Archive pour le mot-clef ‘Autobiographie’

Autobiographies et autres lectures…

Samedi 14 janvier 2012

Je lis rarement des autobiographies. Je ne suis pas curieuse de la vie d’inconnus. J’en lis parfois, en ce qu’ils sont des témoignages d’une époque ou d’un problème particulier : je pense à Un secret, de Philippe Grimbert, par exemple.

C’est pourquoi je suis la première étonnée de poursuivre ma quête de Michel del Castillo… Après De père français, j’ai dû lire 5 ou 6 autres ouvrages de cet auteur… et en lirai sans doute d’autres encore. Et je ne cherche que ceux qui se rapportent à son histoire personnelle, sous forme romancée ou non.

Je me suis pareillement surprise à lire avec un réel plaisir Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan, que j’avais pris un peu par hasard à la bibliothèque. Ce n’est pas réellement une autobiographie, puisque l’auteur tente d’écrire l’histoire de sa mère, et non la sienne… Mais les deux se mêlent forcément. Et plus encore parce que l’auteur évoque ce qu’elle a appris des entretiens avec sa famille, les documents que les uns et les autres lui ont confiés pour son projet.

En parlant hier avec la bibliothécaire, j’ai cru comprendre ce qui m’accrochait chez ces deux auteurs (outre l’histoire, bien particulière, de Michel del Castillo) : leurs questionnements, leurs hésitations, leurs retours sur eux-mêmes, leurs perceptions du passé, des gens qu’ils avaient côtoyés. Ni l’un ni l’autre ne donne à lire une « vérité vraie » ; l’un comme l’autre savent qu’en ce domaine, la vérité n’est que partielle, partiale, et même fugace : tel sentiment violent écrit, par exemple, dans un journal intime, n’éveille plus aucun écho chez l’adulte qui le relit. Bousculé par des événements ultérieurs, le passé se modifie, se transforme, oblitère certains faits, en exalte d’autres…

Si ma vie n’a aucun rapport avec celles de ces deux auteurs, je me sens cependant engagée dans leur démarche : leurs incertitudes, je m’y retrouve… En fait, elles m’apprennent beaucoup sur les miennes…

Voici les notes que j’ai prises sur mes dernières lectures :

Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan

L’auteure (je sais que cette orthographe va faire pester certains lecteurs… mais j’assume !) tente de reconstruire la vie de sa mère, qui s’est suicidée à 60 ans. Elle essaie de comprendre comment cette femme, tantôt proche, tantôt insaisissable, en est venue à cette vie chaotique, traversée par des épisodes de démence, pour finir dramatiquement seule.

Elle fait appel à ses propres souvenirs et impressions, à ceux de sa sœur, de ses oncles et tantes. Mais aussi à quantité de documents écrits, photographies, films, qui laissent percevoir une ou plusieurs facettes de ce personnage. Kaléidoscope d’où ne peut sortir qu’une image fragmentaire, interprétée et personnelle.

L’auteure-narratrice navigue entre les moments racontés et celui de l’écriture : elle s’interroge sur son projet, sur ce que lui ont dit les uns et les autres, sur la finalité de ce récit qui traverse des moments douloureux pour la famille. Elle découvre l’enfance de sa mère, troisième de 7 enfants, les deuils de la famille, les silences étouffant ce qui ne doit être dit.

Un livre prenant. Non pas bouleversant, car l’auteure ne cherche pas à émouvoir le lecteur. Elle le prend plutôt à témoin de sa quête, et le renvoie ainsi à sa propre histoire familiale.

Tanguy, de Michel del Castillo

Un « roman » qui participe à la quête de l’auteur de sa propre histoire. Ici, c’est surtout le séjour en camp de concentration, en Allemagne, qui est conté. Puis l’enfermement dans un « orphelinat » en Espagne. Enfin, brièvement, le retour en France, chez son père, puis chez son oncle.

Toujours aussi bouleversant…

* * *

J’ai parlé dernièrement d’Enfant 44, de Tom Rob Smith. Il ne faudrait surtout pas croire que je me suis arrêtée à la phrase citée ! J’ai beaucoup apprécié ce « polar » d’un genre bien particulier :

L’auteur part d’une histoire vraie, celle d’Andrei Chikatilo, assassin de plus de 50 femmes et enfants en Russie dans les années 90. Mais il en fait une autre histoire, dont il gomme (entre autres) viols et anthropophagie.

Le récit suit Léo, fonctionnaire du KGB, qui n’a jamais remis en cause le bien-fondé de ses missions. Cependant, à la suite d’une disgrâce, il se retrouve avec sa femme dans un petit village à des centaines de kilomètres de Moscou, et découvre un crime qui ressemble comme un frère à celui qu’il a nié à Moscou, sur les ordres de ses chefs (les criminels en série ne pouvant exister que dans les pays capitalistes…). Peu à peu, il tente d’enquêter discrètement, découvre d’autres crimes semblables, dans des lieux variés. Mais, chaque fois, un criminel a été découvert et exécuté…

Cela remet en cause toute sa foi dans son pays, et il va maintenant quêter inlassablement la vérité, malgré les risques qu’il encourt, ainsi que sa femme, qui l’accompagne dans sa quête.

Roman passionnant par ce fond historique et politique (Russie de 1953) et par l’évolution du personnage, devenu « contestataire » bien malgré lui.

Bonnes lectures !

On n’est pas seul !

Vendredi 8 mai 2009

J’ai donné un jour à des 4èmes, avec lesquels je travaillais sur l’autobiographie, un sujet de devoir : ils devaient résumer rapidement 4 épisodes de leur vie, et terminer par une sorte de « bilan » et/ou des rêves d’avenir.

Voici le premier paragraphe du devoir d’un élève :

« Je ne suis pas né et déjà commence la lutte pour survivre. Nous sommes deux dans le ventre de maman. Deux, chacun son sac, tout est noir. C’est petit un ventre quand on est deux dedans. Tiens, un coup de pied… tiens, un coup de poing. A la sortie, « j’ai gagné », je suis seul dans mon lit mais je le cherche encore. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce début m’a surprise ! D’autant que cet élève ne brillait pas par son style ni par son travail… Je ne sais plus pour quelle raison le devoir avait été fait à la maison, mais je ne l’ai pas noté, pensant qu’il avait copié ce texte quelque part…

On avait bien vu en classe un extrait d’autobiographie qui commençait par une évocation de la vie intra-utérine… mais c’était bien la première fois qu’un élève l’évoquait !

Cela m’a suffisamment troublée pour que je montre le devoir à des collègues. Bien m’en a pris, ô combien !

D’abord, j’ai appris que cet élève avait eu un jumeau, mort à la naissance (et il avait un frère et une sœur jumeaux, beaucoup plus jeunes que lui) !!!

Ensuite, une collègue, qui avait des jumelles, m’a expliqué que l’une d’elles, plus « gros bébé » (très relativement !) que l’autre à la naissance, ressentait, à 13 ou 14 ans, une certaine « culpabilité » vis-à-vis de sa sœur, comme si elle lui avait « volé » sa part… La collègue avait longuement expliqué à ses filles que c’était elle « la responsable », du fait de l’étroitesse de son bassin…

Paragraphe copié ? Même s’il l’avait été, il était désormais évident que l’élève avait retranscrit sa propre souffrance, et qu’il se sentait coupable d’avoir « tué » son jumeau… La fin de son devoir était d’ailleurs un « rachat » : l’élève s’imaginait à 40 ans, attendant l’accouchement de sa femme… « Une infirmière sort de la salle, s’avance vers moi : « M. D., vous avez 2 jumeaux, 2 filles et 2 garçons »« .

Un bref entretien avec l’élève en question s’imposait. Bref, parce que je n’étais pas à l’aise du tout de lui parler de choses aussi intimes. Ma collègue m’avait donné le « fil » de mon propos, mais je ne me sentais pas du tout capable de « broder » autour ! D’un autre côté, c’est dans un devoir, que l’élève avait écrit ces lignes. Pas dans un journal intime ou une lettre personnelle. Il attendait donc quelque chose de moi, lectrice et correctrice. Au minimum, sans doute, que je prenne conscience de son fardeau.

J’ai donc vu l’élève, l’ai félicité pour son travail, lui ai expliqué pourquoi je ne pouvais pas le noter, et lui ai dit que, bien sûr, c’était à cause de l’étroitesse de l’utérus de sa mère (c’était sa première grossesse) que son jumeau n’avait pas vécu…

Je ne sais s’il s’en souvient, mais ce fut pour moi un de mes plus difficiles entretiens !

Pourquoi je vous raconte ça ?

Pour vous montrer que l’inattendu surgit parfois, et qu’il nécessite une réponse adaptée. Pour dire surtout aux « futurs profs » qui me font l’honneur de me lire de ne pas craindre de demander l’avis de collègues. Pas seulement parce qu’on débute, mais parce qu’une autre personne peut avoir une meilleure compréhension de la situation, et trouver une réponse mieux adaptée.

Bien sûr, au fil du temps, on apprend à sélectionner les collègues à qui s’adresser : il y en a dont la façon de penser est trop différente de la sienne propre pour pouvoir être « éclairants ».

Et même, si vous avez de la chance, votre chef d’établissement pourra peut-être vous éclairer sur tel cas, vous conseiller, rencontrer élève ou parents…

Oui, encore une fois, c’est un métier difficile !

Mais… on n’est pas seul !