13 : le nombre magique…

Merci à Axel du lien sur son blog, qui m’a permis de prendre connaissance de l’article de l’Humanité et, ensuite, des 13 Fiches Magiques envoyées aux Rectorats…

Vous êtes sans doute déjà au courant : le ministère de l’Éducation (encore Nationale… pour combien de temps ?) a envoyé ces 13 Fiches aux Rectorats, charge à eux de les remplir pour faire le bilan… des postes qui peuvent être supprimés…

Ben oui… Si les mots d’ordre officiels concernant l’Éducation sont « meilleure formation », « augmentation du taux de réussites », « aide aux élèves en difficulté », LE vrai mot d’ordre est : FAIRE DES ÉCONOMIES. Et cela passe, évidemment, par la suppression des postes d’enseignants… (quitte à inventer des « policiers référents » pour « compenser » – ? – le trop faible nombre d’adultes dans les établissements scolaires…).

C’est le site du Café pédagogique qui a eu vent de ces fiches – évidemment non destinées à la publication ! – ; à croire que certains inspecteurs à qui était dévolu le soin de les remplir… en étaient pour le moins choqués…

J’ai lu les fiches en question… et vous offre un petit condensé afin que vous sachiez de quoi il est question…

1 Augmentation de la taille des classes dans le 1er degré

Hors cas ou situations spécifiques, les études et expériences les plus récentes indiquent que la diminution des effectifs dans les classes n’a pas d’effet avéré sur les résultats des élèves et que les très petites écoles ne s’avèrent plus toujours performantes.

(Vous avez dit « suivi individualisé » ???)

La réduction ou le maintien de la taille des classes doit ainsi être réservée aux secteurs relevant de l’éducation prioritaire et être strictement accompagnée (pédagogie) et encadrée (évaluation).
L’augmentation de la taille des classes peut donc être globalement envisagée sans dégradation des résultats des élèves.

La taille moyenne des classes connaît une certaine stabilité depuis plusieurs années.
En France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer, le nombre d’élèves par classe (Préélémentaire+Elémentaire+ASH) est passé de 23,28 en 1999 à 23,46 en 2009. En préélémentaire ce taux est égal à 25,54 et à 22,65 en élémentaire.
En théorie, une augmentation de 1 élève par classe en moyenne devrait se traduire, au niveau national, par une économie de près de 10 000 classes, soit un peu plus de 4% du contingent total. Dans les faits, la hausse du seuil d’une unité ne pourra se traduire que par une remontée beaucoup plus limitée du nombre moyen d’élèves par classe (0,6 ou 0,7).

(En théorie… Parce que, dans les faits, pour arriver à cette « moyenne », on additionne des classes à 10 élèves et des classes à 30… Comme les classes à 10 – communes rurales, isolées… – ne risquent guère d’augmenter le nombre de leurs élèves, ce sont les autres qui devront l’augmenter d’autant… pour que la sacro-sainte « moyenne » soit respectée !)

La fermeture de petites écoles est progressive sur le moyen terme et peut encore progresser, en accord avec les communes concernées. En effet, à la rentrée 2009, on recensait 4 971 écoles à classe unique et 11 538 écoles avaient une ou deux classes, soit 23,56 % des écoles. Le nombre de RPI a augmenté ces dix dernières années : il est passé de 4 636 à 4 879 mais dans certaines académies, des regroupements de ce type devraient être développés.

(Très intéressant… Que les gamins soient contraints de se lever à 6 h pour attraper le car de ramassage, qu’ils ne rentrent chez eux qu’une douzaine d’heures plus tard n’aura évidemment aucune incidence sur leur cursus scolaire ni sur leur santé ! Et puis… les parents seront bien obligés de trouver d’autres solutions pour leurs enfants que l’école maternelle ! Autant d’économies…)

2- Réduction du besoin de remplacement dans le 1er degré

Il s’agit pour l’académie d’explorer une voie qui consiste à organiser tout ou partie des sessions de formation continue en dehors des pics d’absence (automne et printemps) ou mieux, en dehors du temps scolaire (mercredi après-midi et pendant les vacances scolaires).

(Mieux, évidemment ! Justement, les instits ne savent pas quoi faire, le mercredi après-midi et pendant leurs vacances… Et les formateurs non plus…)

Par ailleurs, une piste d’optimisation du coût en emplois du remplacement réside dans le recours à des non titulaires en substitution à des titulaires pour assurer une part du remplacement, les non titulaires présentant une ressource plus flexible dont le rendement est proche de 100 %.

(Pourquoi ne pas remplacer les titulaires par des non titulaires, s’ils ont un tel « rendement » – ? – Autant d’économisé !)

Dans le cadre de la réforme du recrutement, il est judicieux d’offrir à des étudiants la possibilité de se familiariser avec la pratique enseignante, en dehors des stages déjà prévus pour les étudiants en master.

(Ça ne vous dérange pas, qu’on confie vos enfants à un étudiant, pour qu’ils le forment ?)

Les cas de figure suivants doivent être examinés :

– le recours aux non -titulaires sur les besoins de remplacement courts, les titulaires étant mobilisés sur les absences de longue durée ;
– le calibrage du remplacement en titulaire sur le niveau moyen annuel du besoin de remplacement et le « financement » des pics d’absence par le recours aux non-titulaires.

En revanche, il est possible d’envisager l’organisation hors du temps scolaire de la formation continue à destination des enseignants organisée dans le cadre des programmes académiques ou départementaux de formation.

Cette pratique existe déjà à des degrés divers dans les académies ; il s’agit a minima d’en accroître l’importance.

– L’enquête DGESCO  » contrôle de l’utilisation des emplois  » auprès des recteurs et des IA à la rentrée 2009, recense 25 819,25 emplois affectés au remplacement en métropole+DOM, soit 8,32 % des emplois d’enseignants du premier degré du programme 140. La répartition de ces emplois est la suivante :
– stages longs ASH : 761 emplois (0,25 % des emplois) ;
– formation continue : 3 133,5 emplois (1,01 % des emplois) ;
– maladie maternité : 21 924,75 emplois soit 7,06 % des emplois).

S’agissant de la substitution de vacataires pour assurer le remplacement des maîtres pour congés de maladie et maternité, il est demandé d’estimer les hypothèses suivantes :

– recours à des non-titulaires à hauteur de 80 % pour les absences de moins de deux jours, de 50 % de trois à cinq jours, de 25 % entre six et dix jours, les vacataires étant supposés avoir un rendement de 100 % ;
– même simulation si l’on se limite aux congés courts prévisibles ;
– calibrage du potentiel de remplacement sur le nombre moyen annuel d’absences journalières (toutes causes confondues) et financement du surplus par des non titulaires avec deux variantes : financement à 100 % du besoin de remplacement et maintien du taux de remplacement actuel.

3 – Baisse de la scolarisation des enfants âgés de deux ans

(Oui, vous savez, ceux qui font la sieste et dont on change les couches…)

I) Définition de la mesure

Il s’agit pour les académies de mesurer les gains en emplois qui peuvent être générés par une baisse de la scolarisation à deux ans lorsque celle-ci peut être considérée comme le « fruit de l’histoire » et ne correspond pas aux objectifs d’égalité des chances assignés à cette politique.

(Là, j’avoue que j’aurais besoin d’explications sur le « fruit de l’histoire » et les « objectifs d’égalité des chances »…)

Les études disponibles ne démontrent pas que la scolarisation à deux ans constitue un avantage évident dans toutes les situations par rapport à d’autres modes de garde alternatifs.

(Ah ! La maternelle est un « mode de garde » ? Je croyais que c’était un moyen d’éducation…)

Sur la base du constat de la rentrée 2009, l’approche générale consiste à calculer les effectifs des écoles sans tenir compte des enfants de moins de deux ans scolarisés, puis d’appliquer à ces écoles les seuils d’ouverture de classes de l’inspection d’académie concernée.

Lorsque la pratique des seuils d’ouverture a été abandonnée, vous retiendrez les seuils suivants : 27 élèves pour les maternelles relevant de l’éducation prioritaire, 32 élèves pour les autres.

(J’aimerais bien les voir, ces messieurs décideurs, face à 32 bambins de 3 ans, pendant toute une journée !)

Le gain en emplois se calculera en prenant en compte les éléments suivants :
– nombre de fermetures liées à la  » déscolarisation  » des deux ans (toutes écoles, hors éducation prioritaire et en éducation prioritaire) ;
– incidence sur le nombre moyen d’élèves par classe, toutes écoles confondues, hors éducation prioritaire et éducation prioritaire ;
– nombre total de fermetures proposées en tenant compte du nombre d’élèves par classe (toutes écoles, hors éducation prioritaire et en éducation prioritaire).

4- Sédentarisation des enseignants « hors la classe »

(« sédentarisation » : comprenez que les enseignants en question vont être tout simplement réintégrés dans le « bloc commun » et affectés dans une classe.)

Un indicateur LOLF recense la part du potentiel enseignant en responsabilité d’une classe. Il représente 83,07 % des emplois. Cet indicateur correspond à plus de 52 000 emplois.
Cela étant, le nombre des enseignants  » hors la classe  » peut être limité à certaines catégories de personnels :
– les enseignants chargés de la prévention et du traitement des difficultés scolaires (dont RASED) : 12 918,5 emplois ;
– les enseignants qui accueillent les primo-arrivants : 920,75 emplois ;
– les enseignants affectés à la scolarisation des enfants malades ou handicapés, hors classe d’inclusion scolaire et classe d’adaptation : 4 102 emplois ;
– les enseignants affectés à l’enseignement à l’extérieur des écoles : 1 987,5 emplois ;
– les conseillers pédagogiques : 3 618,25 emplois ;
– les personnels en situations diverses (MAD, fonctions exceptionnelles, PACD/PALD, décharges syndicales) : 1 783,5 emplois.

Ces personnels représentent 25 353,5 emplois à la rentrée 2009.

La durée de l’enseignement scolaire dans le premier degré est désormais fixée à vingt-quatre heures hebdomadaires dispensées à tous les élèves auxquelles s’ajoutent deux heures d’aide personnalisée en très petits groupes pour les élèves rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages. Cet effort représente l’équivalent de 16 000 postes d’enseignants entièrement dédiés à aider les élèves qui en ont le plus besoin.

Dans ce nouveau contexte, la contribution des enseignants spécialisés des RASED, qui s’ajoute à cet effort, doit évoluer.

(On a déjà commencé à les supprimer, d’ailleurs…)

Plusieurs scénarios doivent être examinés :

– suppression des seuls maîtres G (non-remplacement des départs en retraite et affectation en classe) et poursuite de la politique de sédentarisation des maîtres E dans les écoles où la difficulté scolaire se manifeste le plus (sans économie) ;
– suppression des maîtres G et des maîtres E ; pour ces derniers, il convient d’estimer quel est le besoin de maîtres E maintenus en  » surnuméraires  » dans les écoles, voire dans des structures ad hoc (milieu rural par exemple) ;
– un troisième scénario intègre, en plus du scénario précédent, la mise en extinction des psychologues scolaires.

(maîtres E, chargés de l’aide pédagogique, maîtres G, rééducateurs : gens inutiles s’il en fut !)

S’agissant des autres enseignants n’assurant pas la responsabilité d’une classe, conseillers pédagogiques ou « faisant fonction », personnels assurant des fonctions d’animation, de soutien et de coordination pédagogiques ou des fonctions administratives, postes dits  » exceptionnels « , les  » taux d’encadrement  » sont très variables et ne correspondent pas nécessairement aux caractéristiques territoriales et structurelles. Des marges d’optimisation existent et doivent être mises en œuvre. Il s’agit également de recentrer ces personnels sur la politique éducative, d’éviter la dispersion de leur activité au profit d’activités périphériques et de réexaminer le bien-fondé de certaines situations, qui correspondaient à des besoins ponctuels.

A la rentrée 2009, environ 2 000 emplois de RASED ont été supprimés, ces emplois étant principalement occupés par des professeurs des écoles qui n’étaient pas titulaires d’un diplôme d’enseignement spécialisé. 248 emplois affectés aux besoins éducatifs particuliers ont été supprimés. Au total, 2 200 emplois ont été supprimés, alors qu’une mesure de suppression de 3 000 emplois était inscrite au PLF 2009. Par ailleurs 1 248 emplois de RASED ont été affectés en surnuméraire auprès d’une ou deux écoles concentrant des difficultés sociales importantes.

Les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de cette mesure montrent qu’elle nécessite une affirmation et un accompagnement politiques importants. Il vous est demandé ici un exercice d’évaluation du besoin minimal en maîtres E et des conséquences en termes de libération d’emplois de l’absence de recrutement nouveau de psychologues scolaires et de maîtres G.

S’agissant des conseillers pédagogiques ou  » faisant fonction  » (3 618,25 emplois) au nombre d’environ 3 620), le ratio d’encadrement moyen est de 89 enseignants par conseiller et le ratio le plus élevé de 116 enseignants par conseiller. Il est probable que la  » bonne cible  » nationale est comprise entre les deux. Aussi, vous est-il demandé de procéder à un examen de l’activité des conseillers pédagogiques et de leur productivité.

(Oui… un conseiller pédagogique peut facilement prendre en charge une bonne centaine d’enseignants, voire plus… Il n’a pas grand chose à faire…)

Pour les enseignants assurant d’autres fonctions (animation, coordination, activités au profit d’autres organismes), la pertinence de ces missions doit être réévaluée.

Ce vivier doit être recentré sur les missions prioritaires du système éducatif et constitue une véritable marge.

Au titre de l’action  » besoins éducatifs particuliers  » (RASED, scolarisation des enfants handicapés,…), pour une moyenne nationale de 7,75 %, les taux vont de 6,33 % à 9,50 % en métropole seule. Pour le pilotage et l’encadrement pédagogique, pour une moyenne nationale de 4,48 %, les taux vont de 3,7 % à 5,75 %.

Sur la base des projections de départs de maîtres G et de psychologues scolaires et en supposant un niveau de recrutement nul, une fois les départs en formation déjà actés pris en compte, il est demandé d’en déterminer l’incidence sur les emplois.

(Psychologues scolaires ? Ça sert à quelque chose, ces bêtes-là ?)

S’agissant des maîtres E, vous indiquerez le niveau cible correspondant au volume minimum, qu’il vous paraît souhaitable de maintenir soit en surnuméraire dans les écoles où les élèves rencontres les difficultés scolaires les plus importantes, soit dans des structures ad hoc permettant de garantir un maillage territorial suffisant. Il vous appartient de déterminer le rythme d’atteinte de cette cible en utilisant les marges offertes par les départs en retraite et l’affectation de ces enseignants devant une classe.

5 – Intervenants extérieurs en langue vivante et assistants étrangers dans le premier degré

Il s’agit pour l’académie d’examiner dans quelles conditions des emplois d’intervenants extérieurs en langue vivante et d’assistants étrangers peuvent être supprimés sans nuire à la qualité de la formation dispensée aux élèves.

Depuis plusieurs années, le cursus des professeurs des écoles leur permet d’être habilités à enseigner les langues vivantes à l’école. Ce sera également le cas des professeurs des écoles recrutés à compter de la rentrée 2010.

(Ah ben ! S’ils sont habilités, c’est qu’ils sont capables, pas vrai ?)

Le nombre d’emplois délégués pour la rentrée 2010 est le suivant :
– assistants étrangers : 1 059 emplois
– intervenants extérieurs : 1 475,5 emplois

L’écart entre le nombre d’emplois délégués et la consommation est très important de l’ordre d’un millier d’emplois ; la suppression de ce volume d’emplois devrait donc être sans conséquence sur l’enseignement des langues.

Je vous parlerai un autre jour du collège et du lycée…

Tags: , ,

3 Responses to “13 : le nombre magique…”

  1. Axel dit :

    Je suis franchement admirative de celles et ceux qui prennent encore la peine de démontrer à quel point il s’agit d’attaques dévastatrices contre l’Education de moins en moins Nationale.

  2. Brown dit :

    Je suis intervenante en langue, venue de l’étranger. Malheureusement, je ne pense pas qu’une « habilitation » en langue veut obligatoirement dire que le professeur titulaire est particulièrement compétente ou à l’aise dans cette langue. En France, on ne prend pas bcp en compte l’expérience de la personne, sa personnalité et sa méthode. La seule chose qui semble compter est la diplome, et surtout des connaissances plutot théoriques.

    J’ai constaté plusieurs professeurs titulaires, soi-disant « habilités » qui, non seulement n’osaient pas échangé une seule phrase en anglais avec moi mais qui n’étaient incapables de s’exprimer en anglais ou suivre une conversation trés basique, ce que j’ai trouvait un peu effrayant et prejudiciable pour les élèves. Conclusion: l’éducation nationale à souhaité faire des économies avec un projet de supprimer des intervenants extérieurs en langues, parce que ces intervenants leur coute de l’argent (meme si on est payé au smic). Du coup, c’est très façile à etre « habilité », meme si vous ne savez pas parler anglais.

  3. Ex-prof dit :

    Tout à fait d’accord avec vous !

    Voir sur ce sujet le blog d’un professeur des écoles : son analyse de la situation – et les commentaires – sont très éclairants…

Leave a Reply