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Histoire de téléphone portable…

lundi, février 10th, 2014

Ce n’était pas du tout l’objet de ma recherche : en fait, je cherchais des conseils lors d’un problème avec un artisan… Mais, sur le site forum-juridique.net-iris, je suis tombée sur cette histoire (message initial du 29/01/2014):

Bonjour,
Le téléphone de ma fille a été confisqué pendant une semaine je vous explique pourquoi :

Pendant un DS ma fille a envoyé une photo de sa copie à une amie. Cette amie en question, son téléphone a été confisqué car elle a utilisé la calculatrice de son portable.

L’heure suivante (pendant le cours de français) ma fille a été appelé à donner son portable car la surveillante du lycée a fouillé dans le téléphone de l’amie de ma fille et c’est comme ça qu’elle a vu le message (avec la photo de la copie de ma fille) en photo.

Ma fille n’a pas été prise sur le fait !
Mais son portable a été confisqué pendant une semaine, elle a été collée et la surveillante du lycée a fouillée dans le téléphone de l’amie de ma fille pour trouver le message en question

Est ce que la surveillante avait le droit de fouiller dans le téléphone de l’amie de ma fille ? Est ce que les sanctions pour ma fille sont quand même prises en compte ? car ma fille n’a pas été prise sur le fait !

Merci de vos réponses

Vous noterez que la question n’est absolument pas : ma fille avait-elle le droit d’envoyer, pendant un devoir, la photo dudit devoir à sa copine ? Comme, de toutes façons, elle n’a (même pas !) été prise sur le fait, cette question n’en est pas une…

Non, la question porte sur le droit de la surveillante à consulter un téléphone utilisé pendant un devoir… (Fouillé ? Pas fouillé ? Vu sur l’écran en passant ? Peu de chances pour qu’on le sache vraiment…)

Curieuse de lire les réponses apportées (dont certaines par des enseignants ou surveillants, d’ailleurs…), j’ai parcouru les 5 pages (je dis bien 5 !) de la discussion… dans lesquelles, d’ailleurs, on ne retrouve pas la personne qui a posé la question…

Je vous en offre juste une qui m’a amusée (vous pouvez aller lire la discussion entière sur le site…) :

Si on suit votre raisonnement : imaginez que vous êtes cambriolés en votre absence. Aucun témoin. Donc les cambrioleurs ne doivent pas être inquiétés, vu qu’ils n’ont pas été pris sur le fait ?

Il y a tout de même un léger hiatus entre les conceptions de certains parents et celles des enseignants, concernant les droits des élèves, non ???

Voilà pourquoi votre fille est muette…

dimanche, février 5th, 2012

Suite à l’excellent billet de Lucien sur le « burn out » des enseignants,
Épuisement professionnel des enseignants : enfin une étude !
permettez que je m’interroge un peu sur les raisons de cet épuisement ressenti par beaucoup trop de collègues : qu’est-ce qui fait qu’un enseignant « lambda » va en être atteint ?

Je me garderai bien ici de faire des comparaisons avec tel ou tel autre métier, telle ou telle autre fonction ; je me contenterai de décrire, aussi objectivement que possible, les caractéristiques de ce métier.

« Lambda », donc, débarque dans un établissement fin août ou début septembre. Avec un peu de chance, c’est un établissement « lambda », sans (trop de) problèmes particuliers. Il fait connaissance avec quelques collègues, reçoit quelques conseils ou suggestions, est initié à quelques particularités administratives ou autres. Il reçoit son emploi du temps, la liste de ses classes (oui, je parle plus facilement d’un enseignant en collège… j’en ai davantage l’expérience… mes lecteurs auront l’obligeance d’adapter pour les autres enseignants…).

Une fois qu’il sait à qui il va s’adresser, rentré chez lui, Lambda prépare ses « cours de rentrée » qui sont à la fois prise de contact, annonce du programme et de la démarche pédagogique. Ce n’est pas très facile, avec un public totalement virtuel, c’est aussi un peu angoissant : comment va-t-il être perçu des élèves ? Comment ceux-ci vont-ils le « tester » ? Quelle image veut-il donner ? Les premières prises de contact sont toujours angoissantes, même quand on est dans le même établissement depuis plusieurs années : l’alchimie d’une classe est toujours imprévisible, quelles que soient les précautions prises pour la composer. Même une classe « qui marchait bien » et qu’on a quasiment reconduite l’année suivante, peut se montrer très différente : des évolutions personnelles pendant l’été, des événements qui ont affecté tel ou telle, l’irruption d’un nouveau, la contestation de l’emploi du temps ou de la liste des professeurs…

Face à la classe, Lambda se montre sûr de lui, tente de cerner son public, répond calmement aux questions (je ne parle pas ici d’un débutant sans formation, pour qui la situation est évidemment bien pire !), expose le travail de l’année. Il essaie de retenir quelques noms, quelques réactions, repère quelques têtes « sûres » ou « à suveiller »… Puis passe à une autre classe…

A la fin de la première journée, il essaie de se faire une idée des classes vues, de la manière dont il va aborder son programme avec celle-ci ou celle-là. Il va parfois se renseigner auprès d’un collègue sur tel élève qu’il a remarqué. Et il rentre chez lui…

Les non-enseignants ont tendance à penser qu’un prof a préparé ses cours « une fois pour toutes », ou à peu près. C’est loin d’être le cas pour la grande majorité des profs ! Même si le programme n’a pas changé (et il change quasiment avec chaque nouveau ministre !), l’enseignant adapte son cours à son public : une même notion grammaticale, par exemple, vue dans deux classes de même niveau, ne sera pas forcément étudiée de la même manière. Quand il prépare son cours, l’enseignant a en tête la classe à laquelle il va s’adresser : telle notion sera trop ardue, tel exercice trop difficile (ou trop facile !), un brin d’humour sera bienvenu ici, à proscrire là… Le travail de préparation est précis et contraignant… et ne garantit malheureusement pas le succès ! Avoir passé une ou plusieurs heures à préparer un cours et faire le bilan, une fois le cours terminé, que peu d’élèves semblent avoir bien compris la notion étudiée… est non seulement vexant, mais angoissant : comment faire pour revenir sur cette notion, comment aborder à nouveau le sujet pour une meilleure réussite – et sans que les élèves aient l’impression qu’on leur rabâche la même chose ?…

C’est un métier où les constats d’échec sont fréquents : avec des élèves particuliers, bien sûr (faibles, inattentifs, contestataires…), mais aussi avec la classe, plus globalement. Et un constat d’échec oblige à une remise en question personnelle, ce qui est toujours douloureux. Avoir eu l’impression que les cours « passaient bien »… et s’apercevoir, lors d’un contrôle un peu global, que la majorité des élèves n’a rien compris… remet en cause le travail de plusieurs séances : frustrant ! Si Lambda a la chance de côtoyer un ou plusieurs collègues travaillant un peu dans le même sens, il essaiera d’en discuter avec eux. Ce n’est pas forcément possible : d’abord parce que, dans certaines matières, il est le seul de l’établissement ; ensuite, parce que les collègues de la même matière n’ont pas forcément les mêmes objectifs, les mêmes méthodes, les mêmes façons de percevoir les élèves… Si on lui répond, par exemple, « De toutes façons, ils ne fichent jamais rien ! »… Lambda n’est pas beaucoup plus avancé…

En dehors des strictes questions pédagogiques, se posent aussi des questions relationnelles, avec tel ou tel élève, avec telle ou telle classe… Un conflit avec une classe est une situation extrêmement pénible : si on ne parvient pas à le désamorcer rapidement, l’hostilité va grandir et devenir un état d’esprit… Il m’est arrivé de faire appel à un collègue ou à un principal dans certains cas… Si c’est un élève particulier qui est en conflit, après tentatives personnelles de le résoudre, mieux vaut faire appel à quelqu’un d’extérieur : collègue, parent, principal…

Ces remises en question, que tout enseignant fait de lui-même, ne sont pas les seules… Des collègues, des élèves, des parents d’élèves, des principaux, des inspecteurs… peuvent aussi contester tel ou tel aspect de l’enseignement. Il faut alors répondre, expliquer, se justifier, face à des accusations plus ou moins violentes, plus ou moins acerbes. C’est très difficile, d’autant plus si l’interlocuteur est agressif… Il m’est arrivé une fois de sortir de la salle où je recevais un parent d’élève, tant la discussion tournait à l’agression systématique… Garder son calme quand l’interlocuteur vous accuse d’incompétence est un exercice qui fait vite monter la tension !

Tout cela, c’est l’ordinaire « normal » d’un enseignant… A quoi il faut ajouter les remises en question « politiques » (les enseignants n’apprennent plus rien aux élèves, ne sont pas fichus de faire respecter la discipline, et autres critiques de ce genre émises par des personnalités diverses), reprises évidemment par les média… et donc par le public (les enseignants sont bien payés pour ne pas faire grand chose… Ils travaillent 18 heures par semaine…). A quoi il faut ajouter les réformes, la diminution drastique de la « formation continue », la disparition de la formation initiale, les exigences de plus en plus nombreuses quant aux « tâches annexes » (entre autres, de plus en plus de choses à rentrer dans les ordinateurs !), les menaces pesant sur la profession (accroissement du nombre d’élèves par classe, « assouplissement » de la carte scolaire, regroupement d’établissements, et j’en passe !)…

Il y a des enseignants qui craquent ou sont près de craquer ? Je m’étonne qu’il n’y en ait pas davantage…

Travail de groupes (suite de suite)

jeudi, novembre 18th, 2010

Une des questions qui se posent quand on veut organiser un travail de groupes est la formation des dits groupes…

Je l’ai déjà dit : j’ai le plus souvent laissé les groupes se constituer par affinités. Cela se discute, évidemment…

Les avantages sont réels : les élèves se connaissent, ont un « langage commun », et ne perdent donc pas de temps à « s’apprivoiser », ce qui est le cas des groupes formés par l’enseignant. Comme chacun le sait, une classe est rarement (n’est jamais ?) un ensemble d’enfants ou d’ados ravis de tous se retrouver là (sauf, éventuellement, pour faire « des bêtises »… et encore !). Une classe, comme n’importe quel rassemblement fortuit d’individus adultes, se constitue rapidement en petits clans, plus ou moins fermés, plus ou moins opposés les uns aux autres, plus ou moins à l’écoute d’un éventuel « leader ». L’enseignant sent parfois ces courants d’amitié ou d’inimitié qui traversent sa classe ; il est loin de tous les appréhender, et découvre parfois tardivement que tel et tel élèves se détestent cordialement, bien que rien dans leur comportement en classe n’ait pu le faire soupçonner.

En 6ème, les élèves se regroupent plus ou moins selon leur école primaire d’origine : ils se connaissent, font parfois le trajet ensemble jusqu’au collège. Cependant, ils en restent rarement là, et sont très réceptifs les uns aux autres. Très changeants aussi : les « amitiés » se font et se défont à grande vitesse.

Cette « ouverture » se réduit au fil des années : les élèves se sont adaptés au collège, ils prennent de l’assurance, tant par rapport à eux-mêmes qu’à leurs camarades ou aux profs. Leur but n’est plus de s’adapter à un monde nouveau, mais de constituer des « cocons » où ils se sentiront bien. Les « cocons » sont rarement mixtes et, en 4ème-3ème, restent le plus souvent assez stables. Alors qu’en 6ème je n’ai pas souvenir de groupes de travail identiques d’un trimestre à l’autre, en 4ème-3ème, j’ai souvent vu des groupes constitués du début à la fin de l’année.

Laisser les élèves se grouper par affinités permet donc d’économiser un temps d’apprentissage du fonctionnement des autres. Cela risque évidemment aussi de transformer le travail proposé en bavardages et récits personnels n’ayant rien à voir avec le projet ! A l’enseignant de repérer ces groupes de « bavards » pour les visiter plus souvent et leur rappeler la tâche à accomplir… Éventuellement, pour un travail sur plusieurs séances, prévoir des « échéances » de travaux partiels à rendre.

J’ai déjà dit que j’autorisais la formation de groupes de 2 à 4 élèves. Si le travail me semble trop important pour 2, je préviens les élèves, mais les laisse libres. 3 ou 4 sont de bons chiffres : si un ou deux élèves posent problème au groupe, celui-ci a vite fait d’exclure le(s) fautif(s). A 5, je l’ai remarqué, il y a souvent 2 élèves qui bavardent et 3 qui travaillent (rarement l’inverse, mais cela arrive) : le rapport de forces ne permet pas l’exclusion ou la dissolution spontanée du groupe ; le groupe travaille donc de façon bancale, les 2 bavards étant parfois 3, et pas toujours les mêmes. Le groupe se trouve tiraillé entre le travail à fournir et l’envie de discuter… La qualité du travail s’en ressent…

Évidemment, la constitution des groupes de travail ne se passe pas sans anicroches : si un « cocon » de 6 élèves peut se fragmenter en 2 groupes de 3, le « cocon » de 5 en est réduit à former un trio et un duo… voire à « adopter » un ou deux autres élèves, ou à exclure un membre qui doit aller se grouper avec d’autres… Il y a souvent aussi le problème des élèves isolés, qui restent à leur place pendant que les autres tentent de former des groupes… et qu’il faut « caser » ensuite… A l’enseignant de trouver où insérer ce « solitaire » de la meilleure façon possible… compte tenu du statut particulier de ce « solitaire » (parfois un enfant proche de l’autisme, ou d’une timidité maladive, ou ayant des rapports très problématiques avec les autres…).

Je ne me souviens que d’une fois où j’avais constitué un « groupe de niveau » (ce qui ne veut pas dire que je n’en ai pas fait d’autres). J’avais une bonne classe de 6ème et, parmi les bons, quelques très bons… Ils devaient étudier une série de BD au choix (Tintin, les Schtroumpfs, Lucky Luke…)… et j’avais aussi envie d’en plonger certains dans Philémon, que j’appréciais (et apprécie toujours !) particulièrement… J’ai donc demandé à ces « très bons » s’ils acceptaient de travailler ensemble (ce qu’ils ne faisaient pas d’ordinaire) sur cette BD qu’ils ne connaissaient pas. Ils ont accepté et ont fourni un travail d’une grande qualité… damant le pion aux profs qui, parallèlement (et pour leur propre plaisir !), faisaient cette étude… Nous n’avions en effet pas vu ce qu’ils avaient trouvé : que le personnage de Philémon avait un visage particulièrement neutre, ce qui lui permettait d’être à sa place dans le monde « réel » et dans celui des lettres de l’océan Atlantique…

En général, comme je l’ai déjà dit, j’ai évité de « classer » visiblement les élèves selon leur niveau. Que la classe prenne conscience (forcément !) qu’Untel ou Unetelle a souvent les meilleurs résultats est inévitable ; que l’enseignant « en rajoute » en groupant les élèves de telle ou telle façon me paraît aussi dommageable pour les « bons » (les « intellos ») que pour les « mauvais » (les « nuls »)… et pour les « moyens », qui se demandent s’ils existent vraiment…

Par contre, il m’est souvent arrivé de conseiller à un groupe de choisir, parmi les thèmes proposés, un sujet d’étude plus approprié – me semblait-il – à leur « niveau ». Conseil qui n’avait évidemment pas force de loi ! Si un groupe d’élève « faibles » avait envie de se battre avec un sujet que je leur disais « difficile », c’était leur droit !

C’est vrai, le travail de groupes n’est pas simple à gérer… et j’avais assez peu l’occasion de m’asseoir pendant les 2 heures que duraient généralement les séances… mais les résultats (tant du point de vue du travail effectué que du point de vue de l’ambiance de la classe et des rapports prof-élèves) m’ont toujours paru en valoir la peine…

Le bien fait n’est jamais perdu…

mardi, octobre 26th, 2010

Proverbe revisité en guise de titre, pour vous parler d’un coup de téléphone reçu avant-hier (non, ça n’a pas fait mal !).

Donc, un « ancien élève » (79-80 !) m’appelle : il m’appelle de temps en temps, est venu chez moi il y a 2 ans… et était un élément de cette fameuse 3 C dont j’ai déjà parlé.

Échange de nouvelles, puis de souvenirs. Celui-là, entre autres. Que j’essaie de retranscrire à peu près (je n’enregistre pas mes communications téléphoniques !)…

« Tu nous avais dit qu’en seconde, les profs nous feraient cours, sans nous dire de prendre des notes, ce serait à nous de les prendre. Donc, un jour, tu nous avertis que tu vas nous faire un cours, que nous devrons prendre en notes. Après quoi, nous aurons à faire une rédaction à partir de ces notes. C’était sur la sorcellerie…

J’étais plutôt bavard, et j’ai pris des notes, mais j’ai aussi bavardé avec Laurent, mon voisin. Et, une fois à la maison, pour faire mon devoir, j’étais assez embêté. Je suis allé chez mon oncle, qui m’a sorti des livres sur la sorcellerie, et j’ai beaucoup travaillé pour ce devoir. Vu le temps passé, et le travail fourni, j’espérais avoir une bonne note !

Et voilà le jour où tu nous rends les devoirs… Tu expliques que tu commences par les meilleures notes, pour finir par les moins bonnes. Il y avait 3 notes : une pour la prise de notes, une pour l’orthographe, je crois, et la 3ème… je ne sais plus [vraisemblablement pour style et vocabulaire].

Et ça commence… Pas de surprise pour les meilleures notes… mais j’espérais vraiment en avoir une bonne ! Un peu déçu d’entendre les notes défiler sans moi… Quand tu es arrivé à la moyenne, j’ai un peu paniqué : non ! ce n’était pas possible ! Avec tout le boulot que j’avais fait, je ne pouvais tout de même pas avoir moins de 10 !

Et ça continue…

Tous les devoirs ont été rendus… sauf le mien !

Et toi : « Maintenant, je vais rendre un devoir vraiment excellent… Celui de Franck ! »

Mon cœur a fait un bond ! Je crois que mes notes étaient 19, 17 et 17 ! Tu n’imagines pas comment j’étais content ! Je n’ai jamais oublié… »

***

Moi, si, évidemment… Mais je vous jure, cet homme de 45 ans au bout du fil… il avait à nouveau 15 ans, toute son émotion intacte comme au premier jour !

***

Parfois, cela fait peur, quand on songe à la responsabilité qu’on peut avoir, en tant que prof, sur une jeune existence…

Lettre aux nouveaux Capesiens

lundi, juillet 26th, 2010

Vous venez d’avoir votre CAPES, qui vous ouvre la porte de l’Éducation Nationale, et vous avez fêté comme il se doit cette réussite.

Malgré tout, une vague inquiétude vous taraude : où allez-vous « tomber » ? Quel genre d’établissement ? Quels niveaux de classes ? Quand, comment, allez-vous pouvoir préparer cette rentrée qui vous met, théoriquement, au même niveau que des profs qui enseignent depuis 10, 20, 30 ans ou plus ?

Vous entrez dans un métier qui, à mon humble avis, est un des plus beaux du monde : à vous échoit la responsabilité de former – en partie, certes – les adultes de demain. Noble tâche et lourde responsabilité. Métier passionnant et difficile, qui vous oblige à vous remettre sans cesse en question : votre pédagogie, bien sûr, mais aussi vos façons de réagir, de comprendre, d’appréhender les choses et les gens.

Permettez à une « jeune » retraitée de vous indiquer quelques pistes pour cette première rentrée…

Je regrette infiniment qu’on vous « lâche » ainsi dans un métier difficile sans aucune formation. Vous aussi, sans doute. Mais vous allez être obligés de « faire avec »… ou plutôt : de « faire sans »…

Le plus important, à mon avis : vous n’êtes pas seuls. Dans votre établissement, il y aura forcément, comme partout, des collègues sympathiques qui seront prêts à vous épauler, tuteurs ou non. A vous prêter des cours, des livres, des fiches ; à vous conseiller telle ou telle progression ; à vous mettre en garde contre tel ou tel élève, telle ou telle classe ; à vous écouter et à répondre à vos interrogations. Certes, comme partout aussi, vous croiserez des « tontons ronchons » et des « taties hargneuses » qui serreront contre eux leurs précieuses préparations et refuseront de vous les montrer. D’après mon expérience, ils ne sont qu’une petite minorité, et vous pourrez trouver assez facilement de vrais interlocuteurs.

Ne craignez surtout pas de faire appel à vos collègues : ils savent dans quelles conditions vous débarquez, ils sont pleins de bonne volonté à votre égard. Tentez de repérer assez vite les collègues « positifs » (ceux qui passent leur temps à se plaindre des élèves, de la « baisse de niveau » et autres choses de ce genre risquent de vous donner une image assez décourageante de votre métier tout neuf… je vous conseillerais plutôt de les fuir !) : n’hésitez pas à leur parler de toute difficulté, même minime, que vous rencontrez dans vos classes. Car notre métier est loin d’être un long fleuve tranquille… Il va falloir faire face à des classes, certes, à des cours d’une matière que vous maîtrisez… mais pas forcément au niveau auquel vous allez l’enseigner… et à mille petits « problèmes » tels que l’insolence, l’élève qui bavarde constamment, celui qui interrompt le cours, celui qui fait autre chose, etc.. Vous trouverez parfois « instinctivement » la « bonne » façon de répondre ; parfois non, et il sera alors important d’en parler avec des collègues pour chercher les meilleures réponses possibles.

Les élèves sont un peuple changeant : vous aurez parfois l’impression de ne pas reconnaître votre classe… Parce qu’ils sortent d’un cours difficile, qu’ils ont eu une sale note, que l’un d’entre eux a un « vrai » problème, qu’une bagarre a eu lieu dans la cour, qu’ils se sont couchés tard la veille… ou pour n’importe quelle autre raison que vous ne connaîtrez peut-être jamais. Pris individuellement, c’est pareil : le « cancre » se révélera peut-être très actif un jour, et le « bon élève » maussade ou endormi…

N’oubliez jamais : tels qu’ils sont, dans leurs constantes et leurs imprévisibles réactions, ce sont des personnes. Comme vous et moi. Plus jeunes, certes, plus « fous », plus immatures, mais des personnes. Et ils apprécieront grandement que vous en teniez compte.

Vous jouirez au départ d’une aura favorable : les ados aiment les profs jeunes, dont ils se sentent plus proches. Ils voudront vous séduire, chacun à sa façon. Cela ne les empêchera nullement de vous « tester », comme ils testent systématiquement tout prof qu’ils n’ont jamais eu en cours : il s’agit pour eux de voir jusqu’où ils peuvent aller, quand et comment le prof établit son autorité. L’autorité, ce n’est pas un coup de poing sur la table ou une « gueulante », c’est simplement la conscience des limites à ne pas dépasser dans la relation prof-élèves. Pas de règles là-dessus, sinon, évidemment, d’éviter le ton copain-copain, qui fausse totalement le rapport prof-élève. Vous êtes une personne, ils sont des personnes, et c’est à vous, parce qu’adulte, d’établir la « distance raisonnable » entre eux et vous.

On dit souvent : au début, il faut être sévère, quitte à lâcher du lest ensuite. Oui et non : si les élèves veulent vous séduire… vous aussi, voulez les séduire ! Et ce n’est pas en revêtant l’armure du prof sévère que vous allez y parvenir… du moins pas dans l’immédiat. Mais, dès la première heure, il est important que les rôles respectifs soient fixés. Des profs, il y en a de toutes sortes : chacun fait en fonction de son caractère, de sa personnalité. Vous évoluerez sans doute beaucoup au cours de cette première année, selon les réactions que vous rencontrerez.

On dit aussi : la première heure avec une classe détermine toute l’année. Heureusement, ce n’est pas vrai, et si votre première heure ne s’est pas déroulée comme vous le souhaitiez, vous aurez pas mal d’heures ensuite pour établir un rapport satisfaisant avec votre classe ! D’autant que, évidemment, vous serez fragilisé par votre « première première heure »… qui risque de ne pas se passer comme vous la rêviez…

Les enfants, et encore plus les ados, sont très réceptifs à l’état mental des adultes, surtout si lesdits adultes ont autorité sur eux (parents, profs,…) : instinctivement, ils cherchent « la faille »… parce qu’ils craignent de la trouver… Vous avez entendu parler de profs dépressifs qui se font chahuter, par exemple : ce n’est pas cruauté de leur part, c’est qu’ils ne supportent pas que l’adulte soit faillible, qu’il ne soit pas le mur contre lequel s’appuyer. Vous ferez sans doute, un jour ou l’autre, l’expérience d’un cours alors que vous êtes fatigué ou enrhumé ou soucieux : souvent, les élèves sont alors beaucoup plus agités, bavards, énervés ; ils réagissent « agressivement » à votre état… parce qu’ils ne se sentent plus dans la même « sécurité » que d’ordinaire…

Quand je parle d’adulte « faillible », j’entends bien sûr au niveau « mental ». Les élèves acceptent parfaitement que vous ignoriez telle ou telle chose, ou que vous ayez recours au dictionnaire pour vérifier l’orthographe d’un mot… sauf, évidemment, si vous avez voulu imposer l’image du prof infaillible… auquel cas ils vont chercher tous les moyens de vous mettre en échec : ils savent bien que tout le monde, même les profs, peuvent se tromper ou ignorer quelque chose. Si vous commencez un cours en disant, le plus « naturellement » possible : « J’ai fait une erreur au dernier cours , nous allons rectifier… », ils sauront apprécier votre honnêteté intellectuelle.

Encore une fois : n’hésitez pas à parler à des collègues des problèmes rencontrés, des questions que vous vous posez. Jusqu’à ma dernière année, j’ai pu ainsi trouver des réponses plus adaptées que celles que j’avais tentées ; réfléchir ensemble à une question permet de voir des aspects qu’on avait négligés… Sans compter que c’est tout de même rassurant de voir que d’autres ont – ou ont rencontré – des problèmes similaires…

Je vous souhaite de bonnes vacances, une bonne rentrée… et longue vie dans ce métier que vous avez choisi !

Pas d’appel hier…

samedi, juin 19th, 2010

Je n’ai pas fait l’appel hier…

Et je ne le ferai plus, ni demain, ni un autre jour…

Non, non, pas de nostalgie soudaine, juste une association d’idées : « l’appel », pour un prof, ce n’est – a priori – pas celui du 18 juin, mais celui qu’il pratique – plus ou moins régulièrement – dans ses classes…

Pour moi, l’appel a toujours été limité aux premières semaines de cours : il est alors non seulement systématique, mais encore répétitif : il s’agit que j’associe chaque tête à un nom – ou au moins un prénom. Cent dix têtes en moyenne, généralement inconnues. Parfois, j’ai retrouvé un frère ou une sœur d’un « ancien », ce qui favorise la mémorisation… et me permet d’avoir des « nouvelles » dudit ancien… (Les dernières années, il m’est même arrivé d’avoir le fils ou le neveu d’un « ancien »…) Le premier appel est donc une prise de contact (préalablement, je me suis présentée, ai écrit mes nom et prénom au tableau… ce qui n’a jamais empêché tel ou tel élève, des mois plus tard, de « découvrir » triomphalement mon prénom, pêché à je ne sais quelle source de renseignements…

Au cours de cette première heure, tandis que les élèves remplissent la fiche que je leur ai distribuée, je reprends ma liste et tente de retrouver certaines têtes. Mes erreurs, mes oublis, les amusent. Ils tentent même parfois de m’induire en erreur. Quand j’ai réussi à mémoriser la majeure partie de la classe, je tente, liste en main toujours, de les appeler rangée par rangée, et non plus par ordre alphabétique. Encore plus d’erreurs et d’oublis, évidemment… A la fin de la première heure, j’ai procédé ainsi à 5 « appels » au moins… tout en sachant très bien que j’en aurai oublié beaucoup d’ici la prochaine heure… car je vais voir ensuite une nouvelle classe, et recommencer la procédure ! Parfois, il se passe plusieurs jours entre la première prise de contact et le cours suivant… auquel cas tout est à refaire, ou presque…

Les dernières années, j’avais demandé aux élèves de conserver les mêmes places pendant les 3 premières semaines… cela aide pour la mémorisation… mais n’est pas toujours évident : la disposition des salles de classe change…

(J’ai toujours laissé mes élèves libres de se placer où ils voulaient ; il a dû m’arriver 2 fois en 40 ans de les « placer », pour des raisons de fonctionnement difficile. Ma « théorie » est qu’un élève travaille mieux – parce qu’il se sent mieux – s’il est à côté d’un copain ou d’une copine ; évidemment, il risque aussi davantage de bavarder… mais bon, je me sentais capable d’assumer ce « risque ». Par contre, comme il m’arrivait assez souvent de leur demander un travail où ils pouvaient échanger avec le voisin, ce travail me semblait plus productif s’ils avaient choisi leur voisin…)

Au bout de 3 semaines, l’essentiel est fait… même si j’ai encore des hésitations sur le patronyme des 3 Stéphane ou Marine…

C’est un peu fastidieux… mais j’étais récompensée par le regard lumineux de l’élève que j’avais appelé par son prénom : très important pour eux d’être « reconnu », de sortir de l’anonymat…

Passées ces 2 ou 3 semaines, plus besoin de faire l’appel : un rapide coup d’œil me permettait de noter l’absence de tel ou telle (même s’il m’est arrivé d’en « zapper » une…). Je me trompais encore parfois, certes (sans compter que j’ai eu des difficultés avec des jumeaux ou jumelles que je distinguais mal… surtout quand je n’en avais qu’un ou une en face de moi…), mais cela de tirait pas à conséquence : les élèves s’en amusaient plutôt : « Vous vous êtes encore trompée, Madame ! »

Et j’avoue que je restais un peu interloquée, au conseil de classe, quand tel ou tel prof – qui n’avait pas plus d’élèves que moi – avait besoin de la photo des élèves pour savoir de qui on parlait…

Avoir la foi…

mardi, juillet 28th, 2009

Le commentaire de Frédérique, posté hier, me fait réfléchir (outre qu’il me cause un très grand plaisir !) :

« merci seulement d’avoir cru en nous quand tous laissait penser le contraire!!! »

Oui, c’est vrai, au plus loin que je remonte dans ma vie de prof, j’ai toujours eu – et conservé – la foi !

Au point que j’ai du mal à comprendre les enseignants qui ne l’ont pas, cette foi ! Pour moi, c’est une composante fondamentale du métier…

Peut-être en ai-je hérité de par mon éducation catholique ? A moins que je ne l’ai bue au biberon dans ma famille ?

En tous cas, il me paraît évident que c’est une de mes constantes !

D’abord, bien sûr, la foi en mon métier : enseigner, c’est croire que l’on peut apporter des « choses » à des élèves : connaissances, méthodes, mais aussi ouvertures sur le monde, la vie, les autres. Je repense à cette collègue qui m’assénait : « L’orthographe, c’est inné ! ». Avec ce genre de pensée, j’aurais vite arrêté de « faire de l’orthographe » ! Je ne comprends même pas comment cette collègue a pu enseigner quelque chose de si totalement inutile…

Non, pour moi, être prof, c’est croire fondamentalement qu’on peut changer les choses, les faire évoluer. Ne jamais se décourager devant les échecs, quels qu’ils soient, mais toujours essayer d’y réfléchir, d’imaginer leurs raisons, et d’envisager des réponses possibles. Reprendre les cours, les contrôles, les exercices, de façon à les améliorer.

C’est d’ailleurs une des grandes chances de ce métier : attaquer à chaque rentrée de nouvelles classes, c’est pouvoir améliorer ce qu’on a fait l’année précédente, ou les années précédentes : tenter de comprendre ses erreurs (quand toute une classe « se plante » à un contrôle… il y a des chances pour que le prof soit en cause !) et d’y remédier…

Et, bien sûr, corollaire évident de cette foi dans le métier : la foi dans les enfants !

Car, si je pense que mon métier est d’apporter des « choses » aux élèves qui me sont confiés… il faut bien que je croie en la possibilité pour ces élèves d’apprendre, de changer, de se développer, d’évoluer !

Pour TOUS les élèves !

Il est très gratifiant de voir quelques élèves – les « bons » – répondre à nos attentes: ils écoutent, répondent, apprennent, ont de bonnes notes… et nous donnent l’impression d’être « de bons profs »… Des miroirs déformants… mais embellissants, en quelque sorte !

Mais ils ne représentent généralement qu’une très petite fraction d’une classe… Et, effectivement, se pose alors la question : est-ce que je m’arrête à ce miroir (je suis un bon prof… et les élèves qui ne répondent pas à mes attentes sont de « mauvais élèves », indignes de mon attention) ? ou est-ce que je travaille pour que tous ces « autres élèves » progressent eux aussi, à leur manière et à leur rythme ? Si j’y arrive, peut-être alors – et alors seulement – serai-je « un bon prof »…

Ces enfants, ces ados que j’ai devant moi sont en plein développement. Nul ne peut prévoir avec certitude leur devenir, même pas eux, même pas leurs parents. TOUT est possible, à cet âge, rien n’est joué. C’est parce que j’en suis intimement persuadée que je peux tenter de les en persuader. Car l’élève « en échec constant » a généralement une piètre idée de lui-même et de ses possibilités : la première chose à faire est donc de lui redonner confiance en ses capacités. Confiance fluctuante, évidemment – il a déjà un lourd passif, et se décourage à la première difficulté -, mais confiance quand même, pour qu’il enregistre quelques réussites qui le remonteront dans sa propre estime.

J’en ai eu, de ces élèves en échec scolaire, déçus, découragés, passant leurs cours à dessiner, bricoler… ou embêter les voisins (voire la classe et le prof !). Cette année encore, mon zozo de 3ème… Mais il lui est arrivé plusieurs fois, quand par hasard il entendait une question que j’avais posée et y réfléchissait un peu, de donner la réponse juste : « Vous avez vu, madame ! ». Et de se retourner vers la classe, triomphant…

Ces petites « reconnaissances » ne vont sans doute pas modifier l’orientation scolaire de ces élèves… mais je crois (oui, je crois…) qu’elles modifient leur perception d’eux-mêmes, et qu’elles leur redonnent quelques forces pour l’avenir…

Quant à la plus grande partie d’une classe, généralement « moyenne », elle est bien évidemment aussi susceptible de s’améliorer ! L’élève « moyen » (qui n’est d’ailleurs pas forcément « moyen » dans toutes les matières – d’où le grand intérêt de la discussion avec les collègues sur tel ou tel élève…) peut aussi se révéler « bon » dans tel ou tel type de travail. D’où aussi l’intérêt de varier les approches : l’enseignement du Français est un vrai « cadeau » pour cela, avec ses différentes composantes…

Je me souviens de cette élève de 4ème, aux résultats « moyens-médiocres », qui a joué un rôle important dans Le Bal des voleurs, d’Anouilh : au début, elle apprenait certes son texte, mais le récitait… comme une récitation, justement ! Le jour du spectacle, elle « crevait les planches », et a été la plus remarquée ! Cela n’a pas changé son avenir scolaire… mais je reste persuadée que cela a beaucoup changé sa manière de se percevoir elle-même !

Non, je ne suis pas magicienne, je n’ai jamais transformé un élève « mauvais » ou « moyen » en « bon » (enfin, je crois…). Mais j’espère avoir donné à quelques-uns les moyens de croire en eux-mêmes…

Une simple question de foi…

Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ?

samedi, juin 27th, 2009

Jeudi matin, quand chaque élève de 5ème a eu dit « une chose qu’il avait apprise cette année » (dans les heures de Français, évidemment !), une élève a posé cette question :

« Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ? »

Ce n’est pas la réciproque de ma question, vous l’avez sans doute remarqué : je n’avais pas demandé « qu’est-ce que JE vous ai appris ? »…

J’ai bredouillé je ne sais quoi, sans doute qu’il était l’heure de ranger la salle… ou bien les autres élèves ont couvert ma voix… Toujours est-il que je n’ai PAS répondu… à cette très pertinente question !

Qu’est-ce qu’ils m’ont appris, mes élèves ?

Hors de question de détailler, évidemment : j’en serais tout à fait incapable !

Mais : oui, c’est évident, mes élèves m’ont beaucoup appris !

Et tout d’abord qu’ils avaient, comme moi, leur famille, leurs amis, leurs soucis, leurs rêves, leurs jeux, leurs ennuis… et même leurs moments de paresse, de vague à l’âme, d’envie de dormir, de s’amuser…

Et donc, qu’ils étaient tous différents, même si je pouvais faire des regroupements par « niveaux » ou quoi que ce soit d’autre. Qu’aucune « étiquette » ne pouvait en résumer un seul.

Que donc, chacun attendait de moi quelque chose, qui n’était pas forcément exactement la même chose que le voisin…

Au fil des ans, ils m’ont appris à comprendre les « blocages » qui pouvaient survenir… et à les aider (pas les blocages : les élèves !).

Ils m’ont appris (oh combien !) la patience…

Ils m’ont appris, par leurs réflexions, leurs résultats, à peaufiner mes cours… et mes contrôles !

Ils m’ont appris à les aborder chaque jour d’un oeil « neuf », débarrassé des problèmes qui avaient pu surgir la veille (sauf quand il y avait besoin de revenir sur ces problèmes !).

Ils m’ont appris à ne pas leur tenir rancune, que ce soit pour leur comportement, pour leurs silences, leurs bavardages… ou leurs mauvais résultats.

Ils m’ont appris à écouter, vraiment, ce qu’ils avaient à me dire, sur leur histoire personnelle ou sur leurs apprentissages.

Ils m’ont appris à « tenir mes distances »… et en même temps, à prendre en compte leur demande de « complicité » (en tout bien tout honneur, cela va sans dire !).

Ils m’ont appris…

Ils m’ont appris tant de choses !

Ils m’ont appris à être prof… et, finalement… à être moi…

A tous mes élèves, ceux de cette année comme ceux de la lointaine année 1969-70, et à tous ceux que j’ai croisés entre ces deux années frontières :

MERCI !

Quelques fleurs…

vendredi, juin 5th, 2009

C’est bientôt mon anniversaire, alors permettez-moi de me jeter quelques fleurs…

J’espère que vous ne tenez pas ce blog pour la Vérité Pédagogique descendue sur Terre, et que vous ne me prenez pas pour SuperProf… Des erreurs, j’en ai commis, et j’en commets encore… comme, je pense, tous ceux qui travaillent sur/avec « la matière humaine »…

(Je ne regarde pas la télé… mais je lis les commentaires dans mon magazine. Dans celui évoquant le documentaire « Déni de grossesse », la journaliste évoque cette jeune femme entrée un jour à l’hôpital à cause de violentes douleurs : deux médecins diagnostiquent des coliques néphrétiques… mais c’est le 3ème qui a raison : la « colique néphrétique » est une petite fille d’aujourd’hui 5 ans… Remarquez, dans ma famille, il y a un « fibrome » qui doit avoir dépassé les 50 ans…)

Donc, même si j’essaie, le plus souvent, de « faire pour le mieux », conformément à ce que je pense, je ne suis pas pour autant sûre de le faire… Comme je l’ai déjà dit, j’essaie de ne jamais oublier que j’ai des personnes en face de moi. Mais je n’ai évidemment aucune prise sur ce que ressentent les élèves…

Parfois, je vois bien que « le courant passe », et j’en suis heureuse : avec cette classe-là, je peux aller plus loin, leur demander des choses plus difficiles. Parfois, le courant ne passe pas, et je bataille toute l’année pour réveiller une classe endormie. Enfin, il arrive aussi que la classe me soit sourdement hostile… C’est le plus dur. Après avoir tenté toutes les manières d’entrer en dialogue, d’éclaircir les éventuels malentendus, il me faut conduire cette classe et ses récalcitrants vers les objectifs fixés, malgré la mauvaise volonté évidente…

C’est dans une classe de ce genre qu’était « Carole » (ce n’est pas son prénom), qui m’a écrit en octobre, via Copains d’avant.

Une classe que j’avais presque oubliée… parce que je préfère en général évacuer les mauvais souvenirs. Et c’en était un !

Je n’ai plus en tête la composition exacte de la classe, mais je sais qu’une bonne partie des élèves venaient de la même 4ème, avec laquelle j’avais monté une série de sketches (écrits par les élèves) sur le thème de la médecine. Une 4ème qui « marchait bien », donc, vu le temps et l’énergie que demande ce genre de projet. J’étais évidemment heureuse de les retrouver en 3ème… mais ai vite déchanté : le courant ne passait plus avec mes « anciens » (et plus particulièrement quelques « anciennes », qui utilisèrent surtout leurs capacités à « faire du mauvais esprit », comme on dit…), et je ne réussis pas non plus l’accroche avec les nouveaux… Tous les profs – sauf un – rencontraient les mêmes difficultés que moi… mais les petit(e)s futé(e)s arguaient que, justement, si ça marchait bien avec tel prof, ça prouvait que ce n’étaient pas les élèves qui étaient en cause…

Et donc, voici qu’en octobre surgit de ce passé « presque oublié » d’il y a une douzaine d’années, Carole. Qui m’écrit alors :

Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi : vous avez été ma professeur il y a quelques années à []. Il me semble que j’aie été suffisamment détestable pour que ce soit le cas…!

Moi, je fais partie de ceux que vous avez marqué. Oui, par vos tenues, et par votre personnalité. Par votre différence avec certains autres profs, dont on ne sentait pas de réel engagement avec nous, dans cette classe, avec K J, G L, N D, …. que j’imagine, on a dû qualifier de difficile, peut-être… A cette époque, je vous l’avoue, je ne vous aimais pas. Mais, je m’en suis rendue compte plus tard, c’est car je me le refusais… car je n’arrivais pas à vous faire face. J’adorais le français, mais j’adorais encore plus mes copains, et je ne me donnais pas les moyens de réussir. Disons que je préférais ne rien faire, plutôt que risquer de me planter…. Et j’avais la sensation que malgré tout, vous croyiez en nous, et que l’on vous décevait.

J’ai reçu un certain nombre de messages d’anciens élèves, à cette époque. Mais j’ose avouer que c’est celui qui m’a le plus touchée. J’avais tellement eu l’impression d’un échec, avec cette classe (même si la plus grande partie avait « scolairement » assuré le minimum), que j’étais – que je suis encore – sous le choc : malgré tout, j’avais quand même réussi à faire passer quelque chose…

Dans un courriel plus récent, Carole me lance à nouveau quelques fleurs :

Je pourrais résumer en disant que, par définition, l’homme a tendance à être un peu con entre 12 et 18 ans, que le rôle des enseignants (entre autres) est le tirer de là le plus vite possible, et que beaucoup ne le tentent pas. Vous, si. Et ceux qui sont passés dans votre classe se sont certainement dit, à un moment où à un autre, « Je compte, je suis quelqu’un ». C’est important.

Je n’oserais espérer que Carole a raison dans ces deux dernières phrases.

Mais, de tout cœur, je le souhaite…

Merci, « Carole » !

Débattons… du débat

vendredi, mai 29th, 2009

Eh bien, c’est un vrai débat, qui s’engage sur… les débats !

Est-il besoin de rappeler que mon vécu de prof n’est en rien un « modèle », et que, s’il me correspond, il ne correspond pas forcément à d’autres profs ?

Laura évoque l’enseignement dans l’antiquité grecque… mais ma formation est toute autre ! J’ai été formée, comme je l’ai dit au début de ce blog, par une conception « humaine » de l’enfant (l’enfant est une personne), par mai 68 (que je ne rejette absolument pas !) et par une MJC qui avait pour objectif l’éducation populaire, et ouvrait même son conseil d’administration à des ados.

Ma conception de l’enseignement découle de cette formation particulière. J’ai, certes, une « matière » à enseigner. Mais cette « matière » consiste surtout à développer la réflexion des élèves, que ce soit à partir d’un texte, d’une fonction grammaticale ou d’une règle d’orthographe. Et pour qu’ils puissent réfléchir… il faut bien leur donner la parole ! Si je suis seule à parler, il y a fort à parier que 25 élèves au moins vont perdre le fil… et avoir tout oublié à la fin de l’heure !

Ceci dit, pour en revenir aux « débats », je ne pense pas en avoir jamais organisé avant la 4ème, et ils « collent » particulièrement avec le programme de 3ème, où l’on travaille l’argumentation (je sais, maintenant, on doit parler du « discours argumentatif » dès la 6ème… mais… je trouve que c’est « un peu » tôt…). Et, bien sûr, cela exige certaines « qualités » de la part de la classe : si les élèves forment des « clans » étanches, s’ils ne s’écoutent pas, s’ils dénigrent systématiquement tel ou telle dès qu’il (elle) ouvre la bouche… inutile de tenter le débat !

Enfin, le but du débat n’est pas que l’élève ressorte avec une idée claire, toute faite, sur un sujet ; il est que l’élève apprenne à exprimer une opinion, à l’argumenter, à écouter l’opinion des autres, leurs arguments, à y répondre éventuellement. Ils en ressortiront avec les mêmes idées qu’en y entrant ? Peut-être… mais ils auront entendu d’autres avis, d’autres arguments, qui leur auront donné à réfléchir. Parfois, ils auront aussi entendu le vécu de certains camarades : je pense entre autres à cette classe de 3ème où nous avons beaucoup débattu, et où les élèves s’impliquaient au point de mettre en avant leur propre expérience (pas de la peine de mort, bien sûr !), sans craindre le regard critique de leurs camarades (ni le mien !).

Par ailleurs, j’ai déjà parlé des « bilans de fin de trimestre », que j’organise systématiquement dans toutes les classes… en fin de trimestre (!). Là aussi, les tables sont en carré, et tout le monde peut prendre la parole. Ce n’est pas vraiment un débat, bien que les opinions s’affrontent parfois, mais une possibilité d’échange sur ce qui a été fait dans le trimestre, et sur ce qu’on pourrait faire au trimestre suivant. C’est le moment où certains osent dire qu’ils n’ont pas compris telle ou telle chose, que c’était trop difficile… Bien sûr, il aurait mieux valu qu’ils le disent au bon moment… mais je trouve important qu’ils le disent « trop tard » au lieu de se taire : peut-être cette parole leur donnera-t-elle le « courage », par la suite, de demander des explications ?

Mais, encore une fois, c’est mon mode de fonctionnement… Et, de même qu’on ne se moque pas d’un enfant qui trébuche, tombe, quand il apprend à marcher, je ne vois pas pourquoi on tiendrait pour négligeables les efforts que fait l’enfant, ou l’ado, pour apprendre à réfléchir… Il dit des bêtises ? Sans doute, de notre point de vue d’adulte. Mais… c’est normal, il apprend