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Rentrée…

lundi, septembre 2nd, 2013

Rentrée… 5ème rentrée que je ne fais pas…

Des regrets ? Non, vraiment pas… J’ai eu l’énorme chance de terminer mes 40 années d’enseignement par 3 années « en or » : non seulement j’ai pu bénéficier d’une dernière mouture de la Cessation Progressive d’Activité (CPA pour les intimes), et donc de n’avoir plus que 3 classes (2 la dernière année…) au lieu des 4 que je ne sais plus quelle réforme nous avait imposées, mais en plus, ces 3 années, l’équipe « administrative » a été celle que je n’aurais jamais osé rêver, sachant surtout répondre à mes attentes quand un problème se posait avec un élève… J’en ai déjà parlé, tant pis si je radote un peu : après tout, je commence à en avoir l’âge…

Quand j’avais un problème avec un élève, non soluble dans la classe (le problème, pas l’élève !), je faisais appel à « l’administration » ; non, évidemment, pour que ladite administration sanctionne l’élève en question : cela, je pouvais le faire sans aide extérieure ! Mais pour qu’un autre adulte dialogue avec l’élève, hors classe, et tente de savoir quel problème se posait réellement. Parfois, le problème était d’ordre relationnel entre l’élève et moi ; mais, le plus souvent, il s’agissait de bien autre chose, d’ordre familial ou personnel… Que l’une ou l’autre personne de l’équipe puisse parler avec l’ado, l’écouter, comprendre… et me tienne au courant, cela a été d’une grande aide pour ces dernières années. Permettez-moi de remercier encore, ici, ces deux personnes qui étaient vraiment à l’écoute des élèves comme des personnels, et dont je garde un chaleureux souvenir…

Donc, disais-je, pas de regrets de cette « retraite » : après 3 années comme celles-là, j’aurais eu trop de mal à enchaîner avec une équipe administrative plus « classique »… vu mon caractère, les conflits n’auraient pas manqué !

Mais… comment ne pas éprouver, de temps à autre, et particulièrement quand la Rentrée scolaire est à la Une, quelques bouffées de nostalgie ?…

« Retraite »… Beaucoup en rêvent, paraît-il… Cela n’a pas été mon cas : Mon métier était trop une part importante de ce que j’étais pour avoir envie de le quitter, malgré la fatigue croissante. Retraite, retrait, retirer… c’est, brutalement, une part de moi qui s’est arrachée, non sans douleur, évidemment !

On pense souvent : il faut préparer sa retraite, avoir des activités qui font oublier le travail…

Ce n’est pas vraiment le problème : des activités, j’en ai, et assez prenantes… Le problème, c’est de retrouver une identité, quand sa propre identité s’est confondue pendant des dizaines d’années avec son métier… Le problème, ce n’est pas de « faire », c’est d' »être », d’exister, tout simplement…

* * *

Lucien Marboeuf s’est préparé à la rentrée, lui… En allant jouer au prof sur Internet…

Bien que sa description d’une « partie » ne m’ait guère alléchée (mais bien amusée !), je suis allée faire un tour sur ce site où l’on peut « jouer au prof« …

Je ne me suis pas inscrite pour pouvoir jouer à mon tour… Mais qui sait ? Peut-être en aurez-vous envie ?…

Voilà pourquoi votre fille est muette…

dimanche, février 5th, 2012

Suite à l’excellent billet de Lucien sur le « burn out » des enseignants,
Épuisement professionnel des enseignants : enfin une étude !
permettez que je m’interroge un peu sur les raisons de cet épuisement ressenti par beaucoup trop de collègues : qu’est-ce qui fait qu’un enseignant « lambda » va en être atteint ?

Je me garderai bien ici de faire des comparaisons avec tel ou tel autre métier, telle ou telle autre fonction ; je me contenterai de décrire, aussi objectivement que possible, les caractéristiques de ce métier.

« Lambda », donc, débarque dans un établissement fin août ou début septembre. Avec un peu de chance, c’est un établissement « lambda », sans (trop de) problèmes particuliers. Il fait connaissance avec quelques collègues, reçoit quelques conseils ou suggestions, est initié à quelques particularités administratives ou autres. Il reçoit son emploi du temps, la liste de ses classes (oui, je parle plus facilement d’un enseignant en collège… j’en ai davantage l’expérience… mes lecteurs auront l’obligeance d’adapter pour les autres enseignants…).

Une fois qu’il sait à qui il va s’adresser, rentré chez lui, Lambda prépare ses « cours de rentrée » qui sont à la fois prise de contact, annonce du programme et de la démarche pédagogique. Ce n’est pas très facile, avec un public totalement virtuel, c’est aussi un peu angoissant : comment va-t-il être perçu des élèves ? Comment ceux-ci vont-ils le « tester » ? Quelle image veut-il donner ? Les premières prises de contact sont toujours angoissantes, même quand on est dans le même établissement depuis plusieurs années : l’alchimie d’une classe est toujours imprévisible, quelles que soient les précautions prises pour la composer. Même une classe « qui marchait bien » et qu’on a quasiment reconduite l’année suivante, peut se montrer très différente : des évolutions personnelles pendant l’été, des événements qui ont affecté tel ou telle, l’irruption d’un nouveau, la contestation de l’emploi du temps ou de la liste des professeurs…

Face à la classe, Lambda se montre sûr de lui, tente de cerner son public, répond calmement aux questions (je ne parle pas ici d’un débutant sans formation, pour qui la situation est évidemment bien pire !), expose le travail de l’année. Il essaie de retenir quelques noms, quelques réactions, repère quelques têtes « sûres » ou « à suveiller »… Puis passe à une autre classe…

A la fin de la première journée, il essaie de se faire une idée des classes vues, de la manière dont il va aborder son programme avec celle-ci ou celle-là. Il va parfois se renseigner auprès d’un collègue sur tel élève qu’il a remarqué. Et il rentre chez lui…

Les non-enseignants ont tendance à penser qu’un prof a préparé ses cours « une fois pour toutes », ou à peu près. C’est loin d’être le cas pour la grande majorité des profs ! Même si le programme n’a pas changé (et il change quasiment avec chaque nouveau ministre !), l’enseignant adapte son cours à son public : une même notion grammaticale, par exemple, vue dans deux classes de même niveau, ne sera pas forcément étudiée de la même manière. Quand il prépare son cours, l’enseignant a en tête la classe à laquelle il va s’adresser : telle notion sera trop ardue, tel exercice trop difficile (ou trop facile !), un brin d’humour sera bienvenu ici, à proscrire là… Le travail de préparation est précis et contraignant… et ne garantit malheureusement pas le succès ! Avoir passé une ou plusieurs heures à préparer un cours et faire le bilan, une fois le cours terminé, que peu d’élèves semblent avoir bien compris la notion étudiée… est non seulement vexant, mais angoissant : comment faire pour revenir sur cette notion, comment aborder à nouveau le sujet pour une meilleure réussite – et sans que les élèves aient l’impression qu’on leur rabâche la même chose ?…

C’est un métier où les constats d’échec sont fréquents : avec des élèves particuliers, bien sûr (faibles, inattentifs, contestataires…), mais aussi avec la classe, plus globalement. Et un constat d’échec oblige à une remise en question personnelle, ce qui est toujours douloureux. Avoir eu l’impression que les cours « passaient bien »… et s’apercevoir, lors d’un contrôle un peu global, que la majorité des élèves n’a rien compris… remet en cause le travail de plusieurs séances : frustrant ! Si Lambda a la chance de côtoyer un ou plusieurs collègues travaillant un peu dans le même sens, il essaiera d’en discuter avec eux. Ce n’est pas forcément possible : d’abord parce que, dans certaines matières, il est le seul de l’établissement ; ensuite, parce que les collègues de la même matière n’ont pas forcément les mêmes objectifs, les mêmes méthodes, les mêmes façons de percevoir les élèves… Si on lui répond, par exemple, « De toutes façons, ils ne fichent jamais rien ! »… Lambda n’est pas beaucoup plus avancé…

En dehors des strictes questions pédagogiques, se posent aussi des questions relationnelles, avec tel ou tel élève, avec telle ou telle classe… Un conflit avec une classe est une situation extrêmement pénible : si on ne parvient pas à le désamorcer rapidement, l’hostilité va grandir et devenir un état d’esprit… Il m’est arrivé de faire appel à un collègue ou à un principal dans certains cas… Si c’est un élève particulier qui est en conflit, après tentatives personnelles de le résoudre, mieux vaut faire appel à quelqu’un d’extérieur : collègue, parent, principal…

Ces remises en question, que tout enseignant fait de lui-même, ne sont pas les seules… Des collègues, des élèves, des parents d’élèves, des principaux, des inspecteurs… peuvent aussi contester tel ou tel aspect de l’enseignement. Il faut alors répondre, expliquer, se justifier, face à des accusations plus ou moins violentes, plus ou moins acerbes. C’est très difficile, d’autant plus si l’interlocuteur est agressif… Il m’est arrivé une fois de sortir de la salle où je recevais un parent d’élève, tant la discussion tournait à l’agression systématique… Garder son calme quand l’interlocuteur vous accuse d’incompétence est un exercice qui fait vite monter la tension !

Tout cela, c’est l’ordinaire « normal » d’un enseignant… A quoi il faut ajouter les remises en question « politiques » (les enseignants n’apprennent plus rien aux élèves, ne sont pas fichus de faire respecter la discipline, et autres critiques de ce genre émises par des personnalités diverses), reprises évidemment par les média… et donc par le public (les enseignants sont bien payés pour ne pas faire grand chose… Ils travaillent 18 heures par semaine…). A quoi il faut ajouter les réformes, la diminution drastique de la « formation continue », la disparition de la formation initiale, les exigences de plus en plus nombreuses quant aux « tâches annexes » (entre autres, de plus en plus de choses à rentrer dans les ordinateurs !), les menaces pesant sur la profession (accroissement du nombre d’élèves par classe, « assouplissement » de la carte scolaire, regroupement d’établissements, et j’en passe !)…

Il y a des enseignants qui craquent ou sont près de craquer ? Je m’étonne qu’il n’y en ait pas davantage…

Rentrée…

jeudi, septembre 1st, 2011

Demain, rentrée des profs… Troisième rentrée à laquelle je ne participerai pas…

Loin de moi l’idée de le regretter. D’abord, j’ai eu, à 57 ans, un choix à faire : m’engager à partir à la retraite à 60 ans pour bénéficier des 3 années de « cessation progressive d’activité ». Ces trois dernières années ont presque été idylliques : plus que 3 classes (2 la dernière année) au lieu des 4 que je n’avais jamais réussi à « digérer », et donc retour à des rapports plus approfondis avec les élèves ; et la chance d’avoir une équipe « administrative » avec laquelle je me sentais « en phase »… chose que je n’aurais jamais crue possible ! J’aurais eu bien du mal à me retrouver avec une équipe plus… « classique » à la rentrée suivante !

Ensuite… eh bien, les changements apportés depuis dans l’Éducation dite Nationale m’ont confirmée dans mon choix… Trop de choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord… et plus l’envie de me battre contre les moulins à vent… C’est ça aussi, la vieillesse, parfois…

Il n’en reste pas moins vrai que 40 rentrées scolaires marquent une vie… Si j’oublie les dates de « petites vacances », qui ne signifient plus rien pour moi, il m’est bien difficile d’oublier pareillement la date de la Rentrée…

La première prise de contacts avec les classes est un moment difficile, que j’ai toujours abordé avec confiance, certes… mais aussi appréhension… S’il est faux de dire que « tout est joué » lors de cette première rencontre, il faut avouer qu’elle est très importante : une erreur d’appréciation du « public » tout neuf conduira forcément à des réajustements pas toujours évidents. Enfants et ados ont tendance à un jugement rapide, basé sur ce qu’ont pu leur dire les « anciens » et sur leurs réactions personnelles : s’ils « décident », dès la première heure, que vous êtes « dur », « sévère », « cool », « gnangnan », « vieux jeu » ou je ne sais quoi d’autre, il importe de rectifier rapidement le tir, avant que ces épithètes ne vous collent à la peau et faussent vos rapports avec eux. De même, si vous avez réussi à capter leur attention et leur confiance à la première heure, il vous faudra être attentif à ne pas les décevoir par la suite… L’enseignement, à mon sens, n’est possible que dans un climat de confiance respective (et respectueuse ! pas questions de confidences ici !).

A tous mes collègues qui se préparent à ce difficile exercice, je souhaite, du fond du cœur :

Bonne Rentrée !

Des nouvelles des nouveaux…

mardi, septembre 28th, 2010

Article du Nouvel Obs :

« 8300 profs sans formation

Le mal des débutants

Par mesure d’économie, les nouveaux enseignants sont catapultés dans les classes sans y avoir été préparés. Payés 1500 euros par mois pour 15 à 18 heures de cours par semaine, ils rament »

Petite précision sur ce chapeau : ce n’est pas 15 à 18 heures, mais 15 (pour les agrégés) OU 18 heures (pour les certifiés).

Ceci dit, l’article décrit la panique qu’on pouvait supposer…

« Un élève s’est approché de moi avec un cahier, je me demandais ce qu’il voulait. C’était le cahier de textes de la classe que je suis censée remplir à la fin de chaque cours », raconte Antonia, 29 ans. Cette nouvelle enseignante d’anglais a décroché son capes en juillet. Elle a été nommée à la rentrée dans un collège en ZEP de l’académie de Créteil. Pendant les quelques heures de formation express juste avant la rentrée, on lui a répété : « Faites un plan de classe. » Scrupuleuse, elle a essayé d’en imposer un en rangeant par ordre alphabétique ses élèves de troisième. La séance a viré à l’émeute. »

Curieux, cette incitation au « plan de classe » : se présenter face à un public inconnu, aux réactions inconnues, et commencer à vouloir modifier la « géographie » de la classe… Comment peut-on donner de tels conseils ? Au moins aurait-il fallu envisager avec ces « nouveaux profs » les conséquences possibles d’un tel « bouleversement » ! Je sais bien que des collègues pratiquent ce « système », dont je ne vois toujours pas l’utilité, sauf comme remède éventuel (et provisoire ?) à une situation difficile. Mais… ces collègues ont déjà la fameuse « autorité » acquise au fil des ans !

Conclusion :

« Mais l’autre jour, après une nouvelle journée calamiteuse, elle a voulu démissionner. « Je ne me voyais pas retourner au collège. On m’aurait donné six heures, c’était jouable. Mais dix-huit, c’est mission impossible. » Le 15 septembre, Antonia a demandé un congé maladie. »

Voilà une rentrée réussie ! Et comme, dans ce genre de situation, la terreur augmente en approchant du terme du congé… il y a des chances pour qu’Antonia demande de nouveaux congés… en attendant, peut-être, de démissionner.

Il doit y en avoir d’autres, des Antonia, dans nos collèges et lycées ! De jeunes diplômés, désireux de bien faire, aimant leur futur métier… et découvrant qu’ils n’ont pas prise sur leurs élèves… Et je ne suis pas sûre que les videos de l’Institut national de la recherche pédagogique puissent les aider beaucoup…

Quel gâchis ! A peine ont-ils commencé un métier dont ils rêvaient, que ces jeunes se voient déstabilisés, inquiets pour leur avenir, cherchant déjà une autre idée de métier… Et aucune aide psychologique à attendre, évidemment !

Et, bien sûr, des classes sans profs, qui peuvent plus ou moins se glorifier d’avoir fait craquer celui qu’on leur avait parachuté… Toutes prêtes à « mettre le paquet » sur le prochain…

A côté de ces situations extrêmes (mais sans doute trop nombreuses !), les surprises de Jacques paraissent anodines :

« En attendant, les stagiaires font cours en aveugle. « Je n’ai aucune idée de la façon dont un enfant de 11 ans apprend », poursuit Jacques l’historien, tout surpris d’être interrompu par des élèves de sixième qui lui demandent : « Est-ce qu’il faut écrire le titre en rouge ou en vert ? » « 

Tout enseignant en collège s’est trouvé, un jour ou l’autre, interrompu par une question de ce genre… Un des « musts » étant : « Je suis en bas de la page, qu’est-ce que je fais ? ». Forte envie, évidemment, de lui conseiller d’écrire sur la table… mais attention : j’ai déjà parlé de l’imperméabilité à l’ironie de nombreux élèves de cet âge !

Par contre, l’ignorance dont Jacques témoigne quant aux modes d’apprentissage est beaucoup plus dommageable…

Entendons-nous : je ne défendrai pas la façon dont certains IUFM abordaient les questions pédagogiques. J’ai trop entendu d’aberrations à ce sujet. Sans doute en grande partie, d’ailleurs, parce qu’on avait omis de former les professeurs ! Lesquels n’avaient donc que leur propre expérience et la ligne du parti… pardon, du ministère ou du rectorat ! Un peu court pour former de futurs profs… Et, évidemment, il coûte beaucoup moins cher de supprimer ces formations que de tenter de les améliorer…

Nouveaux profs, je suis de tout cœur avec vous… même si cela ne change pas grand chose ! Et j’espère très fort que, dans vos collèges ou lycées, vous rencontrerez des collègues qui pourront vous aider dans ces démarrages difficiles…

Rentrée d’hier…

vendredi, septembre 3rd, 2010

Une « belle image » pour les écoliers – et les enseignants – qui ont fait leur rentrée hier…

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Peut-être, à quelques détails, remarquerez-vous que cette image est d’un hier un peu plus lointain… Parue dans le Soleil du dimanche du 11 octobre 1903, il est vrai qu’elle date un peu…

11 octobre ? pour la rentrée des classes ? Eh oui… pendant longtemps (même que j’ai connu cette époque, alors, hein ?…), la rentrée s’est faite aux alentours du 15 octobre…

Mais… c’était hier !

Bonne rentrée !

lundi, août 30th, 2010

En cette période de rentrée scolaire, je ne peux m’empêcher de penser à tous ces « fonctionnaires stagiaires » qu’on va lancer dans les établissements…

Ainsi que l’indique le très sérieux site officiel :

L’année scolaire 2010-2011 sera la première année de la mise en place de la réforme du recrutement des enseignants du second degré et des personnels d’éducation. Les lauréats des concours 2010 ainsi que ceux d’une session antérieure ayant bénéficié d’un report de stage durant l’année scolaire 2009-2010 seront nommés fonctionnaires stagiaires et auront en responsabilité plusieurs classes dans le cadre de leur année de stage. De même, les conseillers principaux d’éducation (CPE) seront affectés en établissement scolaire pour y exercer leurs fonctions.

Réforme de recrutement ? Je ne vois pas très bien en quoi il s’agit d’une réforme du recrutement… Le recrutement s’opère sur les mêmes bases (résultats aux concours). Par contre, les « petits nouveaux » ne connaissent leur établissement d’affectation que depuis quelques jours… s’ils le connaissent ! Des réunions dans les rectorats sont prévues pour les « accueillir » aujourd’hui et/ou demain, et leur donner toutes les informations nécessaires… y compris sur le logement… Génial, de savoir quelques jours avant de prendre son poste qu’on va travailler à quelques centaines de kilomètres de chez soi !

Réforme ? Réforme de non-formation, aurait-on pu écrire, avec quelque souci de la vérité ! Mais, comme dans 1984, les mots ont des sens contradictoires : si le « Miniver » d’Orwell était en réalité le ministère du travestissement de la réalité, le Ministère de la Formation, chez nous, est devenu celui de la non-formation…

Il est vrai que les économies sont toutes bonnes à prendre… plutôt que d’aller « taper » ceux qui ont de l’argent… et en font plus ou moins sur notre dos…

Je me permets donc de souhaiter, malgré tout, la bienvenue à tous ces « petits nouveaux » qui vont se trouver confrontés à tant de questions, pratiques et pédagogiques.

Et bon courage !

Bonne rentrée à tous et à toutes !

La non-rentrée

mercredi, septembre 2nd, 2009

Je n’aurai pas tout à fait tenu le pari d’un billet par jour, depuis le 1er septembre 2008 : 339 seulement. Vacances, jours sans connexion… et déménagement ! Tout de même : 148 342 mots, assure mon petit logiciel (ywriter 5)… Faut croire que les gens qui me traitent de bavarde n’ont pas entièrement tort…

Hier, donc, j’ai fait ma non-rentrée au collège… D’abord, il fallait que j’aille rendre à l’ouvrier qui me les avait gentiment prêtés son diable (qui a beaucoup servi !) et sa « planche à roulettes » (j’ai oublié le nom de cet instrument fort utile… mais dont nous n’avons pas su nous servir). Ensuite… ensuite, pourquoi ne pas y aller justement le jour de la pré-rentrée, et en profiter pour dire bonjour à mes ex-collègues ?

Traditionnellement, depuis plusieurs années, nous commençons par un café (ou thé, jus de fruits…) accompagné de mini-viennoiseries fort sympathiques. J’ai espéré – à juste titre – que la nouvelle direction n’aurait pas déjà changé cet agréable dispositif.

Accueil étonné : « Mais qu’est-ce que tu fais là ? ». Sympa, les collègues ! De quoi me donner envie de rentrer illico presto à la maison !

Mais non, je plaisante ! Normal qu’ils aient été surpris, après tout ! Une qui n’a pas été surprise, c’est une femme de service qui doit être là depuis aussi longtemps que moi, ou à peu près, et qui m’avait généreusement fournie en cartons, fort utiles pour le déménagement ! On a bavardé ensemble un petit moment…

Je comptais vaguement me présenter à la nouvelle direction (histoire qu’ils ne croient pas que j’étais une passante affamée)… mais je n’ai aperçu qu’assez tard deux messieurs en costume-cravate qui discutaient avec le CPE. Pas question de les déranger, évidemment ! Et quand ils ont bougé du coin retiré où ils se trouvaient, ils se sont dirigés vers l’autel, se préparant à la grand-messe…

Nous appelons « grand-messe », dans notre jargon, ces longs « discours » qui commencent la journée : bilans, présentations, nouveautés, rappels, instructions… Cela dure entre une et deux heures, le plus souvent, pendant lesquelles les profs écoutent… mais aussi échangent quelques mots avec leurs voisins… et trépignent de plus en plus, impatients d’avoir – enfin ! – leurs EMPLOIS DU TEMPS ! Aurai-je mon lundi ? J’espère que je n’aurai pas de 5èmes ! Si je me retrouve encore avec X…, je craque !

Sortie de la « salle à manger » (ça fait mieux que « cantine » !) pour en griller une avec les collègues fumeurs. Qui s’inquiètent, évidemment, de savoir si on les laissera fumer dans le « coin-poubelles » à l’abri des regards des élèves (mais pas de la pluie…), ou s’ils devront sortir de l’enceinte du collège. Une bien-renseignée apporte cette information : le nouveau principal fume. Ouf ! On peut espérer…

« On n’a pas été accueilli », regrette une collègue.

– Évidemment, ils sont nouveaux, ils ne connaissent personne !

– Il y a 3 ans, Mmes X et Y ne connaissaient personne non plus. Mais elles étaient à l’entrée pour nous accueillir !

– Et même : elles avaient dû étudier nos fiches, car elles m’ont tout de suite appelée par mon nom !  »

Eh oui… Il va y avoir quelques changements… D’abord, c’est la première fois que ce collège est nanti d’UN principal… Quelques adjoints sont passés (rapidement), mais pas de principal… si l’on excepte l’intérim qu’avait assuré le principal d’un collège voisin pendant une année… Intérim qui ne s’était d’ailleurs pas très bien passé…

Bien contente d’avoir terminé avec une super-équipe « administrative »… et de ne pas devoir à nouveau me préparer à des conflits !

Bon courage, collègues !

Rentrer… en sixième ! (suite de suite)

vendredi, août 28th, 2009

Voici notre jeune héros sur le seuil de la classe : un peu décevante, cette classe… Beaucoup moins décorée qu’en primaire !

Si le professeur autorise un placement libre, ce sont, le plus souvent, les premiers rangs qui sont occupés d’abord (en 3ème, ils se précipitent au contraire vers le fond, quitte, s’ils ne sont pas très nombreux, à laisser vide tout le premier rang…).

On attend, debout, l’autorisation de s’asseoir (ça aussi, c’est nouveau, pour la plupart !). On sort du beau sac tout neuf les fournitures rutilantes achetées quelques jours plus tôt : on sait qu’on n’en aura vraisemblablement pas besoin ce premier jour… mais… on ne sait jamais ! Et puis, le plaisir d’exhiber le premier classeur, l’agenda, le stylo si joliment orné d’un petit lapin au bout (que notre voisin saisit pour le manipuler d’un air jaloux)…

Assis, bras croisés, dans un silence émaillé de chuchotements, on écoute le professeur faire l’appel. Il faudra réunir tout son courage pour rectifier une mauvaise prononciation du nom ou du prénom… ou attendre qu’un camarade plus hardi le fasse à notre place…

La distribution des livres : c’est vrai qu’il y en a beaucoup ! Tiendront-ils tous dans notre sac ? Pas sûr ! Comment faire, alors ? Un voisin mieux renseigné nous informe de la possibilité de casiers… On feuillette brièvement tous ces manuels, contenant le Savoir à acquérir en un an…

Le carnet de correspondance : il faut commencer à le remplir, en indiquant nom, prénom, adresse, et toutes ces sortes de choses (qu’on aura à répéter sur de multiples fiches !). Et voici, au tableau, que s’inscrit la liste des professeurs, à recopier sur la page adéquate. Chuchotements excités à l’annonce de certains noms : « Il est super, ce prof ! », « Celle-là, elle met tout le temps des heures de colle ! », « Ouais ! C’est la prof de dessin de ma sœur ! Elle fait des trucs extra ! »… On écoute attentivement, à l’affût de toute information sur ces inconnus qui vont nous gouverner pendant un an…

L’emploi du temps : à recopier au crayon sur la couverture du carnet de correspondance. Ouf ! On quitte tous les jours à 3 heures et demie ! Et… « t’as vu ? on a le vendredi après-midi de libre ! ». Et toutes ces heures de sport… super !

Au fur et à mesure que le temps passe, la classe devient plus bavarde, plus agitée, plus décontractée, aussi. On commence à « entrer en 6ème »…

Récréation : ouf ! On avait perdu l’habitude de rester le cul vissé sur une chaise pendant 2 heures !

On retrouve dans la cour le copain de 6ème 8, on échange des impressions, des craintes ; on se rassure, aussi : après tout, ce n’était pas si terrible…

Peu de jeux, peu de cris… et encore moins si d’autres niveaux partagent la cour : là, on passe à l’écart, discrètement, on essaie de se trouver un coin « tranquille », loin des grands…

A la sonnerie, on se range à l’emplacement prévu, sans trop traîner : pour retrouver notre classe, il faut suivre la rangée : on n’a même pas retenu le numéro de la salle !

Mais c’est une « autre » classe qui entre dans la salle : plus animée, plus confiante, ayant éloigné les angoisses premières. On est en 6ème. Eh bien ! On s’y fera ! On est grand, maintenant !

Rentrer… en sixième ! (suite)

jeudi, août 27th, 2009

J’ai laissé hier mon pauvre petit sixième en route pour le collège. S’il est parti avec ses parents, il a continué à les abreuver d’interrogations et d’angoisses. S’il a rejoint des camarades, à pied, à bicyclette ou en car, il a pu partager ses craintes avec eux… réconfort tout relatif…

Le voilà donc devant le bâtiment étranger, redouté. Avec un peu de chance, l’établissement n’ouvre ses portes qu’aux sixièmes ce matin : beaucoup de têtes étrangères, mais notre héros aperçoit assez facilement des visages connus, voire sympathiques. Si, malheureusement, la rentrée est pour tout le collège, c’est une foule hostile qu’il perçoit d’emblée, avec des tas de gens beaucoup plus grands que lui, qui parlent fort et rient, alors que lui et ses semblables se font tout petits et discrets, blottis près de l’entrée, de peur de ne pas atteindre à temps le Saint des Saints.

Tout effaré et craintif qu’il soit, le sixième que ses parents ont amené jusque là tente de les persuader de repartir : pas question de passer pour un bébé auprès des autres ! Même s’il n’a qu’une envie : se blottir contre les jambes rassurantes de papa ou de maman, et de fermer les yeux, en espérant vaguement que tout ceci n’est qu’un rêve, voire un cauchemar…

La grille s’ouvre, et les sixièmes entrent en flageolant un peu, malgré leurs airs bravaches. Si d’autres niveaux entrent aussi… ils ne sont pas si pressés, et laissent – pour une fois ! – la priorité aux « petits », qu’ils regardent d’un air à la fois vaguement méprisant et attendri.

Dans la cour, c’est la ruée vers les feuilles qui affichent la composition des classes. On serre très fort la main du copain ou de la copine, pour ne pas se perdre parmi tout ce monde, mais aussi pour forcer le destin à nous réunir dans la même classe.

On parcourt les listes, à la recherche désespérée de son nom. Au passage, on croise tel ou tel nom connu… et tellement d’inconnus ! Et si mon nom ne s’y trouvait pas ? On appelle mentalement au secours papa ou maman, qui sauraient forcément débrouiller la situation…

Là ! Là ! Sixième 6 ! Et qui d’autre, dans cette classe ? Deux ou trois camarades… pas LE copain ou LA copine… Il (ou elle) est en sixième 8…

Pas question de pleurer, évidemment, même si une grosse boule serre la gorge. Renseigné, notre héros échappe à la bousculade et partage ses regrets avec le meilleur copain…

Sonnerie… Vite, on cherche où l’on doit se ranger ! C’est qui, cette prof devant ma classe ? Oh non ! Pas elle ! Prof principale, en plus !

Angoisse, angoisse, angoisse…

Regards autour, dans la rangée : peu de têtes connues, pas de quoi s’affoler non plus. A part un ou deux qui font les « durs », les autres sont aussi accablés que moi… Un ou deux visages sympa, qui m’adressent même une esquisse de sourire, à laquelle je réponds bravement…

Le rang s’ébranle. Pour un peu, ils se tiendraient tous par la main, tant ils ont peur de se perdre dans cet immense bâtiment. En tous cas, ils se tiennent tellement serrés qu’ils se bousculent un peu, se marchent sur les pieds. Quelques chuchotements entre ceux qui ont la chance, eux, de retrouver ami ou amie…

Impossible de repérer quoi que ce soit dans les couloirs. Oubliée, la visite du mois de juin ! On a juste l’impression d’errer dans un labyrinthe où nous guette je ne sais quel monstre antique…

Arrêt. Cette porte, c’est la classe. Enfin, pour ce matin. Car on se rappelle bien qu’on n’aura plus droit à une salle particulière, qu’on devra changer à chaque heure de cours ! Terrible !

Le cœur battant d’émotion, on se prépare à entrer en sixième 6…

Rentrer… en sixième !

mercredi, août 26th, 2009

Encore 5 jours de vacances… Après, je serai… à la retraite !

J’avoue que cela n’a pas encore beaucoup de sens pour moi… Cela viendra au fil des jours, je pense…

J’ai envie aujourd’hui de vous parler d’une rentrée particulière, riche en émotions de toutes sortes : la rentrée en 6ème !

Si vous connaissez un enfant qui va vivre cette difficile aventure, conseillez-lui donc la lecture de La Sixième, de Susie Morgenstern : l’auteur décrit ce difficile apprentissage… comme si elle l’avait vécu !

J’ai dû faire étudier ce roman 2 ou 3 fois à mes classes : en 6ème, bien sûr, mais aussi, si je me souviens bien, une fois en 5ème. En tous cas, ce sont des 5èmes qui m’avaient rédigé leurs souvenirs d’entrée en 6ème… qui ne démentaient absolument pas les propos de l’écrivaine !

On a beau, depuis quelques années, faire visiter le collège aux élèves de CM2, en fin d’année, ils sont toujours terrorisés quand arrive la fin du mois d’août. Tant de questions, tant d’inconnues !

La plus importante d’abord : est-ce que je serai dans la même classe que mon copain (ma copine) ?

Ces pauvres petits, qui étaient « les grands » de l’école primaire, vont en effet se retrouver les plus petits. Et non seulement ça, mais on va les mélanger, selon quelque ténébreuse alchimie, avec de parfaits inconnus venant d’autres écoles primaires. Dans ma banlieue, ils se retrouvent même avec des « étrangers » d’autres villages !

Si un grand frère ou une grande sœur a déjà fait l’expérience du collège, se joint la crainte de tomber sur tel ou tel prof, « une vraie peau de vache ». Et aussi, si « le grand » a fait un peu trop parler de lui au collège, la peur d’être trop vite étiqueté par les profs…

Tout cela, on ne peut le savoir que le jour de la rentrée : quelles affres !

En attendant, on la prépare activement, cette rentrée ! On fait les courses, on pointe sur la liste remise par le collège les fournitures achetées, en respectant bien le mot à mot. On achète un nouveau sac (les cartables, c’est terriblement « out » !), voire même un sac à roulettes, car on a entendu parler du poids des mots.

Et on prépare son sac, plusieurs jours à l’avance, qu’on vérifie quotidiennement pour voir si on n’a rien oublié. On va chercher la carte qui permettra d’utiliser les transports scolaires (bien que, le premier jour, on vienne souvent accompagné d’un parent), on repère bien où se trouve l’arrêt du car, et combien de temps il faut pour l’atteindre : si on manquait le car, ce serait terrible !

L’autre cause de souci, dans les préparatifs, c’est la tenue : comment m’habiller ? Souvent, les points de vue des parents et des enfants divergent, à ce propos. Il faut une tenue pratique, certes, mais surtout susceptible de séduire tous ces inconnus qu’on va côtoyer dans la classe. Du neuf, de préférence, mais pas trop classique, un zeste de fantaisie est indispensable. Le matin encore de la rentrée, on s’interroge encore sur le choix du plumage…

La gorge trop serrée pour prendre le petit déjeuner habituel, on presse les parents : et si on allait rater le car ? ou la sonnerie du collège ? Ce n’est pas tant la crainte d’être puni (encore que…), mais plutôt celle d’être remarqué (et moqué) par les futurs condisciples…

Que d’angoisses ! Et si on ne trouvait pas son nom sur les listes ? Et si on avait été oublié ? Et si on était dans la même classe que son pire ennemi ? Et si on avait cet horrible prof dont on nous a parlé ? Et si…

Tant de questions ! Et voilà qu’il est l’heure, qu’il faut absolument partir, qu’une envie irrépressible nous jette dans les toilettes comme dans un havre de paix…

C’est l’heure. Il faut y aller. La peur au ventre, mais, si possible, la tête droite du fier conquérant…