Archive pour la catégorie ‘Salle des profs’

La parano… (suite et fin)

Mardi 22 décembre 2009

Plus d’une semaine sans écrire sur mon blog ! Terrible ! Il faut quand même que je vous termine l’histoire d’Anne-Marie avec le dernier drame dont j’ai le souvenir… le plus grave !

C’était à la fin de l’année (de quelle année ?) et nous étions convoqués pour la correction des épreuves de français du brevet, à quelques kilomètres de notre Zup. Il avait été convenu que nous partirions à trois dans ma voiture. Nous étions convoqués l’après-midi à une heure et demie, donc rendez-vous a été donné à une heure sur le parking de la Zup.

L’autre collègue (qui est toujours d’ailleurs une amie) m’invita à déjeuner. De bavardages en bavardages, nous prîmes sans doute un peu trop de temps… si bien qu’une heure arriva et que nous n’étions toujours pas parties…

Lulubie disait l’autre jour que nous en arrivions à justifier la parano des autres… Ce fut exactement ce qui se passa : en nous amusant un peu, nous avons imaginé qu’Anne-Marie serait complètement terrorisée de ne pas nous voir…

Mais nous nous sommes quand même dépêchées de plier bagages et de nous diriger vers le parking.

Quand nous sommes arrivées, à notre grande surprise, il n’y avait personne. Nous avons attendu un moment et, ne la voyant pas arriver, nous avons fini par prendre la route toutes les deux. Nous sommes arrivées en retard, étant donné que j’avais dû me perdre quelque part… Pas grave : les paquets de copies attendent !

Dans la salle, tous les correcteurs étaient à l’ouvrage… y compris Anne-Marie ! Des regards peu amènes nous ont suivies. Anne-Marie s’est tournée vers nous sans un mot (mais elle avait les yeux rouges rouges), et je me suis excusée de mon retard. Elle m’a informée qu’elle repartirait avec quelqu’un d’autre…

Nous avons corrigé nos copies. J’étais un peu embêtée de ce rendez-vous raté : nous n’étions quand même pas si en retard que ça … et nous ne savions pas ce qui s’était passé.

Nous l’avons su le soir même par l’une de nos collègues qui, de sa fenêtre, avait vu Anne-Marie arriver sur le parking vers une heure moins quart, marcher de long en large, puis finalement, au bout de cinq ou dix minutes, se diriger vers la cabine téléphonique. Peu de temps après, un taxi était arrivé, elle y était montée.

Bon, c’était modérément étonnant, vu le caractère d’Anne-Marie, mais enfin, le rendez-vous étant à une heure, je ne voyais pas très bien pourquoi elle s’était paniquée… Fin de l’épisode (pensais-je… à tort !).

Le lendemain matin, je commençais plus tard, et à la récréation, je perçus les regards un peu étranges des collègues… jusqu’à ce que l’un d’eux me dise : « Quand même, c’est dégueulasse, ce que vous avez fait à Anne-Marie ! »

Elle avait averti toute la salle des profs que nous avions fait exprès de ne pas l’emmener pour la mettre en difficulté… Ses yeux rouges avaient sans doute mieux convaincu que mes explications ne purent le faire…

Mais je vous jure que j’ai toujours, depuis, essayé d’éviter au maximum les contacts avec ce genre de personnes, capables de faire une histoire extraordinaire (et de monter nombre de gens contre vous !) à partir d’un petit détail !

La parano… (suite)

Dimanche 13 décembre 2009

Lulubie a malheureusement tout à fait raison : le comportement caricatural d’un parano rejaillit sur son entourage… qui finit par adopter le comportement qu’on lui reproche… et justifier ainsi la parano… Spirale infernale…

Le drame qui éclata ensuite, toujours en ce début de première année d’Anne-Marie au collège, fut l’Affaire de l’Affiche…

Anne-Marie avait décidé d’ouvrir un Club de Latin. Comme elle s’inquiétait au sujet de l’affiche annonçant la création du club, une collègue lui conseilla de faire appel à Alain, doté d’un bon coup de crayon et d’un certain humour. Alain accepta la commande…

Mais il n’avait sans doute pas encore pris la mesure des spécificités du caractère d’Anne-Marie…

Ce drame, tous les collègues en eurent les oreilles rebattues pendant des semaines…

Figurez-vous qu’Alain, fidèle à ses talents d’humoriste, avait illustré l’affiche d’un jeu de mots, que j’ai totalement oublié, sauf que l’affiche s’ornait du dessin humoristique d’une vache (et de je ne sais plus quoi d’autre… car c’est la vache qui posa problème !).

« Qu’est-ce que je lui ai fait ? Pourquoi a-t-il voulu me ridiculiser ? Saboter mon club ? »

On eut beau essayer de lui montrer que cette affiche, intriguant et amusant les élèves, lui vaudrait sans doute plus d’inscriptions… Peine perdue. Le refrain revenait, inlassable :

« Qu’est-ce que je lui ai fait ? Pourquoi… ? »

Elle se contenta donc d’une affiche sans dessin qu’elle fit elle-même (eut-elle beaucoup de « clients » ? Je l’ignore !), ne fit plus jamais appel à Alain… qui aurait sûrement refusé de toutes manières ! D’abord surpris, puis blessé qu’on lui prête des intentions qui étaient loin d’être les siennes (c’était au contraire quelqu’un de très gentil), il montra même quelques réticences quand d’autres collègues lui demandèrent telle ou telle illustration…

Les deux incidents suivants – pardon : drames ! -, je ne sais plus s’ils eurent lieu la même année ou pas. C’était en tous cas au cours du 3ème trimestre. Et j’en fus à nouveau la « coupable » (ou la victime, selon le point de vue…).

Je montais cette année-là un spectacle – dont j’ai déjà parlé – avec ma classe de 3ème. Je « voyais grand », et avais donc demandé à jouer dans la salle de spectacle de la ville ; nous y répétions le mercredi.

Le principal « greffa » la fête du collège sur ce spectacle, et d’autres classes y participèrent.

Entre autres, une classe d’Anne-Marie…

Comment celle-ci formula-t-elle sa demande ? Toujours est-il que je compris qu’elle voulait que je lui « cède » mes répétitions dans la salle… Évidemment, je refusai ! Ce spectacle de plus d’une heure, avec une trentaine d’élèves, danses, projections de diapos, jeux d’éclairages, demandait un certain nombre de répétitions sur place !

Elle alla pleurer dans le giron de je ne sais plus quelle collègue : je lui sabotais sa pièce, je refusais…

Et la sympathique collègue vint me faire part des récriminations d’Anne-Marie. Je m’aperçus alors que j’avais mal compris sa demande : elle voulait « simplement » que je lui réserve la salle aux jours et heures qui lui convenaient…

Je retournai voir la désespérée et l’informai qu’il lui suffisait de demander à la mairie ses réservations… (ben non, pas envie de m’en charger moi-même ! Pourquoi diable l’aurais-je fait ???).

Arriva le samedi de la fête : répétition générale le samedi matin, spectacle l’après-midi.

Mes élèves répétaient avec décors, costumes et accessoires, mais sans les maquillages : recouvrant souvent le visage entier, ils étaient longs à poser… et à enlever ! Toute l’équipe encadrant le projet était là : 5 ou 6 profs du collège, plus un du lycée – mari d’une collègue – qui s’occupait de la partie diapos (et les avait réalisées, avec l’aide de 3 élèves).

Préparation, répétition… Une fois « notre » pièce terminée, je rejoignis dans la salle mes collègues, et nous partageâmes quelques observations sur la pièce : comme j’étais dans les coulisses, il m’était difficile d’avoir un jugement d’ensemble.

Bon, ça ne s’était pas trop mal passé, et je me détendis un peu. Au point que nous échangeâmes je ne sais quels propos qui nous firent rire (sans bruit, évidemment !)…

Las ! Le moment était mal choisi : en effet, sur la scène, c’étaient les élèves d’Anne-Marie qui répétaient : 2 ou 3 gamins jouant une scène de Molière, je crois…

Évidemment, Anne-Marie, des coulisses, m’avait vu rire : et si je riais, c’était forcément que je me moquais de sa pièce ! Drame, larmes… On vint m’informer de cette nouvelle catastrophe… mais je n’allai pas consoler Anne-Marie : j’avais suffisamment à faire avec mon propre stress !

L’incident suivant… ce sera pour une autre fois !

La parano, ça se soigne ?

Lundi 7 décembre 2009

Les aventures de Sifi et de « la vieille conne » m’ont bien amusée. Nous connaissons tous des personnes comme celle qu’elle décrit, murée dans leurs certitudes, incapables du moindre sursaut d’humour, voire d’humanité simplement…

Elle m’a rappelé mes « démêlés » avec Anne-Marie… C’était il y a plus de 30 ans, j’avais donc une petite trentaine d’années…

A cette rentrée-là, donc, une nouvelle collègue, prof de Lettres (ou Lettres Classiques), Anne-Marie. Son premier poste, peut-être. Un peu plus jeune que moi.

C’est dans les jours suivant la rentrée qu’a éclaté « l’Affaire de l’étiquette » : un vrai drame !

Ce matin-là, Anne-Marie est arrivée en salle des profs, et s’est dirigée vers son casier. Et là… ô douleur ! Figurez-vous que l’étiquette portant son nom avait DIS-PA-RU ! Comme elle en informait, presque en larmes, la salle des profs, quelques collègues lui ont répondu que, sans doute, l’étiquette était tombée…

« Mais non ! J’ai regardé sous les casiers : elle n’y est pas ! »

Elle semblait totalement désemparée, ce qui nous laissait perplexes : il arrive que des étiquettes tombent, soient balayées… On prend un bout de papier, on écrit son nom dessus, on place le papier dans le support… On n’en parle même pas, pas plus qu’on ne pense à commenter le stylo qui nous échappe et roule sous une table…

« Je ne comprends pas… Qu’est-ce que je vous ai fait ? Je viens d’arriver, je ne connais personne, et pourtant quelqu’un a pris mon étiquette ! Pourquoi vous m’en voulez ? »

Je résume : la tirade a été beaucoup plus longue, et larmoyante, mais je vous certifie que j’en ai rapporté la teneur…

Je ne sais plus si quelqu’un a tenté de répondre à ce désespoir : nous étions tous figés, incapables de comprendre ce qui pouvait bien se passer dans sa tête !

L’épisode suivant, c’est avec moi qu’il s’est passé (il y en a sans doute eu d’autres avec d’autres collègues, mais je n’en ai pas eu connaissance… ou j’ai oublié !). La répartition des services voulait qu’elle ait en charge, une heure par semaine, la moitié de ma classe de 6ème, pour un « soutien », ou quelque chose de ce genre. J’en avais parlé avec elle, et lui avais laissé le champ libre… comme j’aurais aimé qu’on fasse avec moi, dans le cas inverse… Elle avait acquiescé…

Aussi, quelle ne fut pas ma surprise d’être convoquée chez le principal, peu de semaines plus tard : Mademoiselle F. s’était plainte que je lui laissais tout le travail à faire, en plus de ses cours à préparer, que je « l’exploitais », en quelque sorte…

Le principal comprit fort bien ma surprise, mais me conseilla de préparer cette heure assurée par Anne-Marie…

Personnellement, j’aurais préféré qu’on me laisse libre, mais bon… Cela ne me posait pas vraiment de problème : avec mon demi-groupe, je créais des fiches de jeux variés, faisant appel à la logique, à l’orthographe, à l’observation… Que je tire ces fiches en 12 ou 24 exemplaires (réforme Haby : 24 élèves par classe…) sur la « machine à alcool » ne me dérangeait pas. Je me suis quand même étonnée auprès d’Anne-Marie qu’elle ne m’ait pas parlé de ce « problème »…

Mais finalement, cela me donna plus de travail que prévu… Car dès la séance suivante, Anne-Marie vint se plaindre (directement, cette fois ? je ne sais plus…) que je ne lui avais pas fourni le corrigé des fiches ! Comme je tirais les fiches à l’avance, je gardais un exemplaire où je notais le corrigé… je pensais bêtement qu’elle faisait de même… Mais non ! Cela lui prenait trop de temps !

Il fallut donc aussi – pour éviter un nouveau « drame » – que je lui prépare un corrigé…

Il ne s’était pas passé un mois depuis la rentrée, et j’en avais déjà « ras la casquette » de cette nouvelle collègue !

Un autre « drame » éclata au sujet du CDI : je ne sais plus à quel propos précisément : avais-je réservé le CDI pour ma classe ? Avais-je emprunté une série de livres (les élèves n’achetaient pas les romans à étudier : on les leur prêtait) ? Toujours est-il que la documentaliste est venue me voir : Anne-Marie était en larmes, persuadée que je lui en voulais, que je sabotais son travail…

Mais cette fois, j’avais enfin compris ce que l’incident des premiers jours m’avait fait supposer : la pauvre était affligée d’une parano galopante… Et elle aurait encore bien des occasions de le prouver…