Apprentissages…

Merci de vos commentaires… d’autres viendront, j’espère, car il ne s’agit pas d’une question anodine…

Alors, par cœur ? Oui ? Non ?

Pour répondre à Mademoisill, je dirai que… dans la « vraie vie », s’il faut avoir recours à chaque fois qu’on écrit à un livre de grammaire pour savoir avec quoi accorder un verbe (et d’ailleurs, comment le reconnaître ?), comment reconnaître le sujet et comment conjuguer le verbe… on ne va pas écrire beaucoup ! et de moins en moins ! On a besoin d’acquérir des automatismes, qui nous feront gagner du temps, mais surtout qui nous permettront de nous pencher sur l’essentiel : le sens de ce que l’on veut écrire. Quand on apprend à conduire, il faut mémoriser les changements de vitesse, par exemple. Si on n’a pas l’impression de l’avoir appris « par cœur », il n’en reste pas moins vrai que, les premiers temps, on s’est répété (ou on a visualisé) les gestes à faire pour passer en 1ère ou en marche arrière. Quand on a suffisamment intériorisé cet apprentissage… on peut s’occuper de la route !

Découvrir par soi-même… c’est possible dans quelques cas, mais pas d’une façon générale. J’imagine bien la tête de l’élève à qui on a fourni un texte en latin, avec un livre de grammaire et un dictionnaire : à toi de découvrir la langue latine ! Je pense qu’il vaut mieux l’accompagner pas à pas, dans des difficultés croissantes, plutôt que de le laisser « se débrouiller » avec des notions qu’il ne connaît pas… et risque de ne jamais connaître !

Par contre, un élève de 3ème, par exemple, peut découvrir « par lui-même » ce qui caractérise un texte argumentatif, ou un article de presse. S’il ne trouve pas toutes les réponses, ses camarades complèteront ce qu’il aura trouvé, et la démarche sera effectivement positive. Parce qu’il a déjà un certain nombre d’outils entre les mains.

Je reviens au « par cœur » : il me semble évident que, si l’on veut que l’enfant ait une mémoire précise, on doit lui permettre de l’exercer en apprenant chansons, poèmes… et tables de multiplication ! Cela se fait dès la maternelle, et c’est, me semble-t-il, une bonne chose. Le but n’est pas (sauf pour les tables de multiplication !) le texte ou la chanson en lui-même, mais l’exercice de la mémoire. Une capacité qui peut se développer ou s’aliéner, selon qu’on l’utilise ou non.

Quant aux poèmes et aux extraits théâtraux… ne mélangeons pas le travail de mémoire et l’évaluation de la restitution : ce sont deux choses totalement différentes ! D’ailleurs, quand mes élèves « récitent » (ils doivent le jouer, pas le réciter !) un poème ou un texte de théâtre, j’installe toujours un « souffleur » au premier rang, afin que les élèves ne soient pas paralysés par un possible trou de mémoire. Évidemment, la partie de la note concernant le texte su (mais ce n’est qu’une partie de la note ! le tiers, au maximum) tient compte des « trous ». Mais l’élève peut aller jusqu’au bout de son texte malgré tout.

Pour le théâtre et la poésie, l’objectif que je poursuis est autre : ce travail demande aux élèves de se concerter (au moins à 2, souvent à plus), d’imaginer des mises en scène, de parler à haute voix devant toute la classe. Sans compter que, comme je l’ai expliqué en parlant du théâtre, je leur demande aussi d’évaluer le travail de leurs camarades. Il s’agit donc d’un apprentissage multiple, que la grande majorité des élèves apprécient (d’autant que cela remonte en général les moyennes…), et qu’ils demandent, le plus souvent.

D’autres réflexions à ce sujet ?

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2 commentaires sur “Apprentissages…”

  1. Pouv dit :

    le par coeur moi je dis oui oui oui, 100 fois oui! il ne faut pas se contenter ça bien sûr mais c’est essentiel. D’abord parce que la mémoire ça se travaille, la mémoire c’est utile. Ensuite parce qu’effectivement il y a des lois, des règles (de grammaire, de maths, etc…) qu’il faut retenir. Ca va 5 minutes de voir des choses en cours et de zapper tout de suite, ce n’est pas productif. Ils ont l’air fins ces élèves qui ne se souviennent de rien d’une année scolaire dès le mois de juillet…

    je suis prof d’histoire-géo et ma réflexion en préparant chaque cours (voire quand je fixe mes objectifs pour l’année scolaire) est la suivante: qu’est-ce qui est essentiel pour les élèves, qu’ils DOIVENT durablement retenir, et que je leur rabâcherait sans cesse… et qu’est-ce qui est seulement « secondaire » et que je me contenterait de dire, qu’ils retiendront si ça les intéresse.

    Donc le par coeur, oui

  2. Sophie V. dit :

    J’émets qqes remarques éparses, suscitées par la lecture de plusieurs commentaires récents, émis ces 2-3 derniers jours.
    Je suis fidèle au « Blog de Prof » sans pour autant pouvoir le lire chaque jour … et là, je m’aperçois que l’on touche à un sujet qui m’intéresse et me concerne.

    Moi aussi, je dis oui, pour le « par coeur », d’une part parce qu’il vaut pour lui-même dans certains cas (cas précis où l’on ne peut pas en faire l’impasse, à mon avis) et parce qu’il n’est pas forcément antithétique avec la notion de compréhension – pour reprendre les réflexions de Mademoisill et Christiane.

    Par exemple, je pense qu’on ne peut pas faire autrement que d’apprendre par coeur les tables de multiplication. J’ai un vague souvenir de cet apprentissage scolaire… qui n’a rien de « jouissif » effectivement mais qui est fondamental « pratiquement » – dans la vie courante veux-je dire…
    Apprentissage laborieux qui – bizarrement (et je peux le vérifier aujourd’hui via les enfants de collègues/ami(e)s qui sont à l’école élémentaire et qui doivent apprendre leurs tables) semble se compliquer quand il s’agit des chiffres qui sont au-delà de 7 (mais là, je ne saurais dire pourquoi le résultat de 4X6 est plus simple à mémoriser que celui de 8X9 … Je renvoie à Britt Mari-Barth et Stella Baruk qui apportent peut-être des éclaircissements à ce propos ?)

    De même, j’ai un souvenir très précis de la colère de mon prof d’anglais de classe prépa qui en avait assez des étudiants qui ne savaient tjrs pas faire (1 an après le bac) le distinguo entre « since », « for » et « ago »… Dès le premier cours, il nous avait donné une fiche récapitulative de ces 3 notions (relatives au temps et à l’aspect) … à apprendre par coeur. Sur le moment, je n’avais pas voulu croire que l’apprentissage par coeur aide à une utilisation adéquate des termes. Et bien si. Savoir par coeur les significations de « since », « for » et « ago » – quand elles sont clairement formulées – permettent de comprendre leur emploi… et de ne plus se tromper ! Je parle là de ma propre expérience : il a effectivement fallu ce « coup de gueule », agrémenté de quelques jolies photocopies récapitulatives et précises- et de la pression inhérente à la classe prépa / examens, etc…- pour que je m’y « colle » vraiment et regrette, à rebours ce que je me suis résolue à appeler : une certaine paresse intellectuelle. Depuis ce jour, je suis sûre de pouvoir dire que j’ai retenu ces notions parce qu’elles étaient clairement formulées et que je les ai apprises par coeur.

    Ce qui m’amène à une autre réflexion concernant les tables de multiplication : je pense qu’il peut y avoir 2 difficultés – mais distinctes – dans leur mémorisation. Pour moi, il ne fait aucun doute que les tables doivent être sues par coeur et que si on met moins de temps à dire le résultat de 3X5 que celui de 8X7, cela n’a rien à voir avec la compréhension mais que, peut-être, on est plus « paresseux » d’apprendre avec des chiffres plus grands ? Je ne sais pas…
    En revanche, je comprends tout à fait qu’il puisse y avoir « difficulté de compréhension » dans ce que signifie au fond, l’exercice « multiplication » … où l’on doit obligatoirement faire le lien avec le processus additif. Et c’est là où je vois le rôle essentiel de tous ces concepts à transmettre en primaire – que sont l’unité, la dizaine, la centaine … qui auront plus tard, à voir avec le processus additif … qui aura lui-même plus tard à voir avec la multiplication… et (parenthèse pédagogique !) renvoie au rôle fondamental de l’école maternelle (concernant l’apprentissage de la numération) : faire manipuler !! (on énumère des objets, on les regroupe, on les compte, on ne va chercher (physiquement, dans la classe…) que ceux dont on a besoin (activité sur les compléments à 10 par exemple)…

    Là, du coup, cette « fêlure » dans la compréhension du terme « fois » (4X9) n’a pas à voir avec le fait d’apprendre par coeur ou non. Ce sont bien 2 choses distinctes.

    Bon, j’ai parlé des maths, de l’anglais… et le sujet est la grammaire. mais j’ai fait ces détours parce que je pense que, pour les notions grammaticales, on ne peut pas faire l’impasse sur le « par coeur ».
    On ne peut pas faire une quelconque analyse de phrase(s), si on ne sait pas (par coeur) ce qu’est un verbe, (le verbe est « l’action » (bon, je m’y prends peut-être maladroitement dans le choix des termes à employer – en classe – mais … je ne suis pas prof de français !!)) un nom, un adjectif… Comment faire la différence entre les 2, si on ne sait pas « qui » ils sont ? Bien sûr, le prof est là essentiel, parce qu’il peut aide … mais ne peut plus rien faire si l’élève n’apprend pas !
    Bien connaitre la nature des mots permet peut-être de faire moins d’erreurs pour ce qui est de leur fonction.

    Pour ma part, je trouve le repérage de la « fonction » des mots, quasi-passionnant … en ce qu’il fait développer un processus intellectuel, via la « mise en relation » (entre les mots) (on accorde = on met ensemble, le verbe et le sujet …Conjuguer, ce n’est pas apprendre par coeur tout le Bescherelle (au secours !), c’est savoir mettre ensemble (« con »)… si on sait quoi mettre ensemble .. (d’où l’apprentissage obligé de la nature des mots).

    Je me rappelle mon expérience dans une structure associative de réinsertion (un A.P.P. – pour ne pas la nommer…) : au début de ma carrière professionnelle, j’ai enseigné à des adultes, fachés – souvent honteux – avec l’orthographe … rencontrant, par conséquent, certaines difficultés dans leur vie professionnelle (car on sait bien que la maitrise de l’écrit va de pair avec une sélection sociale et culturelle…) où, j’essayais, toujours du mieux que je pouvais, de les réconcilier avec la grammaire et l’orthographe (qu’ils haïssaient souvent et dont ils avaient des souvenirs terribles … à l’école), en disant que, (parce que j’en étais convaincue) on ne pouvait faire l’impasse sur le « par coeur » parfois … mais que, d’autres fois, il fallait faire marcher ses neurones !!… Et – je fais une parenthèse personnelle, qui te concerne Christiane (puisque c’est toi qui me l’a enseigné …)- pour « dédramatiser » ce fichu Bescherelle, je suis souvent passée par cette explication du sens des « mots » (comme pour « conjuguer » , cf. ci-dessus) … Il y a moins de confusions entre « passé simple », »passé composé » et/ou « imparfait » et « passé antérieur » … si, au préalable, dans sa tête on trie les verbes en 2 colonnes : temps simples / temps composés. Et j’aimais voir le sourire illuminer les visages des personnes qui parvenaient à faire ce classement et qui voyait son utilité … pour parvenir à l’apprentissage des conjugaisons du coup appréhendé sereinement ; ça me donnait une immense énergie pour la journée !

    C’est là où je vois l’ »utilité » de l’enseignant… présent pour assister l’apprenant dans son processus d’intériorisation ; là pour l’aider à mettre en relation et faire des liens. C’est là aussi où je vois un grand intérêt à mon travail.
    … Malheureusement, ( et je vais être un peu sévère) je pense que les élèves, de moins en moins, sont amenés à faire cette gymnastique intellectuelle… Vivons-nous certainement de plus en plus dans un monde ou l’on veut nous faire croire que tout est facilement accessible, où l’on nous montre que « tout doit est tout cuit » … faisant l’impasse sur le processus de la reflexion, de la recherche… Même en maternelle, je mets (du mieux que je peux, et le plus souvent possible) les enfants en situation de recherche (les « situations-problèmes » ndlr) ; on fait comme si on était des détectives, je m’amuse souvent à leur dire (par exemple) : « zut, les enfants, tous les mots se sont mélangés dans mon sac ce matin (je pose au tableau des étiquettes-mots aimantées…et/ou des images à associer), il faut que vous m’aidiez à les remettre dans l’ordre !! … Je compte sur vous … » Je réponds souvent par une question à leur question – quand je vois qu’ils peuvent trouver la réponse et quand c’est « possible »… je demande souvent pourquoi, je les mets en situation d’interrogation espérant aussi (modestement) développer leur patience, leur donner le goût à l’effort, la recherche… dans un monde où tout va de plus en plus vite… Pour moi, il est essentiel de re-sensibiliser à une certaine lenteur, celle qu’implique le processus réflexif ; la maturation.

    Bon, désolée d’avoir utilisé tout cet espace … J’espère n’avoir pas été trop « pompante » mais je me suis arrêtée sur ce point « apprentissages » parce qu’il m’intéresse ; je n’ai pas la prétention d’énoncer des vérités, encore moins de vouloir donner des leçons.. Mais en écrivant ici, j’ai moi-même cheminé intellectuellement et ça m’a redonné un regain d’énergie.
    Je termine donc… en recommandant la lecture de : « Un éloge de la lenteur », du sociologue Pierre Sansot (qui a aussi écrit un autre livre passionnant : Les Gens de peu …) … Il m’a fait du bien !

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