Posts Tagged ‘Salaires’

Histoires de gros (et petits) sous…

dimanche, novembre 27th, 2011

Merci encore à Lucien qui m’informe de la « fracassante » annonce de Luc Chatel :

Luc Chatel porte à 2000 euros le salaire des jeunes profs


salaire brut, précise l’article, qui détaille :

Dans le détail, les 14.100 enseignants «à l’échelon 3», c’est à dire ceux qui viennent de réussir leurs concours recevront 2000 euros bruts lors de leur première année d’exercice, soit 100 euros de plus. Les 110 900 enseignants «à l’échelon 4 et 5», qui sont entre leur deuxième et leur quatrième année d’exercice recevront respectivement désormais 2060 euros et 2121 euros bruts, soit 64 euros et 23 euros de plus par mois.

Certes, on ne peut que se réjouir de cette augmentation… Encore que… il y ait plusieurs façons de voir les choses ! Je vous renvoie au billet de Lucien, dont j’extrais ces citations :

Salaire des enseignants : opération poudre aux yeux

En annonçant, dans une véritable tribune, une revalorisation salariale pour les jeunes enseignants, le ministre a réussi un coup à plusieurs ricochets.
Peu importe si cette annonce repose entièrement sur une manipulation éhontée, le ministre a atteint ses objectifs.
[…]
Plus que de l’ironie, il y a du cynisme dans cette annonce : on va vous augmenter avec l’argent que vous ne toucherez pas par la suite !

(voir le billet précédent, sur le projet qui réduit sérieusement les possibilités d’avancement des enseignants en les alignant sur le tableau actuel le plus défavorable…)

Je citais dernièrement Nicole Bricq qui mettait en parallèle le coût pour l’État de la défiscalisation des heurs sup’ des enseignants et celui de 40 000 postes… Dans une revue de la Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale (MGEN), l’éditorialiste fait un autre parallèle :

« En 2012, en 5 ans de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce seront 80 000 postes qui auront été supprimés pour le seul ministère de l’Éducation nationale, fragilisant dangereusement le service public d’éducation et mettant en péril la société de demain.
Or il faut savoir qu’il faudra huit années d’application de ce dogme anti fonctionnaire pour compenser simplement une année de baisse de la TVA sur la restauration. Oui, vous avez bien lu : pour compenser le manque à gagner fiscal correspondant à une seule année de baisse du taux de TVA dans la restauration, il faut huit années de saignée dans toute la Fonction Publique d’État (Source : Cour des Comptes) ! Si gouverner c’est prévoir, lorsque la dette nationale est si importante, bien sûr qu’il faut être attentif aux dépenses, mais également veiller à ne pas réduire les recettes fiscales (bouclier fiscal, heures supplémentaires défiscalisées, baisse du taux de la TVA dans la restauration,…). Clientélisme toujours ! »

L’éditorial insiste surtout sur la grave injustice à taxer les mutuelles : l’augmentation de cotisation qui s’ensuit conduit tout simplement les familles en difficulté de se passer de mutuelle… et donc de soins… Mais, paraît-il, il y a tellement de gens qui grugent notre pauvre Sécu… ! Voir à ce sujet le « Délit Maille » du 15 novembre, où le Ministre de la Santé vient tirer de son lit d’hôpital une horrible fraudeuse :

Tricote ta Sécu

P.S. Je repense à ma mère… qui jugeait qu’elle n’avait pas à déclarer à la sécu consultations et médicaments, vu qu’elle « avait les moyens » de les payer (sa retraite de secrétaire)… Je me demande combien de gens, parmi ceux qui ont vraiment les moyens, raisonnent de cette façon…

Profs mis à nu…

mercredi, septembre 21st, 2011

Merci à Odile qui m’a fourni le lien vers ce site. Au cas où vous ne le connaîtriez pas encore, allez donc voir leur calendrier .

Mis à nu, certes, mais « en tout bien, tout honneur »… Ils ne font qu’illustrer leur certitude que l’école est nue…

Vous connaissez sans doute ce conte d’Andersen, Les habits neufs de l’empereur ? Deux escrocs vont voir l’empereur et lui assurent qu’ils lui feront un splendide habit, tissé d’or et d’argent, qui lui permettra de voir qui est sincère autour de lui (mon résumé est approximatif, je ne l’ai pas lu depuis longtemps…). L’empereur est très ennuyé de ne pas voir ledit costume, mais les courtisans le rassurent en s’exclamant sur la beauté de l’ouvrage. Cortège dans les rues, où chacun s’applique à vanter la munificence dudit costume… jusqu’à ce qu’un petit enfant s’écrie : « L’empereur est nu ! »…

Nous avons nous aussi nos « courtisans » qui proclament que l’école n’a jamais été aussi performante… Sous cet habit de statistiques plus ou moins faussées, volontairement ou non, le collectif du Calendrier proclame que l’école est nue, tant par la réduction drastique des moyens qui lui sont donnés que par la perte des valeurs qui ont fondé l’école républicaine.

Lucien a récemment fait état de deux rapports qui tendraient à contredire notre « roi » :

Deux rapports très critiques pour la politique d’Education française

Celui du Haut Conseil de l’Éducation tire à boulets rouges sur nos fameuses « évaluations » :

[Table des matières]

LES INDICATEURS ANNUELS FOURNIS AU PARLEMENT NE SONT PAS SATISFAISANTS
1.1 Les indicateurs concernant « les compétences de base » en français et en mathématiques sont partiels, peu exigeants, et donc trompeurs quant à la maîtrise du socle commun
1.2 Les indicateurs tirés des évaluations nationales des trois paliers du socle commun ne sont pas fiables pour des raisons de méthode
. Au palier 1 du socle, la confusion entre deux types d’évaluation prive les indicateurs de la rigueur nécessaire
. Aux paliers 2 et 3 du socle, la fiabilité des indicateurs n’est pas assurée
. Le champ des indicateurs existants ne permet pas d’évaluer avec précision la maîtrise du socle

[Conclusion]

Le Haut Conseil de l’Éducation recommande de renoncer aux indicateurs actuels de la LOLF sur la maîtrise des « compétences de base ». Ces indicateurs donnent en effet une image erronée du degré de maîtrise effective du socle commun par les élèves.

[…]

Pour être pertinents du point de vue du socle, les indicateurs devront être attentifs à un certain nombre de caractéristiques : ils devront évaluer des compétences, c’est-à-dire la combinaison de connaissances, de capacités et d’attitudes, et se fonder sur une évaluation en situation complexe36 ; ils devront bien entendu évaluer la totalité des compétences37 et conserver une échelle de valeurs stable permettant la comparaison dans le temps.

[…]

Le moment est venu de confier à une agence d’évaluation indépendante la mise en œuvre d’un tel programme, comme le suggérait la lettre de mission du Président de la République adressée au ministre de l’Éducation nationale en 2007. Il est essentiel en effet que, dans notre démocratie, les données concernant les résultats de notre système éducatif soient objectives et transparentes, donc incontestables.

[Notes]

36 La situation d’évaluation doit permettre la mise en œuvre par l’élève de « tâches complexes », c’est-à-dire qui mobilisent de façon combinée des ressources (connaissances, capacités, attitudes) dans des situations ou des contextes concrets, vraisemblables, quasi-authentiques, qui ne se réduisent pas à l’application d’une procédure automatique. L’évaluation de la maîtrise d’une compétence n’est en aucun cas équivalente à la seule évaluation de la maîtrise de chaque ressource isolément, laquelle est indispensable mais insuffisante, comme l’illustre l’exemple de l’apprentissage des langues vivantes.

37 Il est nécessaire d’avoir des indicateurs pertinents pour chacune des sept compétences, y compris pour les compétences 6 – compétences sociales et civiques – et 7 – autonomie et initiative – dont l’évaluation peut, de prime abord, sembler plus compliquée. Nous ne sommes pas totalement démunis en ce qui concerne leur évaluation, puisqu’ont déjà été menés au niveau international des études et des travaux, comme par exemple l’étude ICCS (International Civic and Citizenship Education Study) de l’IEA déjà citée.

Le rapport de l’OCDE est plus méchant à plusieurs égards :

OCDE (2011), Regards sur l’éducation 2011 : Les indicateurs de l’OCDE, Éditions OCDE.
http://dx.doi.org/10.1787/eag-2011-fr

Le graphique B2.1 de la page 240 nous apprend (?) que la France est un des rares pays qui a consacré en 2008 à l’éducation une plus faible part de son PIB qu’en 2000.

Les dépenses d’éducation tous niveaux d’enseignement confondus ont augmenté à un rythme plus soutenu que le PIB dans plus de trois quarts des pays dont les données de 2000 et 2008 sont comparables. Elles ont progressé de plus de 1.0 point de pourcentage durant cette période au Brésil (de 3.5 % à 5.3 %), en Corée (de 6.1 % à 7.6 %) et en Irlande (de 4.5 % à 5.6 %). Toutefois, les dépenses au titre des établissements d’enseignement ont augmenté à un rythme plus faible que le PIB en Allemagne, en Autriche, en France, en Israël, au Japon et en République slovaque. Parmi ces pays, les variations les plus sensibles s’observent en France et en Israël, où la part du PIB consacrée à l’éducation a diminué d’au moins 0.3 point de pourcentage entre 2000 et 2008 (voir le tableau B2.1 et le graphique B2.1), essentiellement en raison de la diminution des dépenses en pourcentage du PIB dans l’enseignement primaire, secondaire et post-secondaire non tertiaire en France (diminution de 0.4 point de pourcentage) et dans l’enseignement tertiaire en Israël (diminution de 0.3 point de pourcentage).

(C’est moi qui souligne)

Une curieuse « courbe » concernant le pourcentage des jeunes en formation :

pp. 384-385 Pourcentage de jeunes (15-29 ans) en formation :
1997 : 42.6
1998 : 42.9
1999 : 43.9
2000 : 43.9
2001 : 43.1
2002 : 44.1
2003 : 44
2004 : 44.6
2005 : 45.1
2006 : 45.9
2007 : 46.8
2008 : 46.2
2009 : 44

Globalement, à part en 2001 (et, dans une moindre mesure, en 2003), le pourcentage de jeunes en formation (donc ni au travail, ni au chômage) progresse jusqu’en 2007. Puis chute ! En 2009, nous voici revenus au taux de 2003…

Le tableau D2.1 p. 431 nous révèle que le nombre moyen d’élèves par classe en 2009 est supérieur d’un peu plus de 1 en France à la moyenne de l’OCDE, et de plus de 2 à la moyenne de l’Union européenne…

Nous arrivons avant-derniers quant à l’influence du milieu socio-économique sur les résultats aux tests OCDE de compréhension de l’écrit :

Cliquez sur le graphique pour l'agrandir.

Quant aux salaires des enseignants… voyez plutôt :

Cliquez sur le graphique pour l'agrandir.

Pour le salaire statutaire dans l’enseignement public, nous arrivons glorieusement en 22ème position sur 34…

Le salaire des enseignants a augmenté, en valeur réelle, dans la plupart des pays dont les données sont disponibles entre 1995 et 2009. La France et la Suisse font figure d’exception : le salaire des enseignants y a diminué en valeur réelle durant cette période.

La plupart des pays ont assisté à une régression du salaire des enseignants en pourcentage du PIB par habitant entre 2000 et 2009. C’est en Australie, en Corée, en France, au Japon et en Suisse que le salaire des enseignants en pourcentage du PIB par habitant a le plus diminué. Il est toutefois resté nettement supérieur à la moyenne de l’OCDE dans tous ces pays, sauf en Australie et en France.

Et le roi s’indigne qu’on le voie nu ???

Revenons à nos moutons… euh… à nos profs dépouillés…

Ne vous contentez pas de regarder le calendrier ! Allez lire leur manifeste :

Manifeste contre le dépouillement de l’école

Je n’en ferai pas de citations… car il faudrait tout citer ! Il n’est pas très long, et vaut largement la peine d’être lu… voire signé (plus de 12 000 signatures à ce jour). Au moins, contrairement à un certain site dont je parlais récemment, il indique qui constitue ce collectif !

Notre « roi nu » n’a pas aimé, allez donc savoir pourquoi !

Le ministre choqué par les profs qui posent nus pour dénoncer le « dépouillement de l’école »

Luc Chatel s’est dit « choqué » par ces pratiques dans une interview dimanche à France 3. « Ca me choque parce que le rôle d’un professeur (…) c’est de valoriser son institution » et « j’ai une trop haute estime du professeur, de l’image du professeur, de ce qu’il représente dans notre pays et dans la République, pour accepter un tel dénigrement » a ajouté M. Chatel ». « On a le droit de critiquer ma politique, je l’accepte, on a le droit d’être militant syndical (…), par contre je suis choqué que l’on puisse porter atteinte à l’image même du professeur », a poursuivi le ministre qui a indiqué qu' »il n’y aura pas de sanction ».

Vous pourrez lire le communiqué de presse répondant au roi :

Les Dépouillés répondent au ministre de l’Éducation nationale, invité du 12/13 sur France 3 du 18 septembre

Réponse qui commence ainsi :

Monsieur le ministre,

Qui dévalorise l’institution scolaire ?
15 professeurs dénudés symboliquement ou un gouvernement qui envoie les nouveaux enseignants non formés, donc « tout nus » devant les élèves ?

Enfin, la page Revue de presse vous renverra vers quelques articles écrits à leur sujet…

Bonne visite !

Fête des travailleurs…

dimanche, mai 1st, 2011

Un petit brin de bonheur

« Travailler plus pour gagner plus », disait un jour quelqu’un (ou plusieurs jours, je ne sais plus…).

A tout seigneur, tout honneur : le hit-parade de ceux qui gagnent (donc travaillent…) le plus est composé des patrons du CAC 40 : 2,46 millions d’euros de salaire en moyenne en 2010… 24 % de plus qu’en 2009… Faut bien suivre l’évolution du coût de la vie, pas vrai ? Et sans doute ont-ils encore beaucoup plus travaillé qu’en 2009… Avis aux smicards, qui vont peut-être bénéficier d’une augmentation royale de 2 %…

Et comme il faut bien récompenser les honnêtes travailleurs, leurs employeurs leur versent ensuite un complément de retraite… qui n’a pas grand chose à voir avec nos « retraites complémentaires »… vu que ce complément peut atteindre jusqu’à 50 % de leur dernier salaire… Il faut dire que la « retraite conventionnelle » est maigre : plafonnée à 135 000 €, vous avouerez que c’est peu ! Le gagnant de ces retraités empoche ainsi 3,4 millions d’euros par an… Bon, en voilà quelques-uns qui ne finiront pas à l’hospice…

D’autres qui travaillent beaucoup aussi, ce sont les grands groupes, qu’on récompense en leur faisant payer moins d’impôts sur les sociétés (voire pas du tout…) que les petites et moyennes entreprises. Ces dernières, dont les bénéfices perçus en France représentent 17 % du total, contribuent à 21 % à l’impôt sur les sociétés ; les groupes du CAC 40 (encore eux !) enregistrent plus de 30 % des bénéfices perçus en France… mais leur contribution à l’impôt n’est que de 13 %… Non, non, ne cherchez pas l’erreur : c’est qu’ils travaillent plus, c’est tout !

Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

(Source : articles du Nouvel Obs, 28/4 au 4/5/2011)

De la parité…

jeudi, mars 31st, 2011

Eh bien, il n’y a pas que sur l’école, que notre beau pays est en peloton de queue ! Voilà ce que je lis dans Marie Claire d’avril :

« selon un rapport du Forum économique mondial de Davos, la France figure au 127ème rang mondial (sur 134 pays) en matière d’égalité salariale, derrière la Pologne, la Russie ou le Kazakhstan. »

Vous avez bien lu : 127ème sur 134 ! Et ce n’est pas une coquille, ni un poisson d’avril en avance ! Vous me connaissez (un peu…) : je suis allée vérifier ! Le rapport est en anglais, mais j’ai quand même compris que « Wage equality for similar work », ça veut dire en gros « égalité salariale pour un même travail »…

Voyez plutôt :

Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

The Global Gender Gap Report 2010 is published by the World Economic Forum

p. 138, si vous voulez vérifier par vous-mêmes… ou voir d’autres tableaux sur la parité en France.

Et, histoire de compléter un peu notre propos, voici ce que dit – entre autres – l’Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes (OPFH), créé en 1995 :

• Le salaire annuel moyen brut des femmes est inférieur à celui des hommes de 18.9 % dans le secteur privé et semi-public, 37% inférieur si on intègre les heures des temps partiels.

Et, sur un chapitre particulier :

RETRAITE

• Les femmes partent en retraite, en moyenne, à 61,4 ans et les hommes, 59,5 ans.

• 41% des femmes ont effectué une carrière complète contre 86 % des hommes. Les femmes valident 20 trimestres de moins que les hommes : 137 pour les femmes et 157 pour les hommes.

• Les femmes perçoivent en moyenne 1020€ contre 1636€ pour les hommes, en droit dérivé, soit 62% des retraites des hommes.

• En droit direct, les femmes touchent 825€ en moyenne contre 1426€ pour les hommes, soit 50 % des retraites des hommes.

Bon, si quelqu’un peut m’expliquer « droit dérivé » et « droit direct », j’ai rien contre…

Et tiens, un 3ème site, celui de l’ONG Business & Professional Women :


15 avril : journée de l’égalité salariale – les soldes continuent.

En France en 2011, le salaire d’une femme reste encore en moyenne inférieur de 27 % à celui d’un homme.

Excédée par ce chiffre, l’ONG « Business & Professional Women » (BPW) a calculé que pour prétendre au même salaire qu’un homme au 31 décembre 2010, une femme doit travailler 79 jours de plus (moyenne européenne), c’est-à-dire jusqu’au 15 avril, déclaré symboliquement « Equal Pay Day – Journée de l’Egalité Salariale ».

Avec de jolis graphiques :

Et dire qu’il y a des gens qui pensent que le féminisme est mort de sa belle mort, vu que les femmes françaises n’ont plus rien à revendiquer !

Au sujet des heures supp’…

dimanche, février 8th, 2009

J’avoue qu’hier, j’étais un peu énervée, en lisant que LA mesure destinée à revaloriser les salaires des enseignants était l’augmentation du nombre d’heures supplémentaires ! Du coup, je ne me suis pas expliquée à mes lecteurs, qui ne sont pas tous enseignants…

Par exemple, certains se sont peut-être intrigués de cette phrase :

76 500 heures supplémentaires années (H.S.A.), soit plus de 2.7 millions d’heures de cours

Les « heures supplémentaires année » sont des heures supp’ effectuées chaque semaine : 76 500 x 36 semaines = 2 754 000 heures sur l’année scolaire.

J’ai connu peu de collègues qui « réclamaient » des heures supp’ : souvent des jeunes, pressés de « s’installer » ou bien… de parfaits glandeurs (excusez !) qui, ne travaillant pas beaucoup en dehors des heures de cours, pouvaient se permettre d’augmenter ces dernières. Pour l’anecdote, j’en ai connu un qui, non content de ses 21 heures hebdomadaires (à l’époque), avait obtenu 3 heures supp’… et enseignait 8 heures par semaine dans un établissement privé… Le plus joli, c’est qu’il laissait son cartable au collège, arrivant et repartant les mains dans les poches… Oui, il y en a aussi, des comme ça !

Cependant, les heures supp’ ont toujours fait partie du travail des profs : elles sont nécessaires, dans une certaine mesure, pour permettre que tous les enseignements soient assurés dans toutes les matières, et que tous les enseignants aient leur compte d’heures. Admettons, pour faire simple, que dans une équipe de 8 profs de français à plein temps (18 heures hebdomadaires d’enseignement – je zappe les agrégés pour simplifier), l’un demande à n’avoir que 15 heures l’année suivante : les 3 heures restantes devront cependant être attribuées à ses autres collègues, pour que toutes les classes aient leur nombre d’heures de français.

Mais ces heures ont tendance, depuis des années, à devenir de plus en plus nombreuses : cela coûte moins cher que d’embaucher de nouveaux professeurs. C’est de cela que se vante notre ministre, en nous assurant qu’il revalorise le métier !

Soyons un peu sérieux. Je parle ici des collèges, car la situation est différente en lycée et en lycée professionnel. 18 heures de cours, auxquelles il faut ajouter les heures de préparation et les heures de correction… cela fait une bonne quarantaine d’heures par semaine. Sans compter, bien sûr, le travail fourni, tant en préparations qu’en corrections, pendant les « petites vacances », et même les grandes… Est-ce que, réellement, on peut travailler aussi sérieusement, en portant la même attention aux élèves (forcément plus nombreux !) quand on a 4 ou 5 heures supp’ par semaine ? Sans parler des semaines où il y a conseils de classe, réunions de parents, ou autres, qui grèvent lourdement les soirées ?

Il y a quelques années que je n’ai pas eu d’heures supp’, et je ne sais plus si le fait qu’elles ne soient pas payées en septembre a été modifié… Si oui, c’est assez récent. Jusque là, on fonctionnait comme du temps de mon enfance, où la rentrée était le 1er octobre… Heures supp’ gratuites !

Un autre « petit détail » qui m’a bien amusée, et que n’ont peut-être pas relevé les non-enseignants :

Des consignes ministérielles ont été données pour que le versement des indemnités de participation aux jurys et de correction des copies soit effectué, au plus tard, avant la fin du 1er trimestre 2009.

C’est qu’effectivement, les heures passées à corriger les examens – ou à interroger oralement – en juin-juillet, sont traditionnellement payées vers mai de l’année suivante… Remarquez, pendant ce temps-là, l’argent profite bien à quelques-uns, sûrement ! C’est un « placement » gratuit, sans intérêts à payer !

Pour le Brevet des Collèges, je ne sais plus combien j’ai touché l’année dernière (pour l’année précédente…), mais, jusqu’en 2002, c’était de l’ordre d’une centaine de francs pour, en général, 6 heures de corrections…

Je vous dirai des choses sur « l’avancée spectaculaire des salaires des enseignants » quand je me serai un peu plus documentée sur la question…

Pour en terminer par le traditionnel « Vous ne gagnez pas beaucoup, mais vous avez les vacances ! », une petite explication historique : quand, en 1950, on a réformé la profession, le législateur a considéré qu’un professeur (certifié) travaillait chez lui une fois et demi le temps qu’il travaillait en classe. A cette époque, les travailleurs effectuaient en moyenne 42 heures hebdomadaires ; le législateur a compté 45 heures pour « rattraper » les « petites vacances » (Toussaint, Noël et Pâques), qu’il a divisées par 2,5 : ce qui a donné 18 heures de cours.

Pour les salaires, ils ont été alignés sur les salaires mensuels des « catégories A » équivalentes, multipliés par 10… et divisés par 12 ! Nos « grandes vacances », dont on nous fait reproche (et qui ont été crées par obligation, dans une France rurale où il était hors de question que les enfants aillent à l’école quand il y avait du travail aux champs)… sont gratuites !

Si vous voulez bien nous attribuer 5 semaines de congés payés… nous les payons largement puisque nos 3 heures (45-42) multipliées par 36 semaines de cours et divisées par 2 (7 semaines de « petites vacances » moins 5 semaines de « congés payés »)… donnent 54 heures travaillées pour chacune de ces deux semaines…

Si vous avez compris mes calculs… vous avez peut-être aussi compris pourquoi la « semaine des 35 heures » n’était pas une revendication humoristique de notre part !

Mais bon, avec tous ces millions que le ministère nous distribue, nous n’allons pas nous plaindre, hein ?