De l’école…

Encore l’école ! Ben oui… Quelques réflexions au sujet du dossier du Nouvel Obs dont je vous avais parlé… Ce dossier est indiqué comme en collaboration avec France Info.

Une chose qui m’a bien défrisée (j’en ai encore les cheveux presque raides !), c’est le titre de couverture : « Echec scolaire : les solutions »… Pour un peu, j’aurais zappé la lecture du dossier, tant ce titre racoleur m’a énervée ! Si encore on avait écrit, plus modestement, « DES solutions » ! Mais non, « LES solutions », les seules, les vraies, la vérité vraie dans un magazine d’information, pas spécialement axé sur l’enseignement ! Heureusement (!), le dossier lui-même est titré différemment : « L’école autrement »…

Allons-y donc pour « L’école autrement »…

Le « constat » de départ est évidemment fait à partir des données de l’OCDE, entre autres des résultats de l’enquête PISA… « Notre école républicaine écrase les plus faibles », écrit le journaliste… oubliant sans doute que les « plus faibles » viennent de milieux « défavorisés », comme on dit (« pauvres », ça ferait pas bien dans le paysage de notre France républicaine…), et que ces « milieux » sont de plus en plus nombreux… et de plus en plus « défavorisés » !

Je ne sais pas si le journaliste (en fait, elles sont deux…) s’est donné la peine d’aller faire un tour dans quelques classes, mais il fait comme si :

« Le prof est sur son estrade, les élèves invités à recueillir la bonne parole et à se taire, beaucoup de travaux écrits, des notes sur 20 avec des commentaires toujours aussi stériles : « pas assez de travail », « confus », « peut mieux faire »… »

Ben… Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, cette description ne correspond que de loin à la réalité d’aujourd’hui ! Le « cours magistral » se pratique peut-être (et encore !) au lycée, mais rarement avant ! Le silence dans la classe est généralement ressenti comme un échec par le prof : si la classe ne participe pas (questions, réponses, commentaires…), c’est que le prof n’a pas réussi à intéresser les élèves, ou que le niveau de son « cours » n’est pas adapté !

OK pour les notes sur 20… encore que d’autres systèmes existent… Une tentative avait été faite, il y a peut-être 30 ou 40 ans, de noter (comme certains le faisaient déjà) en « A, B, C, D, E » : si le ministère avait pris la peine, pour valider cette réforme, de former les enseignants à ce système de notation, cela aurait peut-être marché… Mais bon, la formation, hein, c’est pas très utile… à chacun de se débrouiller… Si ça ne marche pas, de toutes façons, c’est la faute des profs !

« Beaucoup de travaux écrits » : ben oui, tiens ! On ne peut pas à la fois se plaindre que les élèves ne savent ni lire ni écrire, et en même temps, demander à ce que les travaux soient essentiellement oraux ! Surtout que, vu le nombre d’élèves dans les classes (on y revient toujours !), vouloir évaluer systématiquement un travail à dominante orale, c’est quasiment abandonner l’enseignement proprement dit ! Parlez-en aux profs de langues, qui essaient de faire parler, au maximum, les élèves ! Si, en une heure de cours, ils ont obtenu une minute d’oral de chacun, c’est bien le maximum ! Les élèves ne sont pas des magnétophones : ils hésitent, ils se trompent… Les profs ne sont pas des robots : s’ils veulent évaluer le travail, de quelque façon que ce soit, ils ont besoin d’un minimum de réflexion…

« Cette professeur d’une école primaire à Helsinki [il n’y a pas que les auteurs de polars scandinaves, qui ont le vent en poupe ! C’est le modèle à la mode, la Scandinavie !] fait remplir des cartes muettes de la Finlande à ses élèves. Et que fera-t-elle si certains n’y arrivent pas ? « Je trouverai une autre manière de leur expliquer », s’exclame-t-elle. »

Cela vous semble évident ? A moi aussi… Mais il faut croire que nous n’avons, vous et moi, aucune idée de ce qui se passe dans les écoles françaises :

« Chez nous, lorsqu’un élève ne sait pas, c’est qu’il a mal appris et non qu’on lui a mal enseigné. C’est lui le fautif. Et s’il se trompe, il est sanctionné. »

Ben voyons ! C’est bien connu, aucun enseignant français ne prend la peine de réexpliquer autrement quelque chose à un enfant qui n’a pas compris ! Hé ! On parle de la Fac, là, ou quoi ???

Et, par-dessus le marché, « ballotté par les réformes, mis en cause par les élèves, contraint, coincé, soutenu par son syndicat, [le prof] s’accroche à son statut comme à son dernier repère. Quitte à ralentir les meilleures réformes… »

(Ici, un renvoi à un autre article… qui ne traite absolument pas de réformes, mais d’expériences pédagogiques, individuelles ou collectives… pas vu le rapport avec ces vilains profs qui ralentissent les bonnes réformes !)

Bon, quand même, y a pas que les profs qui ont tout faux, mais les ministres aussi : « assouplissement » de la carte scolaire, semaine de 4 jours, impasse sur le primaire, « formation » des profs… (je cite : « Tous les jeunes professeurs réclamaient une meilleure préparation au métier – de la psychologie, de la gestion de groupe, de l’acquisition de « bonnes pratiques » -, et la réforme ne propose rien de tout cela. »… Quelle « réforme » ? Depuis quand « réforme » est-il synonyme de « suppression » ???)

Suite (peut-être…) au prochain numéro…

Tags: , , , ,

6 Responses to “De l’école…”

  1. Axel dit :

    Soyons clairs : je n’irais pas publier cela n’importe où. Mais honnêtement :

     » « Chez nous, lorsqu’un élève ne sait pas, c’est qu’il a mal appris et non qu’on lui a mal enseigné. C’est lui le fautif. Et s’il se trompe, il est sanctionné. »

    Ben voyons ! C’est bien connu, aucun enseignant français ne prend la peine de réexpliquer autrement quelque chose à un enfant qui n’a pas compris !  »

    Nous sommes bien entendu nombreux à faire de notre mieux pour que tous nos élèves comprennent, et pour les aider à comprendre. Mais… mais il est vrai aussi que je connais comme tout le monde des « collègues » qui tiennent très exactement ce discours insupportable : « un élève qui ne sait pas, c’est parce qu’il a mal appris et non parce que j’ai mal enseigné. C’est lui le fautif. Et s’il se trompe, il est sanctionné. »

    Non seulement, j’en connais, mais je vois les ravages qu’ils provoquent, tous les jours, dans mes classes comme dans ma famille.

    Alors je te rejoins totalement sur le discours des journalistes qui ne cessent de nous critiquer en généralisant, mais je ne peux plus défendre « les » enseignants en toute conscience.

  2. Ex-prof dit :

    Je ne vais évidemment pas faire l’apologie de la profession… Mais quand même : si, lors d’un « bilan », quel qu’il soit, des enseignants rejettent la « faute » sur l’élève (et j’en ai fait évidemment partie !), je suis convaincue que l’immense majorité des enseignants, en cours, quand ils voient que des élèves n’ont pas compris la démarche ou la notion expliquée, tentent de la leur expliquer autrement ! Bien sûr, il y a des moments où l’on est moins disponible qu’à d’autres, bien sûr, il y a des fois où on ne comprend vraiment pas ce qui « bloque », et on ne fait que répéter ce qu’on vient de dire… Mais bon, l’exemple donné d’Helsinki, honnêtement, il paraît si exotique ???

    Il m’est arrivé à diverses reprises de confier la « réexplication » à des élèves, à haute voix ou à voix basse, pour le voisin : parfois, des élèves arrivent mieux que l’enseignant (en tout cas que moi !) à trouver le chemin de compréhension de l’autre…

    Encore une fois, je ne parle pas (et les journalistes non plus !) de cas de « contrôles »… où l’on « contrôle » justement ce que l’élève a travaillé, et où l’on peut, à plus ou moins juste titre, faire rejaillir l’échec sur son manque de travail. Mais en cours, quand même !

    D’accord, je suis une incurable optimiste… mais pas aveugle ni sourde !

  3. Ed dit :

    J’avais déjà eu un échange de lettres avec Jean Daniel, alors rédacteur du Nouvel Obs, qui m’envoyait pour me pousser à m’abonner, un extrait de numéro, où la page pleine de chiffres, lavait le cerveau des lecteurs en leur disant que les enseignants étaient les salariés qui fournissaient le moins de travail proportionnellement au salaire touché.
    Evidemment ils partaient du fait qu’un prof du secondaire travaille 18 heures par semaine !
    Ce jour-là, j’ai compris que le Nouvel Obs, contrairement à ce qu’ils annoncent, n’était pas de gauche, et profondément anti-profs. Et depuis je ne l’ai plus lu. Je vous conseille d’en faire autant.

    Une prof qui s’apprête à entamer demain matin sa 31ème heure de travail à 8 heures et quittera à 19 heures après avoir rencontré trois parents, en reverra trois samedi matin, et devra passer au moins sept heures sur ses copies de bac blancs dimanche si elle ne veut pas se faire engueuler par sa direction. Je calcule bien, entre lundi matin 8 heures et dimanche soir : 49 heures !

  4. Axel dit :

    Je suis d’accord avec toi sur le principe. C’est juste que mon optimisme a été pas mal entamé par cette fameuse phrase – et pas seulement prononcée par de vieux briscards non plus que par de jeunes sans expérience.
    Et en cours, oui, de façon récurrente même.

    Ceci dit, je suis bien certaine qu’à Helsinki aussi certains ne sont pas aussi patients, compréhensifs et pédagogues que l’on essaie de nous le faire croire !

  5. Ex-prof dit :

    D’accord, le Nouvel Obs est critiquable à des tas de points de vue (et il m’est arrivé de participer ici à ces critiques…).
    Mais j’avoue humblement que, pour le moment, je n’ai pas trouvé mieux à mon goût… Je ne lis pas de journal, ne regarde pas la télé, n’écoute pas la radio… Il me faut bien un petit quelque chose qui me relie au reste du monde !!!

    J’ai suffisamment passé de temps à bosser, y compris pendant ces fameuses vacances qu’on nous reproche tant ! pour regarder d’un air apitoyé (et quelque peu méprisant, je l’avoue…) les gens qui m’assènent qu’une semaine de prof, c’est 18 heures de travail… Si je suis en forme, je leur conseille de se reconvertir dans ce métier de feignants…

    Voir les récents commentaires sur le blog de Lucien… Les « anti-profs » sont bien vivants !

  6. Ed dit :

    Quand ce ne sont que des gens qui sont en face de moi, je fais pareil.
    Quand c’est un journal de gauche, cela me hérisse.
    Un peu comme quand la police fait une bavure, ou que quelqu’un abuse de son statut ou autorité pour nuire à autrui.

Leave a Reply