Injustes notes… (suite)

Les enseignants ne sont pas des robots…

C’est vrai… et on l’oublie souvent ! Lors de la dernière « affaire de gifle » que j’ai évoquée, de nombreux internautes ont commenté à l’infini le fait qu' »un prof ne doit pas frapper un élève », que « s’il n’est pas capable de dominer sa classe, il n’a qu’à faire un autre métier »… Sans doute le modèle des « saints laïques » de la 3ème République flotte-t-il encore dans l’air… même si, dans la réalité, ils étaient bien loin d’être des saints ! Mais leur rôle, vu comme un « apostolat », d' »évangéliser les masses » en leur apprenant à lire, écrire et compter, leur valait une reconnaissance générale…

On est bien loin de cette époque, où l’instituteur tenait un rôle-clé dans le village, au même titre que le curé et le médecin ! On tire à boulets rouges sur les pauvres enseignants, responsables de nombre de maux actuels… mais on s’indigne qu’ils ne soient pas « irréprochables » !

Les enseignants ne sont ni des robots, ni des saints… Comme tout un chacun, ils ont des moments de faiblesse, de doute, de colère… Comme tout un chacun, ils ont une autre vie que celle de leur métier, d’autres préoccupations, qu’elles soient familiales, de santé, pécuniaires, que sais-je !

C’est vrai : un enseignant ne DOIT pas frapper un enfant, c’est écrit dans la loi ! Quelle que soit la provocation, la violence qu’il affronte, il doit rester maître de lui. Mais… « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » ! Que celui qui n’a jamais eu un geste ou un mot de trop lors d’une situation stressante, dans quelque contexte que ce soit, se lève en accusateur !

Peuple de saints ! A moins que ce ne soit de « sépulcres blanchis » !

Ne m’en veuillez pas trop de mes références religieuses : j’ai tellement l’impression que c’est une partie importante de la question, cette attente d’une attitude « parfaite » de la part des enseignants !

Et, pour en revenir aux notes… eh bien oui, il me semble logique que la notation soit influencée par des éléments extérieurs ! Parce que l’enseignant n’est qu’un homme (ou une femme, vous m’avez bien comprise !).

J’aimerais tout de même établir un distinguo : il est des devoirs (travaux, exercices…) sur lesquels l’influence du mal de dents du correcteur ne se fera pas trop sentir. Les QCM, bien sûr, mais aussi tous les devoirs comportant de nombreuses questions aux barèmes précis, préalablement définis (avant la correction… et même avant de donner ledit devoir aux élèves !). Sur 20 questions à 1 point chacune, à moins de sanctionner orthographe, style, écriture ou je ne sais quels autres critères plus ou moins étrangers aux buts du devoir, il y a peu de chances que la notation soit très différente d’un correcteur à l’autre, mal de dents ou pas.

Il en va évidemment tout autrement des devoirs essentiellement rédigés : déjà, ils sont beaucoup plus longs et difficiles à corriger, même si l’on a pris la précaution d’établir un barème assez précis. Ensuite, l’influence du style, de l’écriture, de l’orthographe est beaucoup plus forte : imaginez que vous ayez à corriger un devoir de 3 ou 4 pages difficilement lisible ; votre exaspération au pénible déchiffrage a bien des chances de se répercuter sur la note ! Même chose si vous devez lire le devoir à haute voix pour comprendre le propos de l’élève, déformé par une orthographe un peu trop fantaisiste ! Parce que vous n’en avez pas qu’un, devoir à corriger ! Mais 30 !

D’après l’article déjà cité, plusieurs facteurs interviennent pour fausser la notation :
– l’ordre des copies corrigées
Une copie corrigée parmi les premières ou les dernières risque d’être notée différemment. Et pour cause : au fur et à mesure de l’avancée de son travail de correction, l’enseignant prend conscience de la différence entre ses objectifs et ce qu’en ont compris ses élèves. Il m’est souvent arrivé, lors de la difficile correction des rédactions (et malgré la fiche d’évaluation relativement détaillée), de reprendre toutes les copies à la fin, et de modifier parfois des notes.
La note varie aussi, nous dit l’article, selon la qualité des copies précédentes. En effet, après 5 ou 10 « mauvaises » copies, la première « bonne » risque d’être « surnotée », à cause du soulagement ressenti par le correcteur, qui craignait de devoir corriger 30 mauvais devoirs. Et inversement : après 5 ou 10 « bonnes » copies, la première « mauvaise » ou « moyenne » risque d’être « sous-notée », le correcteur s’étant agréablement habitué à des devoirs qui répondent à ses attentes. Là encore, reparcourir l’ensemble du paquet à la fin permet de rétablir l’équilibre. Une chose que je faisais aussi parfois : des « paquets » de copies en fonction des notes ; je relisais le paquet dans son ensemble, et vérifiais que les évaluations « se tenaient ».
Mais… ces travaux de vérification me semblent difficilement réalisables lors d’examens ! A cause des conditions de correction, mais aussi parce que le correcteur, ne connaissant pas les « corrigés », ne mémorise à peu près rien de ce qu’ont écrit les élèves : le travail de relecture devient alors presque aussi long que le travail de lecture !

– l’effet Pygmalion
« La perception globale que les enseignants ont d’un élève, favorable ou défavorable, joue sur le score de chacune de ses évaluations, quelles que soient ses réponses. » dit l’article.
Hum ! Je suis plus perplexe… Je vois mal un enseignant compter juste une réponse fausse (ou inversement) en fonction de l’opinion qu’il a de l’élève… Par contre, il n’a évidemment pas les mêmes attentes d’un élève « en difficulté » (avec lequel il pourra se montrer moins exigeant) et d’un « bon élève » (qui l’aura déçu dans ce devoir).
Je crois avoir déjà parlé de mon « système » de dictées (qui a varié au fil des ans), où, selon les difficultés des élèves, la notation ne se faisait que sur une partie de la dictée, ou sur un « contrat » établi par l’élève à chaque dictée. Je n’ai que très très exceptionnellement rencontré de problème avec ces « systèmes »… et pourtant, les notes chiffrées n’étaient pas comparables, puisqu’elles ne prenaient pas les mêmes critères en compte…

– l’effet source
« Les notes sont souvent influencées par les résultats obtenus par l’élève, en particulier la toute première copie de l’année. »
C’est peut-être (?) vérifié en lycée, où les devoirs sont plus ou moins semblables d’une fois sur l’autre (quant à la « forme », j’entends !), sûrement beaucoup moins en collège ou en primaire, où les travaux notés sont plus nombreux, et de types très différents.

Mais… je m’aperçois que je n’ai pas encore fini… et que, vraiment, cela ferait trop pour aujourd’hui !

Suite (et fin ?) à une autre fois !

Et : Joyeuses Pâques !

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8 Responses to “Injustes notes… (suite)”

  1. Pauline dit :

    C’est un excellent article, qui résume parfaitement les difficultés que nous rencontrons !

    Merci à toi ! 🙂

  2. Ex-prof dit :

    Merci de ton commentaire !

  3. Axel dit :

    Ce n’est pas la bonne place, mais pour préparer ma dernière journée de stage j’ai trouvé le site d’un collègue qui pratique l’évaluation par compétences :

    http://lewebpedagogique.com/sroul/aux-parents-evaluer-par-competences-kezako/

  4. Ex-prof dit :

    Désolée, je viens seulement de voir ce commentaire : WordPress l’avait rangé dans les « indésirables », eu égard sans doute au lien « à rallonges »… Et comme je ne regarde pas très souvent les « indésirables »…

    Je vais voir le site que tu indiques !

  5. choubidouda dit :

    Je suis actuellement en master enseignement et je suis l’auteur d’un blog à ce propos. Je vous invite à venir y jeter un coup d’œil ! Bravo pour votre blog !

  6. Ex-prof dit :

    J’ai parcouru votre blog… et compatis !

    Bon courage !

  7. Sajux dit :

    En ce qui concerne l’effet Pygmalion, ne vous êtes-vous jamais dit en début d’année « Celui-là réussira sans souci, par contre cet autre redoublera sans aucun doute » ? Et à nouveau, inconsciemment ou non, vous n’aurez pas les mêmes attitudes ni les mêmes attentes envers ces deux profils.

  8. Ex-prof dit :

    Je ne voudrais surtout pas paraître « angélique »… mais : non, je ne me suis jamais dit de telles choses, ni en début, ni même en cours d’année… Ma dose d’optimisme m’assurait que nous viendrions, eux et moi, à bout des difficultés…

    Évidemment, je m’illusionnais souvent ! Mais j’ai toujours « gardé la foi », année après année, classe après classe ! Même dans les classes où ça se passait moins bien, où l’ambiance était mauvaise…