Rentrer… en sixième ! (suite)

J’ai laissé hier mon pauvre petit sixième en route pour le collège. S’il est parti avec ses parents, il a continué à les abreuver d’interrogations et d’angoisses. S’il a rejoint des camarades, à pied, à bicyclette ou en car, il a pu partager ses craintes avec eux… réconfort tout relatif…

Le voilà donc devant le bâtiment étranger, redouté. Avec un peu de chance, l’établissement n’ouvre ses portes qu’aux sixièmes ce matin : beaucoup de têtes étrangères, mais notre héros aperçoit assez facilement des visages connus, voire sympathiques. Si, malheureusement, la rentrée est pour tout le collège, c’est une foule hostile qu’il perçoit d’emblée, avec des tas de gens beaucoup plus grands que lui, qui parlent fort et rient, alors que lui et ses semblables se font tout petits et discrets, blottis près de l’entrée, de peur de ne pas atteindre à temps le Saint des Saints.

Tout effaré et craintif qu’il soit, le sixième que ses parents ont amené jusque là tente de les persuader de repartir : pas question de passer pour un bébé auprès des autres ! Même s’il n’a qu’une envie : se blottir contre les jambes rassurantes de papa ou de maman, et de fermer les yeux, en espérant vaguement que tout ceci n’est qu’un rêve, voire un cauchemar…

La grille s’ouvre, et les sixièmes entrent en flageolant un peu, malgré leurs airs bravaches. Si d’autres niveaux entrent aussi… ils ne sont pas si pressés, et laissent – pour une fois ! – la priorité aux « petits », qu’ils regardent d’un air à la fois vaguement méprisant et attendri.

Dans la cour, c’est la ruée vers les feuilles qui affichent la composition des classes. On serre très fort la main du copain ou de la copine, pour ne pas se perdre parmi tout ce monde, mais aussi pour forcer le destin à nous réunir dans la même classe.

On parcourt les listes, à la recherche désespérée de son nom. Au passage, on croise tel ou tel nom connu… et tellement d’inconnus ! Et si mon nom ne s’y trouvait pas ? On appelle mentalement au secours papa ou maman, qui sauraient forcément débrouiller la situation…

Là ! Là ! Sixième 6 ! Et qui d’autre, dans cette classe ? Deux ou trois camarades… pas LE copain ou LA copine… Il (ou elle) est en sixième 8…

Pas question de pleurer, évidemment, même si une grosse boule serre la gorge. Renseigné, notre héros échappe à la bousculade et partage ses regrets avec le meilleur copain…

Sonnerie… Vite, on cherche où l’on doit se ranger ! C’est qui, cette prof devant ma classe ? Oh non ! Pas elle ! Prof principale, en plus !

Angoisse, angoisse, angoisse…

Regards autour, dans la rangée : peu de têtes connues, pas de quoi s’affoler non plus. A part un ou deux qui font les « durs », les autres sont aussi accablés que moi… Un ou deux visages sympa, qui m’adressent même une esquisse de sourire, à laquelle je réponds bravement…

Le rang s’ébranle. Pour un peu, ils se tiendraient tous par la main, tant ils ont peur de se perdre dans cet immense bâtiment. En tous cas, ils se tiennent tellement serrés qu’ils se bousculent un peu, se marchent sur les pieds. Quelques chuchotements entre ceux qui ont la chance, eux, de retrouver ami ou amie…

Impossible de repérer quoi que ce soit dans les couloirs. Oubliée, la visite du mois de juin ! On a juste l’impression d’errer dans un labyrinthe où nous guette je ne sais quel monstre antique…

Arrêt. Cette porte, c’est la classe. Enfin, pour ce matin. Car on se rappelle bien qu’on n’aura plus droit à une salle particulière, qu’on devra changer à chaque heure de cours ! Terrible !

Le cœur battant d’émotion, on se prépare à entrer en sixième 6…

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2 Responses to “Rentrer… en sixième ! (suite)”

  1. lulubie dit :

    Merci pour cet article, tendre et touchant, qui me renvoie à l’idée que notre société n’a pas complètement déconstruit les rites initiatiques.
    Tant mieux !

  2. Future ex-prof dit :

    Il faudra que je regarde dans mes archives si j’ai gardé une rédaction de 5ème à ce sujet… C’était très émouvant, ce récit d’angoisses largement dépassées – puisqu’il s’agissait de « grands » cinquièmes ! – mais dont le souvenir revenait très vite…

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