Posts Tagged ‘ZEP’

Haro sur les ZEP !

mardi, novembre 15th, 2011

« Les ZEP n’auraient jamais dû exister »

C’est le (gros) titre de l’article de Rama Yade dans Marianne (5-11/11/2011). Qui m’a évidemment tout de suite donné envie de le lire… Depuis, il y a polémique autour de son livre, elle est accusée de plagiat… Mais ce n’est pas là mon propos…

Rama Yade nous conte qu’elle a fait toute sa scolarité dans le privé. C’est son droit. Je n’ai moi-même connu le « public »… qu’en Fac ! C’était le choix de ma mère. Je ne lui en veux pas ! Mais je n’ai curieusement pas la même vision que Rama Yade… Il est vrai que nous ne sommes pas de la même génération, et que les choses changent, au fil des ans…

Son panégyrique du privé me met un peu mal à l’aise… Que dit-elle ?

« Ce sont ainsi surtout les familles pauvres qui se ruent vers le privé, le succès de leur progéniture valant tous les sacrifices. Car, disait ma mère, c’est là que bat désormais le cœur de l’école républicaine, celle qui vous apprend à lire, écrire, compter, celle qui vous enseigne les savoirs fondamentaux, celle qui vous inculque une culture générale, celle où règne encore un peu de discipline, celle où l’on respecte l’autorité des maîtres, celle où l’on ne débat pas de rien du tout. »

Voilà, en négatif, un portrait bien négatif, justement, de l’école « publique » ! Dont je me demande quelle connaissance en a réellement l’auteur…

Encore une petite couche ?

« Les familles françaises l’ont compris : qu’elles soient catholiques, musulmanes, juives, agnostiques ou athées, riches ou pauvres, elles se ruent toutes vers le privé. » Le privé, « bouée de sauvetage de notre système scolaire »…

Je ne vais pas cracher sur le privé, sous contrat ou pas : j’y ai passé suffisamment d’années comme élève ou comme prof. Je n’ai pas souvenir d’élèves de « familles pauvres » – ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas. C’étaient surtout des élèves de familles « moyennes » – sauf dans un établissement où j’étais surveillante d’internat, assez « classé », où les internes, du moins, étaient de familles aisées, voire très aisées…

Enfin bref, arrivons-en à nos ZEP (zones d’éducation prioritaire), que Rama Yade veut supprimer.

J’ai eu l’impression, à lire ce passage, qu’on avait créé les ZEP pour y regrouper les élèves de milieux défavorisés : « […] à chaque lycée de centre-ville correspond une ZEP de banlieue. Ce partage des tâches est la plus remarquable illustration d’une école à deux vitesses, qui permet aux uns d’avoir l’assurance que les seconds, parqués dans leurs bans, ne viendront pas perturber la tranquille reproduction de l’aristocratie scolaire et l’immobilisme du système. »

N’en déplaise à Rama Yade, les ZEP n’ont pas créé d’écoles, mais « classé » des écoles existantes pour leur donner davantage de moyens, et ainsi limiter un peu le fossé entre écoles de milieux aisés et écoles de milieux défavorisés… les ZEP étant souvent dans les « cités ». Certes, il y a eu des effets pervers : certaines familles, plutôt que de voir leur enfant dans une ZEP, l’ont fait domicilier ailleurs pour qu’il aille dans un autre établissement, moins « marqué ». Par ailleurs, les drastiques réductions de moyens, ces dernières années, ont touché les ZEP autant que les autres établissements. Enfin, « l’assouplissement de la carte scolaire », permettant aux parents de choisir plus ou moins l’école de leur enfant, n’a fait qu’accentuer la ségrégation. Faut-il pour autant jeter l’enfant avec l’eau du bain ?

Oui, répond sans hésiter notre auteur. Car l’enseignement qu’on a voulu y adapter est une aberration : « On a, avec la meilleure volonté du monde, déconsidéré les élèves en les renvoyant à leur milieu et à leur « culture ». ». On a interdit « l’accès à la littérature française à des enfants dont les ancêtres ne sont pas français ou bourgeois. ». « Leur proposer de travailler sur leur culture, c’est les mépriser. Leur conseiller de lire exclusivement des œuvres courtes, comme s’ils étaient débiles, c’est les humilier. Leur faire apprendre l’arabe alors qu’ils ne parlent pas encore le français, c’est ne rien comprendre à leurs besoins. »

Je n’ai pas connu d’établissement où l’on « faisait apprendre » l’arabe… En seconde langue, peut-être ??? Pour les « œuvres courtes », il serait bon que Rama Yade ne les confonde pas avec des livres « pour débiles », à moins de vouloir jeter à la poubelle les contes philosophiques, pas mal de pièces de théâtre, les nouvelles, et autres « romans courts » qui n’en sont pas moins des œuvres de « grands auteurs » français ou étrangers ! Je n’ai pas vu non plus des profs ne conseiller QUE des œuvres courtes…

Enfin, je m’insurge violemment contre l’idée que « Leur proposer de travailler sur leur culture, c’est les mépriser. » : quand j’étais dans le Nord, où la population issue de l’émigration était importante, j’avais fait travailler une classe de 3ème sur leurs pays d’origine (Pologne, Italie, Espagne, Portugal, Algérie, si je me souviens bien). Aucun mépris dans ce choix ! La simple volonté qu’ils prennent conscience de leur histoire familiale et de leur diversité ! Refuser de les prendre en compte me paraît, au contraire, un singulier mépris ! De même, quand un élève de 6ème, lors des ateliers généalogie, s’est intéressé à l’ethnie dont était originaire son grand-père (famille de « gens du voyage » sédentarisés), je l’ai aidé dans ses recherches, et j’ai eu la nette impression qu’il était heureux de voir que l’école prenait en compte sa « singularité » !

Quant aux « solutions » préconisées par l’auteur… personnellement, elles me font frémir !

« Arracher les jeunes à un tel environnement familial ou géographique [« une cité dangereuse »] pour leur donner la possibilité de s’instruire dans le calme est la première condition de leur réussite. »

Carrément !

Allons donc « arracher » les jeunes des banlieues à leurs familles ! Propulsons-les dans un bel environnement, sans cités autour… A Marly, peut-être ? Et prenons en charge, évidemment, les frais que cela implique, en internat entre autres… puisque les familles, par définition, ne pourront le faire… Assistanat ? Ou dictature ???

Bien sûr, les « internats d’excellence » sont vantés ici : « Comme sous la IIIème République, où la scolarisation a consisté à arracher des mains des prêtres les élèves pour les délivrer de l’emprise de l’Église, des familles et des puissances locales, l’intérêt des internats d’excellence réside dans le fait qu’après les cours, les élèves ne rentrent pas dans leur foyer ou dans la bande, mais dans ces structures où ils peuvent se concentrer sur leurs devoirs, continuer à étudier sereinement et bénéficier d’un encadrement éducatif plus strict (des surveillants, quoi !). »

Que je sache, la IIIème République n’a pas arraché les enfants à leurs familles ! Les internats ont été créés pour les enfants habitant trop loin d’un collège ou d’un lycée, et non pas pour priver les enfants d’un environnement familial !

J’ai déjà parlé de ces « internats d’excellence », et m’interroge toujours sur les résultats, à moyen terme, de la dichotomie qu’on crée chez ces enfants « de cités » en les faisant vivre dans un milieu « de riches » : certes, ils peuvent étudier… mais comment vivent-ils les week-ends, les vacances, où ils retrouvent leur milieu de vie « normal » ? A mon humble avis, ou ils vont tourner le dos à leurs origines, ou ils sont bons pour la schizophrénie…

Sans compter que, évidemment, Rama Yade ne s’intéresse pas à ceux qui ne « mériteront » pas les internats d’excellence… Une fois les « bons » élèves, les élèves « méritants » enlevés de leur école (collège, lycée…), que devient ladite école, privée de ses « têtes de classe » ? Mon expérience m’a prouvé que, sauf conditions particulières, une classe d’élèves « médiocres » ne fait que s’enfoncer dans la médiocrité : les « bons » élèves n’étant plus là pour dynamiser la classe, les autres s’endorment, faute de « modèles »…

Je suis mauvaise langue : notre auteur s’intéresse également aux « autres », et préconise « des classes de remise à niveau en petits groupes pour les matières les plus fondamentales (français, mathématiques, langues) et des classes d’excellence pour chaque niveau et dans chaque collège ». Décidément, elle y tient : séparons les bons des mauvais, et les vaches seront bien gardées !

Je n’ai rien contre Rama Yade… mais beaucoup contre les gens qui ne connaissent rien aux questions de l’Éducation et se mêlent de faire des livres à ce sujet ! Un peu d’humilité, que diable ! Si vous ne connaissez rien à une question… apprenez !

Ou taisez-vous !