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Comment faire travailler un enfant ???

Mercredi 25 mars 2009

Hier, j’ai vu un papa soucieux de faire « bien travailler » son fils. J’avais déjà le gamin l’année dernière : enfant intelligent, vif, aux résultats moyens (sauf en orthographe : franchement mauvais…). Caractéristique principale : un grand sens de l’humour. J’ai dû « me battre » un peu contre lui cette année, d’ailleurs, car ses interventions intempestives amusaient, certes, mais… déconcentraient aussi toute la classe, qui avait déjà bien du mal à se concentrer. Le genre de gosse à me demander, sur le point d’entrer en classe pour un contrôle : « C’est bien demain, le contrôle, madame ? » ou « Je suis malade, je peux aller à l’infirmerie ? » ou encore « Vous n’êtes pas là, madame, hein ? ». Petits exemples de son humour…

J’ai compris hier d’où lui venait ce sens de l’humour… Son père expliquait comment il le faisait travailler, espérant que le gamin pourrait bientôt travailler tout seul… Et moi :

« Vous voulez que je vous dise quelque chose ? »

Il me regarde, interrogateur. Puis :
« Non, je sens que ça ne va pas me plaire !

- D’après ma longue expérience, les garçons sont généralement autonomes dans leur travail en première…

- Je savais bien que ça ne me plairait pas ! »

Bien sûr, j’en ai rencontré, des garçons qui étaient autonomes bien avant. Mais ils représentent une toute petite minorité… Pour les filles, la plupart acquièrent cette autonomie en 4ème, toujours d’après mon expérience. Il s’agit là de « statistiques » (plutôt vagues, je le reconnais !), avec toutes les exceptions que requièrent ce genre de « moyenne »…

Je ne m’inquiète pas pour ce garçon en particulier : il aime jouer, s’amuser, raconter des blagues aux copains… Il a 13 ans, quoi ! Bien encadré par ses parents, il avancera sans trop forcer, mais arrivera sûrement au but qu’il se sera fixé.

L’enfant (ou l’ado) qui refuse de travailler est bien plus inquiétant. Je ne parle pas là d’un enfant plus ou moins livré à lui-même, qui découvre et adopte les règles « de la rue ». Non, je parle de l’enfant élevé dans un milieu lambda, par des parents soucieux de bien faire ; l’enfant en bons termes (hormis la question du travail scolaire…) avec sa famille ; l’enfant d’une intelligence « normale », sans problèmes particuliers. Et qui, pourtant, collectionne les mauvaises notes parce qu’il n’a pas fait le travail, n’a pas appris la leçon, quelle que soit la matière, ou à peu près.

Evidemment, ses parents lui ont expliqué tout ce qu’il y avait à dire sur la nécessité de travailler, l’orientation plus tard, et toutes ces sortes de choses. Ses profs aussi, d’ailleurs. Sans davantage de résultats.

Je ne suis pas parent, mais… en ai entendu pas mal, au long de ma « carrière »… Voici quelques-unes des méthodes que j’ai entendues :

- les parents (l’un ou l’autre, l’un et l’autre) s’attellent au travail scolaire dès leur retour du travail. Très difficile à tenir : le parent, fatigué de sa journée, manque de patience ; l’enfant se met en position de refus ; les rapports parents-enfant se compliquent d’un rapport profs-enfant difficile à gérer. Si le parent est prof, c’est encore plus vite dramatique : le parent-prof n’a aucune envie de reconnaître dans son rejeton les élèves en difficulté qu’il a eus en cours ! En fait, c’est un peu le même problème que le jeune enfant qui refuse de manger : plus ses parents insistent, plus il perçoit le message comme quoi la nourriture est « pour ses parents », pas pour lui ; leur insistance ne fait que le renforcer dans son refus.

- l’aide extérieure : un étudiant (ou un professeur) fait travailler l’enfant une, deux ou trois fois par semaine. Quelques fois, cela suffit à faire « démarrer » un enfant. En tous cas, cela dédramatise un peu les relations familiales. Il arrive aussi qu’un psychologue arrive à « débloquer » la situation.

- la surveillance : les parents vérifient quotidiennement (ou à peu près) cahiers, agenda, carnet de correspondance, devoirs rendus, etc. Et complètent éventuellement les informations obtenues en téléphonant à un voisin dont l’enfant est dans la même classe. Cela peut marcher avec un jeune enfant, en primaire. En collège, il y a beaucoup de chances pour que l’enfant se mette à dissimuler, tricher, mentir. Et quand il aura été pris sur le fait, il en voudra encore plus à ses parents.

- les privations : les parents suppriment ce qu’ils supposent être source de temps « perdu » : activité, console, ordinateur, portable… ou quelque chose (activité ou objet) dont l’enfant tire un grand plaisir. Si l’enfant n’est pas déjà entré dans une phase trop « rebelle », cela peut marcher. Sinon, c’est peine perdue : l’enfant affiche un « j’m'en-fichisme » consternant… et s’installe dans une révolte croissante.

Le problème est que l’enfant ressent de plus en plus que ses résultats scolaires (et surtout les mauvais !) sont « la chose » de ses parents, et non la sienne. Un ado dans ce cas, alors que je lui demandais comment il réagissait quand il avait une mauvaise note, me répondait : « Ça me fait mal au ventre… surtout quand je sais que le soir, ça va mal se passer à la maison ». A ce stade, est-il encore capable de dissocier SA réaction (dépit, déception, blessure d’amour-propre…) de celle de ses parents ?

Je suis évidemment très loin d’avoir fait le tour de la question… et encore davantage d’avoir présenté des solutions ! C’est que je compte sur vos commentaires, chers lecteurs, pour avancer dans ma réflexion…