Petit problème d’arithmétique…

Tiens, aujourd’hui, je vous propose un petit problème (n’étant pas très forte en math, je préfère avoir votre avis sur la question) :

Soit 14 300 personnes qui mangent au Mac Do. 13 000 ont pris des frites (dont 6 % avec du ketchup), 1 300 des pâtes dont 11 % avec du ketchup).
Peut-on en déduire que :

– 2/3 (environ) de ceux qui ont pris du ketchup mangent des pâtes ?

– 2/3 (environ) des mangeurs de pâtes prennent du ketchup ?

* * *

Un élève, Claude G., a répondu oui aux deux questions : qu’en pensez-vous ? Quelle note lui auriez-vous attribuée ?

* * *

Qu’est-ce qui me prend d’aller faire un problème de math ? C’est encore à cause de Lucien !

Il me renvoie à plusieurs articles de Libé :

Immigrés : Guéant en échec scolaire

On n’arrête plus Claude Guéant. Après avoir dénoncé le «problème» de l’accroissement des musulmans en France, après avoir annoncé la limitation de l’immigration de travail, le ministre de l’Intérieur diagnostique désormais le fiasco de l’intégration à la française. Sur Europe 1, Guéant déclarait ainsi dimanche : «Contrairement à ce qu’on dit, l’intégration ne va pas si bien que ça : le quart des étrangers qui ne sont pas d’origine européenne sont au chômage, les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés.»

Eh oui ! Notre petit élève qui mélange un peu les chiffres, c’est notre Ministre de l’Intérieur !


Guéant s’enfonce à pas de géant

Le dimanche, Guéant déclare que deux tiers de l’échec scolaire en France est imputable aux immigrés. Le mercredi, il affirme que les deux tiers des enfants d’immigrés sont en échec scolaire. A part le fait de suggérer que les enfants d’immigrés réussissent mal à l’école, il n’y a aucun rapport entre les deux affirmations.

Et il explique sa démarche « mathématique », notre « cancre » :

«L’étude de l’Insee […] précise que les enfants de familles immigrées sortent presque deux fois plus souvent du système éducatif sans qualifications que les autres. […] Cette conclusion vient forcément soit de chiffres exhaustifs, soit d’un échantillon qui se divise en trois tiers. Par conséquent, j’ai correctement cité l’étude en déclarant que les 2/3 des enfants qui sortent de l’école sans qualification sont des enfants de familles immigrées.»

J’ai parcouru rapidement (trop rapidement sans doute) l’étude de l’INSEE de 2005 sans trouver les chiffres indiqués. Je me suis donc reportée au Rapport au Premier ministre pour l’année 2010 : Les défis de l’intégration à l’école

… qui cite bien les chiffres indiqués (« Les enfants de famille immigrée sortent aussi presque deux fois plus souvent du
système éducatif sans qualification (11% contre 6% pour les non immigrés) ».) et précise dans l’introduction :

« En 2005, la proportion de jeunes de 0 à 18 ans d’origine immigrée (au moins un parent immigré) est de 18,1% »

Et plus loin :

« Deux tiers des élèves immigrés ou issus de l’immigration vivent dans des familles aux actifs ouvriers et employés contre un peu plus de la moitié pour les non-immigrés:6 (66% contre 53%). »

Car le rapport, bien loin de jeter le discrédit sur l’intégration des enfants immigrés (ou d’immigrés), pointe plutôt les problèmes sociaux que ce constat d’échec dénonce :

Les conditions socio-démographiques du milieu dans lequel vivent les enfants d’immigrés influent sur leur scolarité et leurs parcours scolaires. Rappelons ici que plus des deux tiers appartiennent à une famille ouvrière et employée contre moins d’un tiers pour les non immigrés. Les parents sont moins souvent diplômés : plus de 58% ont un père non diplômé et 62% une mère non diplômée, contre 12% et 14% des non immigrés.
Près des deux tiers des élèves immigrés (63%) vivent dans une famille d’au moins quatre enfants, contre moins d’un sur cinq chez les non immigrés.
Notons enfin que ces élèves sont plus souvent scolarisés en zone d’éducation prioritaire : près d’un sur trois (31%), contre moins d’un sur dix (8,5%) quand les parents ne sont pas immigrés.

[…]

La moindre réussite des enfants d’immigrés à l’école serait donc due pour une très large part au milieu socio-économique, familial, culturel et territorial dans lequel ils vivent. Et si l’on compare les résultats scolaires des enfants d’immigrés à sexe, structure, taille de la famille, diplôme, activité et catégorie socioprofessionnelle des parents comparables avec les élèves non immigrés, leur moindre réussite scolaire s’atténue fortement. Les risques de redoublement à l’école primaire, comme les écarts de performance aux épreuves d’évaluation sont plus ténus. Dans l’enseignement secondaire, à situation sociale, familiale et scolaire comparables, les enfants d’immigrés atteignent plus fréquemment une seconde générale et technologique, obtiennent plus souvent le bac général et technologique sans avoir redoublé et sortent moins souvent sans qualifications que les enfants de personnes non immigrées. Ce constat reflète, toutes choses égales par ailleurs, reflèterait des demandes et des perspectives familiales plus ambitieuses en termes d’orientation.

Nous voilà bien loin de la lecture (hâtive ? mal intentionnée ?) du ministre… qui aurait bien besoin d’un peu de soutien scolaire !

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6 Responses to “Petit problème d’arithmétique…”

  1. Lucien dit :

    Merci pour ce renvoi à la partie sociale des conclusions du rapport… CQFD

  2. Ex-prof dit :

    J’espère que tu ne m’en veux pas trop de trouver chez toi mes idées de billets…

  3. Lucien dit :

    Essaimons, essaimons…
    En plus tu prolonges de manière instructive en allant chercher ce rapport : la suite directe de mon billet, en quelques sortes (et là où toute discussion sur ce sujet devrait aller…) !

  4. […] la vraie question, sous-jacente, est celle des inégalités sociales. Je renvoie volontiers à ce billet de Blog de prof dont la deuxième partie fait référence au « Rapport au Premier ministre pour […]

  5. Lucien dit :

    D’ailleurs, comme tu le vois j’ai fait un lien vers ton billet sur le blog, et aussi sur le Facebook de l’instit’humeurs… 😉

  6. Ex-prof dit :

    Merci pour le lien… Tu sais que j’apprécie beaucoup ton blog, où je trouve parfois l’écho de mes propres colères et indignations… mais aussi de mes enthousiasmes !

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