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My Bony is over the ocean…

mercredi, janvier 21st, 2015

… Et même plusieurs océans, vu qu’il est australien…

J’ai déjà évoqué ici Bony, de son vrai nom Napoléon Bonaparte…

Ah ! Mais non ! Pas celui-là ! Un homonyme imaginé par Arthur Upfield à la fin des années 20. D’après ce que j’ai lu (quatrièmes de couverture et notes de l’éditeur), l’auteur, anglais, a été envoyé par ses parents en Australie en 1907 (il a 19 ans), histoire de lui former un peu le caractère… trop indiscipliné… Coup de foudre pour ce pays-continent ! Il en part cependant pour la guerre de 14, mais y retourne après la guerre et sillonne le continent. Il se fait un ami d’un traqueur de la police, métis aborigène… Et commence à écrire… Quand les 2 amis se séparent, ils échangent quelques livres ; parmi ceux reçus par Upfield, une biographie de Napoléon Bonaparte… C’est ainsi qu’il baptise le héros de ses romans en cours d’écriture, et qu’il en fait un métis aborigène, s’inspirant dans ses histoires des récits de son ami… Une trentaine de romans conteront les enquêtes de l’inspecteur Bonaparte…

C’est ma principale qui m’avait fait découvrir ce héros pour le moins inhabituel… Merci à elle ! A vrai dire, j’ai du mal à comprendre pourquoi il a fallu 50 ou 60 ans pour que ces romans soient traduits en français – et jamais, à ma connaissance, réédités !

Aussi, quand j’ai vu que le bouquiniste du marché présentait des romans de cette collection (dont les couvertures, superbes, sont des détails d’œuvres aborigènes), je me suis empressée d’acquérir tous ceux que je voyais ! Et le bouquiniste m’en a présenté d’autres dernièrement… Ma collection (sans doute incomplète) se monte donc à 24 ouvrages…

Ce qui me fascine dans ces romans, c’est d’une part la description d’un pays aux dimensions très inhabituelles pour nous (les éleveurs y ont des propriétés de milliers d’hectares, il y a parfois une centaine de kilomètres entre 2 habitations isolées…), au climat tout aussi étrange, aux paysages surprenants (par exemple, ces lacs qui apparaissent une dizaine d’années, assez profonds pour y héberger toute une faune, et disparaissent soudainement pour 30 ans ou plus…). D’autre part, la description de personnages hors du commun : des descendants des colons, formés à une vie très dure, vu l’isolement dans lequel ils vivent, des immigrés d’Asie ou d’ailleurs… Et surtout, surtout, des aborigènes, plus ou moins « intégrés », dont Upfield a minutieusement étudié les croyances, les rites, les manières de vivre… Bien que son personnage principal, Bony, soit un métis intégré (et tiraillé entre ses deux ascendances), la critique de « l’intégration » plus ou moins forcée des aborigènes est patente : elle a transformé des tribus libres et itinérantes en groupes agglutinés aux abords des villes, totalement dépendants des Blancs… et de l’alcool…

Les romans ne sont pas tous d’un intérêt égal : vu le nombre, cela n’a rien d’étonnant ! Mais ils nous font voyager, découvrir des lieux et des gens difficilement imaginables pour des Européens…

Comme dans les romans de Tony Hillerman (lequel sacre Upfield « inventeur du roman policier ethnologique ») qui se situent en territoire navajo, le fait que l’auteur soit étranger à la culture et à la géographie du pays qu’il décrit accentue ses particularités ; un « polar » chinois ou japonais, par exemple, nous dépayse moins, dans la mesure où l’auteur décrit un monde où il vit, qui lui est « naturel ».

J’espère très fort que vous aurez l’occasion de faire connaissance avec Bony… Et qu’il aura droit à quelques rééditions !