Débattons… du débat

Eh bien, c’est un vrai débat, qui s’engage sur… les débats !

Est-il besoin de rappeler que mon vécu de prof n’est en rien un « modèle », et que, s’il me correspond, il ne correspond pas forcément à d’autres profs ?

Laura évoque l’enseignement dans l’antiquité grecque… mais ma formation est toute autre ! J’ai été formée, comme je l’ai dit au début de ce blog, par une conception « humaine » de l’enfant (l’enfant est une personne), par mai 68 (que je ne rejette absolument pas !) et par une MJC qui avait pour objectif l’éducation populaire, et ouvrait même son conseil d’administration à des ados.

Ma conception de l’enseignement découle de cette formation particulière. J’ai, certes, une « matière » à enseigner. Mais cette « matière » consiste surtout à développer la réflexion des élèves, que ce soit à partir d’un texte, d’une fonction grammaticale ou d’une règle d’orthographe. Et pour qu’ils puissent réfléchir… il faut bien leur donner la parole ! Si je suis seule à parler, il y a fort à parier que 25 élèves au moins vont perdre le fil… et avoir tout oublié à la fin de l’heure !

Ceci dit, pour en revenir aux « débats », je ne pense pas en avoir jamais organisé avant la 4ème, et ils « collent » particulièrement avec le programme de 3ème, où l’on travaille l’argumentation (je sais, maintenant, on doit parler du « discours argumentatif » dès la 6ème… mais… je trouve que c’est « un peu » tôt…). Et, bien sûr, cela exige certaines « qualités » de la part de la classe : si les élèves forment des « clans » étanches, s’ils ne s’écoutent pas, s’ils dénigrent systématiquement tel ou telle dès qu’il (elle) ouvre la bouche… inutile de tenter le débat !

Enfin, le but du débat n’est pas que l’élève ressorte avec une idée claire, toute faite, sur un sujet ; il est que l’élève apprenne à exprimer une opinion, à l’argumenter, à écouter l’opinion des autres, leurs arguments, à y répondre éventuellement. Ils en ressortiront avec les mêmes idées qu’en y entrant ? Peut-être… mais ils auront entendu d’autres avis, d’autres arguments, qui leur auront donné à réfléchir. Parfois, ils auront aussi entendu le vécu de certains camarades : je pense entre autres à cette classe de 3ème où nous avons beaucoup débattu, et où les élèves s’impliquaient au point de mettre en avant leur propre expérience (pas de la peine de mort, bien sûr !), sans craindre le regard critique de leurs camarades (ni le mien !).

Par ailleurs, j’ai déjà parlé des « bilans de fin de trimestre », que j’organise systématiquement dans toutes les classes… en fin de trimestre (!). Là aussi, les tables sont en carré, et tout le monde peut prendre la parole. Ce n’est pas vraiment un débat, bien que les opinions s’affrontent parfois, mais une possibilité d’échange sur ce qui a été fait dans le trimestre, et sur ce qu’on pourrait faire au trimestre suivant. C’est le moment où certains osent dire qu’ils n’ont pas compris telle ou telle chose, que c’était trop difficile… Bien sûr, il aurait mieux valu qu’ils le disent au bon moment… mais je trouve important qu’ils le disent « trop tard » au lieu de se taire : peut-être cette parole leur donnera-t-elle le « courage », par la suite, de demander des explications ?

Mais, encore une fois, c’est mon mode de fonctionnement… Et, de même qu’on ne se moque pas d’un enfant qui trébuche, tombe, quand il apprend à marcher, je ne vois pas pourquoi on tiendrait pour négligeables les efforts que fait l’enfant, ou l’ado, pour apprendre à réfléchir… Il dit des bêtises ? Sans doute, de notre point de vue d’adulte. Mais… c’est normal, il apprend

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6 commentaires sur “Débattons… du débat”

  1. Merci d’avoir pris la peine de répondre à mon commentaire précédent dans un nouveau billet !

    Je souhaiterais rebondir sur ce que vous venez de dire sur les débats. Je continue à penser qu’il est assez malvenu d’en instaurer dans une salle de cours. Sur une classe de trente élèves, vous ne pourrez pas me faire croire, malgré ce que vous avez dit, que les trois-quarts participeront activement au débat. C’est virtuellement impossible ne serait-ce qu’avec le temps alloué.
    Bien sûr, je suppose un débat de classe entière, et pas par groupies.

    Enfin, vous avez de bonnes raisons d’en faire, et c’est tout à votre honneur, mais je me pose la question de savoir s’ils sont vraiment efficaces, et qu’effectivement, l’élève est plus « ouvert aux autres » à la fin de ceux-ci.

    Cordialement,
    Brice Conte-Ydier, auteur de leroiprof.fr

  2. Future ex-prof dit :

    Eh bien, si je ne peux pas vous faire croire… tant pis ! Mais il n’en reste pas moins vrai que, hors la dizaine de passionnés qui veulent absolument prendre la parole, 10 à 15 autres élèves participent activement… Ce n’est évidemment pas un débat où chacun prend la parole pendant 1/4 d’heure ! Ça n’aurait d’ailleurs aucun intérêt !

    Quant à savoir si l’élève est plus ouvert aux autres après… il faudrait qu’un(e) de mes ancien(ne)s élèves vous réponde…

    Mais si une pratique pédagogique avait un effet aussi immédiat… je pense que cela se saurait !

  3. lulubie dit :

    Nous avons en classes de troisième des élèves qui jouiront très vite de leurs droits civiques ! Si l’école ne contribue pas à leur apprendre à penser par eux-mêmes, qui le fera ? Ces élèves iront-ils voter ? Voteront-ils pour des idées ou pour une apparence… disons glamour ?
    Pourquoi serait-il malvenu de faires des débats en classe ? Le débat entre dans la pratique de l’oralité et dans l’étude de l’argumentation en classe de troisième (dont conformément aux programmes, les élèves doivent avoir la maîtrise en fin de troisième) !

    La démocratie athénienne vivait sur les places publiques, par des échanges d’opinions … aujourd’hui, elle s’initie à l’école. Or si l’école ne remplit plus sa mission (apprendre à penser par soi-même, développer l’esprit critique), si elle se contente d’expliquer sans inciter les élèves à avoir leur propre jugement, à développer leurs propres arguments, nous pouvons nous poser quelques questions sur le devenir de la démocratie !

    Par ailleurs, je ne crois pas que les élèves n’aient que des bêtises dans la tête !
    Mais pour extraire l’étoile filante du chaos, il faut que l’enseignant mette en place quelques règles dont la première est l’écoute attentive du propos d’autrui.
    Un débat est très formateur, ne serait-ce que de ce point de vue-là.

  4. Vos arguments sont pleins de bonne volonté et de sagesse, mais mon vécu d’élève me rappel coûte que coûte à la réalité : les élèves font le moins d’effort pour penser. je ne sais pas pour vous, mais moi, qu’importe les classes où j’ai été, les dissertations & co, étaient plutôt considérés comme des corvées que comme des occasions de fortifier son esprit analytique.

    « si l’école ne remplit plus sa mission (apprendre à penser par soi-même, développer l’esprit critique) »
    J’ai toujours eu la sensation tenace de singer une attitude de sage, quand je suis face à ma copie à remplir, en contrôle. Et j’ai la même impression pour mes anciens camarades : nous ne pensons pas vraiment, nous ne faisons que répondre aux souhaits du professeur et du programme.

    C’est quand même assez creux, le fait de dire « avoir l’esprit d’analyse ». Analyser quoi ? Qui ? Comment ? Pourquoi ? Pensez-vous qu’un enfant nourri aux joies de la tournée scolaire est l’esprit plus aiguisé qu’un petit garçon vivant dans un village d’Afrique centrale, ou d’amérique latine ?
    Les nombreux reportages que j’ai vu sur le sujet m’ont montré que ces enfants là savaient faire preuve de beaucoup de qualités pas forcément acquises par un bonhomme de la métropole.

  5. lulubie dit :

    Très cher Brice, vous me voyez ravie de constater que vos enseignants ont développé, chez vous, un fort esprit critique (:

  6. Future ex-prof dit :

    Bien sûr, que les devoirs et les contrôles sont considérés par les élèves comme des devoirs et des contrôles !

    Et la partie de foot en Éducation physique est considérée comme une partie de foot !

    Il n’empêche qu’en amont de cette partie, il y a eu un certain nombre d’exercices préparatoires, visant à développer la coordination, la précision du geste, la rapidité, sans parler de l’esprit d’équipe ! Et que cette partie de foot n’est pas en soi un aboutissement, mais la mise en œuvre d’un ensemble d’apprentissages.

    Que l’élève n’ait pas conscience de ces apprentissages… ne l’empêche pas de les faire !

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