Posts Tagged ‘Violence à l’école’

Fait divers…

lundi, juin 20th, 2011

Dans ce même numéro du Nouvel Obs du 16/6/2011, un « fait divers » qui n’est pas sans rapport avec mon dernier billet…

Un collège. Des gamins. Qui jouent…

Le jeu, ici, consiste à faire la course dans les escaliers. Le dernier arrivé, évidemment, a perdu. Et le sort du perdant est de prendre des coups…

On attend tout de même d’être sorti du collège pour sanctionner le perdant : pas la peine de se faire punir pour un simple jeu !

Mais le « jeu »  dérape… A coups de pied, les « gagnants » ont fracturé le bassin du « perdant », lui ont déboîté une hanche. Peut-être des séquelles à vie… Il a 14 ans, le « perdant »…

*     *     *

La violence n’est pas un fait nouveau, on le sait. Elle est inscrite dans les gênes de tous les animaux « sociaux ». Dont nous faisons partie, ne l’oublions pas, malgré nos quelques millénaires de « civilisation ». Nous avons appris à ne plus nous battre en duel parce que les duels étaient durement réprimés par la loi. Nous avons appris que la Justice nous attendrait si nous nous laissions aller à la violence. Mais la violence en nous subsiste. Si nous ne trouvons pas des dérivatifs à notre agressivité « naturelle », elle nous emporte, bien au-delà de nos désirs et intentions conscients.

C’est évidemment encore plus vrai pour des enfants ou des ados. Et plus encore s’ils sont en groupe : l' »autre » est alors tellement « chosifié » qu’ils ne sont plus conscients de ce qu’ils font réellement, de la portée de leurs gestes. Ils se conduisent comme une meute attaquant le plus faible : l’animal a pris le pas sur l’humain…

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J’ignore quelles sanctions ont été ou seront prises contre les 5 « massacreurs ». Il en faut, de significatives. Mais cela ne résoud rien, pour eux comme pour les autres, de ce collège ou d’ailleurs. La société a ici un devoir avant tout d’éducation : maîtriser la violence qui est en soi, cela s’apprend. Garder conscience de ce que l’on fait, cela s’apprend. Voir « l’autre », quel qu’il soit, comme une personne, cela s’apprend. La famille, l’école, la justice ont tous ici un rôle à jouer. Très important.

Une autre réflexion – que vous qualifierez peut-être de « catégorielle » – porte tout de même sur l’encadrement de ces enfants et ados dans les écoles : depuis des années, on réduit le nombre de surveillants (pardon : d’assistants d’éducation !), qui finissent par avoir tellement d’élèves en face d’eux qu’ils n’en connaissent plus aucun. Or, leur rôle est primordial : étant plus proches (par l’âge entre autres) des élèves, ils sont les mieux placés pour recueillir leurs « confidences », et intervenir ou faire savoir les risques de bagarre ou autres. Je me souviens, il y a quelques années, que c’est grâce à l’un d’eux que l’on a connu un projet de « règlement de comptes » à la sortie du collège. Nous avons alors été nombreux à nous poster sur le parking, et bien nous en a pris, puisqu’un groupe est arrivé en voiture (pas des collégiens, donc…) armé de battes de base-ball…

S’ils peuvent être violents « à chaud », enfants et ados le sont rarement « à froid » : la violence leur fait peur, comme une chose qui peut les atteindre personnellement ; aussi, s’ils entendent parler d’une histoire de ce genre, il y en aura toujours un qui cherchera une oreille d’adulte pour lui confier ses craintes. D’où l’importance du nombre de ces « oreilles » ! Rien à voir avec le fait de poster ici ou là un agent de police ! C’est d’un vrai encadrement dont les écoles ont besoin ! Pas d’un assistant d’éducation pour 300 élèves !

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Rien à voir, mais permettez-moi de saluer ici la mémoire de Jorge Semprun : militant, résistant, écrivain, il a témoigné toute sa vie de ses engagements pour davantage d’humanité.

J’avais voulu lui écrire, après avoir lu Le Grand voyage et L’Écriture ou la vie… Non seulement parce que ces livres m’avaient profondément bouleversée, mais aussi parce qu’il avait fait son « voyage » vers Buchenwald dans le même convoi qu’un cousin (que je n’ai évidemment pas connu… vu qu’il n’est pas revenu). Je n’avais malheureusement pas réussi à trouver une adresse, courrier ou courriel… Cela restera un grand regret pour moi.

Juste un mot…

vendredi, avril 15th, 2011

… pour vous conseiller de lire le billet de Lucien :

Violence et harcèlement à l’école : le vrai rapport

Alarmé par les gros titres de la presse, Lucien est allé lire le rapport original (de l’UNICEF) : apparemment, les journalistes n’en ont eu qu’une lecture ultra-superficielle et rapide (s’ils l’ont lu…).

Il me paraît important de savoir à quoi s’en tenir sur ce sujet !

Bonne lecture !

Vous avez dit : violence ? (suite)

dimanche, juin 7th, 2009

Pourquoi « tant de violence » ?

Difficile de savoir s’il y en a réellement davantage aujourd’hui qu’il y a 50 ou 100 ans. Ce qui est certain, c’est qu’elle est davantage dévoilée.

Et la violence des jeunes… c’est sans doute aussi le reflet de la violence des adultes. Pas seulement ceux qui les entourent, mais ceux aussi qu’ils voient à la télé ou sur Internet. Ceux qui paraissent dans les actualités, mais ceux aussi qu’ils voient dans des films ou des vidéos (amateurs ou pas).

Fiction et réalité se mélangent. Les notions de bien et de mal s’effacent devant des images émotionnellement violentes : ne reste alors que cette violence subie…

Petit tour sur des sites officiels :

Enquête sur les meurtres entre époux en 2007 :

Les femmes sont toujours majoritairement les victimes (166 soit 86,5 % des cas).
Sur les 26 femmes auteurs d’homicide sur des hommes (11 en zone police et 15 en zone gendarmerie) qui ont été recensées, 10 d’entre elles étaient victimes de violences de la part de leur partenaire (dont 7 en zone gendarmerie).
Aucun fait dans des couples de même sexe n’a été répertorié cette année (4 en 2006).
Il ressort donc qu’au cours de l’année 2007, une femme est décédée tous les 2,5 jours, victime de son compagnon ou ex-compagnon et un homme est mort tous les 14 jours, tué par sa compagne ou ex-compagne.
Rappelons qu’en 2006, le rapport était d’une femme tous les 3 jours et d’un homme tous les 13 jours.

Enquête de victimation 2007 par l’Observatoire National de la Délinquance (c’est moi qui souligne)

Il apparaît ainsi que, selon leurs réponses aux questions de l’enquête, près de 2 millions de personnes de 18 à 60 ans, soit 5,6 % d’entre elles, ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours des années 2005-2006.

On compte d’une part 930 000 victimes de violences physiques commises par une personne qui ne vit pas avec elles, dites violences hors ménage, et d’autre part, 820 000 victimes d’un auteur qui vit avec elles (violences intra ménage).

Au sein des ménages, on compte plus de 530 000 femmes et 300 000 hommes victimes de violences physiques. Le rapport homme/femme est encore plus déséquilibré en matière de violences sexuelles hors ménage : alors que 260 000 femmes en ont été victimes en 2005 ou 2006, soit 1,5 % d’entre elles, ce nombre est inférieur à 100 000 pour les victimes masculines, soit 0,5 % d’entre elles.

Toutes formes de violences confondues, ce sont près de 1,1 millions de femmes de 18 à 60 ans qui en ont été victimes en 2005 ou 2006 et environ 900 000 hommes. Ce qui correspond à une proportion de femmes victimes de 6,1 % qui est significativement plus élevée que celle des hommes (5,1 %).

Que ce soit à la suite des violences physiques hors ménage ou en son sein, la proportion de victimes ayant subi des blessures est d’environ 40 %. La fréquence des violences suivies de blessures ne diffère pas selon le sexe lorsqu’il s’agit de violences hors ménage. En revanche, alors que 50 % des femmes victimes de violences intra ménage ont subi des blessures, cette part ne dépasse pas 20 % pour les hommes victimes.

Pour plus de 50 % des 890 000 victimes de violences physiques ou sexuelles au sein du ménage, soit 450 000 personnes, l’auteur des faits subis est le conjoint. On mesure ainsi que 1,8 % des personnes de 18 à 60 ans vivant en couple ont été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint en 2005 ou 2006. Cette part atteint 2,6 % chez les femmes de 18 à 60 ans vivant en couple. On estime le nombre de femmes victimes de leur conjoint sur 2 ans à plus de 330 000. Il est trois fois supérieur à celui des hommes ayant déclaré avoir été victimes de leur conjoint.

Plus de 75 % des victimes de violences sexuelles hors ménage et 84 % des victimes de violence intra ménage n’ont fait aucun signalement à la police ou à la gendarmerie, que ce soit sous forme de plainte ou de main courante.

Cette violence, qui se vivait cachée, se dévoile de plus en plus. Même si l’énorme majorité des victimes ne porte pas plainte, on en parle, on « sait » que la violence se niche partout parmi nous. (Je n’évoque « même pas » les enfants qui en sont témoins… ou victimes !)

Encore une fois, notre société est-elle plus violente aujourd’hui qu’hier ?

Difficile à savoir ! Les statistiques sont relativement récentes, et leurs critères ni leurs méthodes ne sont tous les mêmes, d’année en année. Et… n’oubliez pas que, jusqu’en 1990 (hier !) il n’y avait pas viol entre mari et femme !!!

Je crois qu’il y a une réelle cassure, plus forte encore chez les jeunes, entre ce qui paraît accessible (biens matériels, avenir professionnel mirifique, liberté, droits) et la réalité de la vie dans une société. Les freins puissants que constituaient la religion et la morale s’effacent devant les rêves offerts par une société « de consommation ». Pourquoi n’aurais-je pas ce que « tout le monde a » ? Et si je ne parviens pas à l’avoir, comment me venger de cette entrave à ma liberté ?

Hum… J’aimerais avoir vos opinions sur ce sujet…

Vous avez dit : violence ?

samedi, juin 6th, 2009

De faits divers montés en épingle aux propos sécuritaires des uns et des autres, l’école apparaît vaguement à ceux qui ne la fréquentent pas comme l’équivalent, en plus jeune, du Chicago des années 30.

Certes, je n’enseigne pas en ZEP, et suis donc mal placée pour en parler. Mais, si l’on accepte comme véridiques et reflétant la réalité les conclusions de la SIVIS pour 2007-2008, on voit que :

– 37% des collèges contactés n’ont déclaré aucun « incident grave » (entre décembre et février) ; 19% en ont déclaré un, 25% 2 ou 3, 19% 4 ou plus.

– Sur ces « incidents graves », 39% sont des violences verbales, 38% des violences physiques, 7% d' »autres atteintes aux personnes » (?) et 16% des « atteintes aux biens et à la sécurité » (parmi lesquelles figurent vol et dommages aux locaux ou aux biens personnels, mais aussi consommation et trafic de stupéfiants, port d’arme blanche – 1,3% ou à feu – 0,1%).

– Le « nombre moyen d’incidents graves déclarés » est de 13,1 pour 1000 élèves.

– Les « incidents graves » crées par des élèves contre des membres du personnels représentent 40% de l’ensemble ; ceux d’élèves contre d’autres élèves, 36%.

Qu’est-ce donc qu’un « incident grave » ?

« Dans le nouveau dispositif SIVIS, pour les faits n’impliquant que des élèves, seuls les incidents présentant un caractère de gravité suffisant, au regard des circonstances et des conséquences de l’acte, sont enregistrés. En particulier, il faut qu’au moins une des conditions suivantes soit remplie : motivation à caractère discriminatoire, usage d’une arme, utilisation de la contrainte ou de menaces, acte ayant entraîné des soins ou causé un préjudice financier important, porté à la connaissance de la police, de la gendarmerie ou de la justice, susceptible de donner lieu à un dépôt de plainte ou à un conseil de discipline. »

Qu’il y ait une « montée de la violence », c’est possible… Tout dépend de ce qu’on appelle « violence ». A l’évidence, en lisant ces statistiques, on ne sent pas bien la nécessité d’installer des portiques de détection, ni d’appeler la police à la rescousse…

Réfléchissons un peu…

Les insultes et les bagarres entre élèves ne datent pas d’hier, ni même d’avant-hier (je crois me souvenir que François Villon avait été arrêté à la suite d’une bagarre entre étudiants, justement) ; personnellement, je me suis assez souvent battue (en primaire, d’accord !)… y compris mon premier jour d’école, en juin 55 ! Je ne dis pas qu’il faille les accepter, voire les encourager, mais… s’interroger sur le fait qu’elles ne sont plus « tolérées » (par les parents, entre autres).

Là où je pense qu’il y a changement, c’est dans la violence, parfois, de ces bagarres (mais, encore une fois, ce n’est pas forcément le cas général) : peut-être que la bagarre d’autrefois avait surtout pour but de montrer qu’on était le plus fort, alors qu’aujourd’hui, il y a parfois le désir de « faire mal » – d’où, très rarement mais quand même, l’intervention d’armes (à peu près inaccessibles aux générations précédentes).

Pourquoi vouloir « faire mal » à un autre ?

Peut-être parce que, soi-même, on a mal. Peut-être parce qu’on ne sait pas très bien où on est, qui on est, où l’on va. La douleur de l’autre donne une certaine forme d' »existence ».

Pourquoi à l’école ?

Rappelons tout de même que l’énorme majorité des problèmes de violence se situent hors de l’école !

Mais bon : pourquoi à l’école aussi ?

D’abord, parce qu’on y passe l’essentiel de son temps ; parce qu’on y est avec ses pairs ; parce qu’on est nombreux, donc anonymes ; parce qu’il y a peu d’adultes (et de moins en moins) pour voir et entendre… et intervenir !

Et puis…

Et puis je pense à tous ces enfants (pardon, ces ados !) souffrant de devoir user les chaises et les radiateurs jusqu’à 16 ans, alors qu’ils ne comprennent rien aux cours, ont abandonné tout espoir de n’importe quoi, et attendent, attendent… sans savoir quoi…

Je pense entre autres à un élève qui nous a posé pas mal de problèmes (mais il vivait avec son père… qui avait besoin qu’un assistant social vienne le faire lever pour aller travailler, alors…) ; orienté en BEP dans une section déficitaire (vu ses notes, il n’avait pas eu la possibilité de choisir…), revenu pour redoubler sa 3ème ; parti dans un autre BEP l’année suivante… qu’il a lâché au bout d’un mois peut-être… Un jour où il « traînait » devant le collège avec d’autres anciens, il me dit « j’attends mes 18 ans ».

Pour faire quoi ?

Il n’en avait aucune idée…

On nous cache des choses…

vendredi, avril 17th, 2009

Si, si, je vous assure ! A preuve un autre document publiposté, daté du 19 mars 2009, et qui commence ainsi :

« Cher ami,

Les nouvelles de l’école ne sont pas bonnes.

Les médias ont fait savoir que, le 10 mars 2009, 12 élèves et professeurs ont été blessés lors de l’attaque du lycée de Gagny, en région parisienne.

Mais des « fuites » de la police révèlent aujourd’hui que les attaques de bandes cagoulées et armées de barres de fer « dans les collèges et lycées sont devenues monnaie courante » ces derniers temps (voir par exemple, le Figaro du 12 mars 2009, page 10).

Les collégiens poignardés à Meyzieu (Rhône), le professeur roué de coups en plein cours à Corbeil (Essonne), le gardien de collège tabassé pour une histoire de ballon confisqué à Paris, ne sont pas des accidents isolés.

Des milliers d’établissements scolaires sont en train de sombrer dans le chaos. Et si vous et moi ne faisons rien, des milliers d’autres seront bientôt touchés.

Plus que jamais, les parents, les professeurs de bon sens, et tous les citoyens responsables, doivent se réunir pour exiger du ministère de l’Education qu’il reprenne la situation d’une main de fer. »

Est-ce que Le Figaro a modifié son article ? Je n’ai pas trouvé d’article sur Gagny le 12 mars, mais l’article du 11 a pour chapeau (en gras) :

« Événement rare [c’est moi qui souligne], une vingtaine de jeunes armés et cagoulés ont pénétré à l’intérieur de cet établissement de Gagny avant de frapper professeurs et élèves en salle de permanence. »

Et, dans la suite de l’article :

« À la suite de cette intrusion exceptionnelle [c’est moi qui souligne] dans un établissement scolaire (…) »

Est-ce là ce qu’on peut traduire par « monnaie courante » ???

Enfin, quant aux « 12 élèves et professeurs [qui] ont été blessés« , Le Figaro (ce n’est pas ma référence, mais celle du rédacteur !) ne dit pas tout à fait la même chose :

« La scène, d’une violence «extrême» selon les témoins, a duré à peine une dizaine de minutes, au cours desquelles sept personnes ont été blessées, cinq autres étant fortement choquées. »

Au moins, le rédacteur sait additionner 7 et 5, ce qui est déjà quelque chose…

Quant aux autres violences évoquées, l’auteur a dû tout de même remonter à juin 2008 (Corbeil) et avril 2008 (Meyzieu)… Cela n’enlève rien à la gravité des faits… mais beaucoup à leur fréquence !

Suit une attaque en règle des « syndicats d’enseignants (pleins de professeurs de « mauvais sens », sans doute) et la « fédération de parents » FCPE » (la FCPE appréciera la mise entre guillements !) qui « défendent les délinquants contre les élèves« , au lieu de féliciter la police pour ses interventions contre « les trafiquants de drogue » qui sévissent dans collèges et lycées… Et du ministre qui « se range de leur côté » :

« Ainsi, réprimer le trafic de drogue dans les écoles, ce serait mal, pour notre ministre.

Seule la « prévention » serait moralement acceptable. Et une fois que les dealers sont installés et qu’ils distribuent des seringues aux élèves, la police ne devrait plus intervenir ! »

Je vous ai déjà parlé de cette « association loi 1901 » qui entend voler au secours « de nos enfants dans les écoles, qui sont soumis à l’autorité de tant d’institutions irresponsables« …

Je vous en reparlerai…