Archive for the ‘Relations prof-élèves’ Category

Avoir la foi…

mardi, juillet 28th, 2009

Le commentaire de Frédérique, posté hier, me fait réfléchir (outre qu’il me cause un très grand plaisir !) :

« merci seulement d’avoir cru en nous quand tous laissait penser le contraire!!! »

Oui, c’est vrai, au plus loin que je remonte dans ma vie de prof, j’ai toujours eu – et conservé – la foi !

Au point que j’ai du mal à comprendre les enseignants qui ne l’ont pas, cette foi ! Pour moi, c’est une composante fondamentale du métier…

Peut-être en ai-je hérité de par mon éducation catholique ? A moins que je ne l’ai bue au biberon dans ma famille ?

En tous cas, il me paraît évident que c’est une de mes constantes !

D’abord, bien sûr, la foi en mon métier : enseigner, c’est croire que l’on peut apporter des « choses » à des élèves : connaissances, méthodes, mais aussi ouvertures sur le monde, la vie, les autres. Je repense à cette collègue qui m’assénait : « L’orthographe, c’est inné ! ». Avec ce genre de pensée, j’aurais vite arrêté de « faire de l’orthographe » ! Je ne comprends même pas comment cette collègue a pu enseigner quelque chose de si totalement inutile…

Non, pour moi, être prof, c’est croire fondamentalement qu’on peut changer les choses, les faire évoluer. Ne jamais se décourager devant les échecs, quels qu’ils soient, mais toujours essayer d’y réfléchir, d’imaginer leurs raisons, et d’envisager des réponses possibles. Reprendre les cours, les contrôles, les exercices, de façon à les améliorer.

C’est d’ailleurs une des grandes chances de ce métier : attaquer à chaque rentrée de nouvelles classes, c’est pouvoir améliorer ce qu’on a fait l’année précédente, ou les années précédentes : tenter de comprendre ses erreurs (quand toute une classe « se plante » à un contrôle… il y a des chances pour que le prof soit en cause !) et d’y remédier…

Et, bien sûr, corollaire évident de cette foi dans le métier : la foi dans les enfants !

Car, si je pense que mon métier est d’apporter des « choses » aux élèves qui me sont confiés… il faut bien que je croie en la possibilité pour ces élèves d’apprendre, de changer, de se développer, d’évoluer !

Pour TOUS les élèves !

Il est très gratifiant de voir quelques élèves – les « bons » – répondre à nos attentes: ils écoutent, répondent, apprennent, ont de bonnes notes… et nous donnent l’impression d’être « de bons profs »… Des miroirs déformants… mais embellissants, en quelque sorte !

Mais ils ne représentent généralement qu’une très petite fraction d’une classe… Et, effectivement, se pose alors la question : est-ce que je m’arrête à ce miroir (je suis un bon prof… et les élèves qui ne répondent pas à mes attentes sont de « mauvais élèves », indignes de mon attention) ? ou est-ce que je travaille pour que tous ces « autres élèves » progressent eux aussi, à leur manière et à leur rythme ? Si j’y arrive, peut-être alors – et alors seulement – serai-je « un bon prof »…

Ces enfants, ces ados que j’ai devant moi sont en plein développement. Nul ne peut prévoir avec certitude leur devenir, même pas eux, même pas leurs parents. TOUT est possible, à cet âge, rien n’est joué. C’est parce que j’en suis intimement persuadée que je peux tenter de les en persuader. Car l’élève « en échec constant » a généralement une piètre idée de lui-même et de ses possibilités : la première chose à faire est donc de lui redonner confiance en ses capacités. Confiance fluctuante, évidemment – il a déjà un lourd passif, et se décourage à la première difficulté -, mais confiance quand même, pour qu’il enregistre quelques réussites qui le remonteront dans sa propre estime.

J’en ai eu, de ces élèves en échec scolaire, déçus, découragés, passant leurs cours à dessiner, bricoler… ou embêter les voisins (voire la classe et le prof !). Cette année encore, mon zozo de 3ème… Mais il lui est arrivé plusieurs fois, quand par hasard il entendait une question que j’avais posée et y réfléchissait un peu, de donner la réponse juste : « Vous avez vu, madame ! ». Et de se retourner vers la classe, triomphant…

Ces petites « reconnaissances » ne vont sans doute pas modifier l’orientation scolaire de ces élèves… mais je crois (oui, je crois…) qu’elles modifient leur perception d’eux-mêmes, et qu’elles leur redonnent quelques forces pour l’avenir…

Quant à la plus grande partie d’une classe, généralement « moyenne », elle est bien évidemment aussi susceptible de s’améliorer ! L’élève « moyen » (qui n’est d’ailleurs pas forcément « moyen » dans toutes les matières – d’où le grand intérêt de la discussion avec les collègues sur tel ou tel élève…) peut aussi se révéler « bon » dans tel ou tel type de travail. D’où aussi l’intérêt de varier les approches : l’enseignement du Français est un vrai « cadeau » pour cela, avec ses différentes composantes…

Je me souviens de cette élève de 4ème, aux résultats « moyens-médiocres », qui a joué un rôle important dans Le Bal des voleurs, d’Anouilh : au début, elle apprenait certes son texte, mais le récitait… comme une récitation, justement ! Le jour du spectacle, elle « crevait les planches », et a été la plus remarquée ! Cela n’a pas changé son avenir scolaire… mais je reste persuadée que cela a beaucoup changé sa manière de se percevoir elle-même !

Non, je ne suis pas magicienne, je n’ai jamais transformé un élève « mauvais » ou « moyen » en « bon » (enfin, je crois…). Mais j’espère avoir donné à quelques-uns les moyens de croire en eux-mêmes…

Une simple question de foi…

Lendemains de fête…

mardi, juillet 21st, 2009

Bon, eh bien, elle a eu lieu, cette annicrémaretraite ! Et sans pluie, de surcroît, malgré pas mal d’inquiétudes et incertitudes à ce sujet !

Ce n’était pas une très grande fête, vu que de nombreux invités étaient en vacances, ou pris par d’autres occupations (forcément, vu les problèmes pour fixer la date de signature, mes invitations avaient été un peu tardives…) ; nous étions une quinzaine (plus 4 enfants), et ce fut une journée fort agréable, sur la terrasse de ma petite maison.

Ce qui est amusant, et dont je ne me suis aperçue que ce jour-là, c’est que, à part les anciens propriétaires (elle étant aussi une ancienne collègue)… tous les autres étaient des anciens élèves (avec leur famille éventuellement)… y compris ma soeur !

– Odile : 1970 (ma première année de prof… elle est arrivée au 2ème trimestre) en 5ème ;

– Annick : 1980-81 en 3ème (habitant dans le sud – bien qu’originaire du nord -, elle m’a fait l’immense plaisir de venir 4 jours… et de me donner un sérieux coup de main !) ;

– Olivier : 1982-83 en 3ème ;

– Sophie : 1982-83 en 5ème ;

– Marie-Laure : 1983-84 en 4ème ;

– Guillaume : 1983-84 en 5ème…

Ma soeur, avec ses talents d’animatrice, a vite rassemblé ces « anciens » (auxquels s’est jointe, sur ma demande, ma nièce… à qui j’avais donné quelques cours d’orthographe il y a 7 ou 8 ans) pour une petite chorale qui m’a chanté, entre autres, « l’école est finie » !

A part Sophie, tous les autres s’étaient déjà rencontrés à la précédente crémaillère, il y a… 13 ans !

Super journée, avec 60 bougies à souffler (!) sur deux tartes aux abricots (du jardin !) confectionnées par Odile (Annick, à ma prière, avait fait 2 délicieuses tartes au Maroilles…) et des cadeaux, bien sûr, en pagaille, dont… un salon de jardin ! Exactement ce qu’il fallait pour que je profite pleinement de ma terrasse !

Aujourd’hui… je vais reprendre un peu mes cartons, car Didier, mon beau-frère magique et préféré, m’a installé samedi de nouveaux espaces de rangement !

A bientôt !

Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ?

samedi, juin 27th, 2009

Jeudi matin, quand chaque élève de 5ème a eu dit « une chose qu’il avait apprise cette année » (dans les heures de Français, évidemment !), une élève a posé cette question :

« Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ? »

Ce n’est pas la réciproque de ma question, vous l’avez sans doute remarqué : je n’avais pas demandé « qu’est-ce que JE vous ai appris ? »…

J’ai bredouillé je ne sais quoi, sans doute qu’il était l’heure de ranger la salle… ou bien les autres élèves ont couvert ma voix… Toujours est-il que je n’ai PAS répondu… à cette très pertinente question !

Qu’est-ce qu’ils m’ont appris, mes élèves ?

Hors de question de détailler, évidemment : j’en serais tout à fait incapable !

Mais : oui, c’est évident, mes élèves m’ont beaucoup appris !

Et tout d’abord qu’ils avaient, comme moi, leur famille, leurs amis, leurs soucis, leurs rêves, leurs jeux, leurs ennuis… et même leurs moments de paresse, de vague à l’âme, d’envie de dormir, de s’amuser…

Et donc, qu’ils étaient tous différents, même si je pouvais faire des regroupements par « niveaux » ou quoi que ce soit d’autre. Qu’aucune « étiquette » ne pouvait en résumer un seul.

Que donc, chacun attendait de moi quelque chose, qui n’était pas forcément exactement la même chose que le voisin…

Au fil des ans, ils m’ont appris à comprendre les « blocages » qui pouvaient survenir… et à les aider (pas les blocages : les élèves !).

Ils m’ont appris (oh combien !) la patience…

Ils m’ont appris, par leurs réflexions, leurs résultats, à peaufiner mes cours… et mes contrôles !

Ils m’ont appris à les aborder chaque jour d’un oeil « neuf », débarrassé des problèmes qui avaient pu surgir la veille (sauf quand il y avait besoin de revenir sur ces problèmes !).

Ils m’ont appris à ne pas leur tenir rancune, que ce soit pour leur comportement, pour leurs silences, leurs bavardages… ou leurs mauvais résultats.

Ils m’ont appris à écouter, vraiment, ce qu’ils avaient à me dire, sur leur histoire personnelle ou sur leurs apprentissages.

Ils m’ont appris à « tenir mes distances »… et en même temps, à prendre en compte leur demande de « complicité » (en tout bien tout honneur, cela va sans dire !).

Ils m’ont appris…

Ils m’ont appris tant de choses !

Ils m’ont appris à être prof… et, finalement… à être moi…

A tous mes élèves, ceux de cette année comme ceux de la lointaine année 1969-70, et à tous ceux que j’ai croisés entre ces deux années frontières :

MERCI !

Quelques fleurs…

vendredi, juin 5th, 2009

C’est bientôt mon anniversaire, alors permettez-moi de me jeter quelques fleurs…

J’espère que vous ne tenez pas ce blog pour la Vérité Pédagogique descendue sur Terre, et que vous ne me prenez pas pour SuperProf… Des erreurs, j’en ai commis, et j’en commets encore… comme, je pense, tous ceux qui travaillent sur/avec « la matière humaine »…

(Je ne regarde pas la télé… mais je lis les commentaires dans mon magazine. Dans celui évoquant le documentaire « Déni de grossesse », la journaliste évoque cette jeune femme entrée un jour à l’hôpital à cause de violentes douleurs : deux médecins diagnostiquent des coliques néphrétiques… mais c’est le 3ème qui a raison : la « colique néphrétique » est une petite fille d’aujourd’hui 5 ans… Remarquez, dans ma famille, il y a un « fibrome » qui doit avoir dépassé les 50 ans…)

Donc, même si j’essaie, le plus souvent, de « faire pour le mieux », conformément à ce que je pense, je ne suis pas pour autant sûre de le faire… Comme je l’ai déjà dit, j’essaie de ne jamais oublier que j’ai des personnes en face de moi. Mais je n’ai évidemment aucune prise sur ce que ressentent les élèves…

Parfois, je vois bien que « le courant passe », et j’en suis heureuse : avec cette classe-là, je peux aller plus loin, leur demander des choses plus difficiles. Parfois, le courant ne passe pas, et je bataille toute l’année pour réveiller une classe endormie. Enfin, il arrive aussi que la classe me soit sourdement hostile… C’est le plus dur. Après avoir tenté toutes les manières d’entrer en dialogue, d’éclaircir les éventuels malentendus, il me faut conduire cette classe et ses récalcitrants vers les objectifs fixés, malgré la mauvaise volonté évidente…

C’est dans une classe de ce genre qu’était « Carole » (ce n’est pas son prénom), qui m’a écrit en octobre, via Copains d’avant.

Une classe que j’avais presque oubliée… parce que je préfère en général évacuer les mauvais souvenirs. Et c’en était un !

Je n’ai plus en tête la composition exacte de la classe, mais je sais qu’une bonne partie des élèves venaient de la même 4ème, avec laquelle j’avais monté une série de sketches (écrits par les élèves) sur le thème de la médecine. Une 4ème qui « marchait bien », donc, vu le temps et l’énergie que demande ce genre de projet. J’étais évidemment heureuse de les retrouver en 3ème… mais ai vite déchanté : le courant ne passait plus avec mes « anciens » (et plus particulièrement quelques « anciennes », qui utilisèrent surtout leurs capacités à « faire du mauvais esprit », comme on dit…), et je ne réussis pas non plus l’accroche avec les nouveaux… Tous les profs – sauf un – rencontraient les mêmes difficultés que moi… mais les petit(e)s futé(e)s arguaient que, justement, si ça marchait bien avec tel prof, ça prouvait que ce n’étaient pas les élèves qui étaient en cause…

Et donc, voici qu’en octobre surgit de ce passé « presque oublié » d’il y a une douzaine d’années, Carole. Qui m’écrit alors :

Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi : vous avez été ma professeur il y a quelques années à []. Il me semble que j’aie été suffisamment détestable pour que ce soit le cas…!

Moi, je fais partie de ceux que vous avez marqué. Oui, par vos tenues, et par votre personnalité. Par votre différence avec certains autres profs, dont on ne sentait pas de réel engagement avec nous, dans cette classe, avec K J, G L, N D, …. que j’imagine, on a dû qualifier de difficile, peut-être… A cette époque, je vous l’avoue, je ne vous aimais pas. Mais, je m’en suis rendue compte plus tard, c’est car je me le refusais… car je n’arrivais pas à vous faire face. J’adorais le français, mais j’adorais encore plus mes copains, et je ne me donnais pas les moyens de réussir. Disons que je préférais ne rien faire, plutôt que risquer de me planter…. Et j’avais la sensation que malgré tout, vous croyiez en nous, et que l’on vous décevait.

J’ai reçu un certain nombre de messages d’anciens élèves, à cette époque. Mais j’ose avouer que c’est celui qui m’a le plus touchée. J’avais tellement eu l’impression d’un échec, avec cette classe (même si la plus grande partie avait « scolairement » assuré le minimum), que j’étais – que je suis encore – sous le choc : malgré tout, j’avais quand même réussi à faire passer quelque chose…

Dans un courriel plus récent, Carole me lance à nouveau quelques fleurs :

Je pourrais résumer en disant que, par définition, l’homme a tendance à être un peu con entre 12 et 18 ans, que le rôle des enseignants (entre autres) est le tirer de là le plus vite possible, et que beaucoup ne le tentent pas. Vous, si. Et ceux qui sont passés dans votre classe se sont certainement dit, à un moment où à un autre, « Je compte, je suis quelqu’un ». C’est important.

Je n’oserais espérer que Carole a raison dans ces deux dernières phrases.

Mais, de tout cœur, je le souhaite…

Merci, « Carole » !

Débattons… du débat

vendredi, mai 29th, 2009

Eh bien, c’est un vrai débat, qui s’engage sur… les débats !

Est-il besoin de rappeler que mon vécu de prof n’est en rien un « modèle », et que, s’il me correspond, il ne correspond pas forcément à d’autres profs ?

Laura évoque l’enseignement dans l’antiquité grecque… mais ma formation est toute autre ! J’ai été formée, comme je l’ai dit au début de ce blog, par une conception « humaine » de l’enfant (l’enfant est une personne), par mai 68 (que je ne rejette absolument pas !) et par une MJC qui avait pour objectif l’éducation populaire, et ouvrait même son conseil d’administration à des ados.

Ma conception de l’enseignement découle de cette formation particulière. J’ai, certes, une « matière » à enseigner. Mais cette « matière » consiste surtout à développer la réflexion des élèves, que ce soit à partir d’un texte, d’une fonction grammaticale ou d’une règle d’orthographe. Et pour qu’ils puissent réfléchir… il faut bien leur donner la parole ! Si je suis seule à parler, il y a fort à parier que 25 élèves au moins vont perdre le fil… et avoir tout oublié à la fin de l’heure !

Ceci dit, pour en revenir aux « débats », je ne pense pas en avoir jamais organisé avant la 4ème, et ils « collent » particulièrement avec le programme de 3ème, où l’on travaille l’argumentation (je sais, maintenant, on doit parler du « discours argumentatif » dès la 6ème… mais… je trouve que c’est « un peu » tôt…). Et, bien sûr, cela exige certaines « qualités » de la part de la classe : si les élèves forment des « clans » étanches, s’ils ne s’écoutent pas, s’ils dénigrent systématiquement tel ou telle dès qu’il (elle) ouvre la bouche… inutile de tenter le débat !

Enfin, le but du débat n’est pas que l’élève ressorte avec une idée claire, toute faite, sur un sujet ; il est que l’élève apprenne à exprimer une opinion, à l’argumenter, à écouter l’opinion des autres, leurs arguments, à y répondre éventuellement. Ils en ressortiront avec les mêmes idées qu’en y entrant ? Peut-être… mais ils auront entendu d’autres avis, d’autres arguments, qui leur auront donné à réfléchir. Parfois, ils auront aussi entendu le vécu de certains camarades : je pense entre autres à cette classe de 3ème où nous avons beaucoup débattu, et où les élèves s’impliquaient au point de mettre en avant leur propre expérience (pas de la peine de mort, bien sûr !), sans craindre le regard critique de leurs camarades (ni le mien !).

Par ailleurs, j’ai déjà parlé des « bilans de fin de trimestre », que j’organise systématiquement dans toutes les classes… en fin de trimestre (!). Là aussi, les tables sont en carré, et tout le monde peut prendre la parole. Ce n’est pas vraiment un débat, bien que les opinions s’affrontent parfois, mais une possibilité d’échange sur ce qui a été fait dans le trimestre, et sur ce qu’on pourrait faire au trimestre suivant. C’est le moment où certains osent dire qu’ils n’ont pas compris telle ou telle chose, que c’était trop difficile… Bien sûr, il aurait mieux valu qu’ils le disent au bon moment… mais je trouve important qu’ils le disent « trop tard » au lieu de se taire : peut-être cette parole leur donnera-t-elle le « courage », par la suite, de demander des explications ?

Mais, encore une fois, c’est mon mode de fonctionnement… Et, de même qu’on ne se moque pas d’un enfant qui trébuche, tombe, quand il apprend à marcher, je ne vois pas pourquoi on tiendrait pour négligeables les efforts que fait l’enfant, ou l’ado, pour apprendre à réfléchir… Il dit des bêtises ? Sans doute, de notre point de vue d’adulte. Mais… c’est normal, il apprend

Réfléchissez… réfléchissons…

jeudi, mai 28th, 2009

Une petite provoc de la part d’un lecteur ? Allez, je me laisse faire, et je réponds à Brice…

1. La réflexion est quelque chose de personnel, par définition. La réflexion des autres ne peut être utile que si on ré-fléchit.

2. Pour réfléchir, il faut mettre en oeuvre des fonctions mentales complexes, qui ne se découvrent ni au berceau, ni d’un seul coup en passant à l’âge adulte. Cela s’apprend, comme marcher ou manger à la cuiller.

3. On ne peut réfléchir qu’à partir de ce qu’on sait, ou croit savoir. Autrement dit, la première phase de la réflexion n’est rien d’autre que ce qui se pense et se dit dans notre entourage.

4. Pour qu’il y ait réflexion, il faut qu’il y ait contradiction (partielle ou totale) entre deux opinions. Si tout le monde est d’accord avec moi sur un sujet, il est inutile que j’y réfléchisse davantage… A moins… à moins que je tienne habituellement pour mauvais (ou au moins sujets à caution) les avis de tout ce monde.

5. Le prof n’est pas là pour « convertir » les élèves à quelque idée que ce soit, mais pour les aider à s’ouvrir au monde (je sais, c’est un peu grandiloquent, et peut-être illusoire…).

Donc :

Que les élèves « évacuent toutes les bêtises qu’ils peuvent couver dans leur tête » est « normal » (bien que je n’aime pas ce mot…). C’est la première phase, et elle est indispensable. Le but du jeu n’est pas qu’ils pensent comme moi, mais comme eux… Ceci dit, ils ne pensent et ne disent pas tous la même chose, et ils peuvent déjà se répondre dans cette première phase… qui les amène à la seconde. Les échanges à ce niveau sont d’autant plus importants que les ados accordent beaucoup de crédit à leurs pairs… beaucoup plus qu’à leurs profs !

Je ne laisse évidemment pas mes élèves « patauger dans leur ignorance », ce serait un comble ! D’abord, une discussion, un débat, n’arrivent pas « comme ça », parce que le matin, en me lavant les dents, je me suis dit : Et tiens, si on faisait un débat ? Il y a forcément eu des lectures auparavant, textes narratifs, explicatifs, argumentatifs… extraits de romans, d’articles de journaux, que sais-je ?

Qu’est-ce que ça veut dire « expliquer vous-même un thème comme La Peine de Mort » ? Que pourrais-je bien expliquer sur ce thème ? Je ne suis ni Voltaire, ni Victor Hugo, ni Camus… et ne vois pas quelles « explications » pourraient être utiles à quiconque… Des informations, oui (d’où les articles de journaux ou les références historiques), des bases de réflexion (d’où les textes argumentatifs)… Tout ce « matériel » pouvant alors être utilisé comme argument dans la discussion.

Enfin, à chaque fois que j’ai organisé un débat dans une classe, non, « les trois-quarts [ne sont pas restés] la bouche close jusqu’à la fin de l’heure »… mais 4 ou 5, oui, sûrement ! D’abord, les tables sont alors disposées en carré, afin que chacun voie les autres ; ensuite, les élèves eux-mêmes acceptent mal les « silencieux » dans un débat, et se chargent de les interpeller. Enfin, si le sujet les intéresse, s’ils ont été assez préparés, ils ont envie de confronter leurs opinions à celles des autres.

Ai-je assez répondu à la provoc de Brice ?

Non, j’ai oublié de dire une chose : j’interviens aussi peu que possible dans le débat (sauf, évidemment, pour donner la parole et rétablir le calme, si nécessaire) et, généralement, sous forme de questions.

Quand j’étais dans le Nord, nous avions fait ainsi un débat sur ce thème de la peine de mort, dans une classe de 4ème. La discussion avait été animée, et j’étais intervenue sans doute un peu trop. Quelques élèves continuèrent à discuter avec moi après la fin du cours, et l’une d’elles me dit finalement :

« C’est pas juste, vous, vous êtes prof, vous avez les mots ».

C’était il y a plus de 30 ans, mais je n’ai jamais oublié cette réflexion, et je fais d’autant plus attention à ne pas exposer/imposer mes opinions qu’effectivement, « j’ai les mots »…

Brrbrrrbrrrr…

mardi, mai 26th, 2009

Non, non, ce n’est pas du tout que je grelotte ! D’accord, il fait nettement moins chaud qu’hier et avant-hier, mais pas de quoi grelotter !

Non, j’essayais simplement d’imiter les remarquables bruits de bouche produits par certains de mes 3èmes… Je les en ai félicités, d’ailleurs, en leur disant que justement, ce week-end, j’avais vu un bébé de 5 mois qui faisait la même chose… J’ai un peu triché, c’est vrai : Marius ne sait pas encore faire ces jolis bruits… mais il va savoir bientôt ! Et voir de grands gaillards de 15-16 ans s’exercer à faire ce que réussit très bien un bébé de 5 ou 6 mois, c’est impressionnant !

Bon. Ce n’était pas une journée faste. Et ça s’est mal terminé avec les 3èmes. J’avais pourtant réussi à ce que le zozo de service se tienne à peu près tranquille pendant le contrôle de lecture sur Zadig. Je lui ai suggéré de regarder la feuille, que nous avions vu plusieurs éléments la semaine dernière et qu’il pouvait répondre… Il a préféré dessiner, sans (trop) faire de bruit…

Correction du contrôle : beaucoup d’élèves donnent les bonnes réponses. Bien ! Si j’ai beaucoup de bonnes notes à mettre, ça me remontera le moral !

Car il est dans les chaussettes, le moral ! J’ai voulu lire avec eux le chapitre 12, assez difficile puisque comportant une discussion philosophico-religieuse… Au bout de 5 ou 6 phrases, j’ai interrompu ma lecture… qui était justement interrompue tous les 10 ou 15 mots par une réflexion à haute voix du zozo, ou de sa voisine zozote. Après quoi, s’en est mêlée la voisine zozote de la voisine zozote, j’ai ressenti une immense fatigue, je me suis assise au bureau et leur ai dit de continuer sans moi…

Zozo et zozotes ont continué leurs jeux, et c’est alors qu’un peu plus loin, un autre zozo a commencé ces jolis bruits de bouche, bientôt imité par 2, 3, 4 autres zozos…

C’est vrai, plusieurs élèves continuaient cependant à lire, et j’aurais dû en tenir compte…

Non seulement je ne l’ai pas fait, mais à la fin de l’heure, j’ai appelé les 2 déléguées pour leur dire que, dans ces conditions, je ne voyais pas bien l’utilité de leur « faire cours » : je leur distribuerai le cours, et ils se débrouilleront avec, s’ils le veulent ! L’une a protesté que « certains élèves voulaient travailler »…

Le problème, c’est que je ne les vois ni ne les entends, ces « élèves qui veulent travailler » ! Depuis le retour des vacances de printemps, j’ai une classe au mieux amorphe, au pire qui discute comme si je n’étais pas là… Si je pose une question, on me demande 3 ou 4 fois de la répéter… parce qu’on ne l’a pas entendue (conversation des voisins), pas écoutée (on pense à autre chose), pas comprise (on s’est dit que quelqu’un d’autre allait répondre, inutile de réfléchir, ça fatigue)… et qu’on l’a oubliée, à force d’inertie mentale…

Je vais donc, moi aussi, appuyer sur la touche « pause ». On verra si une amorce de réaction s’ébauche…

Qui a dit que c’était facile et reposant, le métier de prof ???

Lourdes bourdes…

samedi, mai 16th, 2009

Permettez-moi de répondre à nouveau aux questions que se pose une future prof (voir récents commentaires).

Des bourdes, c’est sûr, on en fait tous, on en a tous fait ! De toutes sortes ! Et l’âge, l’expérience n’en prémunissent même pas ! Un instant de distraction, et toc ! on dit juste ce qu’il ne fallait pas dire ! Aucun souvenir précis ne me remonte à la mémoire à l’instant, mais je sais que j’en ai fait, de ces grosses bourdes…

J’ai déjà parlé de la nécessité de « séparer » la personne de son rôle. Un des nombreux avantages est que la « personne » peut tenter de rattraper la bourde qu’a faite le prof. Si, par exemple, je menace un élève : « Je vais mettre un mot sur ton carnet : il va être content, ton père ! » et qu’il me répond : « Il s’en fout, il est mort ! »… c’est ce que j’appelle une grosse bourde… Il me reste à voir l’élève à la fin de l’heure, à m’excuser de mon propos mal venu, en lui expliquant que je me suis énervée à cause de son comportement. Il faut que j’essaie de « rétablir le contact » que j’ai rompu par ma phrase pour le moins maladroite, et que je m’assure qu’il a compris, que nous sommes, en quelque sorte « réconciliés ».

La bourde « de connaissances » est, à mes yeux, moins grave que la bourde « de psychologie », et beaucoup plus facile à gérer… à condition qu’on ne se pose pas d’emblée comme « maître incontestable du savoir », mais qu’on accepte l’idée que nul n’est infaillible… pas même le prof ! Il m’est arrivé de me faire reprendre par un élève parce que j’avais commis une erreur d’analyse (voire même d’orthographe !) : j’ai assuré l’élève qu’il avait tout à fait raison, que je m’étais trompée, assortissant éventuellement ma phrase d’une pirouette « humoristique ». Si j’ai un doute sur un mot, je demande à un élève de regarder dans le dictionnaire pour en connaître le sens précis ou l’orthographe. Il m’est arrivé aussi, en repensant à un cours, ou en corrigeant des copies, de m’apercevoir que j’avais dit une ânerie : je m’en suis expliquée au cours suivant, maudissant ma distraction qui les avait « enduits d’horreur ».

Quant au premier cours de l’année…

C’est vrai qu’on en fait tout un plat… et je ne veux pas minimiser son importance… juste la relativiser !

Le prof a souvent l’impression que « tout est joué » dans la première heure, qu’il lui faut donc être super-bon dans cette première heure, de crainte de « ramer » toute l’année. En fait, ce sont surtout ses craintes personnelles qui s’expriment ici, beaucoup plus que la réalité. Et la pression qu’il se met risque fort… de lui faire commettre la bourde redoutée !

Non, tout n’est pas joué à la fin de la première heure. Heureusement ! Et, au fil des ans, l’importance de cette première heure diminue… presque jusqu’à disparaître ! Par contre, si on s’est « trompé de rôle » (en jouant le « prof copain » ou le « prof sévère », alors que ce n’est pas le rôle qui convient), il y aura un malaise lorsqu’on retrouvera un rôle plus « juste » : il faudra aux élèves le temps de l’adaptation…

C’est quoi, un rôle « plus juste » ? Ben… celui qui vous convient le mieux ! En fonction de votre caractère, de vos goûts, de vos envies, de votre vision du métier ! Il n’y a pas de « prof parfait », de même qu’il n’y a pas de « pédagogie parfaite » : à chacun de trouver… chaussure à son pied ! (les chaussures des autres vous allant rarement…)

Quant à la gestion d’une classe, je l’ai déjà dit, c’est un travail difficile, qui demande beaucoup d’être à l’écoute. Là encore, pas de recette miracle : celle qui marche avec le collègue peut ne pas marcher avec vous, celle qui marche dans une classe peut être totalement inefficace dans une autre, celle qui a si bien marché depuis un mois avec telle classe peut très bien tomber à plat un jour…

Personnellement, quand je sens un problème « de classe », j’essaie le dialogue avec la classe. Éventuellement, avec quelques élèves que je pense susceptibles de m’éclairer. Si cela ne donne rien, j’essaie d’en parler avec des collègues, avec le professeur principal. Voire avec la principale ou l’adjointe. Il m’est ainsi arrivé de faire des « mises au point » avec l’aide de l’un ou de l’autre. Le prof principal ou la principale a commencé à s’adresser à la classe pour que les élèves exposent le (ou les) « problème(s) », puis j’ai répondu. Les 2 fois auxquelles je pense, il s’agissait d’une mauvaise interprétation de la part des élèves, et la situation s’est rétablie assez vite.

Je n’ai jamais (touchons du bois !) eu de problème de gestion de classe dans le sens de chahut, ou autres choses analogues. Par contre, j’ai eu 3 ou 4 classes dans ma « carrière » avec lesquelles je n’ai pu établir de « contact » : nous sommes restés « étrangers »… C’est difficile à vivre… et je n’ai pas trouvé de recette miracle ! Quant aux « zozos » qu’on trouve un peu dans toutes les classes… ils sont par définition imprévisibles ! Et peuvent très bien ficher le bazar pendant toute une semaine… et fournir un travail, une participation, satisfaisants pendant une heure (ou une demi-heure, n’exagérons rien !). Eux sont difficiles à gérer, mais ne reflètent pas la classe…

Encore une fois, le travail sur soi (qu’est-ce que je veux ? de quoi ai-je peur ? qu’est-ce que j’attends de mon métier ? de mes élèves ?) aide beaucoup à prendre ses distances avec les aléas du métier. Et le fait de se souvenir qu’on n’est pas seul.

Bon courage aux futurs profs ! C’est un si beau métier !

La preuve ? Je vais la semaine prochaine dans le Nord, au mariage d’une élève que j’ai eue en 79-80 ! C’est pas beau, la vie de prof ?

Action… Réaction ?

dimanche, mai 10th, 2009

Quand je dis « ne jamais oublier qu’on a été enfant », ce n’est évidemment pas pour faire copain-copain avec les élèves. C’est pour relativiser leurs réactions (ou leurs non-réactions, d’ailleurs !). Même si le prof a été bon élève, sage et tout et tout, il a forcément eu des moments moins lumineux quand il était en classe, ou quand il avait un devoir à faire, une leçon à apprendre. Se souvenir de ces moments-là aide à mieux comprendre le comportement des élèves. Les rapports adulte-enfant (et particulièrement prof-élève) ont peut-être changé, mais le fond reste le même. « De mon temps », jamais un élève n’aurait osé dire à un prof : « j’aime bien (ou : « je n’aime pas ») votre jupe, votre tee-shirt… ». Mais, entre élèves, nous commentions largement la tenue de tel ou tel professeur !

J’en viens justement à la fin du message de la future prof (vous vous souvenez ? J’étais partie de son blog pour lui répondre…). Je cite :

« De même il faut être sacrément habile, ne pas dire n’importe quoi, réfléchir à ce qu’on dit tout en restant spontané. Par exemple, si un élève me demande en plein cours si je suis homosexuelle, comme dans le film… c’est idiot mais je crois que je ne saurais vraiment pas quoi dire ! Et sur ce coup, le François Marin du film a très bien réagi je trouve. De même avec la fille qui vient voir François Marin à la fin de l’heure. Il lui demande de s’excuser sincèrement, elle le fait, et avant de franchir la porte, elle lui dit qu’en fait, elle ne le pensait pas du tout. Pffff, bin moi, ça m’aurait bien énervée, ça m’aurait attristée même ! Je crois que si je deviens prof (ce dont j’ai extrêmement envie mais bon…), je pleurerai toutes les deux minutes. Ça doit être émotionnellement éprouvant d’être prof. C’est comme la petite Henriette qui vient voir François Marin à la fin de l’heure du dernier jour de cours… elle était carrément trop mignonne ! J’ai trouvé le prof un peu froid et maladroit avec elle d’ailleurs. Et puis l’autre fille qui lit Platon en 4ème, ça m’aurait fait de l’effet aussi ça ! J’aurais eu du mal à ne pas le montrer. »

Il est effectivement parfois difficile de répondre à un élève qui vous tient un propos surprenant. Difficile aussi, de ne pas rougir sous le coup de la surprise, ou de l’émotion. Quant aux larmes… mieux vaut apprendre à les maîtriser !

Encore une fois, je n’ai pas vu le film (ni n’ai l’intention de le voir). Mais l’exemple proposé me fait dire qu’il est nécessaire, avant tout, de « faire le tri » : l’élève a-t-il le « droit » de me poser cette question ? Si la question s’adresse au prof, oui. Si elle s’adresse à la personne, non.

Je ne me souviens pas qu’un élève m’ait demandé si j’étais homosexuelle, mais il m’est arrivé plusieurs fois d’être interrogée sur mes préférences politiques ou religieuses. Je n’ai jamais accepté de répondre à ce genre de questions. Pas seulement à cause du « droit », du « principe de laïcité » (que je trouve éminemment respectable !), ou par peur de protestations de parents. Non : mes options (et plus encore mes options quant à ma sexualité !) me sont personnelles, elles n’ont pas à apparaître sur la scène de la classe. Si j’en fais état, je franchis une limite entre mon rôle et ma personne, et je peux alors m’attendre à d’autres questionnements, plus inquisiteurs.

Car les élèves sont curieux de la vie des profs, et c’est bien normal ! Ils questionnent, ils provoquent, ils veulent « tout savoir »… et, quand ils ne savent pas… ils inventent !

Je me souviens que, dans mon collège du Nord, une année, un collègue était arrivé, portant le même patronyme que moi… J’ai appris par la suite que les élèves nous avaient « mariés » sans problèmes !

Dernière chose : les enfants, et les ados plus particulièrement, se cherchent, cherchent des adultes « de référence ». D’où leurs provocs et leurs questionnements indiscrets. Mais, au fond d’eux-mêmes, malgré leur envie affichée d’être « copain » avec le prof, ce qu’ils veulent avant tout, c’est que le prof soit un adulte. Droit dans ses bottes ! Ils ne veulent surtout pas trouver en face d’eux les mêmes incertitudes, les mêmes hésitations, les mêmes peurs. Et ils ne le supportent pas !

J’ai déjà dit qu’un prof dépressif, par exemple, se faisait vite déborder, voire chahuter. C’est que les élèves se trouvent alors dans un état d’insécurité qu’ils ne supportent pas. Ils vont tout faire pour « faire craquer » le prof. Non parce qu’ils sont « méchants », mais parce qu’ils n’ont pas confiance, que cet adulte leur fait peur, leur renvoie une image de l’adulte qu’ils ne veulent pas connaître.

Il m’est arrivé d’être dépressive… Mais jamais d’être chahutée (vite ! je touche du bois !!!). C’est que ma dépression, je l’accrochais au porte-manteau en arrivant au collège, pour enfiler ma tenue de prof. Mieux : c’est le plus souvent grâce à mon métier que j’ai « tenu le coup », même si ma vie personnelle était alors difficile.

Alors, difficile, ce métier ?

Oui… mais tellement enrichissant (et je ne parle pas – qui l’eût cru ? – de l’aspect financier) !!!

On n’est pas seul !

vendredi, mai 8th, 2009

J’ai donné un jour à des 4èmes, avec lesquels je travaillais sur l’autobiographie, un sujet de devoir : ils devaient résumer rapidement 4 épisodes de leur vie, et terminer par une sorte de « bilan » et/ou des rêves d’avenir.

Voici le premier paragraphe du devoir d’un élève :

« Je ne suis pas né et déjà commence la lutte pour survivre. Nous sommes deux dans le ventre de maman. Deux, chacun son sac, tout est noir. C’est petit un ventre quand on est deux dedans. Tiens, un coup de pied… tiens, un coup de poing. A la sortie, « j’ai gagné », je suis seul dans mon lit mais je le cherche encore. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce début m’a surprise ! D’autant que cet élève ne brillait pas par son style ni par son travail… Je ne sais plus pour quelle raison le devoir avait été fait à la maison, mais je ne l’ai pas noté, pensant qu’il avait copié ce texte quelque part…

On avait bien vu en classe un extrait d’autobiographie qui commençait par une évocation de la vie intra-utérine… mais c’était bien la première fois qu’un élève l’évoquait !

Cela m’a suffisamment troublée pour que je montre le devoir à des collègues. Bien m’en a pris, ô combien !

D’abord, j’ai appris que cet élève avait eu un jumeau, mort à la naissance (et il avait un frère et une sœur jumeaux, beaucoup plus jeunes que lui) !!!

Ensuite, une collègue, qui avait des jumelles, m’a expliqué que l’une d’elles, plus « gros bébé » (très relativement !) que l’autre à la naissance, ressentait, à 13 ou 14 ans, une certaine « culpabilité » vis-à-vis de sa sœur, comme si elle lui avait « volé » sa part… La collègue avait longuement expliqué à ses filles que c’était elle « la responsable », du fait de l’étroitesse de son bassin…

Paragraphe copié ? Même s’il l’avait été, il était désormais évident que l’élève avait retranscrit sa propre souffrance, et qu’il se sentait coupable d’avoir « tué » son jumeau… La fin de son devoir était d’ailleurs un « rachat » : l’élève s’imaginait à 40 ans, attendant l’accouchement de sa femme… « Une infirmière sort de la salle, s’avance vers moi : « M. D., vous avez 2 jumeaux, 2 filles et 2 garçons »« .

Un bref entretien avec l’élève en question s’imposait. Bref, parce que je n’étais pas à l’aise du tout de lui parler de choses aussi intimes. Ma collègue m’avait donné le « fil » de mon propos, mais je ne me sentais pas du tout capable de « broder » autour ! D’un autre côté, c’est dans un devoir, que l’élève avait écrit ces lignes. Pas dans un journal intime ou une lettre personnelle. Il attendait donc quelque chose de moi, lectrice et correctrice. Au minimum, sans doute, que je prenne conscience de son fardeau.

J’ai donc vu l’élève, l’ai félicité pour son travail, lui ai expliqué pourquoi je ne pouvais pas le noter, et lui ai dit que, bien sûr, c’était à cause de l’étroitesse de l’utérus de sa mère (c’était sa première grossesse) que son jumeau n’avait pas vécu…

Je ne sais s’il s’en souvient, mais ce fut pour moi un de mes plus difficiles entretiens !

Pourquoi je vous raconte ça ?

Pour vous montrer que l’inattendu surgit parfois, et qu’il nécessite une réponse adaptée. Pour dire surtout aux « futurs profs » qui me font l’honneur de me lire de ne pas craindre de demander l’avis de collègues. Pas seulement parce qu’on débute, mais parce qu’une autre personne peut avoir une meilleure compréhension de la situation, et trouver une réponse mieux adaptée.

Bien sûr, au fil du temps, on apprend à sélectionner les collègues à qui s’adresser : il y en a dont la façon de penser est trop différente de la sienne propre pour pouvoir être « éclairants ».

Et même, si vous avez de la chance, votre chef d’établissement pourra peut-être vous éclairer sur tel cas, vous conseiller, rencontrer élève ou parents…

Oui, encore une fois, c’est un métier difficile !

Mais… on n’est pas seul !