Archive pour le mot-clef ‘Relations profs-élèves’

Blog de prof : le Retour !

Mardi 16 mars 2010

Bonjour à vous !

Et merci de venir me faire une petite visite, après 2 mois (ou presque) de silence…

Non, je n’étais pas partie en Alaska ni au fin fond d’un désert australien ; je ne gisais pas non plus fiévreusement dans mon lit ; je n’étais pas submergée par les tâches diverses qui comblent la vie d’une retraitée (quoique…)…

Non, rien de tout ça : j’étais tout simplement « hackée » !

Un méchant hacker avait parsemé mon blog de virus divers (et un autre – ou le même – avait d’ailleurs pareillement attaqué mon site d’exercices de français !), en rendant l’accès impossible… comme vous avez pu vous en rendre compte si vous avez voulu me visiter à cette période…

Plusieurs fois, j’ai « réparé » les dégâts… pour les retrouver le lendemain, voire quelques heures plus tard…

Un méchant, hein ? Vraiment très très méchant !

J’espère que cette fois tout est « clean », et que je vais pouvoir reprendre la conversation avec vous…

Dans le désespoir qui était le mien, je n’allais même plus voir les blogs de mes collègues ! Et j’ai été surprise et ravie de voir aujourd’hui que Profette avait fait un retour sur la Toile. Très motivée par la réforme qui se met en place…

Je passe sur les détails : allez lire vous-mêmes ses articles, et vous comprendrez sa révolte !

Je ne retiens que 2 éléments : la déstructuration de la classe et les « groupes de compétences ».

Je ne dis pas qu’il faille sacraliser la classe en tant que telle : il y a peut-être des améliorations à envisager. Mais « une classe, un prof » a le gros avantage de permettre des relations entre élèves, entre prof et élèves (et vice-versa). L’école n’est pas une usine où l’on peut changer telle production pour telle autre, attribuer un jour à M. X la fabrication des boîtes de soupe à la tomate et, un mois plus tard, celle des soupes aux asperges. Chez nous, les « boîtes » sont des gens, des personnes, et si on les manipule comme des boîtes, il ne faut plus en attendre grand chose. Chacun a des souvenirs précis de tel prof, tel instit, qui nous a révélé un monde… ou qui nous en a fermé un, d’ailleurs ! Chacun a des souvenirs de telle ou telle classe où il a vraiment « donné son jus », parce qu’il y était bien.

Il faut du temps, pour établir des relations. Quand il m’est arrivé d’avoir des classes, ou des groupes, une heure par semaine, pendant quelques semaines, j’ai rarement pu établir des relations, sinon avec quelques élèves plus demandeurs pour une raison ou une autre. Cela n’empêche évidemment pas de travailler, mais c’est une autre dimension, plus réductrice, qui se met en place. Si l’on a un objectif précis, à court terme, cela n’est pas très gênant (mais dérangeant tout de même, pour le prof comme pour les élèves, de ne pas pouvoir nommer un élève sans regarder sur une liste ou un plan de classe !).

Un élève, c’est une PERSONNE : en tant que telle, il a besoin d’être reconnu. Il a aussi besoin de pouvoir évaluer l’adulte qui est en face de lui : cela fait partie de sa construction personnelle. Et pour pouvoir l’évaluer… il lui faut du temps, à lui aussi !

Quant aux « groupes de compétences »… ils me laissent sceptique… J’aimerais bien d’ailleurs qu’on m’explique la différence entre ce qu’on appelle aujourd’hui « compétences » et ce qu’on appelait avant « acquis ». Pour les acquis, cela me semblait assez clair : une série de cours, exercices… avait été mise sur pied, et le prof pouvait contrôler qui avait – ou n’avait pas – acquis ces notions ou ces savoir-faire. La notion de compétence me semble curieusement dénuée de tout rapport avec un enseignement : comme si les élèves avaient – ou n’avaient pas – certains « dons » (génétiques ? familiaux ? autres ?)… Pour avoir participé à la validation des « compétences » du B2i, je me suis trouvée confrontée à cette question : oui, tel élève « savait » naviguer sur Internet, envoyer un courriel, rechercher une information. Parce qu’il avait un ordinateur à la maison ? Parce qu’un membre de sa famille ou de son entourage lui avait appris tel ou tel procédé ? Parce qu’il avait étudié cela en technologie ou ailleurs ? Je crains que ces compétences détectées pour le B2i recoupent certains milieux socio-culturels, vu qu’elles sont apparemment coupées de tout apprentissage scolaire…

Par ailleurs, regrouper les élèves selon leurs « compétences »… cela me paraît furieusement ressembler aux « classes de niveaux » qu’on avait fini par abandonner il y a déjà pas mal d’années ! Et pour cause : si « les bons » pouvaient s’émuler en se confrontant les uns aux autres, le marasme total régnait chez les « moyens »… et la désespérance chez les « faibles » !

Je parlerai un autre jour des « groupes de remédiation » que j’ai connus…

Lourdes bourdes…

Samedi 16 mai 2009

Permettez-moi de répondre à nouveau aux questions que se pose une future prof (voir récents commentaires).

Des bourdes, c’est sûr, on en fait tous, on en a tous fait ! De toutes sortes ! Et l’âge, l’expérience n’en prémunissent même pas ! Un instant de distraction, et toc ! on dit juste ce qu’il ne fallait pas dire ! Aucun souvenir précis ne me remonte à la mémoire à l’instant, mais je sais que j’en ai fait, de ces grosses bourdes…

J’ai déjà parlé de la nécessité de « séparer » la personne de son rôle. Un des nombreux avantages est que la « personne » peut tenter de rattraper la bourde qu’a faite le prof. Si, par exemple, je menace un élève : « Je vais mettre un mot sur ton carnet : il va être content, ton père ! » et qu’il me répond : « Il s’en fout, il est mort ! »… c’est ce que j’appelle une grosse bourde… Il me reste à voir l’élève à la fin de l’heure, à m’excuser de mon propos mal venu, en lui expliquant que je me suis énervée à cause de son comportement. Il faut que j’essaie de « rétablir le contact » que j’ai rompu par ma phrase pour le moins maladroite, et que je m’assure qu’il a compris, que nous sommes, en quelque sorte « réconciliés ».

La bourde « de connaissances » est, à mes yeux, moins grave que la bourde « de psychologie », et beaucoup plus facile à gérer… à condition qu’on ne se pose pas d’emblée comme « maître incontestable du savoir », mais qu’on accepte l’idée que nul n’est infaillible… pas même le prof ! Il m’est arrivé de me faire reprendre par un élève parce que j’avais commis une erreur d’analyse (voire même d’orthographe !) : j’ai assuré l’élève qu’il avait tout à fait raison, que je m’étais trompée, assortissant éventuellement ma phrase d’une pirouette « humoristique ». Si j’ai un doute sur un mot, je demande à un élève de regarder dans le dictionnaire pour en connaître le sens précis ou l’orthographe. Il m’est arrivé aussi, en repensant à un cours, ou en corrigeant des copies, de m’apercevoir que j’avais dit une ânerie : je m’en suis expliquée au cours suivant, maudissant ma distraction qui les avait « enduits d’horreur ».

Quant au premier cours de l’année…

C’est vrai qu’on en fait tout un plat… et je ne veux pas minimiser son importance… juste la relativiser !

Le prof a souvent l’impression que « tout est joué » dans la première heure, qu’il lui faut donc être super-bon dans cette première heure, de crainte de « ramer » toute l’année. En fait, ce sont surtout ses craintes personnelles qui s’expriment ici, beaucoup plus que la réalité. Et la pression qu’il se met risque fort… de lui faire commettre la bourde redoutée !

Non, tout n’est pas joué à la fin de la première heure. Heureusement ! Et, au fil des ans, l’importance de cette première heure diminue… presque jusqu’à disparaître ! Par contre, si on s’est « trompé de rôle » (en jouant le « prof copain » ou le « prof sévère », alors que ce n’est pas le rôle qui convient), il y aura un malaise lorsqu’on retrouvera un rôle plus « juste » : il faudra aux élèves le temps de l’adaptation…

C’est quoi, un rôle « plus juste » ? Ben… celui qui vous convient le mieux ! En fonction de votre caractère, de vos goûts, de vos envies, de votre vision du métier ! Il n’y a pas de « prof parfait », de même qu’il n’y a pas de « pédagogie parfaite » : à chacun de trouver… chaussure à son pied ! (les chaussures des autres vous allant rarement…)

Quant à la gestion d’une classe, je l’ai déjà dit, c’est un travail difficile, qui demande beaucoup d’être à l’écoute. Là encore, pas de recette miracle : celle qui marche avec le collègue peut ne pas marcher avec vous, celle qui marche dans une classe peut être totalement inefficace dans une autre, celle qui a si bien marché depuis un mois avec telle classe peut très bien tomber à plat un jour…

Personnellement, quand je sens un problème « de classe », j’essaie le dialogue avec la classe. Éventuellement, avec quelques élèves que je pense susceptibles de m’éclairer. Si cela ne donne rien, j’essaie d’en parler avec des collègues, avec le professeur principal. Voire avec la principale ou l’adjointe. Il m’est ainsi arrivé de faire des « mises au point » avec l’aide de l’un ou de l’autre. Le prof principal ou la principale a commencé à s’adresser à la classe pour que les élèves exposent le (ou les) « problème(s) », puis j’ai répondu. Les 2 fois auxquelles je pense, il s’agissait d’une mauvaise interprétation de la part des élèves, et la situation s’est rétablie assez vite.

Je n’ai jamais (touchons du bois !) eu de problème de gestion de classe dans le sens de chahut, ou autres choses analogues. Par contre, j’ai eu 3 ou 4 classes dans ma « carrière » avec lesquelles je n’ai pu établir de « contact » : nous sommes restés « étrangers »… C’est difficile à vivre… et je n’ai pas trouvé de recette miracle ! Quant aux « zozos » qu’on trouve un peu dans toutes les classes… ils sont par définition imprévisibles ! Et peuvent très bien ficher le bazar pendant toute une semaine… et fournir un travail, une participation, satisfaisants pendant une heure (ou une demi-heure, n’exagérons rien !). Eux sont difficiles à gérer, mais ne reflètent pas la classe…

Encore une fois, le travail sur soi (qu’est-ce que je veux ? de quoi ai-je peur ? qu’est-ce que j’attends de mon métier ? de mes élèves ?) aide beaucoup à prendre ses distances avec les aléas du métier. Et le fait de se souvenir qu’on n’est pas seul.

Bon courage aux futurs profs ! C’est un si beau métier !

La preuve ? Je vais la semaine prochaine dans le Nord, au mariage d’une élève que j’ai eue en 79-80 ! C’est pas beau, la vie de prof ?