Vous avez dit : violence ?

De faits divers montés en épingle aux propos sécuritaires des uns et des autres, l’école apparaît vaguement à ceux qui ne la fréquentent pas comme l’équivalent, en plus jeune, du Chicago des années 30.

Certes, je n’enseigne pas en ZEP, et suis donc mal placée pour en parler. Mais, si l’on accepte comme véridiques et reflétant la réalité les conclusions de la SIVIS pour 2007-2008, on voit que :

– 37% des collèges contactés n’ont déclaré aucun « incident grave » (entre décembre et février) ; 19% en ont déclaré un, 25% 2 ou 3, 19% 4 ou plus.

– Sur ces « incidents graves », 39% sont des violences verbales, 38% des violences physiques, 7% d' »autres atteintes aux personnes » (?) et 16% des « atteintes aux biens et à la sécurité » (parmi lesquelles figurent vol et dommages aux locaux ou aux biens personnels, mais aussi consommation et trafic de stupéfiants, port d’arme blanche – 1,3% ou à feu – 0,1%).

– Le « nombre moyen d’incidents graves déclarés » est de 13,1 pour 1000 élèves.

– Les « incidents graves » crées par des élèves contre des membres du personnels représentent 40% de l’ensemble ; ceux d’élèves contre d’autres élèves, 36%.

Qu’est-ce donc qu’un « incident grave » ?

« Dans le nouveau dispositif SIVIS, pour les faits n’impliquant que des élèves, seuls les incidents présentant un caractère de gravité suffisant, au regard des circonstances et des conséquences de l’acte, sont enregistrés. En particulier, il faut qu’au moins une des conditions suivantes soit remplie : motivation à caractère discriminatoire, usage d’une arme, utilisation de la contrainte ou de menaces, acte ayant entraîné des soins ou causé un préjudice financier important, porté à la connaissance de la police, de la gendarmerie ou de la justice, susceptible de donner lieu à un dépôt de plainte ou à un conseil de discipline. »

Qu’il y ait une « montée de la violence », c’est possible… Tout dépend de ce qu’on appelle « violence ». A l’évidence, en lisant ces statistiques, on ne sent pas bien la nécessité d’installer des portiques de détection, ni d’appeler la police à la rescousse…

Réfléchissons un peu…

Les insultes et les bagarres entre élèves ne datent pas d’hier, ni même d’avant-hier (je crois me souvenir que François Villon avait été arrêté à la suite d’une bagarre entre étudiants, justement) ; personnellement, je me suis assez souvent battue (en primaire, d’accord !)… y compris mon premier jour d’école, en juin 55 ! Je ne dis pas qu’il faille les accepter, voire les encourager, mais… s’interroger sur le fait qu’elles ne sont plus « tolérées » (par les parents, entre autres).

Là où je pense qu’il y a changement, c’est dans la violence, parfois, de ces bagarres (mais, encore une fois, ce n’est pas forcément le cas général) : peut-être que la bagarre d’autrefois avait surtout pour but de montrer qu’on était le plus fort, alors qu’aujourd’hui, il y a parfois le désir de « faire mal » – d’où, très rarement mais quand même, l’intervention d’armes (à peu près inaccessibles aux générations précédentes).

Pourquoi vouloir « faire mal » à un autre ?

Peut-être parce que, soi-même, on a mal. Peut-être parce qu’on ne sait pas très bien où on est, qui on est, où l’on va. La douleur de l’autre donne une certaine forme d' »existence ».

Pourquoi à l’école ?

Rappelons tout de même que l’énorme majorité des problèmes de violence se situent hors de l’école !

Mais bon : pourquoi à l’école aussi ?

D’abord, parce qu’on y passe l’essentiel de son temps ; parce qu’on y est avec ses pairs ; parce qu’on est nombreux, donc anonymes ; parce qu’il y a peu d’adultes (et de moins en moins) pour voir et entendre… et intervenir !

Et puis…

Et puis je pense à tous ces enfants (pardon, ces ados !) souffrant de devoir user les chaises et les radiateurs jusqu’à 16 ans, alors qu’ils ne comprennent rien aux cours, ont abandonné tout espoir de n’importe quoi, et attendent, attendent… sans savoir quoi…

Je pense entre autres à un élève qui nous a posé pas mal de problèmes (mais il vivait avec son père… qui avait besoin qu’un assistant social vienne le faire lever pour aller travailler, alors…) ; orienté en BEP dans une section déficitaire (vu ses notes, il n’avait pas eu la possibilité de choisir…), revenu pour redoubler sa 3ème ; parti dans un autre BEP l’année suivante… qu’il a lâché au bout d’un mois peut-être… Un jour où il « traînait » devant le collège avec d’autres anciens, il me dit « j’attends mes 18 ans ».

Pour faire quoi ?

Il n’en avait aucune idée…

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