Erreur de diagnostic…

Le 5, lundi de la Pentecôte, à 8 heures 1/2 du soir, Mde Lemire, la jeune, de Nanteuil, est morte une demie heure après être accouchée d’un garçon (qui a été ondoyé et est mort un instant après) quoique les médecin et chirurgien (Alboy le fils) ayant toujours soutenu qu’elle n’était pas enceinte mais qu’elle était poulmonique, la traitant de petit génie à cause qu’elle leur soutenait toujours qu’elle était enceinte, jusqu’au moment où elle a accouché. Ils la traitèrent donc comme poulmonique et la firent malheureusement mourir, la réduisant comme un véritable squelette. Malgré cela, l’enfant vint au monde aussi défigurable que sa mère, comme pour confondre l’ignorance et l’orgueil des médecins et chirurgien qui la traitèrent (j’ai scu depuis que l’enfant était mort il y a longtemps ; malgré cela on l’a enterré avec sa mère).

Rassurez-vous : au cas où vocabulaire et orthographe ne vous l’auraient pas signalé, cette « légère » erreur de diagnostic ne date pas d’hier : il s’agit du 5 juin 1786…

Cela n’enlève rien à l’horreur de l’histoire… J’ai cru un moment que l’erreur venait du fait que les « médecin et chirurgien » avaient jugé la femme trop âgée pour être enceinte… mais les registres de Nanteuil-le-Haudoin (Oise) lui donnent 27 ans… Ils ne font d’ailleurs aucune mention de l’enfant (ondoyé et non baptisé, je suppose qu’il n’avait pas sa place dans les « BMS » (Baptêmes, Mariages, Sépultures). Et le décès est daté du 6, et non du 5.

L’extrait ci-dessus provient de Le journal d’un maître d’école d’Ile-de-France, 1771-1792, Silly-en-Multien, de l’Ancien Régime à la Révolution. Je l’avais commandé il y a 2 ou 3 mois, d’après un petit article de la Revue Française de Généalogie. Je me réjouissais de découvrir, « en vrai », comment travaillait un maître d’école à l’époque… Las ! L’ayant feuilleté, je vis qu’il n’était nullement question d’enseignement… Déçue, je l’abandonnai, et ne le repris que la semaine dernière…

L’auteur, Pierre Louis Nicolas Delahaye (dont figure ci-dessous la signature) était donc maître d’école et clerc : en tant que tel, il enregistrait scrupuleusement les actes religieux, mais pas seulement : notations météorologiques, événements de Silly et d’ailleurs, vie du village, achats et dépenses, etc.. Par la suite, il a repris ses notes et en a fait une autre version, plus élaborée, qui nous est présentée dans ce livre.

Les premières pages ne sont pas passionnantes : on a l’impression que l’auteur parle essentiellement d’argent (celui qu’il reçoit, celui qu’il dépense). La question d’argent est présente tout au long, mais je me suis vite intéressée à la vie de ce village, contée au jour le jour – ou presque. Fin de l’Ancien Régime (disettes et soulèvements populaires), premières années de la Révolution (et tous les changements apportés dans la vie du village) : le lecteur suit l’évolution au quotidien, émaillée de réflexions personnelles. Échos aussi de ce qui se passe à Paris (ou du moins des rumeurs qui en parvenaient), Grande Peur, fuite du roi à Varennes… On regrette que la suite du cahier (jusqu’en 1803) se soit perdue…

Reste que, concernant l’école… les renseignements sont rares et succincts, hormis pour les fêtes religieuses (Saint-Nicolas par exemple…) auxquelles les enfants sont conviés (et pour lesquelles ils ont congé…). Dommage…

Tags: ,

Leave a Reply