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Réfléchissez… réfléchissons…

jeudi, mai 28th, 2009

Une petite provoc de la part d’un lecteur ? Allez, je me laisse faire, et je réponds à Brice…

1. La réflexion est quelque chose de personnel, par définition. La réflexion des autres ne peut être utile que si on ré-fléchit.

2. Pour réfléchir, il faut mettre en oeuvre des fonctions mentales complexes, qui ne se découvrent ni au berceau, ni d’un seul coup en passant à l’âge adulte. Cela s’apprend, comme marcher ou manger à la cuiller.

3. On ne peut réfléchir qu’à partir de ce qu’on sait, ou croit savoir. Autrement dit, la première phase de la réflexion n’est rien d’autre que ce qui se pense et se dit dans notre entourage.

4. Pour qu’il y ait réflexion, il faut qu’il y ait contradiction (partielle ou totale) entre deux opinions. Si tout le monde est d’accord avec moi sur un sujet, il est inutile que j’y réfléchisse davantage… A moins… à moins que je tienne habituellement pour mauvais (ou au moins sujets à caution) les avis de tout ce monde.

5. Le prof n’est pas là pour « convertir » les élèves à quelque idée que ce soit, mais pour les aider à s’ouvrir au monde (je sais, c’est un peu grandiloquent, et peut-être illusoire…).

Donc :

Que les élèves « évacuent toutes les bêtises qu’ils peuvent couver dans leur tête » est « normal » (bien que je n’aime pas ce mot…). C’est la première phase, et elle est indispensable. Le but du jeu n’est pas qu’ils pensent comme moi, mais comme eux… Ceci dit, ils ne pensent et ne disent pas tous la même chose, et ils peuvent déjà se répondre dans cette première phase… qui les amène à la seconde. Les échanges à ce niveau sont d’autant plus importants que les ados accordent beaucoup de crédit à leurs pairs… beaucoup plus qu’à leurs profs !

Je ne laisse évidemment pas mes élèves « patauger dans leur ignorance », ce serait un comble ! D’abord, une discussion, un débat, n’arrivent pas « comme ça », parce que le matin, en me lavant les dents, je me suis dit : Et tiens, si on faisait un débat ? Il y a forcément eu des lectures auparavant, textes narratifs, explicatifs, argumentatifs… extraits de romans, d’articles de journaux, que sais-je ?

Qu’est-ce que ça veut dire « expliquer vous-même un thème comme La Peine de Mort » ? Que pourrais-je bien expliquer sur ce thème ? Je ne suis ni Voltaire, ni Victor Hugo, ni Camus… et ne vois pas quelles « explications » pourraient être utiles à quiconque… Des informations, oui (d’où les articles de journaux ou les références historiques), des bases de réflexion (d’où les textes argumentatifs)… Tout ce « matériel » pouvant alors être utilisé comme argument dans la discussion.

Enfin, à chaque fois que j’ai organisé un débat dans une classe, non, « les trois-quarts [ne sont pas restés] la bouche close jusqu’à la fin de l’heure »… mais 4 ou 5, oui, sûrement ! D’abord, les tables sont alors disposées en carré, afin que chacun voie les autres ; ensuite, les élèves eux-mêmes acceptent mal les « silencieux » dans un débat, et se chargent de les interpeller. Enfin, si le sujet les intéresse, s’ils ont été assez préparés, ils ont envie de confronter leurs opinions à celles des autres.

Ai-je assez répondu à la provoc de Brice ?

Non, j’ai oublié de dire une chose : j’interviens aussi peu que possible dans le débat (sauf, évidemment, pour donner la parole et rétablir le calme, si nécessaire) et, généralement, sous forme de questions.

Quand j’étais dans le Nord, nous avions fait ainsi un débat sur ce thème de la peine de mort, dans une classe de 4ème. La discussion avait été animée, et j’étais intervenue sans doute un peu trop. Quelques élèves continuèrent à discuter avec moi après la fin du cours, et l’une d’elles me dit finalement :

« C’est pas juste, vous, vous êtes prof, vous avez les mots ».

C’était il y a plus de 30 ans, mais je n’ai jamais oublié cette réflexion, et je fais d’autant plus attention à ne pas exposer/imposer mes opinions qu’effectivement, « j’ai les mots »…

Brrbrrrbrrrr…

mardi, mai 26th, 2009

Non, non, ce n’est pas du tout que je grelotte ! D’accord, il fait nettement moins chaud qu’hier et avant-hier, mais pas de quoi grelotter !

Non, j’essayais simplement d’imiter les remarquables bruits de bouche produits par certains de mes 3èmes… Je les en ai félicités, d’ailleurs, en leur disant que justement, ce week-end, j’avais vu un bébé de 5 mois qui faisait la même chose… J’ai un peu triché, c’est vrai : Marius ne sait pas encore faire ces jolis bruits… mais il va savoir bientôt ! Et voir de grands gaillards de 15-16 ans s’exercer à faire ce que réussit très bien un bébé de 5 ou 6 mois, c’est impressionnant !

Bon. Ce n’était pas une journée faste. Et ça s’est mal terminé avec les 3èmes. J’avais pourtant réussi à ce que le zozo de service se tienne à peu près tranquille pendant le contrôle de lecture sur Zadig. Je lui ai suggéré de regarder la feuille, que nous avions vu plusieurs éléments la semaine dernière et qu’il pouvait répondre… Il a préféré dessiner, sans (trop) faire de bruit…

Correction du contrôle : beaucoup d’élèves donnent les bonnes réponses. Bien ! Si j’ai beaucoup de bonnes notes à mettre, ça me remontera le moral !

Car il est dans les chaussettes, le moral ! J’ai voulu lire avec eux le chapitre 12, assez difficile puisque comportant une discussion philosophico-religieuse… Au bout de 5 ou 6 phrases, j’ai interrompu ma lecture… qui était justement interrompue tous les 10 ou 15 mots par une réflexion à haute voix du zozo, ou de sa voisine zozote. Après quoi, s’en est mêlée la voisine zozote de la voisine zozote, j’ai ressenti une immense fatigue, je me suis assise au bureau et leur ai dit de continuer sans moi…

Zozo et zozotes ont continué leurs jeux, et c’est alors qu’un peu plus loin, un autre zozo a commencé ces jolis bruits de bouche, bientôt imité par 2, 3, 4 autres zozos…

C’est vrai, plusieurs élèves continuaient cependant à lire, et j’aurais dû en tenir compte…

Non seulement je ne l’ai pas fait, mais à la fin de l’heure, j’ai appelé les 2 déléguées pour leur dire que, dans ces conditions, je ne voyais pas bien l’utilité de leur « faire cours » : je leur distribuerai le cours, et ils se débrouilleront avec, s’ils le veulent ! L’une a protesté que « certains élèves voulaient travailler »…

Le problème, c’est que je ne les vois ni ne les entends, ces « élèves qui veulent travailler » ! Depuis le retour des vacances de printemps, j’ai une classe au mieux amorphe, au pire qui discute comme si je n’étais pas là… Si je pose une question, on me demande 3 ou 4 fois de la répéter… parce qu’on ne l’a pas entendue (conversation des voisins), pas écoutée (on pense à autre chose), pas comprise (on s’est dit que quelqu’un d’autre allait répondre, inutile de réfléchir, ça fatigue)… et qu’on l’a oubliée, à force d’inertie mentale…

Je vais donc, moi aussi, appuyer sur la touche « pause ». On verra si une amorce de réaction s’ébauche…

Qui a dit que c’était facile et reposant, le métier de prof ???

Action… Réaction ?

dimanche, mai 10th, 2009

Quand je dis « ne jamais oublier qu’on a été enfant », ce n’est évidemment pas pour faire copain-copain avec les élèves. C’est pour relativiser leurs réactions (ou leurs non-réactions, d’ailleurs !). Même si le prof a été bon élève, sage et tout et tout, il a forcément eu des moments moins lumineux quand il était en classe, ou quand il avait un devoir à faire, une leçon à apprendre. Se souvenir de ces moments-là aide à mieux comprendre le comportement des élèves. Les rapports adulte-enfant (et particulièrement prof-élève) ont peut-être changé, mais le fond reste le même. « De mon temps », jamais un élève n’aurait osé dire à un prof : « j’aime bien (ou : « je n’aime pas ») votre jupe, votre tee-shirt… ». Mais, entre élèves, nous commentions largement la tenue de tel ou tel professeur !

J’en viens justement à la fin du message de la future prof (vous vous souvenez ? J’étais partie de son blog pour lui répondre…). Je cite :

« De même il faut être sacrément habile, ne pas dire n’importe quoi, réfléchir à ce qu’on dit tout en restant spontané. Par exemple, si un élève me demande en plein cours si je suis homosexuelle, comme dans le film… c’est idiot mais je crois que je ne saurais vraiment pas quoi dire ! Et sur ce coup, le François Marin du film a très bien réagi je trouve. De même avec la fille qui vient voir François Marin à la fin de l’heure. Il lui demande de s’excuser sincèrement, elle le fait, et avant de franchir la porte, elle lui dit qu’en fait, elle ne le pensait pas du tout. Pffff, bin moi, ça m’aurait bien énervée, ça m’aurait attristée même ! Je crois que si je deviens prof (ce dont j’ai extrêmement envie mais bon…), je pleurerai toutes les deux minutes. Ça doit être émotionnellement éprouvant d’être prof. C’est comme la petite Henriette qui vient voir François Marin à la fin de l’heure du dernier jour de cours… elle était carrément trop mignonne ! J’ai trouvé le prof un peu froid et maladroit avec elle d’ailleurs. Et puis l’autre fille qui lit Platon en 4ème, ça m’aurait fait de l’effet aussi ça ! J’aurais eu du mal à ne pas le montrer. »

Il est effectivement parfois difficile de répondre à un élève qui vous tient un propos surprenant. Difficile aussi, de ne pas rougir sous le coup de la surprise, ou de l’émotion. Quant aux larmes… mieux vaut apprendre à les maîtriser !

Encore une fois, je n’ai pas vu le film (ni n’ai l’intention de le voir). Mais l’exemple proposé me fait dire qu’il est nécessaire, avant tout, de « faire le tri » : l’élève a-t-il le « droit » de me poser cette question ? Si la question s’adresse au prof, oui. Si elle s’adresse à la personne, non.

Je ne me souviens pas qu’un élève m’ait demandé si j’étais homosexuelle, mais il m’est arrivé plusieurs fois d’être interrogée sur mes préférences politiques ou religieuses. Je n’ai jamais accepté de répondre à ce genre de questions. Pas seulement à cause du « droit », du « principe de laïcité » (que je trouve éminemment respectable !), ou par peur de protestations de parents. Non : mes options (et plus encore mes options quant à ma sexualité !) me sont personnelles, elles n’ont pas à apparaître sur la scène de la classe. Si j’en fais état, je franchis une limite entre mon rôle et ma personne, et je peux alors m’attendre à d’autres questionnements, plus inquisiteurs.

Car les élèves sont curieux de la vie des profs, et c’est bien normal ! Ils questionnent, ils provoquent, ils veulent « tout savoir »… et, quand ils ne savent pas… ils inventent !

Je me souviens que, dans mon collège du Nord, une année, un collègue était arrivé, portant le même patronyme que moi… J’ai appris par la suite que les élèves nous avaient « mariés » sans problèmes !

Dernière chose : les enfants, et les ados plus particulièrement, se cherchent, cherchent des adultes « de référence ». D’où leurs provocs et leurs questionnements indiscrets. Mais, au fond d’eux-mêmes, malgré leur envie affichée d’être « copain » avec le prof, ce qu’ils veulent avant tout, c’est que le prof soit un adulte. Droit dans ses bottes ! Ils ne veulent surtout pas trouver en face d’eux les mêmes incertitudes, les mêmes hésitations, les mêmes peurs. Et ils ne le supportent pas !

J’ai déjà dit qu’un prof dépressif, par exemple, se faisait vite déborder, voire chahuter. C’est que les élèves se trouvent alors dans un état d’insécurité qu’ils ne supportent pas. Ils vont tout faire pour « faire craquer » le prof. Non parce qu’ils sont « méchants », mais parce qu’ils n’ont pas confiance, que cet adulte leur fait peur, leur renvoie une image de l’adulte qu’ils ne veulent pas connaître.

Il m’est arrivé d’être dépressive… Mais jamais d’être chahutée (vite ! je touche du bois !!!). C’est que ma dépression, je l’accrochais au porte-manteau en arrivant au collège, pour enfiler ma tenue de prof. Mieux : c’est le plus souvent grâce à mon métier que j’ai « tenu le coup », même si ma vie personnelle était alors difficile.

Alors, difficile, ce métier ?

Oui… mais tellement enrichissant (et je ne parle pas – qui l’eût cru ? – de l’aspect financier) !!!

On n’est pas seul !

vendredi, mai 8th, 2009

J’ai donné un jour à des 4èmes, avec lesquels je travaillais sur l’autobiographie, un sujet de devoir : ils devaient résumer rapidement 4 épisodes de leur vie, et terminer par une sorte de « bilan » et/ou des rêves d’avenir.

Voici le premier paragraphe du devoir d’un élève :

« Je ne suis pas né et déjà commence la lutte pour survivre. Nous sommes deux dans le ventre de maman. Deux, chacun son sac, tout est noir. C’est petit un ventre quand on est deux dedans. Tiens, un coup de pied… tiens, un coup de poing. A la sortie, « j’ai gagné », je suis seul dans mon lit mais je le cherche encore. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce début m’a surprise ! D’autant que cet élève ne brillait pas par son style ni par son travail… Je ne sais plus pour quelle raison le devoir avait été fait à la maison, mais je ne l’ai pas noté, pensant qu’il avait copié ce texte quelque part…

On avait bien vu en classe un extrait d’autobiographie qui commençait par une évocation de la vie intra-utérine… mais c’était bien la première fois qu’un élève l’évoquait !

Cela m’a suffisamment troublée pour que je montre le devoir à des collègues. Bien m’en a pris, ô combien !

D’abord, j’ai appris que cet élève avait eu un jumeau, mort à la naissance (et il avait un frère et une sœur jumeaux, beaucoup plus jeunes que lui) !!!

Ensuite, une collègue, qui avait des jumelles, m’a expliqué que l’une d’elles, plus « gros bébé » (très relativement !) que l’autre à la naissance, ressentait, à 13 ou 14 ans, une certaine « culpabilité » vis-à-vis de sa sœur, comme si elle lui avait « volé » sa part… La collègue avait longuement expliqué à ses filles que c’était elle « la responsable », du fait de l’étroitesse de son bassin…

Paragraphe copié ? Même s’il l’avait été, il était désormais évident que l’élève avait retranscrit sa propre souffrance, et qu’il se sentait coupable d’avoir « tué » son jumeau… La fin de son devoir était d’ailleurs un « rachat » : l’élève s’imaginait à 40 ans, attendant l’accouchement de sa femme… « Une infirmière sort de la salle, s’avance vers moi : « M. D., vous avez 2 jumeaux, 2 filles et 2 garçons »« .

Un bref entretien avec l’élève en question s’imposait. Bref, parce que je n’étais pas à l’aise du tout de lui parler de choses aussi intimes. Ma collègue m’avait donné le « fil » de mon propos, mais je ne me sentais pas du tout capable de « broder » autour ! D’un autre côté, c’est dans un devoir, que l’élève avait écrit ces lignes. Pas dans un journal intime ou une lettre personnelle. Il attendait donc quelque chose de moi, lectrice et correctrice. Au minimum, sans doute, que je prenne conscience de son fardeau.

J’ai donc vu l’élève, l’ai félicité pour son travail, lui ai expliqué pourquoi je ne pouvais pas le noter, et lui ai dit que, bien sûr, c’était à cause de l’étroitesse de l’utérus de sa mère (c’était sa première grossesse) que son jumeau n’avait pas vécu…

Je ne sais s’il s’en souvient, mais ce fut pour moi un de mes plus difficiles entretiens !

Pourquoi je vous raconte ça ?

Pour vous montrer que l’inattendu surgit parfois, et qu’il nécessite une réponse adaptée. Pour dire surtout aux « futurs profs » qui me font l’honneur de me lire de ne pas craindre de demander l’avis de collègues. Pas seulement parce qu’on débute, mais parce qu’une autre personne peut avoir une meilleure compréhension de la situation, et trouver une réponse mieux adaptée.

Bien sûr, au fil du temps, on apprend à sélectionner les collègues à qui s’adresser : il y en a dont la façon de penser est trop différente de la sienne propre pour pouvoir être « éclairants ».

Et même, si vous avez de la chance, votre chef d’établissement pourra peut-être vous éclairer sur tel cas, vous conseiller, rencontrer élève ou parents…

Oui, encore une fois, c’est un métier difficile !

Mais… on n’est pas seul !

Place au théâtre !

jeudi, mai 7th, 2009

Le prof est acteur, disais-je un peu plus haut (non, plus bas, sur la page !). Cela semble évident : il est souvent seul debout, face à un public assis… mais pas forcément prêt à l’applaudir !

Et, en tant qu’acteur, il a un personnage à jouer, qu’il a plus ou moins choisi en fonction de son tempérament et de ses goûts personnels. En fonction aussi de ses peurs : le personnage d’un prof qui a peur de se laisser déborder n’est pas celui du prof qui a peur de ne pas être aimé, par exemple. C’est pourquoi, à mon humble avis, on s’améliore généralement avec l’âge (si les chers petits ne vous ont pas bouffé tout cru !) : on se connaît mieux, on arrive mieux à se détacher de certains comportements créés au début par des peurs personnelles, qu’on a réussi à dépasser.

Je parlais d’une petite dose de schizophrénie : c’est aussi celle de l’acteur. Il incarne un personnage, auquel il donne tout son tempérament… mais ne se prend pas pour le personnage !

Il m’a fallu pas mal de temps pour que mes « colères » (le mot est un peu fort…) en classe, contre tel élève, ou l’ensemble des élèves, deviennent « jouées ». La différence ? D’abord, je mesure mieux ce que je dis et fais, je ne me laisse pas « emporter » (le mot est juste, ici !). Et, surtout, une fois que j’ai joué la colère, suffisamment pour que le message ait été compris, je peux poursuivre mon cours, ou les activités commencées, d’un ton égal. La parenthèse est refermée.

Cela aussi me semble très important : l’oubli… Tel élève a eu une réflexion, un comportement, qui méritait une réprimande, une sanction, voire une exclusion. Mais le lendemain, c’est a priori le même élève qu’avant, qui se présente. Il n’y a aucune raison pour le traiter différemment des autres jours. Le regard du prof doit s’être lavé de toute rancune pour s’emplir de sa bienveillance habituelle…

Cas particulier (rare, mais ça m’est arrivé) : une condition a été mise à son retour en cours. Attendre alors, de la façon la plus neutre possible, que l’élève ait rempli la condition. Et reprendre alors le « regard bienveillant ».

Si je compare avec l’attitude de parents vis-à-vis d’un enfant plus jeune, peut-être me ferai-je mieux comprendre. Un enfant de 3 ans, mettons, a lancé son ballon dans la maison, et a brisé le vase légué par l’arrière-arrière-grand-mère. Dispute. Fessée, peut-être. Pleurs.

Il y a de grandes chances pour que les parents « craquent » devant le chagrin de l’enfant, qui se sent soudain « mal aimé ». Et de grandes chances pour que l’épisode se termine par un câlin…

Il n’est pas question de faire des câlins en classe… mais de « rassurer » le fautif en lui faisant passer le message : tu as fait une bêtise, je compte sur toi pour que tu ne recommences pas. Pour cela, le regard suffit, le plus souvent.

Il y a bien évidemment beaucoup d’autres sentiments à jouer que la colère ! Je me suis arrêtée sur celui-là parce que j’ai eu du mal à le « jouer », personnellement. Mais la surprise, la crainte, par exemple, offrent toute une gamme d’expressions à jouer…

Les élèves adorent que le prof « fasse le clown »… Ce n’est pas prévu dans la fonction du prof, mais il n’est pas interdit d’offrir aux élèves une minute ou deux de clownerie, de temps en temps… Cela détend l’atmosphère, réveille ceux qui étaient trop endormis pour voir vos singeries, et permet de se concentrer à nouveau sur le travail.

Par contre, si les élèves aiment qu’on les amuse, ils ont aussi conscience (plus ou moins…) que vous et eux n’étes pas là pour vous amuser. Le prof qui raconte beaucoup de blagues (j’en ai connu) est apprécié au début, méprisé ensuite ; et la plupart des élèves se sentent coupables de rire à ses blagues, parce qu’ils savent que là n’est pas le but du cours, le rôle du prof.

Eh oui, il y a des « dosages » subtils… et ça aussi, on les apprend au fil du temps !

Etre ou ne pas être…

mardi, mai 5th, 2009

Je ne voudrais surtout pas que mes petites réflexions sur le métier de prof soient prises comme des conseils donnés par l’autorité de l’âge et de l’expérience…

Certes, j’ai l’âge et l’expérience… du moins, une certaine expérience, qui m’est personnelle. Transférable peut-être, en partie, selon le caractère, le tempérament, la façon de penser…

Mais… il faut bien se dire que, dans les premières années, on fait tous des bourdes ! Ce qui n’empêche pas d’en faire d’autres plus tard, d’ailleurs… Mécréante que je suis, je ne crois même pas au « Prof Parfait », trop consciente des imperfections qui pétrissent… même les profs !

La future prof à laquelle je répondais hier, par blog interposé, s’inquiète par exemple de sa taille, de sa voix… A ce point de vue, j’avoue que j’ai été gâtée : grande, carrée, avec une voix qui porte… C’est vrai que cela peut paraître un atout, face à une classe. Mais je n’ai jamais remarqué que les profs plus petits, ou à la voix moins sonore, avaient plus que moi des problèmes d’autorité ! D’ailleurs, j’en ai très mal usé, de cette voix, en criant là où ce n’était absolument pas nécessaire (sauf danger, est-il nécessaire de crier ???).

J’en viens à ce qui me paraît le plus important – sans doute parce que c’est ce qui m’a fait le plus défaut : se connaître soi-même…

Non, je ne vais pas vous faire le coup des Essais, rassurez-vous !

Pour être « à l’écoute », comme je disais hier, il faut d’abord être capable de faire la différence entre soi et les autres, afin de ne pas mélanger les problèmes, de ne pas s’identifier trop vite à tel ou telle (« c’est comme moi au même âge… »), de ne pas se prendre soi-même pour un(e) élève. On ne peut réellement « écouter » qu’en faisant taire ses voix intérieures, et ses réactions « viscérales ».

Et encore : il faut aussi (j’ai dit que je ne donnais pas de conseils, et me voici partie dans les « il faut » ! Vous voyez bien qu’il ne « faut » pas prendre à la lettre ce que je dis !) se différencier soi de son rôle de prof. Car on joue un rôle, évidemment, comme les élèves en jouent un, parfois très différent de celui qu’ils jouent à la maison !

A savoir : il est très rare qu’un élève s’adresse à la « personne » du prof ; il s’adresse à la « fonction ». Les plus jeunes sont totalement sidérés de croiser un prof au super-marché : jamais ils n’auraient imaginé qu’un prof pouvait faire des courses, manger, dormir, que sais-je ? (Ce n’est pas forcément valable que pour les profs et les élèves… Je me souviens, il y a une quinzaine d’années, avoir croisé une tête connue à la piscine… Ce n’est qu’une heure après, peut-être, que je l’ai « reconnue » comme la marchande de fromages, toujours en blouse blanche et coupée à mi-corps par le comptoir… En maillot de bain, ce n’était « plus elle » !)

Un élève qui répond avec insolence, ou agressivité, ou qui cherche le conflit, n’en veut pas à la « personne » du prof, mais à sa « fonction » : l’entité autoritaire qui exige de lui un travail, une réponse, une attitude. Il n’est bien sûr pas question de tolérer certains comportements, mais si l’on garde bien en tête « ce n’est pas à moi qu’il en veut, ce n’est pas moi qui suis en cause, c’est ma fonction de prof », il est alors beaucoup plus facile de garder son calme… Une petite dose de schizophrénie ne messied pas, dans la profession…

Il m’est arrivé beaucoup trop de « monter au créneau » et d’engager le « combat » contre un élève récalcitrant. C’est, à mon avis, une erreur. Un prof n’a pas à entrer en conflit avec un élève : ou il parvient à désamorcer le conflit, ou il confie l’élève à un(e) collègue, un surveillant, une autre « autorité ».

Exclure un élève n’est pas forcément un aveu de faiblesse (sauf si cela devient un mode de fonctionnement, bien sûr !). C’est dire : « ici, il y a une loi, et je la fais respecter. Si tu ne veux pas la respecter, tu ne peux rester ici. »

Mais la plupart du temps, on parvient à désamorcer le conflit qui s’annonce. Par l’humour, souvent. Là encore, il faut un petit exercice de dédoublement, afin de trouver les mots (non blessants, surtout !) qui vont permettre à chacun de poursuivre l’activité sans « perdre la face ».

Je me souviens de mon neveu, tout enfant, racontant je ne sais quel « mensonge » à ses parents ; comme ils n’avaient pas l’air de « mordre », il s’en tira par une pirouette : « je vous faisais une farce ! ». Procédé qu’il utilisa à diverses reprises, qui lui permettait de revenir en arrière sans que cela se voie. Et ses parents pouvaient entrer dans le jeu sans perdre la face, eux non plus.

Par contre, si on accepte le conflit… il n’est pas évident du tout qu’on en sorte vainqueur ! Et même si l’on en sort vainqueur, quelle image garderont l’élève en question, mais aussi les autres ? Si un élève a réussi à faire sortir de ses gonds un prof, peut-être d’autres essaieront-ils à leur tour… rien que pour le spectacle !

Car le prof est aussi acteur…

Mais on parlera de ça une autre fois !

Dernières vacances…

jeudi, avril 9th, 2009

Ben oui, après, ce sera « toujours les vacances » ! Rien à voir…

Il y a quelques années, je n’étais pas si pressée d’être en vacances. C’était une période que je trouvais agréable, certes… mais qui signifiait le plus souvent un gros travail de préparations et corrections. Je ne « lâchais » pas le métier (ou il ne me lâchait pas, comme on veut…). Mais, au fur et à mesure que je me suis ajouté des activités (généalogie, dessin sur ordinateur), la distance s’est accrue entre temps de travail et temps de vacances. J’avoue que cette année, les vacances n’ont pas été de grandes périodes de travail (litote !), et que je les attends de plus en plus… C’est vrai aussi que, malgré mes horaires aménagés, je fatigue de plus en plus… et je pense avec terreur et sympathie à mes jeunes collègues qui ne pourront lâcher le collier avant 65, voire 70 ans ! Je n’étais pas vraiment pressée de prendre ma retraite, mais je rêvais depuis longtemps de n’avoir « plus que » 3 classes au lieu de 4 (j’ai même rêvé, avant la réforme des retraites, de n’en avoir plus que 2…). Et pour cela, je devais m’engager à prendre ma retraite à 60 ans…

C’est vrai qu’on s’habitue vite à un rythme différent : au début de l’année, je trouvais qu’une journée de 5 heures était trop longue pour moi. Et ce trimestre, où je n’avais plus, au maximum, que 4 heures dans la journée… j’ai commencé à trouver que c’était long, 4 heures ! Au 3ème trimestre, je n’aurai plus que des « journées » de 2 heures avec, une semaine sur 2, une « journée » de 3 heures : est-ce que la journée de 3 heures me paraîtra longue ???

Il m’est arrivé, une année, d’avoir une journée de 7 heures… Je ne sais comment font les collègues qui ont ce genre d’emploi du temps : pour moi, il me fallait 2 jours entiers pour m’en remettre ! Et c’était pourtant il y a une quinzaine d’années, ou plus !

Évidemment, vu de très loin, c’est un métier de tout repos : assis au bureau 18 heures par semaine, tout le monde en rêve ! Sans parler du travail nécessaire en dehors des heures de cours, on oublie un peu vite que 30 enfants ou ados demandent « un tout petit peu plus » au prof que de réciter son cours assis face à eux… D’ailleurs, je ne sais dans quelles écoles ont été ces rêveurs, mais je ne souviens pas de cours faits par un prof assis, sauf en Fac !

Je pense que la plus grosse fatigue vient du fait qu’il faut réagir souvent et très rapidement aux interventions des élèves. Sans oublier que la réponse doit tenir compte de la personnalité de chacun : avec tel élève, une réponse « simple », pédagogique ; avec tel autre, l’ironie sera bienvenue ; avec tel autre encore, il faudra élever le ton… Ne jamais se tromper dans l’évaluation de la réponse à donner : les élèves (non seulement l’intervenant, mais les autres également) ne comprendraient pas. Autrement dit, dans mon cours, il faut non seulement que j’aie en tête la « leçon » et son déroulement, mais aussi la cartographie de la classe, la plus précise possible.

Deux petits exemples, pris dans l’heure de 3ème de ce matin :

J’attends que les élèves aient enlevé leur blouson, manteau,… avant de les autoriser à s’asseoir. Mais je m’aperçois quelques minutes plus tard que la nouvelle (oui, on a « touché » une nouvelle élève lundi… son 3ème établissement depuis septembre…) a gardé le sien :

« Tu as besoin d’aide, pour enlever ton manteau ?

– Oui… vous pouvez m’aider, s’il vous plaît ?

– Bien sûr ! »

Je lui tire donc une manche après l’autre, elle prend son blouson et me remercie…

Je donne ensuite des explications sur le travail à faire. Martin (non, il ne s’appelle pas Martin !) clôt mes explications d’un « Oui madame ! » non seulement inutile, mais limite insolent. Je le regarde :

« Martin ?

– … (échange de regards)

– Tu as besoin de précisions ?

– Non madame. »

Ce sont deux tout petits exemples comme il s’en produit des dizaines dans une heure de cours. A chaque fois, il faut « savoir » répondre en fonction de l’élève…

Oui, je crois vraiment que c’est le plus fatigant, dans ce métier !

Ah ! Mais non ! Ils sont pas tous comme ça !

vendredi, mars 27th, 2009

Voilà que le commentaire d’Odile me met le doute ! Si je vous ai ainsi longuement parlé de « la Duchesse », c’est bien parce qu’elle était très particulière, et en aucun cas représentative des principaux, principales et adjoint(e)s ! N’allez surtout pas croire qu’il y a plus d’incompétents ici… qu’ailleurs ! Des gens comme elle, on en rencontre des tas, dans toutes les professions : un peu de pouvoir, beaucoup d’incompétence… réfléchissez bien… vous êtes sûrs que vous n’avez jamais rencontré ce genre de personne, hors de l’Education Nationale ? Nous avons au moins un avantage : le « pouvoir » d’un principal, surtout en cas d’abus, est vite contrebalancé par les personnes qui gravitent autour de lui : adjoint, conseiller d’éducation, intendant, secrétaire… et enseignants ! Et s’il y a conflit, et qu’il ne peut être réglé sur place, il y a une « autorité supérieure » : le rectorat !

Non, c’est la seule principale que j’aie rencontrée (dans le privé ou le public) qui ait si mal rempli son office ! Tous les autres faisaient honnêtement leur travail… même si je n’étais pas d’accord avec leurs positions et que je le leur faisais savoir ! Je l’ai déjà dit, mes relations avec « l’autorité » ont souvent été conflictuelles au début ; mais cela ne m’a pas empêchée de reconnaître leur valeur ! Et encore… je ne dis rien des « autorités » actuelles, car il leur arrive de jeter un œil sur mon blog… Mais j’avoue que je n’aurais jamais osé rêvé d’une si belle « fin de carrière » !

C’est comme le prof de maths dont j’ai déjà parlé : il était unique, heureusement ! (Mais non, Clément, je ne parle pas de toi !) Il avait pour habitude de démarrer l’année avec une classe en lui donnant un difficile problème d’astronomie (!) que les élèves ne savaient évidemment pas résoudre… Il a fait de même avec la classe de CPPN que nous partagions… Après quoi, il pouvait leur montrer combien LUI était intelligent…

Il m’a toujours semblé évident que j’en savais plus dans ma matière que mes élèves… et qu’il était inutile de me le prouver en les mettant en difficulté… Présomption logique, non ?

Encore la 3 C !

dimanche, mars 15th, 2009

Ben oui, j’ai pas fini mon histoire… Je ne la finirai peut-être pas, d’ailleurs, car elle est en train de redémarrer…

L’année suivante, plusieurs élèves prirent l’habitude de passer chez moi (ils s’étaient habitués au thé… mais osaient parfois demander du café, plus conforme aux habitudes de ch’nord). Nous passions des heures à discuter, assis sur mon tapis ! Parfois, j’en retrouvais un ou deux au tennis (ce fut MA période sportive !!!).

Vers Noël, une petite fête costumée réunit quelques « anciens » chez moi.

L’année de seconde ne se passait pas très bien : nous avions présumé de leurs forces, ou leurs intérêts étaient ailleurs… Deux (à ma connaissance) départs à l’armée à la fin de l’année… Je le pris très mal…

Quatre garçons surtout venaient régulièrement. Comment en sommes-nous arrivés aux « Super-Zupiens » ? Je ne sais plus ! Toujours est-il que nous avions inventé ces personnages, héros de multiples aventures. Je dois encore avoir quelque part dans mes archives nos élucubrations…

A la fin de cette deuxième année « post-3 C », j’obtins ma mutation pour la région parisienne. J’étais dans le Nord depuis 6 ans, et les amis que je m’y étais faits avaient déjà tous été mutés. Il faut dire qu’entre « exilés », presque tous logés à la Zup, nous nous voyions souvent. Leurs départs, en 2 ans, m’avaient laissée « orpheline »…

Mais je continuai pendant plusieurs années à avoir des nouvelles de quelques ex-3 C. Trois surtout vinrent me voir, entre autres à ma pendaison de crémaillère et à mes 40 ans (il y avait alors 9 ans qu’ils étaient sortis du collège…). Je me souviens aussi d’une fin d’après-midi où nous étions partis dans une petite ville voisine, et où nous inventâmes une sombre histoire de poursuite, de mafia et autres… Les habitants qui nous virent courir ventre à terre d’un coin de rue à un autre, surveillant attentivement si nous pouvions, sans danger, courir jusqu’au coin suivant, durent se demander ce que nous fabriquions ! Le théâtre, il nous en restait quelque chose !

Il m’arriva aussi de retourner dans le Nord, entre autres à l’occasion d’un festival de rock : j’étais une groupie d’un groupe… dont un des chanteurs, prof de français, avait passé 2 ou 3 ans dans mon collège…

Et puis… et puis le temps passa ! L’un vint me présenter sa future femme, un autre m’envoya une photo de son fils… Peu à peu, les courriers (pas encore de courriels, à l’époque !) s’espacèrent… D’autres choses à vivre, d’autres gens à connaître…

C’est vrai que ces récentes retrouvailles avec quelques-uns d’entre eux m’ont replongée dans tous ces souvenirs… Mais eux aussi, car ils expriment le désir de se retrouver, les uns les autres…

Il y a … 29 ans (!!!), nous préparions notre deuxième spectacle…

Avant-hier, quoi !

Où l’on reparle de la 3 C

jeudi, mars 12th, 2009

Ah ! Cette 3 C ! Il y a un certain nombre de classes dont je garde d’excellents souvenirs, mais celle-là tient tout de même une place particulière…

Tout d’abord, l’ambiance entre élèves était excellente. Bien sûr, comme dans toute classe, il y avait des « clans », mais tout le monde s’entendait bien. D’ailleurs, sans cette ambiance, nous n’aurions jamais pu monter deux pièces dans l’année, toutes deux des créations à partir d’expression corporelle.

Ces deux pièces ont évidemment renforcé les liens. Si la première, assez courte, a été montée en 2 ou 3 mois, la seconde nous a bien pris 5 ou 6 mois !

Impossible, évidemment, de tout faire en cours de Français. Comme nous étions en ville, et que les élèves habitaient assez près du collège, nous « réquisitionnâmes » la salle de spectacle du Centre culturel de la Zup pour y répéter et avancer nos préparatifs.

Je n’étais pas seule prof, dans cette seconde entreprise : leur prof de Maths nous assista, leur prof d’EPS les fit répéter pour des mouvements d’ensemble et les déplacements de groupes (la classe entière – sauf un élève – se retrouvant sur scène à plusieurs reprises) et apprit à une autre classe une danse de rubans qui clôturait la pièce. Je crois que cette dernière (prof, pas classe ni danse !), ainsi peut-être que leur professeur d’Histoire, vint aussi travailler sur les recherches de maquillages. Enfin (j’allais dire : surtout !), il y eut l’indispensable participation d’un ami, prof en lycée (mais époux d’une collègue) : c’est lui qui créa, avec l’aide d’élèves volontaires, le diaporama qui introduisait la pièce, et qui prit les photos ; lui encore qui s’occupa de choisir les éclairages selon les moments, et supervisa la régie lors du spectacle.

Les répétitions au Centre culturel ayant généralement lieu le mercredi après-midi, beaucoup d’élèves venaient ensuite chez moi (mon appartement était dans la tour voisine) boire le thé (ils ne connaissaient pas vraiment… mais certains y prirent goût) et discuter, de la pièce ou d’autres choses. C’est dire que nos relations étaient vraiment particulières : ils me vouvoyaient et je les tutoyais, certes, je les notais et ils ne me notaient pas, mais quand on se retrouve ensemble, chaque semaine pour certains, assis par terre sur un tapis de laine à boire le thé… les rapports prof-élèves ont tendance à se modifier légèrement…

D’ailleurs, à la fin de l’année, c’est la conseillère d’orientation qui nous invita tous (élèves et profs) à venir manger chez elle ! Je ne sais plus qui eut l’idée de demander aux élèves d’origine étrangère d’apporter chacun un plat de chez eux (j’ai oublié si les autres devaient aussi apporter quelque chose…), mais ce fut une réussite ! Je me souviens entre autres des œufs frits portugais et, surtout, portugais également, du foie de veau aux oranges et au cumin ! Moi qui n’aimais pas le foie, je fis de nombreuses fois cette préparation les années suivantes !

Je me souviens encore davantage du couscous : Bel avait dit que sa mère voulait bien le faire, mais qu’il lui fallait de l’aide pour les épluchages. Je débarquai donc dans sa cuisine vers 8 heures du matin… et elle me transforma en marmiton pour la matinée ! Dommage que j’aie tout oublié : il était délicieux, ce couscous ! (mais je fus très vexée que Bel ne vienne pas le manger avec nous ! Il n’arriva que dans l’après-midi…)

Il faisait beau, et l’après-midi se passa sur la terrasse, à danser et s’amuser…