Au clair de la lune,
Mon ami Pierrot,
Filons, en costume,
Présider là-haut !
Ma cervelle est morte.
Que le Christ l’emporte !
Béons à la lune,
La bouche en zéro.
Quelle extraordinaire vision de Jules Laforgue, qui publie ce poème (ce n’est ici que la 1ère strophe) en 1887 ! Il nous prédisait un président (joli, non, comme allitération ?!!!) sur la Lune, et nous ne l’avions pas compris !
La Lune… Rêve de bien des poètes, mais pas seulement… 1969 nous a mis le pied dessus… A force de vouloir la lune…
Il y a des lunes, amants de la lune, confrères de la lune, pêcheurs de lune, étaient les seuls à demander la lune, la promettre, la décrocher, voire la prendre avec les dents. Vieilles lunes…
A ces époques déjà lointaines, poissons-lunes et pierres de lune suffisaient à nous faire rêver. Et lunes de miel, évidemment !
Aujourd’hui… aujourd’hui, nous tombons de la lune quand on nous la montre en plein midi. Je devais être dans la lune, pensons-nous : j’aurai mal compris… Quel est ce c… comme la lune au visage de pleine lune qui nous la promet ? Est-il sujet à des lunes ou vit-il dans la lune ? Si nous sommes dans notre mauvaise lune, nous aboyons à la lune en attendant que le mauvais plaisant aille rejoindre les vieilles lunes…
Et nous avons tort, bien sûr !
Car la question de la lune est plus que jamais d’actualité !
Gingrich promet aux Américains de coloniser la Lune
Candidat à l’investiture républicaine pour affronter Barack Obama à la fin de l’année, l’ancien président de la Chambre des représentants a promis lors d’un meeting en Floride qu’il mettrait en place la première colonie permanente sur le satellite de la Terre.
Alors que Newt Gingrich confirmait vouloir une colonie permanente sur la Lune s’il devenait président – l’espace est un autre sujet important en Floride -, Mitt Romney a répliqué sèchement : « Si j’avais un patron qui me disait vouloir dépenser quelques centaines de milliards pour implanter une colonie sur la Lune, je lui dirais vous êtes viré. C’est peut-être une grande idée, mais ce n’est pas une bonne idée. »
Il est vrai que… pour un candidat soucieux d’économie au point de vouloir faire travailler les enfants pauvres et de ne plus indemniser les chômeurs… je ne sais pas s’il a bien calculé le prix de revient d’une colonie permanente sur la Lune… A moins que, justement, il n’y envoie enfants pauvres et chômeurs ?
Évidemment, tout le monde n’est pas d’accord avec lui :
Ses détracteurs l’accusent d’être un pseudo-intellectuel qui parle trop vite, comme lorsqu’il a affirmé que les Palestiniens étaient un peuple « inventé ». Sa vieille idée d’exploiter les ressources minières de la Lune ou encore celle de faire travailler les enfants pauvres pour leur inculquer la valeur du travail lui vaut les sarcasmes de certains de ses rivaux.
Ce candidat « révolutionnaire » se présente comme « hors-etablishment »… Mais :
Mais il est assez savoureux de voir Newt Gingrich tenter de se positionner en outsider. Il a accompli dix mandats au Congrès de Washington et été président de la Chambre des représentants de 1995 à 1999, soit à deux doigts de la présidence [le poste de président de la Chambre des représentants vient en troisième ligne dans l’organigramme du gouvernement américain]. Autrement dit, il était pratiquement au sommet de l’élite de Washington. Quant à ses sarcasmes sur l’élite de New York – une allusion aux grands médias qu’il fustige depuis des semaines -, il convient de rappeler que lui-même est un écrivain prolifique qui a un jour reçu 4,5 millions de dollars d’avance sur recettes avant de devoir les restituer pour des questions éthiques. Et nul n’est besoin de mentionner qu’il a fait fortune à Washington. (Il a par exemple gagné 1,6 million de dollars en donnant des « avis stratégiques » à Freddie Mac, la société quasi gouvernementale de refinancement hypothécaire.)
En outre, Gingrich aime se présenter comme un outsider tout en s’attribuant le mérite de succès d’initié. Il affirme par exemple avoir contribué à créer des emplois avec Ronald Reagan et Bill Clinton. Mais comment a-t-il pu procéder s’il ne faisait pas partie de l’ »élite » ? La réponse, bien sûr, est qu’il est en faisait partie. Quelle que soit leur part de réussite et d’échec, ses actes s’inscrivent au cœur de la vie politique du pays où il évolue depuis des années.
Espérons qu’un certain nombre d’Américains ne seront pas trop dans la lune quand ils choisiront leur bulletin de vote…
Je propose un nouveau proverbe :
Qui montre sa lune
Voit la lune…
(Montrer sa lune : Montrer ses fesses. Voir la lune : Perdre sa virginité.
Toutes les expressions citées dans cet article proviennent de http://www.cnrtl.fr/definition/lune, y compris le début de la citation de Jules Laforgue.)
Merci (encore !) à Délit Maille, qui m’a mise sur la piste de cet intéressant personnage…








