d’un millier d’emplois ; la suppression de ce volume d’emplois devrait donc être sans conséquence sur l’enseignement des langues.

Je vous parlerai un autre jour du collège et du lycée…