Archive pour la catégorie ‘Travail de groupes’

De l’esclavage…

Mardi 10 mai 2011

10 mai : « Journée de la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition » dans nos écoles…

Je ne suis pas une fan des célébrations, mais profite de l’occasion pour vous offrir quelques citations, issues de mon travail avec des classes de 3ème sur ce thème.

Les élèves étaient par groupes, devaient lire et étudier une dizaine de textes au choix (au moins 2 textes d’argumentation, 2 textes littéraires -1 extrait de roman ou de conte philosophique, 1 poème -, 2 textes de loi, 1 article de presse, 1 texte historique ou 1 document historique) parmi ceux que je mettais à leur disposition..

La plupart de ces textes proviennent de Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation, livre que je vous recommande si vous voulez vous pencher sur la question.

Aristote, Politique, livre I

De même également, la chose dont on est propriétaire est un instrument en vue d’assurer la vie, et la propriété dans son ensemble, une multiplicité d’instruments ; l’esclave lui même est une sorte de propriété animée, et tout homme au service d’autrui est comme un instrument qui tient lieu d’instruments.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Léon Tolstoï, La Sonate à Kreutzer

Mais, monsieur, l’esclavage n’est pas autre chose que le profit des uns obtenu par le travail forcé de beaucoup d’autres. Or donc, pour qu’il n’y ait plus d’esclavage, il faut que les hommes renoncent au travail forcé des autres, en le considérant comme un péché, comme une honte. Et cependant, on abolit les formes extérieures de l’asservissement, on interdit la vente des serfs, on s’imagine, on se persuade que l’esclavage n’existe plus, et l’on refuse de voir qu’il persiste, puisque les hommes aiment toujours à profiter de l’effort d’autrui, tout en croyant agir en pleine équité. Et du moment que le procédé est jugé équitable, il se trouvera toujours des hommes plus forts ou plus malins que d’autres pour savoir l’utiliser. Il en va de même pour l’émancipation de la femme. Son asservissement consiste dans le seul fait que les hommes trouvent équitable de la considérer comme un instrument de plaisir. Oui, bien sûr, on lui donne la liberté, on lui octroie les mêmes droits qu’à l’homme, mais on continue de la considérer comme un instrument de plaisir, ainsi l’élève t on dès son enfance, ainsi demeure t elle dans l’opinion publique. Et c’est pourquoi la femme reste une esclave humiliée et dépravée, et l’homme un esclavagiste débauché.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Diderot et d’Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers

Les Européens font depuis quelques siècles commerce de ces nègres qu’ils tirent de Guinée et des autres côtes de l’Afrique, pour soutenir les colonies qu’ils ont établies dans plusieurs endroits de l’Amérique et dans les Isles Antilles. On tâche de justifier ce que ce commerce a d’odieux et de contraire au droit naturel, en disant que ces esclaves trouvent ordinairement le salut de leur âme dans la perte de leur liberté ; que l’instruction chrétienne qu’on leur donne, jointe au besoin indispensable qu’on a d’eux pour la culture des sucres, des tabacs, des indigos, etc. adoucissent ce qui paraît d’inhumain dans un commerce où des hommes en achètent et en vendent d’autres, comme on ferait des bestiaux pour la culture des terres.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

La Case de l’oncle Tom, Harriet Beecher Stowe

Mais quoi ! voilà que mon maître vient… il m’arrache à mon travail, à mes amis, à tout ce que j’aime, et il me rejette dans la boue ! Et pourquoi ? parce que, dit il, j’oublie qui je suis… Il veut m’apprendre que je ne suis qu’un esclave ! mais voilà qui est la fin de tout, et pire que tout ! Il se met entre ma femme et moi… Il veut que je l’abandonne et que j’en prenne une autre… et tout cela, vos lois lui permettent de le faire… en dépit de Dieu et des hommes ! Monsieur Wilson, prenez y garde ! il n’y a pas une de ces choses qui ont brisé le cœur de ma mère, de ma sœur et de ma femme… il n’y a pas une de ces choses qui ne soit permise par vos lois. Chaque homme, dans le Kentucky, peut faire cela, et personne ne peut lui dire non ! Appelez vous ces lois les lois de mon pays ?

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Prosper Mérimée, Tamango

De la sorte, son navire contenait une dizaine de nègres de plus qu’un autre du même tonnage. À la rigueur, on aurait pu en placer davantage ; mais il faut avoir de l’humanité, et laisser à un nègre au moins cinq pieds en longueur et deux en largeur pour s’ébattre, pendant une traversée de six semaines et plus ;  » car enfin  » disait Ledoux à son armateur pour justifier cette mesure libérale,  » les nègres. après tout, sont des hommes comme les Blancs « .

[...]

Restait encore une trentaine d’esclaves : c’étaient des enfants, des vieillards, des femmes infirmes. Le navire était plein.
Tamango, qui ne savait que faire de ce rebut, offrit au capitaine de les lui vendre pour une bouteille d’eau de vie la pièce. L’offre était séduisante. Ledoux se souvint qu’à la représentation des Vêpres siciliennes à Nantes, il avait vu bon nombre de gens gros et gras entrer dans un parterre déjà plein, et parvenir cependant à s’y asseoir, en vertu de la compressibilité des corps humains. Il prit les vingt plus sveltes des trente esclaves.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

William Styron, Les Confessions de Nat Turner, Folio, 1969

Car, que pouvait signifier la liberté pour un homme comme Arnold ? Sans instruction, sans métier, maladroit par nature, enfantin et crédule, l’esprit abruti par les quarante années pendant lesquelles il n’avait été qu’un bétail, il avait sans doute trouvé la vie suffisamment douloureuse tant qu’il était esclave. Maintenant, libéré par la grâce et la piété de sa maîtresse (qui lui avait laissé cent dollars gaspillés en eau de vie pendant sa première année de liberté mais qui n’avait pas pensé à lui faire apprendre un métier), le vieil idiot n’existait qu’à la lisière de la vie, plus insignifiant, plus misérable qu’il ne l’avait jamais été au temps où il était esclave.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Aimé Césaire, écrivain et maire de Fort de France

1848-1998
Cent cinquantenaire des Révoltes d’Esclaves

Qu’est-ce que la haine sinon la bonne pièce de bois attachée au cou de l’esclave et qui l’empêtre, ou l’énorme aboiement du chien qui vous prend la gorge ?
Moi, j’ai une fois pour toutes refusé d’être esclave.
Architecte aux yeux bleus, je te défie !

site : Office Municipal de la Culture de Pointe-À-Pitre

Tourgueniev, Mémoires d’un chasseur

 » Dis moi, il y a longtemps que tu es pêcheur ? lui demandai je.
- Plus de six ans, répondit il en se redressant.
- Et auparavant, que faisais tu ?
- Avant, j’étais cocher.
- Qu’est ce qui t’a fait changer de métier ?
- La nouvelle maîtresse.
- Quelle maîtresse ?
- Celle qui nous a achetés dernièrement. Vous la connaissez peut-être : Aliona Timofievna, une grosse dame, qui n’est plus bien jeune.
- Pour quelle raison a t elle voulu que tu sois pêcheur ?
- Dieu sait !

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Eugène Sue, Atar Gull

BEUFRY. Moi j’ai un moyen bien commode, non seulement d’éviter la nourriture de mes vieux nègres hors de service, mais encore de rentrer dans mes fonds, et au delà…
WIL ET LES CONVIVES. Contez nous ça… c’est un miracle.
BEUFRY. Du tout, c’est bien simple, vous savez que le gouvernement donne deux mille francs de tout nègre supplicié pour assassinat ou pour vol, afin que le propriétaire n’essaie pas de soustraire les coupables à la justice, dans la crainte de perdre une valeur
WIL. Eh bien…
BEUFRY. Eh bien… les gueux de Noirs, arrivés surtout à un âge très avancé, ont bien toujours quelques peccadilles sur la conscience, c’est impossible autrement ; ainsi, on est toujours sûr de ne pas se tromper ; on aposte donc deux témoins qui affirment l’avoir vu voler, par exemple. Les preuves ne manquent pas ; on l’envoie à la geôle, et s’il est trouvé coupable, ce qui arrive ordinairement, on le pend… et en échange, on vous compte deux mille francs écus…

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Décret du 4 février 1794.

La Convention nationale déclare que l’esclavage des nègres dans toutes les colonies est aboli. En conséquence, elle décrète que tous les hommes SANS DISTINCTION DE COULEUR domiciliés dans les colonies sont citoyens français, et JOUIRONT DE TOUS LES DROITS assurés par la Constitution.

Disposition abolie par Bonaparte :

Décret du 30 floréal An X (20 mai 1802)

 » Article 1. L’esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789.
Article 2. La traite des noirs et leur importation dans les dites colonies auront lieu conformément aux lois et règlements existant avant cette époque de 1789. « 

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Proclamation d’abolition 1863

Je, Abraham Lincoln, Président des États Unis en vertu du pouvoir qui m’est conféré comme Commandant en Chef de l’Armée et de la Marine des États Unis à une époque de rébellion armée effective contre l’autorité et le gouvernement des États-Unis, et comme mesure de guerre convenable et nécessaire pour anéantir la susdite rébellion, en ce premier jour de janvier de 1863, et en accord avec mon projet d’agir ainsi, publiquement proclamé, ordonne et déclare que toutes les personnes possédées comme esclaves dans les États et parties d’États ci dessus désignés sont libres et le seront à l’avenir ; et que le gouvernement exécutif des États-Unis, y compris ses autorités militaires et navales, reconnaîtra et maintiendra la liberté des susdites personnes.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Condorcet, Réflexions sur l’esclavage des Nègres, 1781

En supposant qu’on sauve la vie des Nègres qu’on achète, on ne commet pas moins un crime en l’achetant, si c’est pour le revendre ou le réduire en esclavage. C’est précisément l’action d’un homme qui, après avoir sauvé un malheureux poursuivi par des assassins, le volerait.

Voltaire, Candide, chapitre XIX

Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.

site Vitellus

L’Œil le plus bleu, Toni Morrison, Christian Bourgois éditeur traduit par J. Guiloineau,1994 pour l’édition française

Elle lève les yeux vers lui, et voit le vide là où devrait se trouver la curiosité. Et quelque chose de plus. L’absence totale de reconnaissance humaine la séparation glacée. Elle ne sait pas ce qui retient ce regard suspendu ainsi. Peut être parce qu’il est adulte, que c’est un homme et elle une petite fille. Mais elle a déjà vu de l’intérêt, du dégoût et même de la colère dans les yeux des hommes. Pourtant ce vide n’est pas nouveau pour elle. Il a quelque chose de blessant ; quelque part, sous la paupière inférieure, il y a du dégoût. Elle l’a vu tapi dans les yeux de tous les Blancs. Voilà. Le dégoût doit être pour elle, pour sa peau noire. Ici tout est mouvement et anticipation. Mais sa peau noire est immobilité et crainte. C’est sa peau noire qui explique, qui crée le vide marqué par le dégoût dans les yeux des Blancs.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1772

Tu n’es pas esclave : tu souffrirais la mort plutôt que de l’être, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t’emparer comme de la brute, le Tahitien, est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui, qu’il n’ait pas sur toi ?

site Vitellus

Article Traite des Nègres : 1766.

Jaucourt, in Encyclopédie

Il n’y a donc pas un seul de ces infortunés que l’on prétend n’être que des esclaves, qui n’ait droit d’être déclaré libre, puisqu’il n’a jamais perdu la liberté ; qu’il ne pouvait pas la perdre ; et que son prince, son père, et qui que ce soit dans le monde n’avait le pouvoir d’en disposer ; par conséquent la vente qui en a été faite est nulle en elle-même ; ce nègre ne se dépouille, et ne peut pas même se dépouiller jamais de son droit naturel ; il le porte partout avec lui, et il peut exiger partout qu’on l’en laisse jouir. C’est donc une inhumanité manifeste de la part des juges des pays libres où il est transporté, de ne pas l’affranchir à l’instant en le déclarant libre, puisque c’est leur semblable, ayant une âme comme eux.

site Vitellus

Montesquieu , De l’Esprit des Lois, Livre XV, Chapitre 5

DE L’ESCLAVAGE DES NÈGRES

Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique pour s’en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

(Si vous voulez le texte complet, voir http://blogdeprof.fr/?p=278)

Rousseau, Le Contrat social, livre 1 chapitre 4, avril 1762

Ainsi, de quelque sens qu’on envisage les choses, le droit d’esclave est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires ; ils s’excluent mutuellement ; soit d’un homme à un homme, soit d’un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé.

site Vitellus

Denis Diderot, Contribution à l’Histoire des deux Indes de l’abbé Raynal (1780)

Hommes ou démons, qui que vous soyez, oserez-vous justifier les attentats contre ma liberté naturelle par le droit du plus fort ? Quoi ! celui qui veut me rendre esclave n’est point coupable ? Il use de ses droits ? Où sont-ils ces droits ? Qui leur a donné un caractère assez sacré pour faire taire les miens ? Je tiens de la nature le droit de me défendre ; elle ne t’a donc pas donné celui de m’attaquer.

PRIS AU PIÈGE DANS DES GOULAGS TROPICAUX

C’est le jour de la première paye qu’explose à la face des péoès 3 la terrible réalité :  » J’avais fait 13 alqueires 4 de débroussaillage, raconte, encore vibrant, M. José Ribamar Diaz, quand je suis allé réclamer mon salaire : on m’a ri au nez ; il n’y avait pas de paye, il fallait continuer à travailler car… je devais de l’argent !  »
Une dette, en effet, les emprisonne, qu’ils découvrent soudain. Car, leur dit on, ils doivent rembourser le prix de leur voyage dans le camion à bestiaux. En outre, ils ont acheté, à la cantina, bottes, machettes, haches, ustensiles de cuisine, savon et aliments. Or, ils doivent tout payer, même l’eau !
 » Les prix ? On ne les connaissait pas. Quand on les a découverts, on s’est rendu compte que ce qui valait 10 000 cruzeiros à Redençao, on nous le facturait 30 000 ! Un sac de riz de 20 000, c’était 80 000 ! À l’heure de faire les comptes, ils nous expulsaient, ne nous laissaient pas calculer, faisaient comme ils voulaient les additions. Et l’on ne pouvait rien faire, ils étaient les patrons. « 

Maurice Lemoine, Le Monde diplomatique, Août 1993.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

LA PROSTITUTION DES MINEURS, COMMERCE MONDIAL

Les clients des prostituées craignent tant le sida qu’ils les recherchent de plus en plus jeunes, les pensant ainsi non contaminées. C’est ignorer l’habileté et le goût du lucre des souteneurs qui, louant très cher les services d’enfants vierges, leur font refaire à plusieurs reprises des  » virginités  » hautement rentables.
C’est ainsi que l’on compte en Thaïlande, selon l’estimation de l’Unicef, environ 300 000 enfants de moins de seize ans travaillant dans des bars et des maisons closes. Hermétiquement closes puisque ces enfants, dont la majorité ont été enlevés ou achetés dans le nord du pays partie la plus pauvre de la Thaïlande, peuplée de minorités , sont enfermés de jour comme de nuit. Ils sont d’abord livrés, dans une chambre gardée, à leurs premiers clients, qui défileront au rythme de dix à quinze par jour. Pour la plu-part, ces rapports sexuels contraints s’accompagnent de coups et de mauvais traitements de toutes sortes.

Claire Brisset, Le Monde diplomatique, Août 1996.
in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

L’ » héritage  » de l’esclavage aux Antilles

A Fort-de-France, les élèves d’une classe d’hypokhâgne ont accepté d’évoquer l’esclavage et ses séquelles, cent cinquante ans après son abolition. Un débat serein entre des jeunes qui incarnent l’avenir des Antilles.

Je ne pourrai jamais oublier une scène qui s’est produite quand j’étais petite et qui illustre l’incroyable complexité des rapports hérités de l’esclavage. Ma tante était venue me chercher à la sortie de l’école. Il y avait plein d’enfants, et un petit Blanc s’est retrouvé près de moi. Ma tante l’a aperçu et, à ma grande stupéfaction, je l’ai vue le saluer, très respectueusement :  » Bonjour Monsieur de Lagarrigue. « … Cela m’a fait beaucoup de peine.

Annick Cojean, Vendredi 24 avril 1998
© Le Monde 1998
site Horizons

Des domestiques étrangers vivent dans des conditions de quasi-esclavage

Le Comité France contre l’esclavage moderne dénonce des « situations intolérables » d’exploitation de domestiques étrangers par leurs employeurs. Une dizaine d’affaires ont été portées à sa connaissance, dont la moitié font l’objet de procédures en justice. Les victimes sont le plus souvent des femmes, parfois des couples, originaires de pays en développement, venues en France pour échapper à la misère. En situation irrégulière ou privées de papiers, elles hésitent à porter plainte.
Lorsque leurs employeurs bénéficient de l’immunité diplomatique, le ministère des affaires étrangères tente de régler les dossiers à l’amiable

tiré du journal « Le Monde » – 15 juillet 1997
site ClioTexte

Code noir

Promulgué par Louis XIV en mars 1685, le Code noir réglementait l’esclavage aux Antilles et en Louisiane. Il ne fut définitivement aboli qu’en 1848 (voir texte n° 38). ses 60 articles étaient destinés à maintenir la  » discipline de l’Église catholique, apostolique et romaine  » et à régler  » l’état et la qualité des nègres esclaves « . ce texte longtemps méconnu est fondamental pour comprendre l’histoire de l’esclavage français.

Article 1. Voulons et entendons que l’édit du feu roi de glorieuse mémoire notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles. Ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.
Article 2. Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achèteront des nègres nouvellement arrivés d’en avertir les gouverneur et intendant des dites îles dans huitaine au plus tard, à peine d’amende arbitraire [...]

Article 26. Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres selon que nous l’avons or-donné par ces présentes pourront en donner l’avis à notre procureur général et mettre les mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d’office, si les avis lui en viennent d’ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais, ce que nous vou-lons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves. [...]

Article 42. Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes ; leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membre, à peine de confiscation des esclaves et d’être procédé contre les maîtres extraordinairement.
Article 43. Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres ou les commandeurs qui auront tué un esclave sous leur puissance ou sous leur direction, et de punir le meurtre selon l’atrocité des circonstances ; et en cas qu’il y ait lieu de l’absolution, permettons à nos officiers de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs absous, sans qu’ils aient besoin d’obtenir de nous des lettres de grâce.
Article 44. Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels entrer en la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers sans préciput ni droit d’aînesse, ni être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni aux retranchements des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort ou testamentaire.[…]
Article 47. Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari de la femme et leurs enfants impubères, s’ils sont tous sous la puissance du même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en seront faites, ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires, sur peine contre ceux qui feraient les aliénations d’êtres privés de celui ou de ceux qu’ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu’ils soient tenus de faire aucun supplément de prix. [...]

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

(Le plus horrible de ce texte… c’est qu’il tentait de « limiter » les exactions des « propriétaires »…)

Décret d’abolition

Le Gouvernement provisoire,
Considérant que l’esclavage est un attentat contre la dignité humaine ;
Qu’en détruisant le libre arbitre de l’homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir
Qu’il est une violation flagrante du dogme républicain : Liberté, Égalité, Fraternité ;
Considérant que si des mesures effectives ne suivaient pas de très près la proclamation déjà faite du principe de l’abolition, il en pourrait résulter dans les colonies les plus déplorables désordres,
Décrète :
Article 1. L’esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d’elles. À partir de la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres, seront absolument interdits.

Fait à Paris, en Conseil du Gouvernement, le 27 avril 1848.
Les Membres du Gouvernement provisoire.
in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN
Composée de 35 articles, cette déclaration servit de préface à la Constitution adoptée par la Convention en juin 1793.

Le peuple français, convaincu que l’oubli et le mépris des droits naturels de l’homme, sont les seules causes des malheurs du monde, a résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, ces droits sacrés et inaliénables, afin que tous les citoyens pouvant comparer sans cesse les actes du gouvernement avec le but de toute institution sociale, ne se laissent jamais opprimer, avilir par la tyrannie ; afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur ; le magistrat la règle de ses devoirs ; le législateur l’objet de sa mission. En conséquence, il proclame, en présence de l’Être suprême, la déclaration suivante des droits de l’homme et du citoyen.

Article 18. Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre, ni être vendu ; sa personne n’est pas une propriété aliénable. La loi ne reconnaît point de domesticité ; il ne peut exister qu’un engagement de soins et de reconnaissance, entre l’homme qui travaille et celui qui l’emploie.

Pétition
Depuis 1844, les pétitions réclamant à la Chambre l’abolition de l’esclavage se multipliaient. Le 7 mai 1846, la Société française pour l’abolition de l’esclavage pétitionna en faveur de l’émancipation des esclaves en Algérie : les  » îles  » n’étaient en effet pas les seules terres à porter ce fléau. En avril 1847, elle reçut 11 000 signatures.
La plus marquante d’entre ces pétitions a été initiée par Victor Schœlcher en août 1847 : en voici la péroraison.

Nous demandons, Messieurs, l’abolition immédiate et complète de l’esclavage dans les colonies françaises ;
Parce que la propriété de l’homme sur l’homme est un crime ;
Parce que l’épreuve des lois des 18 et 19 juillet 1845 a rendu plus manifestes que jamais l’insuffisance et le danger des moyens prétendus préparatoires ;
Parce qu’aujourd’hui même ces lois ne sont pas encore appliquées dans leur entier ;
Parce qu’on ne peut détruire les vices de la servitude qu’en détruisant la servitude elle même ;
Parce que toutes les notions de justice et d’humanité se perdent dans une société à esclaves ;
Parce que l’homme est encore vendu à l’encan, comme du bétail, dans nos colonies ;

Rapport préparatoire au décret d’abolition.

Le rapport préparatoire au décret a été construit en se fondant sur l’état antérieur de l’esclavage, à la fois juridique (le Code noir) et économique (l’organisation des îles), et en réfutant tous les obstacles pressentis. Ce rapport est remis au Gouvernement provisoire le 15 avril 1848. En voici des extraits qui respectent l’architecture générale du document et en restituent les grandes articulations.

La propriété sera donc libérée, en même temps que le travail aura été affranchi. Désormais, un mutuel accord réglera, entre le propriétaire et le travailleur, ce que le pouvoir absolu du maître imposait jadis à son esclave, et 1′on devra surtout s’appliquer à résoudre de la manière la plus équitable et la plus prompte les difficultés que ce nouveau régime peut susciter entre les deux parties.

La République n’entend plus faire de distinction dans la famille humaine. Elle ne croit pas qu’il suffise, pour se glorifier d’être un peuple libre, de passer sous silence toute une classe d’hommes tenue hors du droit commun de l’humanité. Elle a pris au sérieux son principe. Elle répare envers ces malheureux le crime qui les enleva jadis à leurs parents, à leur pays natal, en leur donnant pour patrie la France et pour héritage tous les droits du citoyen français ; et, par là, elle témoigne assez hautement qu’elle n’exclut personne de son immortelle devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

Le sous secrétaire d’État président de la Commission : V. SCHŒLCHER.
Le secrétaire de la Commission : H. WALLON. « 

La Déclaration universelle des droits de l’homme,10 décembre 1948

Article 1. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Article 2. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique et de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

in Abolir l’esclavage, Gallimard Éducation

Une vente d’esclaves en 1806

Basse-Terre (Guadeloupe), le 19 décembre 1806.
Le Directeur particulier du domaine,
Prévient le public, qu’il sera vendu, conformément aux ordres de M. le Général Préfet, et par-devant M. l’Inspecteur colonial, le 5 janvier 1807, au plus offrant et dernier enchérisseur, les nègres ci-après, détenus à la geôle de la Basse-Terre, savoir :
Le nègre épave, 1 nommé Phaëton, menuisier, âgé d’environ 60 ans, se disant à M Jamet-Delorme, de la Martinique ;
La négresse Suzanne, âgée d’environ 20 ans, provenant des prises 2 ;
Le nègre épave, nommé Mathurin, âgé d’environ 15 ans, se disant appartenir à M. Dupaty, de Sainte-Anne ;
La cabresse 3 nommée Rose, âgée d’environ 6 ans, ne connaissant point de maître ; sa mère, nommée Praxelle, marronne 4 depuis longtemps.
Les réclamations, dans le cas, où il s’en présenterait, doivent être adressées à la direction particulière du domaine, avant le 4 janvier 1807.
Laniboire
Vu et approuvé par le Général de brigade Préfet colonial de la Guadeloupe et dépendances.

Texte intégral d’une annonce reproduite par Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, tome quatrième : 1803-1830, Basse-Terre, 1860, rééd. EDCA, 1976, p. 75.

1 Epave : esclave vieux ou malade, abandonné par le maître.
2 Prise : esclave pouvant provenir des prises en mer. La guerre de course avait été relancée en 1794 par Victor Hugues. Cette guerre, qui fit les beaux jours des corsaires et des entrepôts pointois, entraîna des hostilités entre la France et les Etats-Unis.
3 Cabresse ou capresse, capre : on désigne ainsi des personnes noires et relativement claires de peau (« claire de peau » est l’expression la plus commune en français des Antilles). Aux lecteurs métropolitains qui voudraient une définition plus précise, il faut préciser que ces taxonomies fondées sur des catégories pseudo-scientifiques erronées, ne se prêtent guère à des définitions précises et rationnelles.
4 Marron, marronne : de l’espagnol « cimarron », esclave en fuite. le marronnage pouvait être occasionnel ou définitif. Verbe : marronner.

Les Martyrs de la liberté

Les révoltes des esclaves débutèrent dès l’instant où la traite commença.
Des millions d’hommes et de femmes périrent autant par les maladies que par les sévices d’autant plus féroces que la ré-volte menaçait à tout instant.
La fin du 18ème siècle et le début du 19ème virent la résistance à l’oppresseur s’organiser constituant « l’Épopée noire ».
Les noms de ces martyrs héros de la liberté en Guadeloupe, en Haïti, en Martinique sont peu connus, exceptés les plus célèbres d’entre eux, tant il est vrai qu’un voile de méconnaissance recouvre « pudiquement » notre histoire et singulièrement le passé esclavagiste de celle-ci.
Profitons de l’intérêt suscité par la commémoration du 150e anniversaire de l’esclavage pour en rappeler les noms et les faits.

site Office Municipal de la Culture de Pointe-À-Pitre

HISTOIRE SUCCINCTE DE L’ESCLAVAGE ET DE SON ABOLITION
PAR Michel PUZELAT, professeur d’Histoire à la faculté de Paris VII Saint Denis

1492 : Colomb aborde aux  » Indes »
1500 : les premiers esclaves africains sont transportés aux Antilles.
1503 : la culture de la canne à sucre est introduite à Saint-Domingue
Moins de dix ans s’écoulent donc entre le premier voyage de Colomb et l’arrivée aux Antilles des premiers esclaves afri-cains. Rappelons aussi que le début de la tragédie africaine répond à la disparition dramatique des populations américaines, sous l’effet conjugué de la violence des  » conquistadores » et des maladies importées par les Blancs.
Quelques chiffres témoignent de l’ampleur de cette hécatombe : des 50 (peut-être 80) millions d’ « Indiens » qui peu-plaient l’Amérique lors de l’arrivée des Européens, n’en subsistent plus qu’une dizaine de millions un siècle plus tard. A Saint-Domingue, premier territoire colonisé, le bilan est encore plus effroyable : cinq millions d’autochtones en 1492, 125 en 1570…

site Mosaïque

PROPOSITION DE LOI
adoptée par l’assemblée nationale en première lecture, tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

Article 1er
La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.

18 février 1999

Le Président,
Signé : Laurent FABIUS.

site Assemblée nationale

4. Nul ne sera tenu en esclavage, ni en servitude, l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
Déclaration universelle des droits de l’homme

La lutte contre l’esclavage ne deviendra pleinement effective qu’après que le droit interne de chaque pays eut intégré dans sa législation une incrimination pour fait d’esclavage. C’est ce que le législateur français a opportunément décidé en incorporant au nouveau code pénal un article 212 1 qui punit de la réclusion criminelle à perpétuité les crimes contre l’humanité, parmi lesquels figure désormais la réduction en esclavage. La seule force des mots ne servirait, elle, qu’à occulter la question essentielle à laquelle ne répondent, ni la déclaration, ni le nouveau code pénal : qu’est ce que l’esclavage ?

Or, c’est sur le terrain de la violation de la liberté du consentement que les formes contemporaines de l’esclavage se manifestent :
- celle des trois cents millions d’enfants de cinq à quatorze ans asservis par le travail, la guerre ou la prostitution, comme celle des femmes victimes d’une traite qui n’est plus  » blanche  » ;
- celle des populations déplacées de force en Afrique, au Kosovo et ailleurs…

Monique Pelletier,
avocate au barreau de Paris, ancienne secrétaire d’État à la justice (1978) et ancienne ministre déléguée à la condition féminine et à la famille (1978-1981)

in La Déclaration universelle des droits de l’homme, Gallimard, Folio, 1998.

Le témoignage de Kaboli
 » Ma vie est perdue… « 

J’avais quinze ans quand mon père, qui tenait une petite échoppe de vêtements dans un village du Tamil Nadu [État du sud de l'Inde], est mort. Ma mère a gardé la boutique pour pouvoir s’occuper de mes trois sœurs et de mes deux frères, mais la vie était très difficile. Nous avions très peu d’argent et nous n’allions pas à l’école. Aucun de nous n’a appris à lire ou à écrire. Un jour, ma tante a expliqué à ma mère qu’elle pouvait trouver un travail pour moi, dans une bonne famille, avec un salaire correct. Ma mère lui a donné son accord et m’a dit d’y aller, alors même qu’elle ne savait pas où c’était.
J’ai donc pris le train avec ma tante. Après deux jours de voyage, nous sommes arrivées à Delhi. Là, une femme qui avait quarante ou cinquante ans nous attendait. Ma tante m’a demandé de la suivre en me disant qu’elle nous rejoindrait plus tard. Cette dame avait la peau claire : elle était bien habillée, elle parlait bien et j’ai accepté d’aller avec elle. Avant de partir, je l’ai vue remettre une enveloppe à ma tante, que je n’ai plus jamais revue. Elle avait beau habiter dans le même village que nous, nous ne savions pas ce qu’elle faisait. Bien sûr, nous savions qu’elle avait de l’argent, mais nous ne nous sommes jamais demandé pourquoi.
Quand on est arrivées à la maison, dans un quartier populeux du vieux Delhi, j’ai tout de suite vu que quelque chose n’al-lait pas. Il y avait beaucoup de filles, venant de tous les États. A la manière dont elles étaient habillées et à leur façon de s’ex-primer, j’ai compris. J’ai commencé à pleurer mais la dame m’a dit :  » Tu ne peux rien faire. J’ai payé pour toi, donc c’est mieux d’accepter la situation.  » Cela fait onze ans que je suis ici… Je vis toujours dans la même maison avec quinze autres filles qui se sont toutes retrouvées là dans des circonstances identiques aux miennes.

(Propos recueillis par Françoise Chipaux.)

in La Déclaration universelle des droits de l’homme, Gallimard, Folio, 1998.

René Depestre, MINERAI NOIR
(né en 1926, à Port au Prince, Haïti)

Quand la sueur de l’indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l’or draina au marché la dernière goutte sang indien
De sorte qu’il ne resta plus un seul indien aux alentours des mines d’or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l’Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l’inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l’épaisseur du minerai noir

in Le livre d’or de la poésie contemporaine, Marabout Université

Retour au Laogai
La vérité sur les camps de la mort dans la Chine d’aujourd’hui

Harry Wu est né à Shanghai en 1937. Il a été interné dans des laogai ( » camps de rééducation par le travail « ) pendant 19 ans. Libéré en 1979, il est aujourd’hui citoyen américain. Au risque d’être arrêté à nouveau, il est retourné en Chine pour témoigner des conditions de vie dans les laogai.

On m’autorisa ensuite à passer dans l’atelier de derrière où je découvris un prisonnier presque entièrement caché par une cuve d’un produit chimique destiné à saler les peaux d’agneau. Il s’avança et, à mon grand étonnement, commença à ôter son uniforme. Quand il fut entièrement nu, il descendit dans la cuve et entreprit d’en remuer le contenu avec son corps. .J’eus un frisson en pensant à l’effet que ce produit avait sur sa propre peau. .Je réussis à prendre quelques photos à la dérobée. Gao remarqua cependant l’intérêt que je prenais aux prisonniers.
- Laissez moi vous expliquer, dit il. Aux États Unis, ils ont leurs lois, et ils voudraient les imposer à la Chine.

Harry Wu et George Vecsey, Retour au Laogai, 1996
Éd. Belfond 1997 pour la traduction française.

Travail de groupes (suite de suite)

Jeudi 18 novembre 2010

Une des questions qui se posent quand on veut organiser un travail de groupes est la formation des dits groupes…

Je l’ai déjà dit : j’ai le plus souvent laissé les groupes se constituer par affinités. Cela se discute, évidemment…

Les avantages sont réels : les élèves se connaissent, ont un « langage commun », et ne perdent donc pas de temps à « s’apprivoiser », ce qui est le cas des groupes formés par l’enseignant. Comme chacun le sait, une classe est rarement (n’est jamais ?) un ensemble d’enfants ou d’ados ravis de tous se retrouver là (sauf, éventuellement, pour faire « des bêtises »… et encore !). Une classe, comme n’importe quel rassemblement fortuit d’individus adultes, se constitue rapidement en petits clans, plus ou moins fermés, plus ou moins opposés les uns aux autres, plus ou moins à l’écoute d’un éventuel « leader ». L’enseignant sent parfois ces courants d’amitié ou d’inimitié qui traversent sa classe ; il est loin de tous les appréhender, et découvre parfois tardivement que tel et tel élèves se détestent cordialement, bien que rien dans leur comportement en classe n’ait pu le faire soupçonner.

En 6ème, les élèves se regroupent plus ou moins selon leur école primaire d’origine : ils se connaissent, font parfois le trajet ensemble jusqu’au collège. Cependant, ils en restent rarement là, et sont très réceptifs les uns aux autres. Très changeants aussi : les « amitiés » se font et se défont à grande vitesse.

Cette « ouverture » se réduit au fil des années : les élèves se sont adaptés au collège, ils prennent de l’assurance, tant par rapport à eux-mêmes qu’à leurs camarades ou aux profs. Leur but n’est plus de s’adapter à un monde nouveau, mais de constituer des « cocons » où ils se sentiront bien. Les « cocons » sont rarement mixtes et, en 4ème-3ème, restent le plus souvent assez stables. Alors qu’en 6ème je n’ai pas souvenir de groupes de travail identiques d’un trimestre à l’autre, en 4ème-3ème, j’ai souvent vu des groupes constitués du début à la fin de l’année.

Laisser les élèves se grouper par affinités permet donc d’économiser un temps d’apprentissage du fonctionnement des autres. Cela risque évidemment aussi de transformer le travail proposé en bavardages et récits personnels n’ayant rien à voir avec le projet ! A l’enseignant de repérer ces groupes de « bavards » pour les visiter plus souvent et leur rappeler la tâche à accomplir… Éventuellement, pour un travail sur plusieurs séances, prévoir des « échéances » de travaux partiels à rendre.

J’ai déjà dit que j’autorisais la formation de groupes de 2 à 4 élèves. Si le travail me semble trop important pour 2, je préviens les élèves, mais les laisse libres. 3 ou 4 sont de bons chiffres : si un ou deux élèves posent problème au groupe, celui-ci a vite fait d’exclure le(s) fautif(s). A 5, je l’ai remarqué, il y a souvent 2 élèves qui bavardent et 3 qui travaillent (rarement l’inverse, mais cela arrive) : le rapport de forces ne permet pas l’exclusion ou la dissolution spontanée du groupe ; le groupe travaille donc de façon bancale, les 2 bavards étant parfois 3, et pas toujours les mêmes. Le groupe se trouve tiraillé entre le travail à fournir et l’envie de discuter… La qualité du travail s’en ressent…

Évidemment, la constitution des groupes de travail ne se passe pas sans anicroches : si un « cocon » de 6 élèves peut se fragmenter en 2 groupes de 3, le « cocon » de 5 en est réduit à former un trio et un duo… voire à « adopter » un ou deux autres élèves, ou à exclure un membre qui doit aller se grouper avec d’autres… Il y a souvent aussi le problème des élèves isolés, qui restent à leur place pendant que les autres tentent de former des groupes… et qu’il faut « caser » ensuite… A l’enseignant de trouver où insérer ce « solitaire » de la meilleure façon possible… compte tenu du statut particulier de ce « solitaire » (parfois un enfant proche de l’autisme, ou d’une timidité maladive, ou ayant des rapports très problématiques avec les autres…).

Je ne me souviens que d’une fois où j’avais constitué un « groupe de niveau » (ce qui ne veut pas dire que je n’en ai pas fait d’autres). J’avais une bonne classe de 6ème et, parmi les bons, quelques très bons… Ils devaient étudier une série de BD au choix (Tintin, les Schtroumpfs, Lucky Luke…)… et j’avais aussi envie d’en plonger certains dans Philémon, que j’appréciais (et apprécie toujours !) particulièrement… J’ai donc demandé à ces « très bons » s’ils acceptaient de travailler ensemble (ce qu’ils ne faisaient pas d’ordinaire) sur cette BD qu’ils ne connaissaient pas. Ils ont accepté et ont fourni un travail d’une grande qualité… damant le pion aux profs qui, parallèlement (et pour leur propre plaisir !), faisaient cette étude… Nous n’avions en effet pas vu ce qu’ils avaient trouvé : que le personnage de Philémon avait un visage particulièrement neutre, ce qui lui permettait d’être à sa place dans le monde « réel » et dans celui des lettres de l’océan Atlantique…

En général, comme je l’ai déjà dit, j’ai évité de « classer » visiblement les élèves selon leur niveau. Que la classe prenne conscience (forcément !) qu’Untel ou Unetelle a souvent les meilleurs résultats est inévitable ; que l’enseignant « en rajoute » en groupant les élèves de telle ou telle façon me paraît aussi dommageable pour les « bons » (les « intellos ») que pour les « mauvais » (les « nuls »)… et pour les « moyens », qui se demandent s’ils existent vraiment…

Par contre, il m’est souvent arrivé de conseiller à un groupe de choisir, parmi les thèmes proposés, un sujet d’étude plus approprié – me semblait-il – à leur « niveau ». Conseil qui n’avait évidemment pas force de loi ! Si un groupe d’élève « faibles » avait envie de se battre avec un sujet que je leur disais « difficile », c’était leur droit !

C’est vrai, le travail de groupes n’est pas simple à gérer… et j’avais assez peu l’occasion de m’asseoir pendant les 2 heures que duraient généralement les séances… mais les résultats (tant du point de vue du travail effectué que du point de vue de l’ambiance de la classe et des rapports prof-élèves) m’ont toujours paru en valoir la peine…

Travail de groupes (suite)

Mercredi 3 novembre 2010

Beaucoup de pratiques peuvent être dénommées « travail de groupes ». Pour ce qui est de l’organisation, je les classerai en 3 « catégories ».

Travaux à l’intérieur d’une séance

Il s’agit donc d’un travail ponctuel, d’une durée de quelques minutes à une heure. Le plus souvent, on demande aux élèves de faire un exercice par deux, voire par 3 ou 4. Inutile dans ce cas de créer des groupes : chacun travaille avec son voisin, on retourne éventuellement des chaises pour travailler avec les 2 élèves qui sont derrière. (Je rappelle que mes élèves se plaçaient comme ils voulaient, donc, en principe, pas de problèmes d’inimitié…)

Cette forme de travail permet aux élèves de s’expliciter réciproquement consignes, démarches, méthodes, et à l’enseignant de suivre le travail plus facilement que dans le cas d’un travail individuel.

J’ai aussi utilisé cette pratique d’une manière un peu différente, pour aider des élèves en difficulté : après avoir rendu des rédactions, par exemple, je demandais aux « mieux notés » d’aider les « plus mal notés » à reprendre et corriger leur devoir. Une fois les tandems constitués (par des volontaires), les « moyens », eux, retravaillaient leurs rédactions par deux. Que ce soit en grammaire, en rédaction ou en orthographe, cette forme de travail m’a paru bénéfique. Mais je ne l’ai jamais pratiquée que très épisodiquement dans une classe, de peur de constituer de façon visible des groupes « forts » et « faibles ».

Pas de note en général pour ces travaux « courts », sauf dans le cas d’une fiche comportant de nombreux exercices (travail à 3 ou 4, durée d’une heure). Auquel cas je relevais les travaux, mais ne notais généralement qu’une fiche par groupe, la note étant attribuée à tous les élèves du groupe, sauf cas évident de non-travail d’un élément.

Un autre travail était de préparer un texte à jouer devant les autres la semaine suivante (scène de théâtre, fabliau, poème…). Organisation libre du groupe, de 2 à 4. Là, le niveau sonore m’obligeait souvent à envoyer quelques groupes (fiables !) dans le couloir, si nous n’avions pas accès à deux salles voisines ou à une très grande salle…

Travaux sur plusieurs séances

Le travail cette fois doit être planifié et organisé : les élèves savent avec qui ils travaillent, et connaissent les dates des séances (de 4 à 6 séances de 2 heures, en général) où ils se retrouveront.

Je laissais les élèves s’organiser par groupes de 3 ou 4 (à 5, il y en a toujours au moins un qui ne fait rien, ou distrait ses camarades… et le niveau sonore monte beaucoup) ; parfois, certains demandaient à travailler par deux : je le leur déconseillais généralement, vu l’importance du travail, mais les laissais libres ; je refusais par contre le travail individuel… sauf cas extrêmes (moins d’un par an, toutes classes confondues).

Quel travail ?

Le but cette fois est de rendre un devoir unique, qui réunit les recherches de chaque élément du groupe. Il s’agit par exemple d’une recherche en CDI sur un thème donné – sous-thème choisi par le groupe – à organiser sous forme de dossier ou d’exposé. Ou bien d’une étude particulière sur un aspect (à choisir dans une liste) de l’œuvre étudiée en classe. Ou d’une étude à partir de documents proposés d’un thème étudié : l’esclavage, le double, la peine de mort… ceci pour les plus grands, évidemment !

Et, bien sûr, l’objet à rendre peut être un travail d’imagination cadré dans les objectifs du trimestre : « roman » policier ou de science-fiction, conte, pièce de théâtre…

Dans tous les cas, il s’agit d’un travail important, trop important pour un élève seul.

Travail collectif

Là aussi, les élèves doivent connaître le planning de ces heures de travail. La différence avec ce qui précède est que l’objet à produire (texte ou représentation théâtrale) est unique pour toute la classe. Les groupes peuvent être constitués, ou varier selon les séances. En début d’heure, je rappelais où nous en étions, les élèves lisaient ce qu’ils avaient produit lors de la séance précédente, on examinait les pistes possibles, et le travail s’organisait en fonction de ce que les uns et les autres voulaient faire : c’est pourquoi les groupes étaient fluctuants, en fonction des intérêts de chacun. C’est ainsi que mes 5èmes ont écrit Tom le Gnome.

J’ai peu pratiqué cette forme pour la production de texte : elle est très lourde pour le prof, tant pour la correction que pour l’animation et la direction des séances… Par contre, je l’ai beaucoup pratiquée dans l’objectif d’une représentation théâtrale (pendant des années, j’ai « produit » au moins un spectacle par an…). Les groupes alors étaient les acteurs d’une même scène, mais aussi les groupes « costumes », « décors », « accessoires »…

J’essaierai de retrouver quelques-uns de ces travaux pour vous en faire profiter…

Travaux de groupes

Samedi 30 octobre 2010

J’ai déjà raconté comment, confrontée pour la première fois en Fac aux nécessités et difficultés du travail en groupe, j’avais décidé que cet apprentissage devait se faire au plus tôt et qu’il m’appartenait, à moi, future prof, d’y sensibiliser mes futurs élèves.

« De mon temps », il n’était nullement question de travailler en groupes, d’une manière ou d’une autre. La relation d’apprentissage était claire : maître -> élève, et toute collaboration avec un ou plusieurs autres élèves était bannie, voire honnie sous les termes de « tricherie » ou « copie ». Nous n’étions pas en classe pour établir des relations avec nos pairs, mais pour assimiler et régurgiter les enseignements du maître.

(Encore une fois, ce n’est pas là critique négative de ma part : les objectifs de l’enseignement varient selon les époques et selon la vision qu’en ont les politiques, en fonction d’une situation particulière.)

J’ai donc, dès ma première année d’enseignement (j’avais 20 ans), commencé à faire pratiquer dans mes classes le travail de groupes. Et j’ai appris, au fil des ans, à aider mes élèves dans ce difficile apprentissage.

Pourquoi le travail de groupes ?

D’abord, parce que nous vivons dans une société où il est indispensable de travailler avec d’autres : dans nos métiers, mais aussi dans les associations, syndicats, groupes politiques ou religieux… Nous ne sommes plus dans un monde où seuls quelques « esprits éclairés » avaient pouvoir de décision ; nous avons – globalement – un certain niveau de connaissances et de réflexion qui nous permettent de prendre connaissance d’une question, d’y réfléchir, et de discuter de la réponse à y apporter. Et ce n’est pas forcément la personne la plus instruite qui trouvera la meilleure solution. Il est donc indispensable de savoir écouter et comprendre la parole des autres, de réfléchir à ses implications, de la comparer à notre propre pensée, de trouver points communs et divergences. Le but n’étant plus d’imposer une idée, mais de trouver, ensemble, la meilleure possible.

Cette mise en relation étant très difficile (il faut parvenir à faire abstraction de soi le temps de réfléchir à la parole de l’autre… et relativiser sa propre pensée), un apprentissage est donc nécessaire… et le plus tôt est le mieux, compte tenu du fait que notre caractère s’affirme au fil des ans, nous rendant de moins en moins malléables… et de plus en plus imperméables à la pensée des autres…

Ensuite, il faut savoir que l’enseignant n’est pas tout-puissant : j’entends par là que, quels que soient sa formation, sa motivation, ses qualités de pédagogue, il peut échouer à faire comprendre telle notion (consigne,…) à un élève. Mais qu’un autre élève, mieux au coeur du problème de la compréhension, parviendra à expliquer clairement à son camarade la notion ou la question.

La mise en relations imposée par le travail de groupes bénéficie généralement à l’ambiance de la classe. Le rapport (de force !) maître-élève s’efface devant un autre type de rapports, plus égalitaire… et l’élève a (enfin !) droit à la parole.

Suivant la nature du travail demandé, travailler en groupes permet de travailler plus vite, ou de réaliser un travail quasiment impossible à un élève seul.

***

Voilà quelques pistes de réflexion que j’ai suivies au cours de ces quarante années d’ »exercice ». J’y reviendrai un autre jour…

Roman médiéval…

Lundi 11 octobre 2010

Je vous ai déjà parlé du « roman » qu’on m’avait demandé d’écrire en 5ème. A mon tour, il y a une douzaine d’années, j’ai demandé à mes 5èmes d’écrire – par groupes – un roman « du Moyen-Age ». Préalablement, ils avaient lu un certain nombre de textes documentaires variés sur cette époque, textes auxquels ils pouvaient accéder lors des séances de rédaction.
En voici un : vous le trouverez sans doute un peu court pour un « roman »… mais n’oubliez pas que les écrivains ont une douzaine d’années…

L’embuscade

En l’an de grâce mille cent cinquante trois existait un seigneur qui gouvernait le royaume de Barcelone. Ce seigneur se nommait Carolus. Il était très rusé, puissant et possédait un château sur un site imprenable, construit sur le sommet d’une colline. Cette situation le rendait invincible.
Il faisait travailler sur ses terres des paysans. En échange, ils lui faisaient des corvées.
Cette forteresse et toutes ces terres rendaient jaloux le roi d’Italie Axtérius.

Chapitre 1

Axtérius envoya des serviteurs chargés d’aller de ville en ville pour recruter des combattants. Il leur donna comme consigne de ne choisir que des gens en bonne santé et en âge de combattre.
Quelques mois plus tard, les serviteurs revinrent avec leur liste de guerriers. Axtérius fit préparer les armes : haches, épées, arbalètes… Puis devant l’assemblée, il prit la parole :
« Messieurs, je vous ai fait venir dans le but d’élaborer une stratégie telle que nous puissions nous emparer de Barcelone. »
Un des hommes se leva et conclut :
« Je propose la voie terrestre car les tempêtes sont nombreuses et extrêmement violentes en Méditerranée. »
Tout le monde approuva cette idée. Ils se mirent donc à préparer ce long voyage.

Chapitre 2

Plus tard, au château de Carolus, un homme entra brusquement :
« Messire, messire! L’armée d’Axtérius est en route pour nous assiéger. »
Le seigneur surpris, leur dit :
« Il me vient une idée pour notre défense! Nous allons leur tendre une embuscade au col du Perthus qui est à deux cent quatre-vingt-dix mètres d’altitude. Et là-bas, nous pourrons facilement les tuer. »
Il fit donc venir ses guerriers dans la grande salle du château. Quand ils furent devant lui, il fut surpris, car se trouvait là Clamencius qui, au lieu de porter ses bottes de guerre, avait mis des sandalettes. Le seigneur lui demanda :
« Qu’as-tu fait de tes bottes?
- Je ne peux pas les porter car un jour un grand sorcier m’a jeté un sort, disant que je ne pourrai plus porter de chaussures fermées.  »
Le seigneur accepta cette explication et reprit :
« Bon, très bien nous allons au Perthus, ce qui n’est pas tout proche d’ici. C’est pourquoi nous partons sur-le-champ. »

Chapitre 3

Ils se mirent donc tous en route pour le col du Perthus. Les femmes dirent au revoir à leur mari en leur faisant un signe de la main.
Derrière eux s’élevait un énorme nuage de poussière.
Ils mirent soixante-huit jours à arriver au col du Perthus. Là-bas ils s’organisèrent en attendant l’ennemi. Ce n’était pas très dur de trouver de la nourriture car les arbres fruitiers et les animaux étaient nombreux.
Au bout de treize jours d’attente, ils aperçurent l’armée d’Axtérius qui arrivait au loin. Un des hommes, pour rassurer ses amis, lança :
« N’ayez pas peur, bientôt nous en aurons fini avec eux !  »
Et ils se mirent tous à pousser un cri de guerre.
Ils envoyèrent Clamencius pour savoir quand arriveraient les adversaires, car comme il portait ses sandalettes, il ne faisait pas de bruit.
En effet, l’armée d’Axtérius ne se méfiait pas et quand ils furent arrivés au col, les guerriers de Carolus leur lancèrent une pluie de flèches. Puis les deux armées se trouvèrent face à face et les chefs crièrent : « A L’ATTAQUE !!  »
Ce fut un vrai massacre, l’armée de Carolus trancha des têtes, coupa des jambes dans la bataille. Axtérius, en voyant qu’il allait lui aussi se faire tuer, prit discrètement la fuite par les bois.

Chapitre 4

Ce fut une glorieuse victoire pour les guerriers de Barcelone.
Quand ils rentrèrent au château, ils firent préparer un festin, avec des plats variés aux épices, aux fruits secs, aux amandes et à l’huile d’olive. Carolus fit aussi offrir pour les paysans de son royaume une soupe de pois avec du pain blanc.
Le jour suivant, il fit préparer des joutes avec tous les chevaliers du royaume.
Ce tournoi fut attrayant. La vie coulait de nouveau tranquille dans le royaume de Barcelone. Enfin, pour le moment…

Thomas
William

Pour de rire…

Lundi 27 septembre 2010

Pour lutter contre la morosité des ciels gris automnaux (en attendant l’été indien…), je vous propose un poème écrit par 4 élèves de 3ème en 2006-2007. (Ce texte fait suite à un travail sur les expressions toutes faites.)

Rire…

Rire de mourir
Mourir de rire

Rire de plier
Plié de rire

Rire de pleurer
Pleurer de rire

Rire de manger
Manger de rire

Rire de crise
Crise de rire

Trop de rire
Tue le rire

Mieux vaut rire
Pour le pire
Que de pire pour le rire

Mieux vaut rire de manquer
Que manquer de rire

Championnats…

Lundi 15 juin 2009

Relâche hier… pour cause de cartons !

J’en avais rempli quelques-uns vendredi et samedi… mais ce n’était que du pipi de chat à côté des cartons d’hier ! Il faut dire que j’avais des aides… beaucoup plus performants que moi ! C’est par dizaines que les cartons se sont remplis, puis ont été transvasés dans leur futur domicile… Au point que toute ma réserve de « petits » cartons a été épuisée, et que j’ai dû refaire des stocks hier et aujourd’hui…

Ouf !

Permettez-moi de remercier ici ces efficaces bénévoles… (d’autant qu’il y en a qui me lisent, vous comprenez…).

J’ai même réussi, ce week-end, à me débarrasser de mon encombrant piano… qui, à lui seul, réclamait à cor et à cri des déménageurs !

La maison ressemble de plus en plus à un champ de bataille : cartons pleins, cartons vides (pliés, dépliés…), cartons en cours de remplissage… Toutes tailles, toutes marques…

J’avais oublié que c’était aussi éprouvant, un déménagement ! J’avoue avoir un peu les nerfs à fleur de peau… surtout que, côté papiers de prêt immobilier, rien n’est encore prêt, justement… et que la signature a bien failli être reculée de 3 semaines… ce qui n’arrangeait personne !

Aussi, quand mon zozo de 3ème a commencé en éructant quelques bruits qu’il trouvait sans doute amusants, et qu’il a récidivé quand je lui ai demandé de se calmer… je l’ai envoyé éructer ailleurs…

Moyennant quoi, nous avons pu poursuivre nos « championnats » commencés jeudi…

Ingrédients :

  • Six groupes de 4 à 5 élèves
  • 6 thèmes de questions (en l’occurrence : classes grammaticales [natures des mots et groupes de mots], fonctions, propositions, modes et temps, types et formes de phrases, figures de style)
  • Livres et classeurs (à choisir selon la matière)
  • 1 prof (de français en l’occurrence)
  • Préparation :

    Faites tirer au sort un thème pour chaque groupe. Demandez à chaque groupe de préparer une vingtaine de questions (avec leurs réponses !). Laissez mijoter trois bons quarts d’heure, en remuant de temps en temps (pour vérifications indispensables !).

    Cuisson :

    Désignez un groupe pour commencer la cuisson. Celui-ci posera une question aux autres groupes. Le premier groupe à donner une réponse complète et exacte gagne un point (matérialisé par un joli rectangle de papier de couleur portant le thème de la question) et pose à son tour une question aux autres.

    A partir de là, la cuisson se fait toute seule, ou à peu près. Le prof distribue ses jolis papiers, intervient éventuellement pour rectifier un ingrédient… ou pour éviter que la cuisson, trop violente, ne fasse déborder la marmite.

    Pour savourer les résultats, prévoyez une remise de diplômes, de prix, ou quelque chose de ce genre…

    Bon appétit !

    Un siècle de robots ?

    Lundi 23 mars 2009

    Conseil de classe ce soir, réunion de parents demain… Je ne vais pas être très bavarde !

    C’est la « semaine de la presse » : bien que je ne sois pas très sensible aux célébrations organisées, je profite depuis plusieurs années de cette occasion pour faire réaliser à mes 3èmes divers travaux de groupes sur la presse (si cela vous intéresse, je vous en donnerai le détail… mais vous pourrez trouver beaucoup d’autres informations sur le site du CLEMI). L’intérêt de participer à cette « célébration » est de disposer de divers documents pédagogiques, de photos de presse, de journaux et magazines.

    Ce matin, mes élèves ont donc exploré les dépêches de l’agence Reuters, surtout (selon mes conseils) la rubrique « Insolite ». Entre autres choses, j’y ai appris qu’aujourd’hui, un robot « féminin » devait animer une présentation de mode à Tokyo. Je n’ai trouvé aucune information pour aujourd’hui, mais des vidéos de la présentation du robot (de la robote ?). Vous pourrez admirer la démarche gracieuse, si délicatement féminine, de HRP-4C (quel joli prénom !)…

    Quand j’étais jeune (il y a longtemps), nous imaginions l’an 2000 peuplé de soucoupes volantes, fusées et robots. Sans penser un instant que cette époque, qui nous paraissait si lointaine, nous pourrions la vivre… Nos « robots » (ceux des magazines pour enfants) ne cherchaient pas à imiter l’aspect humain, bien qu’ils aient jambes, bras, yeux, et parfois bouche. Les androïdes succédèrent aux robots… mais l’inconvénient était qu’en dessin, ils ne se différenciaient pas vraiment des humains…

    HRP-4C serait-elle un délicieux compromis entre les deux ?

    A vous de voir !

    Où l’on reparle… d’une principale…

    Lundi 16 mars 2009

    Ben oui, pour changer un peu, je vais vous reparler d’une principale (depuis longtemps en retraite, y a prescription !). Vous savez, celle qui ne frappait pas aux portes…

    Mon premier contact avec elle fut téléphonique… et je me souviens de ma surprise ce jour-là.

    Après les préambules sur ma nouvelle affectation, le fait que j’allais bénéficier des « bonnes classes » prévues pour l’excellente collègue que je remplaçais, la principale entra dans le vif du sujet :

    « L’année dernière, nous avons eu deux [ou trois, ma mémoire est imprécise sur ce point] petits bébés…

    - …

    - Vous avez des enfants ?

    - Non…

    - Vous êtes mariée ?

    - Non…

    - Ne vous inquiétez pas, on vous trouvera un gentil petit mari ! »

    Texto ! Je vous jure !

    Malheureusement (ou heureusement ?), elle n’en trouva pas… D’ailleurs, nos rapports ayant très vite tourné à l’aigre, je crois qu’elle arrêta aussitôt de chercher…

    Mais imaginez un peu : vous croyez débarquer dans un collège, et on vous annonce une pouponnière couplée à une agence matrimoniale ! Y a de quoi surprendre, non ?

    Je débarquai donc dans un collège où il y avait de « bonnes » et de « mauvaises » classes (les bonnes classes, moins nombreuses, étaient composées de latinistes et germanistes), de « bons » et « mauvais » profs : les bons profs avaient les bonnes classes et, la preuve qu’ils étaient bons… c’est qu’ils avaient de meilleurs résultats au brevet que les autres…

    Je me rangeai très vite dans la catégorie des « mauvais » profs : la 2ème année, je n’eus plus de 3èmes ; la 3ème année, je n’eus plus de 4èmes… Heureusement (j’ose !) que sa santé l’obligea à nous « abandonner », car elle aurait peut-être été obligée d’adjoindre une petite section de maternelle (vous savez : les couches et les biberons) au collège, exprès pour moi !

    Notre désaccord était total : elle voulait que j’enseigne le Français comme on le lui avait enseigné. Entre autres, que je fasse étudier Montaigne en 5ème… Je n’ai jamais su si elle confondait Molière et Montaigne, ou si ses souvenirs étaient un peu brouillés : personnellement, on m’a fait aborder Montaigne en 1ère… et c’était déjà assez difficile, de langue et de pensée. En 5ème ??? Une version type « Reader Digest », peut-être ???

    Il y eut un jour, pourtant, où j’aurais pu me « rattraper » et regagner une certaine estime de sa part…

    Ce jour-là, l’inspectrice de Français nous réunit dans le bureau de la principale (toutes les réunions où elle devait – ou voulait – être présente se déroulaient dans son bureau, de crainte qu’un appel téléphonique ne lui échappe si elle était dans une autre pièce… pas de portables, à l’époque !). Bien tassés (le bureau n’était pas conçu pour des réunions de plus de 3 ou 4 personnes…), nous écoutâmes religieusement la Bonne Parole. Je ne sais plus du tout de quoi il fut question… hormis que cela concernait forcément l’enseignement du Français ! Mais à un moment, l’inspectrice posa une question : y avait-il parmi nous des enseignants qui pratiquaient de « nouvelles méthodes » ?

    La principale me regarda. Et son regard était une invitation : elle gagnerait quelques points si des enseignants répondaient à l’inspectrice ; et j’étais son joker…

    Mais je restai muette…

    Après la réunion, une collègue (une « bonne » !) me reprocha de n’avoir pas répondu alors. Et comme je lui rétorquais que je ne faisais rien de bien neuf :

     » Quand même ! Tu fais du travail de groupes ! »

    Du travail de groupes ! Cela pouvait encore être considéré comme une « nouvelle méthode » dans les années 80 ! Alors que les initiateurs de cette forme de travail étaient tous morts, ou à peu près ! Alors que je travaillais de cette façon depuis plus de 10 ans !

    Non, honnêtement, je ne pouvais me targuer devant l’inspectrice de « nouvelles méthodes » ! Même pas (et surtout pas, pour être honnête !) pour me « réhabiliter » aux yeux de la principale !

    Où l’on reparle de la 3 C

    Jeudi 12 mars 2009

    Ah ! Cette 3 C ! Il y a un certain nombre de classes dont je garde d’excellents souvenirs, mais celle-là tient tout de même une place particulière…

    Tout d’abord, l’ambiance entre élèves était excellente. Bien sûr, comme dans toute classe, il y avait des « clans », mais tout le monde s’entendait bien. D’ailleurs, sans cette ambiance, nous n’aurions jamais pu monter deux pièces dans l’année, toutes deux des créations à partir d’expression corporelle.

    Ces deux pièces ont évidemment renforcé les liens. Si la première, assez courte, a été montée en 2 ou 3 mois, la seconde nous a bien pris 5 ou 6 mois !

    Impossible, évidemment, de tout faire en cours de Français. Comme nous étions en ville, et que les élèves habitaient assez près du collège, nous « réquisitionnâmes » la salle de spectacle du Centre culturel de la Zup pour y répéter et avancer nos préparatifs.

    Je n’étais pas seule prof, dans cette seconde entreprise : leur prof de Maths nous assista, leur prof d’EPS les fit répéter pour des mouvements d’ensemble et les déplacements de groupes (la classe entière – sauf un élève – se retrouvant sur scène à plusieurs reprises) et apprit à une autre classe une danse de rubans qui clôturait la pièce. Je crois que cette dernière (prof, pas classe ni danse !), ainsi peut-être que leur professeur d’Histoire, vint aussi travailler sur les recherches de maquillages. Enfin (j’allais dire : surtout !), il y eut l’indispensable participation d’un ami, prof en lycée (mais époux d’une collègue) : c’est lui qui créa, avec l’aide d’élèves volontaires, le diaporama qui introduisait la pièce, et qui prit les photos ; lui encore qui s’occupa de choisir les éclairages selon les moments, et supervisa la régie lors du spectacle.

    Les répétitions au Centre culturel ayant généralement lieu le mercredi après-midi, beaucoup d’élèves venaient ensuite chez moi (mon appartement était dans la tour voisine) boire le thé (ils ne connaissaient pas vraiment… mais certains y prirent goût) et discuter, de la pièce ou d’autres choses. C’est dire que nos relations étaient vraiment particulières : ils me vouvoyaient et je les tutoyais, certes, je les notais et ils ne me notaient pas, mais quand on se retrouve ensemble, chaque semaine pour certains, assis par terre sur un tapis de laine à boire le thé… les rapports prof-élèves ont tendance à se modifier légèrement…

    D’ailleurs, à la fin de l’année, c’est la conseillère d’orientation qui nous invita tous (élèves et profs) à venir manger chez elle ! Je ne sais plus qui eut l’idée de demander aux élèves d’origine étrangère d’apporter chacun un plat de chez eux (j’ai oublié si les autres devaient aussi apporter quelque chose…), mais ce fut une réussite ! Je me souviens entre autres des œufs frits portugais et, surtout, portugais également, du foie de veau aux oranges et au cumin ! Moi qui n’aimais pas le foie, je fis de nombreuses fois cette préparation les années suivantes !

    Je me souviens encore davantage du couscous : Bel avait dit que sa mère voulait bien le faire, mais qu’il lui fallait de l’aide pour les épluchages. Je débarquai donc dans sa cuisine vers 8 heures du matin… et elle me transforma en marmiton pour la matinée ! Dommage que j’aie tout oublié : il était délicieux, ce couscous ! (mais je fus très vexée que Bel ne vienne pas le manger avec nous ! Il n’arriva que dans l’après-midi…)

    Il faisait beau, et l’après-midi se passa sur la terrasse, à danser et s’amuser…