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Drôle de cuisine !

jeudi, mars 5th, 2009

Il est tout à fait regrettable que ma pauvre mémoire n’en ait pas conservé davantage d’exemples… voici donc quelques souvenirs de mises en scène imaginées par des élèves…

Je crois que la première classe que j’ai fait travailler « librement » sur les poèmes était une 4ème, qui avait fort bien compris les règles du jeu et s’était fortement investie dans ce travail.

Un groupe mettant en scène un poème sur l’automne (ou la fuite du temps… j’ai aussi oublié les poèmes !) avait ainsi dessiné un arbre sur une feuille d’au moins 2 mètres sur 2, et découpé des dizaines de feuilles diversement colorées que chacun jetait au fil du poème…

Un autre, pour « illustrer » l’éclosion de fleurs, commençait le poème recroquevillé au sol, se dressait peu à peu (jupes aux couleurs vives, hauts assortis), et, une fois debout, pour le « final »… ouvraient des parapluies colorés…

Un groupe de 2 filles, qui réalisait souvent des mises en scène d’une grande qualité, s’étaient maquillé le visage, l’une tout en noir, l’autre tout en blanc, et jouaient « en miroir ».

J’ai aussi le souvenir, dans une classe de 5ème, cette fois, d’une mise en scène qui m’a quelque peu inquiétée au départ…

Les élèves commencèrent à « installer » leurs accessoires : sur une table, un morceau de toile cirée, une poêle, cuillères et spatules, paquet de farine (aïe !) et… un œuf que l’une tira de sa trousse. Détail qui me rassura, bêtement…

Elles (je crois que c’était un groupe uniquement de filles) avaient choisi de traiter le poème comme une recette, et la « cuisinière » enfila son tablier…

Tout en disant – fort bien – le poème, l’une cassa l’œuf (car il était frais, finalement !) dans la poêle, une autre y jeta la farine, la cuisinière se mit à touiller le tout… Je crois qu’il y avait d’autres ingrédients, mais j’ai oublié lesquels…

C’était bien joué, bien rythmé… mais mon inquiétude allait vers les « dégâts » : de la farine était tombée par terre… et… qu’allaient-elles faire du contenu de la poêle ???

Inquiétude inutile : des élèves capables de penser à la toile cirée avaient envisagé la suite…

Le poème terminé, l’une sortit un sac poubelle dans lequel elles versèrent le contenu de la poêle, une autre de l’essuie-tout avec lequel elle ramassa la farine tombée et essuya la poêle… Et le sac poubelle, bien fermé, se logea dans la poubelle de la classe…

Ouf !

Fabliaux

mercredi, mars 4th, 2009

Aujourd’hui, ce ne sont pas des poèmes, mais des fabliaux du Moyen-âge que mes 5èmes ont tenté de mettre en scène. Par groupes, ils ont choisi un fabliau, se sont réparti les rôles, ont réfléchi à une « mise en scène ». Nous verrons le résultat de leurs réflexions dans 15 jours…

Le premier problème est de choisir un fabliau dans le recueil… d’autant que peu d’élèves ont dû les lire tous (j’ai préféré ne pas faire de sondage à ce sujet !). Heureusement, quelques fabliaux ne font que 2 ou 3 pages, et se lisent donc relativement vite, quand aucun membre du groupe n’a pu proposer un titre qui convienne aux autres.

Vous avez oublié ce qu’était un fabliau ? Une petite histoire que racontaient des itinérants dans les villages. Elle mettait en scène des « gens du peuple » (rien à voir avec les histoires de chevaliers) et se terminait par une « morale ». Un des exemples les plus connus est celui de « la housse partie » (en français moderne : « la couverture partagée »). Cela ne vous dit rien ?

Un paysan, prenant de l’âge, décide de donner tous ses biens à son fils, et vient habiter chez celui-ci. Mais, au bout d’un certain temps, sa bru trouve qu’il est de trop dans la maison – une bouche à nourrir, alors qu’il ne travaille pas – et parvient à convaincre son mari de le chasser. Le vieux paysan proteste, mais tout ce qu’il parvient à obtenir de son fils, c’est qu’il lui donne une vieille couverture de cheval, pour se protéger du froid.

Le vieux va donc à l’écurie trouver son petit-fils… qui coupe une couverture en deux et lui en donne la moitié. Surpris, il retourne se plaindre à son fils qui demande des explications à l’enfant. Et celui-ci de répondre qu’il garde l’autre moitié pour son propre père, quand il sera devenu vieux et qu’il le chassera, à son tour, de la maison.

Frappé par la leçon que vient de lui donner son fils, l’homme décide de garder son père chez lui…

Et la morale est double : l’enfant a donné une « bonne leçon » à son père… et le narrateur conclut par la recommandation de ne pas donner tout son bien à ses enfants, mais de garder de quoi être indépendant…

Je suis sûre que cette histoire vous rappelle quelque chose…

Poèmes mis en scène

mardi, mars 3rd, 2009

J’ai déjà évoqué plusieurs pièces de théâtre montées avec des classes. Mais il est une autre sorte de spectacle qu’il m’est arrivé de monter : la mise en scène de poèmes.

Je suppose qu’un professionnel du mime parviendrait à des créations intéressantes avec une classe. Comme je n’ai aucune connaissance ni compétence en ce domaine… j’interdis le mime, purement et simplement ! Ce n’est pas une règle « de principe », mais une règle nécessaire si je veux éviter une « mise en gestes » répétitive et sans aucun intérêt (à mon avis). La règle n’est pas dite, mais elle est amenée de plusieurs façons.

Quand je travaille avec une classe sur ce thème, j’aborde la question d’une manière détournée depuis plusieurs années. L’exercice de « sensibilisation » consiste à envoyer 2 élèves devant le tableau : ils doivent réciter la table de multiplication par 2 en alternant les « phrases » et en se conformant à la situation que je leur indique. Par exemple, 2 amis qui ne se sont pas vus depuis longtemps se rencontrent dans la rue ; un monsieur va chez le coiffeur ; un adolescent rentre très tard chez lui et trouve son père qui l’attend…

Il s’agit de « débloquer » le rapport étroit entre les mots (la table de multiplication) et les gestes (la situation imaginaire). Tous les élèves, à tour de rôle, font cet exercice, qui a en plus pour intérêt de dédramatiser le regard des autres pour les élèves plus ou moins timides.

Mais alors, allez-vous me dire, ils peuvent jouer « n’importe quoi » sur n’importe quel texte ? Cela dénature le texte !

Non, ils ne peuvent pas tout à fait faire « n’importe quoi ». Une fois le principe compris, on passe aux « travaux pratiques » : par groupes, les élèves choisissent un poème à mettre en scène (ou deux, s’ils sont très courts : le travail de restitution étant noté, je demande à ce que chacun ait l’équivalent d’une dizaine de vers à « réciter »). Et là, on passe à la chose intéressante : comment découper le poème ?

Le premier réflexe, devant un poème « classique », est de distribuer une strophe à chacun ; si c’est un poème d’une seule strophe, les élèves comptent les vers et « coupent » le poème de façon mathématique : « Toi, tu prends les 10 premiers vers, moi les 10 suivants… »

J’exige alors un découpage plus « subtil », qui tienne compte du rythme du poème, de sa progression. Le poème devient dialogue, certains vers sont dits par 3 acteurs différents, d’autres sont dits « en choeur ». Souvent, l’idée de mise en scène vient au cours de cette lecture particulière ; parfois, elle était fixée au départ et se modifie en fonction du « découpage ».

Cette première séance de travail de groupes exige généralement plus d’une heure, car c’est un travail totalement nouveau, qui demande une compréhension « intuitive » du texte, liée à son rythme propre. Les fois suivantes, une heure suffira, et les élèves commenceront souvent à apprendre leur texte et/ou à le répéter.

Car, bien sûr, ce n’est pas un travail isolé : cette « mise en scène » se reproduira 5 ou 6 fois dans le trimestre, et la progression des élèves sera étonnante, certains groupes arrivant à « jouer » des abstractions, et non plus des illustrations. L’investissement de tous est important, car sur chacun repose la « réussite » du groupe. Accessoires, costumes, maquillages… les élèves ne laissent rien au hasard !

Et, comme en théâtre, l’évaluation se fait avec la participation de la classe.

Je vous parlerai une autre fois de quelques réalisations qui m’ont marquée…

Prise au piège de la démocratie !

dimanche, septembre 7th, 2008

Il m’est arrivé une fois d’être mise en minorité absolue (une voix contre 25 ou plus – je ne me souviens plus exactement du nombre d’élèves…). Très perturbant, quand même!

C’était avec une classe de 3ème. Une classe dynamique, sympathique, avec laquelle le courant passait très bien. Au premier trimestre, nous avions créé une pièce à partir de séances d’expression corporelle (j’y reviendrai) : "Une famille peut en cacher une autre". Il s’agissait d’une réunion de familles, type réunion Tup… avec parents, enfants et grand-mère. Les mères examinaient les produits, les pères jouaient aux cartes, la grand-mère racontait des histoires aux enfants… qui partaient vite jouer ailleurs. Une des scènes dont je me souviens est celle d’un "enfant" sautant dans les bras de son "père" : les deux ados avaient à peu près la même taille, et je crus que le père, surpris, allait laisser tomber l’enfant. Il n’en fut rien, et l’on garda la scène…

Le succès de la pièce, au gymnase, devant plusieurs classes, fut total. Si bien que les acteurs émirent le désir d’en créer une autre au trimestre suivant. Nous repartîmes du personnage de la grand-mère conteuse : cette fois, les enfants l’écoutaient, mais les parents intervenaient en interdisant à la grand-mère de raconter des histoires aussi stupides. Seuls dans leur chambre, les enfants voyaient alors apparaître des personnages de contes de fées, qui les emmenaient. Les parents, découvrant leur disparition, tentaient de les faire revenir en leur apportant des tas de cadeaux. En vain. Apparaissaient alors des auteurs de contes de fées, qui exposaient les mérites de leurs contes. Enfin, surgissait un éducateur, qui expliquait l’intérêt des contes pour la formation des enfants (nous avions lu des extraits de La Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim). Les parents admettaient leurs erreurs, rappelaient la grand-mère, et les enfants revenaient avec leurs nouveaux compagnons.

Si j’ai raconté brièvement la pièce, c’est pour que vous compreniez mieux le problème. Le problème, c’était l’éducateur. D’abord, il y avait eu litige sur qui allait jouer ce personnage, et mes arguments l’avaient emporté. Provisoirement. Car j’eus la surprise, à une des répétitions suivantes, de découvrir qu’il y avait eu échange de rôles. Bon. Eddie me paraissait à la fois trop timide et nerveux pour le personnage, mais puisque tout le monde était d’accord…

La "crise" vint à moins d’un mois de la représentation : ce jour-là, Eddie arriva en disant que ce serait beaucoup mieux s’il arrivait de la salle au lieu d’arriver des coulisses. Si j’étais d’accord (voire tentée) sur le plan scénique, je ne l’étais pas du tout sur le plan pratique : cela signifiait que, pendant plus d’une heure, Eddie était seul dans la salle (nous ne jouions plus cette fois au gymnase, mais dans une salle de spectacles de plus de 700 places, à l’occasion d’une fête de fin d’année), qu’il devait se lever, et monter sur scène pour intervenir. Beaucoup plus difficile que d’arriver des coulisses, où les copains sont là pour noyer un peu le trac. J’argumentai longtemps, très longtemps, jusqu’à ce que l’un d’eux propose de voter.

Toutes les voix furent pour accepter la proposition d’Eddie.

Je n’avais pas le choix : je dus me plier à cette décision unanime.

L’éducateur ajouta même un jeu de scène lors de la représentation : il fit semblant de se quereller avec son voisin (un professeur bien surpris!), dans la salle, comme si celui-ci l’empêchait de se lever et d’aller sur scène. Très bel effet.

N’empêche : se trouver ainsi seule contre un vote unanime, ce n’est pas évident!