Pé-da-go-gie ! (bis)

Bien sûr, notre ministre ne pense pas qu’à l’argent… il songe très fort à notre pédagogie, et nous fournit les outils nécessaires.

Ainsi, voici ce qu’on trouve dans ce même discours pour le primaire :

Des ressources pour faire la classe

Des ressources pour faire la classe seront mises en ligne à destination des enseignants et des équipes d’école. Certaines comme “L’enseignement de la Shoah à l’école élémentaire” et “L’histoire des arts” sont disponibles depuis la rentrée.

Au moins, les priorités pédagogiques sont clairement montrées.

Tiens, par curiosité, voici les nouveaux programmes du collège :

Arts plastiques

Le programme d’arts plastiques, comme celui d’éducation musicale, s’articule en deux parties : « la pratique artistique » et « la culture, le champ artistique et l’histoire des arts ».

Éducation musicale

Présenté de manière globale pour l’ensemble du collège et non par niveaux, ce programme s’articule en deux champs de compétences : « percevoir la musique, construire une culture » et « produire de la musique ». Le premier champ a pour objet la contribution de l’éducation musicale à l’enseignement d’histoire des arts, le second s’appuie essentiellement sur la pratique vocale.

Français

Les principes de ce programme sont : un cadre chronologique en relation avec les périodes étudiées en histoire, l’étude des principaux genres littéraires, la progressivité dans l’étude de la langue, l’insistance sur l’écriture comme activité fédératrice des cours de français et la mémorisation des connaissances linguistiques et culturelles.
Les grands champs de connaissances et de compétences sont déclinés à chaque niveau : étude de la langue (grammaire, orthographe, lexique), lecture (textes littéraires, image), expression écrite, expression orale, histoire des arts.

Histoire-géographie-éducation civique

* Histoire : le programme présente un parcours de l’Antiquité jusqu’à nos jours comme dans les programmes précédents. Des choix ont été opérés qui rompent toutefois avec ces derniers tant par les thématiques que par les périodisations attachées à chaque niveau (à l’exception de la classe de 3ème consacrée comme aujourd’hui à la période postérieure à 1914).
L’histoire des arts représente un tiers du programme d’histoire.

Histoire des arts
Les objectifs de l’enseignement de l’histoire des arts :
* offrir à tous les élèves, de tous âges, des situations de rencontres, sensibles et réfléchies, avec des œuvres relevant de différents domaines artistiques, de différentes époques et civilisations ;
* les amener à se construire une culture personnelle à valeur universelle fondée sur des œuvres de référence ;
* leur permettre d’accéder progressivement au rang d’ « amateurs éclairés », maniant de façon pertinente un premier vocabulaire sensible et technique ;
* les aider à franchir spontanément les portes d’un musée, d’une galerie, d’une salle de concert, d’un cinéma d’art et d’essais, d’un théâtre, d’un opéra, et de tout autre lieu de conservation, de création et de diffusion du patrimoine artistique ;
* leur donner des éléments d’information sur les métiers liés aux domaines des arts et de la culture.

Définition

L’enseignement de l’histoire des arts prend appui sur trois piliers :
* Les périodes historiques définies par les programmes d’histoire à chacun des niveaux du cursus scolaire.
* Six grands domaines artistiques : les arts de l’espace, les arts du langage, les arts du quotidien, les arts du son, les arts du spectacle vivant, les arts du visuel
* La  » liste de référence  » ou les  » listes de thématiques  » :
– Dans le premier degré, les professeurs choisissent les œuvres à étudier à partir de la liste de référence du programme de l’école primaire.
– Dans le second degré, collège et lycée, la liste de référence est remplacée par les listes de thématiques.
Les contenus sont définis dans les volets « histoire des arts » des programmes, l’organisation de l’enseignement est fixée par un arrêté spécifique.

http://www.education.gouv.fr/cid23517/point-d-etape-et-programme-d-action-pour-2009.html

(Entre parenthèse, les « piliers » sont un des mots-clés que l’on retrouve un peu partout depuis l’invention du « socle commun ». Dans une forêt de piliers, qu’on se trouve ! Une vraie cathédrale ! Il est vrai que les sympathies religieuses de certains ne sont plus un secret pour personne…)

Pardon ? Vous trouvez qu’il y a quelques « répétitions », dans ces programmes, des « redondances » ? C’est sans doute que j’ai méchamment souligné quelques mots… Autrement, vous ne vous en seriez sûrement pas aperçus… Si ? Ah bon !

Donc : la matière principale du collège devient l’histoire des arts. Bientôt éliminatoire au Brevet, je suppose… Si on lit bien, cette « nouvelle matière » représente la moitié des enseignements artistiques, le cinquième de l’enseignement du Français, le tiers de l’enseignement de l’Histoire. Qu’est-ce qu’ils vont être cultivés, les collégiens de demain ! Il est vrai que les objectifs sont ambitieux :

* les amener à se construire une culture personnelle à valeur universelle fondée sur des œuvres de référence ;
* leur permettre d’accéder progressivement au rang d’ « amateurs éclairés », maniant de façon pertinente un premier vocabulaire sensible et technique ;
* les aider à franchir spontanément les portes d’un musée, d’une galerie, d’une salle de concert, d’un cinéma d’art et d’essais, d’un théâtre, d’un opéra, et de tout autre lieu de conservation, de création et de diffusion du patrimoine artistique

Pauvres parents des futurs collégiens ! Non seulement ils devront écouter – sans toujours comprendre ! – les dissertations des « amateurs éclairés » qu’ils ont engendrés, mais ils devront en plus leur payer des entrées dans des tas de lieux… où les places sont chères ! Prévoit-on d’augmenter la « prime de rentrée », pour que les parents puissent offrir à leurs petits les billets à 20 € ou plus ?

Demander à ce que l’histoire des arts représente un tiers du programme d’Histoire ne vous paraît pas un peu… excessif ? Comme si c’était plus important que la vie des gens qui ont fait cette Histoire ! Et je ne parle évidemment pas ici des rois et hommes politiques (du moins, pas seulement !), mais des grands mouvements paysans, ouvriers et philosophiques qui ont traversé notre pays (et l’Europe, et les autres continents) au fil des âges… Déjà que les professeurs avaient à peine le temps d’évoquer la Révolution française, et qu’ils zappaient le plus souvent les révolutions du 19ème siècle, sans parler de la Commune, carrément hors-programme !

Tiens, une anecdote : en 1988, réunion des profs d’Histoire avec leur Inspecteur qui leur montre (pédagogiquement !) comment découper leur programme de 4ème en heures bien pensées, de façon à couvrir tout le programme. A la fin, des professeurs s’aperçoivent que la Révolution de 1789 (et années suivantes !) doit être traitée… en 2 heures ! Et pof ! on arrive à l’Empire ! Pour l’année du bi-centenaire, ça la fichait plutôt mal ! ils ont réussi à grappiller quelques petites heures, pour étoffer un peu le sujet…

Attention ! Je ne m’élève pas contre l’entrée de l’histoire des arts au collège ! D’ailleurs… elle y est entrée il y a bien longtemps ! Dans toutes les matières citées ci-dessus, les enseignants montrent forcément des œuvres d’art à leurs élèves ! Et je pense que, par exemple, les œuvres modernes étudiées en Arts plastiques évitent à un certain nombre d’adultes de taxer d’un méprisant « C’est du Picasso ! » un tableau ou une sculpture auxquels ils n’auraient pas eu accès sans cela.

Prenez n’importe quel manuel d’Histoire de niveau collège… et vous y trouverez de très nombreuses reproductions de tableaux, scuptures, objets d’art ! Et dans un manuel de Français, vous en trouverez beaucoup aussi !

Alors, quoi de neuf, finalement ?

Ce qui est nouveau, c’est l’extrême importance donnée à l’histoire des arts, au détriment du reste. Cette redondance voulue, obligatoire.

Je me demande s’il y a déjà eu, dans l’histoire des programmes, une telle intrusion des lubies d’un seul homme… Peut-être que oui… mais qu’ils étaient plus discrets ?

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