Le pullover rouge

Parcourant ma bibliothèque (une de mes, devrais-je dire…) à la recherche d’un livre à relire (en attendant la réouverture de la bibliothèque intercommunale), j’ai eu envie de reprendre Le pullover rouge, de Gilles Perrault. Pourquoi ? Le souvenir qu’à l’époque, ce livre m’avait beaucoup marquée, sans doute…

Cette enquête est passionnante, et fort bien écrite. Je ne parle pas ici d’effets de style, mais du choix de l’ordre des éléments. Si l’on suit, globalement, la chronologie de l’enquête et du procès, les retours en arrière, dus aux témoignages recueillis par l’auteur, apportent des éclairages judicieux à l’affaire.

L’affaire… Elle a remué l’opinion française, et s’est conclue par la guillotine pour Christian Ranucci en 1976. Un des derniers guillotinés de notre beau pays civilisé. Il avait 22 ans, 20 ans au moment des faits qui lui étaient reprochés (la majorité à cette époque était à 21 ans).

En 1974, une fillette disparaît. Son petit frère dit qu’un monsieur en voiture (Simca 1100, précise ce petit passionné des voitures) cherchait son chien, et qu’il lui a demandé de l’aider. Quand l’enfant est revenu, sans avoir trouvé le chien, sa sœur avait disparu. La voiture aussi.

On va retrouver le cadavre de la petite fille 2 jours plus tard.

Une des premières bizarreries de l’affaire est le comportement d’un témoin d’accident de voiture, non loin du lieu où on a retrouvé la fillette. Un stop refusé (ou insuffisamment marqué), et c’est la collision. Le responsable prend la fuite. Un couple témoin de l’accident s’arrête et, sur la demande du conducteur de l’autre voiture, poursuit le fuyard.

Il retrouve le véhicule fautif (une 304) arrêté un peu plus loin : un homme s’en éloigne, tirant « un paquet assez volumineux ». Ne pouvant le rattraper, il note l’immatriculation du véhicule, et retourne vers le lieu de l’accident.

Or, quelques jours plus tard, le « paquet » est devenu une petite fille, vêtue comme l’enfant assassinée, et que sa femme et lui ont entendu parler…

C’est cette nouvelle déposition qui va piéger Christian Ranucci, responsable de l’accident…

C’est loin d’être la seule bizarrerie de l’enquête : les témoins de l’enlèvement ne reconnaissent pas le prévenu, un pull-over rouge est trouvé près de l’endroit où a stationné, ensuite, la 304… mais il n’est pas à Christian. L’instruction ne fera pas convoquer diverses personnes témoins d’un « homme en pull-over rouge » qui, sous prétexte de chercher son chien, a voulu emmener des enfants en voiture (une Simca 1100 !). Les psychiatres prennent pour acquis que leur « client » est coupable, et dressent de lui le portrait d’un criminel odieux, que ne reconnaissent aucun de ceux qui ont côtoyé Christian.

Gilles Perrault insiste aussi sur le fonctionnement des dépositions : le témoin (« prévenu » ou non) est interrogé, puis le policier résume en tapant à la machine ce qui a été dit, à la 1ère personne (celle du témoin). Résumé forcément partiel, et même partial, dans la mesure où ce qu’il écrit est forcément vu et rédigé à travers son prisme personnel, et son interprétation. Ainsi, un garagiste qui a assisté à l’enlèvement, relisant sa déposition avant de la signer, conteste une phrase : « Il est donc possible que j’aie confondu une Simca 1100 avec un coupé 304 […] », et fait rajouter (en ces temps sans informatique, il est hors de question de retaper toute la déposition !) : « Je tiens à préciser que je suis mécanicien de métier et que je connais donc parfaitement tous les types de voiture ».

Je reviendrai sur cette question des dépositions…

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