Au sujet de l’illettrisme (suite de suite)

J’espérais que vous viendriez m’aider de vos réflexions sur la question… mais bon, il va falloir que je continue toute seule…

La question suivante (je n’ai sans doute répondu que très partiellement à la question des causes, mais tant pis !) est, bien évidemment : que peut-on faire pour lutter contre l’illettrisme ?

Il y a des textes et des commissions à ce sujet… mais je suis un peu paresseuse ce matin, et vous laisse libres d’aller vous documenter sérieusement…

L’école ne peut agir qu’à la « racine » du mal. Si, comme je le suppose, l’illettrisme « s’acquiert » en partie à force de ne pas utiliser lecture et écriture, il appartient à d’autres structures d’y chercher réponse : lieu de travail, commune, associations diverses…

Pour l’école, en fonction de mon analyse des causes, il y a deux niveaux d’intervention :

– au départ. Si l’illettrisme est dû à un mauvais apprentissage, c’est dans les premières années du primaire qu’il faut s’en occuper. Et si l’enfant n’est pas prêt, à 6 ans, pour ces apprentissages, il convient de lui fournir une possibilité de mûrir un peu plus lentement. L’instituteur de cours préparatoire remarque sûrement assez vite ces enfants pour qui lecture et écriture restent « lettre morte »… Le problème est que, dans sa classe, il n’a pas la possibilité de s’occuper d’eux plus spécifiquement. Si, deux ou trois heures par semaine, il pouvait « s’affranchir » de sa classe pour s’occuper de ces quelques enfants, avec des activités type maternelle dirigées vers lecture/écriture, peut-être parviendrait-il à les faire avancer quelque peu. Même processus en CE1, afin que ces « lents » parviennent à une lecture/écriture correcte à la fin des deux années.

Quelle structure pour ces heures ? Regrouper les « lents » dans une même activité (souvent, les écoles primaires comportent 2 CP, voire plus) avec un instituteur ? Ou par classe, avec « leur » instituteur ? Je laisse répondre les gens plus familiers de l’école élémentaire…

– au collège. Il est vraisemblable que, quel que soit le soutien accordé aux enfants en primaire… il y aura malgré tout quelques enfants qui seront passés au travers des mailles, et révéleront l’étendue de leurs « non-savoirs » à l’arrivée en 6ème… Il faut alors pouvoir les prendre en charge, et tenter de remédier à leurs difficultés. C’est forcément plus difficile, car l’enfant s’est construit une personnalité au travers de ses sentiments d’échec, et il n’a pas obligatoirement envie de « revenir en arrière », et risquer d’échouer à nouveau. De plus, il est important qu’il n’ait pas l’impression qu’on le fait travailler « en plus » des autres… ni qu’on l’exclue de certains cours ! On pourrait, par exemple, concevoir des « ateliers lecture » sur un même créneau horaire, où les enfants seraient regroupés non par classes mais par « centres d’intérêt ». Un groupe concernerait ces enfants en difficulté, pour lesquels on inventerait jeux et activités les réconciliant avec la lecture.

Et, pour en revenir à ce que je disais il y a quelques jours, comme quoi le recours à l’oral facilite souvent l’utilisation de l’écrit, on pourrait peut-être faire naître l’envie d’écrire de récits oraux… Utilisation de l’ordinateur, impression de textes, illustrations, création de « livres »… Ce genre d’activité permettrait peut-être à certains enfants de reprendre pied…

J’ai bien conscience ici d’enfoncer des portes ouvertes, et que bien des personnes plus autorisées que moi ont mené des réflexions beaucoup plus précises et complètes. Mais… en une quarantaine d’années de collège, je n’ai jamais vu qu’on se soucie de ces enfants. Entendons-nous bien : les professeurs font ce qu’il leur est possible de faire dans le cadre de leurs cours… mais cela ne peut suffire, la plupart du temps, à « débloquer » des enfants dont les apprentissages primaires ont été insuffisants… Peut-être (sûrement, même !) existe-t-il des établissements où l’on a essayé de remédier au problème… Si vous en avez connaissance, si vous avez quelque expérience en ce domaine… merci de nous en faire profiter !

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One Response to “Au sujet de l’illettrisme (suite de suite)”

  1. lulubie dit :

    Bonsoir ex-prof,

    Ayant un peu plus de temps aujourd’hui que ces derniers jours, je réponds à tes billets, richement documentés, sur l’illettrisme et à la dernière question que tu y soumets :
    Comment lutter contre l’illettrisme ?

    La question me semble vaste et complexe et ne peut recevoir, il me semble, de réponse unique ou miracle. Puisque au delà même de l’éducation, de la transmission scolaire, comme tu le suggères toi-même, l’illettrisme est un problème de société.

    Je doute fort qu’un individu auquel on a pris la peine de raconter des contes quand il était enfant ; dont on a stimulé, tout petit, l’écoute, l’intérêt pour les mots et la créativité, devienne illettré.
    Je doute fort aussi que la dyslexie, qui envahit de plus en plus nos salles de classe, soit un phénomène irrémédiable comme un fléau moderne dont nous ne pourrions identifier les causes ! Elle est à mon avis le symptôme d’une époque « pressée » où la télé et autres jeux vidéos solitaires, dans la pratique desquels l’enfant n’est à aucun moment conduit à mettre sa langue maternelle en pratique, sont devenus des télés et jeux vidéos – nounous !
    J’accrédite fortement par ailleurs, l’idée selon laquelle chaque enfant a un rythme qui lui est propre.

    En tant que professeur de français en classes de collège, je crois beaucoup dans la stimulation.
    Dans mes classes, je suis persuadée qu’un enfant en échec scolaire est avant tout un enfant qui a besoin qu’on s’intéresse à lui, qu’on le motive, qu’on le regarde, qu’on lui explique qu’il peut y arriver. Quand il parvient à accepter l’idée qu’il n’est pas « nul », que la réussite est possible, je crois sincèrement que nous pouvons le conduire à acquérir une meilleure maîtrise de sa langue.
    Il est certes très difficile de mettre en pratique dans nos classes surchargées, peuplés d’individus hétérogènes, cet intérêt pour l’individu propre, cette stimulation. Mais je suis persuadée que l’enfant qui sent que l’enseignant veut véritablement le faire progresser, s’accroche, essaie de faire de son mieux et… forcément, progresse.

    Dans le cadre des heures de soutien, pour les enfants en grosses difficultés, avec lesquels le prof seul, avec son seul enseignement hebdomadaire, «n’arrive à rien », je pense que nous devrions davantage travailler par objectif individuel et pédagogie différenciée.
    Un groupe de soutien représente généralement un groupe de 6 à 12 élèves, chacun d’entre eux ayant des difficultés et des attentes particulières ! Fixer pour chacun d’eux des objectifs clairs, consentir à travailler la graphie avec l’un, l’orthographe avec l’autre, la lecture avec le troisième… etc. c’est permettre au bout du compte, à tous, de pallier ses propres difficultés. Encore faut-il que pour l’enseignant et pour l’élève, l’heure de soutien hebdomadaire ne soit pas une heure fourre-tout ou pire, une heure d’étude !

    Par ailleurs, il me semble nécessaire de mieux assurer les transitions entre maternelle et primaire ; et primaire et collège (par une meilleure formation des enseignants, peut-être)
    Dans le cadre d’une rencontre entre enseignants du CM2 et profs principaux de 6e dont je faisais partie, je me suis aperçue que les uns et les autres, ignorions totalement le travail fait par les enseignants qui précédaient ou qui succédaient. Nous en avions une vague idée… sans avoir le sentiment de participer à la même construction. Telle instit du CM2 me demandant donc s’il était nécessaire que ses élèves soient au fait de la proposition principale et de la proposition subordonnée… j’ai répondu que non, certainement pas ! Ce qu’il faut, surtout, quand, ils arriveront en 6e, c’est qu’ils sachent lire et comprennent ce qu’ils lisent ! Nous expliquerons le reste…
    Cela, parce que nous ne sommes pas formés, lorsque nous sommes profs de collèges à l’enseignement de la lecture ; nous ne savons pas apprendre à lire ! Mais nous savons parfaitement expliquer ce qu’est une phrase complexe !!

    Enfin, je crois qu’un prof de français doit aimer sa langue et l’aimer avec passion ! Lorsque dans une séance de conjugaison, j’entends dire, par mes élèves de 6e, que le 3e groupe est un groupe poubelle, c’est assezrécurrent, je commence par expliquer que rien, dans notre langue magnifique, rien n’est à jeter…
    ensuite peut venir le cours sur le passé simple !

    Je m’aperçois que je ne t’ai fait sur l’illettrisme qu’une réponse très personnelle puisuqe, à mon niveau, je ne peux témoigner que de ce que je connais.

    Comment lutter contre l’illettrisme en général me semble être en effet trop vaste, aussi vaste que la question de savoir comment sauver le monde !

    Je crois que chacun, à son niveau, doit avoir conscience de devoir y contribuer…

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