De la formation…

J’espère que personne ne me jugera atteinte d’un ego surdimensionné si je me lance dans cette question de la formation des profs… Mes réflexions sont toutes personnelles, et marquées évidemment par mon « expérience »… toute personnelle elle aussi !

Je parlerai donc de la formation des profs (et non des instits – pardon, des « professeurs des écoles » !) telle que je la vois au jour d’aujourd’hui… Cette vision pouvant évidemment évoluer au fil du temps – et peut-être au fil de vos commentaires !

Que demande-t-on à un prof ?

D’abord, d’être compétent dans la matière qu’il enseigne. D’où la nécessité d’avoir, dans cette matière, un niveau de connaissances très largement supérieur à celui de ses futurs élèves. Non pas, d’ailleurs, que ces connaissances en tant que telles vont lui être utiles dans son enseignement : de ce que j’ai étudié en Fac, bien peu de choses sont repassées, d’une manière ou d’une autre, dans mon enseignement. Mais ce savoir « purement intellectuel » donne des pistes d’analyse, des modes opératoires, qui permettent de « dominer » la matière et de savoir la penser.

Ensuite… eh bien, ensuite… de savoir enseigner cette matière ! Et c’est là que le bât blesse ! Car s’il faut 2 ans pour apprendre un métier manuel et se préparer à un CAP… apprendre le métier de prof n’est plus, aujourd’hui, d’actualité ! Ce qui est pour le moins regrettable, puisqu’on confie à ces gens l’avenir d’un pays…

Comme je l’ai déjà dit, je suis passée, après le Bac, par un stage de formation d’instituteurs à l’École Normale Catholique. Et j’estime y avoir eu une formation valable, dont je tirerai plusieurs éléments.

Ce stage durait un an. Les cours y tenaient la plus grande place, mais nous avions aussi 3 stages de 15 jours en école (1 en CP, 1 en CE, 1 en CM), plus un d’une semaine en maternelle (« pour connaître » : nous n’étions pas destinées à enseigner en maternelle). J’y reviendrai…

Les cours, donc. Un enseignement que j’ai trouvé essentiel pour ma vie professionnelle a été celui des grands systèmes pédagogiques. Connaître ce qu’ont pu écrire ou réaliser Platon, Freinet, Rousseau, Rabelais et autres Montessori sur la pédagogie me semble essentiel. J’ai bien dit « connaître » (« naître avec »), et non « savoir ». Tous ces gens qui ont réfléchi à l’enseignement, d’une manière ou d’une autre, ont tous quelque chose à nous apporter, quelle que soit l’époque à laquelle ils ont vécu. En mettant l’accent sur telle ou telle composante de l’esprit humain, sur tel ou tel aspect de l’homme, ils nous font réfléchir, trouver des idées que nous n’aurions sans doute pas eues par nous-mêmes. Ils nous apprennent surtout (et c’est là une notion qui me semble oubliée depuis pas mal d’années) qu’il N’ y a PAS de pédagogie magique et unique. A chacun, selon son tempérament, sa façon de penser et d’être, de « piocher » dans les idées de l’un et de l’autre pour en faire son propre « système ». Qui sera évidemment appelé à évoluer au fil du temps, d’autres idées surgissant de par le monde (je me souviens avoir longuement médité, plusieurs années après, sur la lecture de Libres enfants de Summerhill…).

La psychologie de l’enfant… Ben oui, c’est quand même utile d’en avoir une petite idée ! Quand nous commençons à enseigner, notre enfance est déjà assez lointaine, et nous n’en avons de toutes façons qu’une vision très subjective. Nous avons, par exemple, souvent oublié nos difficultés d’apprentissages, nos petits (ou gros) échecs. Il est très utile de se les rappeler quand on est face à des élèves, histoire de ne pas exiger d’eux ce que nous-mêmes n’avons pas su faire à leur âge…

Mais, évidemment, l’étude de la psychologie de l’enfant va bien plus loin que cela : elle nous permet de situer les étapes de formation de l’individu, et entre autres de sa formation intellectuelle, de savoir à quels âges on peut aborder tel ou tel type de démarche intellectuelle ou manuelle. Connaître aussi les modes de « révoltes » des ados, comment ils s’expriment et ce qu’ils peuvent signifier, est primordial… Une réflexion sur la violence et la sexualité ne serait pas inutile… On a appris depuis longtemps que l’enfant n’était pas « une argile molle » : encore faudrait-il, avant de se retrouver face à 30 gugusses hurlant, avoir une vague idée de ce qu’il est…

Droit et règlements : il est indispensable de connaître un certain nombre de lois régissant notre métier, nos statuts, nos programmes. Et il me semble très important d’avoir une connaissance de l’histoire de l’enseignement dans notre pays, et des différentes réformes importantes qui y ont eu cours. Ne serait-ce… que pour relativiser l’importance ou le bien-fondé de la réforme en cours…

Enfin, la « didactique », la préparation plus directe à l’élaboration de cours, de progressions. Cela ne s’improvise pas, et se retravaille d’année en année. Mais… il faut bien commencer et, pour cela, il est indispensable de savoir comment s’y prendre ! Comment répartir l’heure de cours entre différentes activités, comment focaliser l’heure sur un point ou une attente précise, quels types de réponses attendre des élèves…

Les stages. Nous avions, disais-je, 3 stages de 15 jours. Pendant ces stages, nous suivions l’emploi du temps de l’institutrice qui nous accueillait. Les premiers jours, nous regardions et écoutions. Ensuite, nous étions chargées de « faire la classe » nous-mêmes quelques heures, suivies de discussions avec l’instit. A la fin du stage, une inspectrice venait assister à une de nos « leçons », et s’entretenait avec nous des points forts – et faibles ! – qu’elle avait remarqués.

(Vous remarquerez peut-être que je parle toujours au féminin… c’est que la mixité n’était pas encore très à la mode, à l’époque !)

L’année suivante… nous étions chargées de classe ! Et, ma foi, assez bien formées pour nous en tirer sans trop de casse ! A la fin de l’année, l’inspectrice venait, et nous donnait (je n’ai pas souvenir d’exceptions !) le CAP (Certificat d’Aptitude à l’enseignement Primaire)…

C’est ce « modèle » que je propose (j’ai sûrement oublié beaucoup de choses sur cette année de formation…) pour la formation des profs…

En résumé :

  • une formation intellectuelle dans la matière, assurée par l’Université
  • une formation pédagogique d’un an assurée par l’Éducation Nationale, comprenant :
  • – la connaissance d’une douzaine (au moins…) de systèmes pédagogiques
    – le droit, la réglementation, les réformes et l’histoire de l’enseignement en France
    – la psychologie de l’enfant
    – la pédagogie pratique : il me semble indispensable que ces cours soient organisés par matière, les questions étant très différentes d’une matière à l’autre
    – 3 stages de 15 jours minimum (1 en collège, 1 en lycée, 1 en lycée technique) pendant lesquels le stagiaire suit l’emploi du temps de son tuteur, et assure lui-même quelques heures de cours ; l’idée d’une inspection à la fin de chaque stage me paraît intéressante, pour aider le stagiaire à « voir » ce qu’il a fait (et cela permettrait peut-être à l’enseignant de ne pas voir dans l’inspecteur quelqu’un qui n’a pour but que de le « sanctionner »…).

    Une autre question serait celle des formateurs… J’y reviendrai peut-être un autre jour…

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    9 Responses to “De la formation…”

    1. Axel dit :

      Il me semble (expérience toute personnelle aussi !) que tu as été fort bien formée…
      Moi qui n’ai pourtant pas connu les IUFM, en fait de formation j’ai eu : une classe de 4° de but en blanc le jour de la rentrée, la semaine suivante un « stage » d’une demi-journée qui a consisté en tout et pour tout… à remplir des documents administratifs dans un amphi !
      Ensuite, nous avions droit à une formation le mercredi, formation extrêmement disparate puisqu’il s’agissait soit d’écouter les IPR, soit de discuter de nos « pratiques » toutes neuves avec des collègues plus expérimentés…
      La tutrice qui aurait dû nous guider au collège n’en a été avisée que vers la fin de l’année, et comme en plus elle n’était pas volontaire, elle a assisté une seule fois à nos cours (nous étions deux dans ce collège, heureusement nous avons pu nous soutenir !) qu’elle a trouvés « très bien » (!) et nous a acceptées une unique fois dans sa très bonne classe de 5°…
      Il était aussi prévu un stage en lycée : nous avons assisté à quelques cours, avons conçu chacune notre tour un cours, pour enfin nous retrouver toute seule devant la classe. Une progression qui semble logique mais ce fut franchement ardu de simplement maîtriser la classe une fois l’enseignant habituel sorti !!!
      Bref, je pensais malgré les critiques que les IUFM étaient tout de même un progrès, alors ce qui attend les « stagiaires » de l’an prochain fait un peu plus que me mettre en colère…

    2. Ex-prof dit :

      Je fais partie de cette très ancienne génération qui a eu droit à une année de stage après le CAPES… Si je n’en ai pas encore parlé (il faut que je vérifie : je ne voudrais tout de même pas avoir – trop – l’air de radoter !), j’en parlerai un de ces jours…

    3. martine dit :

      oui, mais il y a une question préalable : quelle forme donner aux concours de recrutement ? Qui, actuellement, ne sont que de savoirs académiques. Or, il me semble qu’un bon prof doit maîtriser autre chose que sa discipline … Mais les membres des jurys de concours connaissent-ils autre chose que leur ‘spécialité’ ??????
      Et : ne serait-il pas bon de mettre les profs en formation en situation d’ « apprenant » : cours de math à des linguistes, de langue étrangère à des profs de physique, etc – de façon à ce qu’ils se rendent compte des difficultés des élèves ?

    4. Ex-prof dit :

      Je ne suis pas sûre que demander aux concours autre chose que des savoirs académiques soit une bonne idée… Le candidat sait au moins à peu près ce qu’on attend de lui. Si, par exemple, on lui demande de réfléchir à des questions de psychologie ou de pédagogie… sa note pourra varier de façon extrême selon l’opinion des correcteurs… Ou alors… psychologie et pédagogie deviendront, elles aussi, des savoirs académiques, qui enseigneront des « vérités » établies, incontestables… C’est déjà un peu trop le cas à mon avis : on voyait souvent arriver des IUFM de jeunes profs sûrs d’avoir LES réponses ( et quand je dis LES, je veux dire qu’ils avaient LA réponse à chaque question !) à toutes les questions… avant même d’avoir eu le temps de se les poser…

      Mettre les profs en situation d’apprenant… ils y sont déjà ! Et cela ne les aide pas à se rendre compte des difficultés des élèves ! D’abord, parce que leur niveau d’études les a habitués à aborder des difficultés croissantes, ensuite parce qu’ils ne font pas le lien entre leur situation d' »élèves » et les élèves qu’ils auront. Ce qui est normal : ils ne peuvent se dédoubler pour apprendre… ou alors, bonjour les schizophrènes !

      Par contre, ton idée peut être très intéressante dans l’autre sens : celui qui est censé enseigner une notion quelconque à ses camarades se rendra plus facilement compte de ce qui « passe » ou ne « passe » pas… les étudiants étant beaucoup moins « passifs » que les élèves (enfin, j’espère !)… La difficulté étant de faire une initiation (les « élèves » ne peuvent se baser sur un savoir déjà acquis). Je verrais assez bien, dans ce cadre, un exposé sur telle ou telle activité qui intéresse le « prof » et qui n’est pas connue de la majorité des « élèves ». Cela permettrait aussi de réfléchir à la question du vocabulaire : pour quelqu’un « qui sait », les mots ont des sens précis… qui ne font pas forcément sens pour celui qui écoute… Problème que nous rencontrons constamment… sans toujours nous en apercevoir !

    5. Hussard Noir dit :

      Les IUFM, les inspecteurs, les technocraties qui pilotent programmes, décrètent l’idéologie du parti de l’EN, parlons-en !!

      En tant que professeur de lettres néotitulaire, frappé de plein fouet par la décadence de l’école dans laquelle j’ai dû commencer à exercer, j’ai constitué une analyse théorique approfondie de l’école publique telle qu’elle est devenue, face à ce qu’elle devrait être. Je vous invite à prendre connaissance de mon site où je publie mes réflexions : http://sites.google.com/site/ecolerepublicaine/home .

    6. Mademoisill dit :

      Si seulement… j’espère y échapper, mais j’ai commencé à regarder les annales « zéro » pour le CAPES nouvelle mouture de l’an prochain. A l’oral, moins d’épreuves disciplinaires, et une nouveauté, l’épreuve « agir en fonctionnaire ». Ca a l’air d’un vrai fourre-tout (questions administatives, juridiques, droits des enfants, bon sens personnel etc.).
      Pour ce qui est des épreuves écrites, les inspecteurs qui les ont faites n’ont visiblement aucune idée de ce qui se fait à l’heure actuelle dans les facs…

    7. Ex-prof dit :

      A Hussard Noir :

      J’ai lu quelques chapitres de votre analyse… avec laquelle je suis en profond désaccord, ce qui ne vous étonnera sûrement pas si vous avez déjà parcouru quelque peu mon blog… Votre guerre contre le « pédagogisme » et le « constructivisme » (?) me semble d’un « réactionnisme » aigu… Votre comparaison entre l’école de 1890 et celle d’aujourd’hui tend à gommer le fait qu’aujourd’hui TOUS les enfants vont à l’école, et que TOUS vont au collège. « De mon temps »… nous fûmes 2 sur une vingtaine à passer en 6ème, les autres s’arrêtant au certificat d’études ; nous fûmes 8 sur 25 environ à passer en seconde, les autres s’arrêtant là pour travailler ; sur ces 8, nous fûmes 3 à obtenir le Bac, 2 à continuer en Fac… Alors, évidemment, cela n’a pas grand chose à voir avec la situation actuelle ! L’image de l’école n’était pas la même, la population n’était pas la même, le « niveau de vie » n’était pas le même !

      J’espère pour vous que votre métier vous apportera une autre vision de ce qu’est l’école, de ce qu’est un enfant… ou que vous en changerez pour un métier qui vous permettra davantage de vous y épanouir…

    8. Ex-prof dit :

      A Mademoisill :

      « Agir en fonctionnaire »… « Ils » n’ont pas peur, « là-haut » ! Cela vous a des accents de Vichy, où tant de « bons fonctionnaires » ont obéi aux ordres pour conduire des innocents vers des wagons plombés… Heureusement, il y a eu un certain nombre de « mauvais » qui n’ont pas « agi en fonctionnaires »…

      Je sens le bourrage de crâne bien parti pour cette nouvelle « matière »… Culpabiliser un peu plus les enseignants qui osent remettre en cause certains aspects des réformes, qui osent même abandonner lâchement leur poste (et leur devoir !) pour « faire grève » comme… de vulgaires mineurs d’il y a 100 ans !

      J’espère que tu nous tiendras au courant des contenus… Cela m’intéresse beaucoup !

    9. Hussard Noir dit :

      Cher « Ex-Prof »,

      D’après ce que vous me dites là, vous n’avez rien compris et pour ainsi dire rien lu de mon site, qui est bien évidemment pleinement ancré dans l’actualité la plus brulante (par exemple sur la question des TICE, cf. mon appendice 5). Je vous y renvoie.

      Quant à votre ignorance du constructivisme, renseignez-vous tout simplement (notamment avec ma 2e partie). Ce n’est pas de ma faute si vous ignorez complètement quelque chose qui détermine de A à Z les enjeux de la question, que vous ne maîtrisez donc pas. Votre jugement sur mes textes n’ont par conséquent aucune valeur tant que vous ne vous serez pas suffisamment renseigné.

      Cordialement,

      HN
      https://sites.google.com/site/ecolerepublicaine/home

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