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Un peu de « bon sens » ???

lundi, août 1st, 2011

Je vous ai déjà parlé de ce « florilège » réalisé par le SNES à partir des témoignages de collègues au sujet du Brevet… J’ai eu beaucoup de mal à faire des choix dans ce corpus, qui vaut la peine d’être lu en entier !

– Dans un collège des Hautes Alpes (05) : la validation a été faite toute l’année sur Pronote mais les collègues ont appris le 24 mai que la validation sur Pronote n’était pas valable et qu’il fallait tout recommencer sur Notanet pour… le lendemain, dernier délai.

– Dans un collège de Saône et Loire (71), le conseil pédagogique a décidé que les items étaient répartis entre les disciplines mais que chacun faisait ce qui lui plaisait et qu’un enseignant pouvait invalider un item validé par un autre : c’est donc le dernier collègue qui est « passé » qui a eu le dernier mot.

– Dans l’académie de Montpellier, les IPR d’EPS prodiguent une page et demie de conseils aux enseignants d’EPS sur leur participation à la validation de la « compétence » n° 1 (maîtrise de la langue française) et … 3 lignes sur les deux items spécifiques à l’éducation physique !

– Entendu dans un collège de Guyane (973) :
Professeur d’EPS : Comment renseigner l’item « savoir nager » alors que les élèves de la classe n’ont pas eu piscine ?
Chef d’établissement : Pour ne pas les pénaliser, il suffira de demander aux élèves s’ils savent nager.

– Dans un collège de la Marne (51), un IPR a expliqué que l’on pouvait valider l’item « faire preuve d’initiative » si on voyait un élève ramasser les dictionnaires dans la classe.

Après une représentation particulièrement réussie de la chorale, un chef d’établissement est allé voir le professeur d’éducation musicale, a omis de la féliciter mais lui a fait remarquer : « Vous allez pouvoir valider plein d’items avec ça. »

– Dans un collège du Nord (59), le chef d’établissement a demandé que le socle soit validé pour tous les élèves, sauf ceux qui ont cumulé des problèmes « sérieux » dans le travail et dans la conduite (liste à établir avec les équipes pédagogiques).

– Entendu lors de l’audience du 26 mai 2011 obtenue au ministère à propos du LPC
SNES : Les enseignants de français ne se retrouvent pas dans un LPC où leur discipline est éclatée en plusieurs piliers et où la « compétence » n° 1 (maîtrise de la langue française) peut être validée par un professeur de n’importe quelle discipline.
Conseiller du ministre : Le fait que tout professeur de quelque discipline que ce soit puisse valider la « compétence » 1 est une avancée. Tous les professeurs disent en effet que les élèves qui ne maîtrisent pas le français rencontrent des difficultés dans les autres disciplines. Tous les enseignants sont donc amenés à enseigner le français (sic !) et à valider la maîtrise de la langue par les élèves.

Le ministère ne confondrait-il pas l’utilisation de la langue et son enseignement ?

– Entendu dans un collège de Seine-Saint-Denis (93) :
Professeurs : Comment savoir si une compétence est vraiment acquise ?
Administration : Eh bien, c’est simple, il suffit d’appliquer la règle des 3 fois.
Professeurs : [surprise générale]
Administration : Mais si, c’est simple ! Un élève qui dit bonjour trois fois a ses items « interaction » et « prise d’initiative » validées dans les piliers 6 et 7.

Administration : Comme nous ne consacrerons que 2 heures par classe pour établir le niveau d’acquisition des compétences, il va falloir aller à l’essentiel, j’ai donc décidé que tous les élèves avec au moins 12 de moyenne auront leur socle validé.

– Dans un collège du Puy de Dôme (63), le chef d’établissement a validé le socle pour tous les élèves et demandé aux enseignants de « dé-valider » ensuite les élèves posant « problème », ce qu’ils ont refusé de faire.

– Dans un collège du Gers (32), où le chef d’établissement a validé tous les élèves derrière les enseignants, un élève qui avait eu 2 de moyenne en anglais a eu son niveau A2 validé dans cette langue.

– Dans un collège de la Meurthe et Moselle (54), le chef d’établissement convoque depuis plusieurs années les profs de LV dans son bureau et les « cuisine » jusqu’à ce qu’ils acceptent de valider le niveau A2 de certains élèves faibles, en leur tenant des propos culpabilisants du style : « Si l’élève n’a pas le niveau, c’est que vous n’avez pas fait votre travail d’enseignant. Qu’avez-vous fait pour aider cet élève ? ».

– Dans un collège du Val d’Oise (95), le chef d’établissement a validé lui-même les items en se basant sur les résultats du brevet blanc.

– Entendu dans un collège de Seine et Marne (77) :
Professeur principal : huit items sur seize, cela fait 50%, on peut donc valider la « compétence » ?
Chef d’établissement : Oui bien sûr… Normalement, il faut 80% des items pour valider une compétence, mais c’est élastique.

– Dans un collège de l’Aube (10) : les équipes ont eu 3 semaines pour remplir les grilles mais il n’y a pas eu de réunion de concertation. Le chef d’établissement a ensuite réuni les professeurs principaux de 3ème un midi et leur a suggéré d’atteindre 90 % d’élèves validés (consignes de l’IA) et de ne pas valider les élèves dont tout le monde était sûr qu’ils n’auraient pas le brevet, afin de « garder une certaine crédibilité ».

– Dans un collège de la Haute Savoie (74), le chef d’établissement a demandé que les professeurs principaux ne dépassent pas « 3 ou 4 élèves maximum par classe » pour lesquels le socle ne serait pas validé.

– Dans un collège du Var (83), le chef d’établissement a déclaré : « il ne faut pas dépasser les 15% d’échec car c’est gênant pour les statistiques que l’on remonte au rectorat ».

– Dans l’académie de Mayotte (976), une IPR d’anglais a fait passer par écrit des consignes aux principaux de collèges pour que le niveau A2 en anglais soit validé pour un nombre plus important d’élèves.
Extraits du courriel qu’elle a envoyé le 4 avril : « Le niveau faible de beaucoup d’élèves et par conséquent le faible taux de validation du A2 les années précédentes, a placé l’académie dans une position très peu avantageuse … J’en appelle à votre pouvoir de persuasion pour amener les enseignants à comprendre que le niveau A2 est juste ce que l’on appelle le ‘niveau de survie’ qui correspond à l’expression ‘grand débutant’, et que c’est un niveau ‘socle’ … J’ai noté une certaine amertume chez les enseignants quand vous validez contre leur gré, mais vous avez ce pouvoir. Permettez-moi de vous signaler toutefois qu’il serait souhaitable de ‘négocier’ avec eux sur la base des considérations ci-dessus. Je compte sur vous pour les convaincre du bien-fondé de vos décisions afin qu’ils accueillent avec plus d’enthousiasme ces nouveaux modes d’évaluation et qu’ils leur accordent plus de crédit…. » .

– Dans un collège du Gard (30), un professeur de Français aboutit à la non validation de la « compétence » n° 1 pour près de 30% de ses élèves. Considérant que cela perturbait « ses quotas », le chef d’établissement a repris l’évaluation du collègue afin d’obtenir un résultat plus conforme à « l’objectif de performance assigné à l’établissement ».

Florilège sur l’épreuve orale d’histoire des arts

– Dans un collège du Gard (30), le chef d’établissement a imposé les consignes de notation suivantes : mettre entre 10 et 12 à ceux qui présentaient quelque chose de « pas terrible », entre 12 et 14 à ceux qui avaient un peu travaillé… et ainsi de suite jusqu’à 19.5 (car il a décidé que la note de 20 sur 20 n’était pas possible)

– Dans un collège de la Moselle (57), des jurys ont été composés de professeurs d’EPS et technologie qui n’avaient pas participé à l’enseignement d’histoire des arts. Les notes ont par ailleurs été communiquées aux élèves dès le lendemain des oraux.

– Dans un collège des Yvelines (78), le chef d’établissement a relevé « à vue de nez » les seules notes des élèves qui avaient des chances d’obtenir le DNB.

– Dans un collège de la Vienne (86), les enseignants ont été contraints, lors de l’harmonisation des notes, de mettre la moyenne à tout le monde, même si certains élèves avaient dit des inepties.

– Dans un collège de l’Essonne (91), le chef d’établissement a modifié, sans convoquer de réunion d’harmonisation, certaines notes attribuées par 3 des 4 jurys au motif que les notes attribuées par le 4ème jury avaient été bien supérieures.

– Dans un collège du Puy de Dôme (63), 4 jurys ont fait passer l’oral avec la même grille d’évaluation après harmonisation, en appliquant les recommandations d’une IPR venue expliquer ce qui était attendu lors de l’épreuve orale. Mais le principal adjoint a déclaré, lors des conseils de classe, qu’il avait dû gonfler les notes de vie scolaire pour contre-balancer « la catastrophe nucléaire des résultats de l’Histoire des Arts » (sic).

* * *

On pourrait conclure de ces extraits que les chefs d’établissement font parfois n’importe quoi… Ce serai oublier qu’ils sont, comme les Inspecteurs Pédagogiques, soumis à des « obligations de résultats » dont dépendent non seulement leur carrière, mais aussi les dotations horaires pour leur collège… Si le ministère a décidé qu’il fallait au moins 80% de « réussites », les établissements qui ne respectent pas ce taux risquent fort d’être « mal notés »… et d’en subir les conséquences du point de vue « moyens » octroyés (suppression de postes, augmentation du nombre d’élèves par classe, suppression d’options…).

Le « Brevet » n’a plus rien d’un examen : c’est un outil de chantage entre le ministère et les personnels de l’Éducation dite « Nationale »… qui n’a de « Nationale » que l’obligation de correspondre aux statistiques prédéfinies !

Pé-da-go-gie ! (bis)

lundi, février 9th, 2009

Bien sûr, notre ministre ne pense pas qu’à l’argent… il songe très fort à notre pédagogie, et nous fournit les outils nécessaires.

Ainsi, voici ce qu’on trouve dans ce même discours pour le primaire :

Des ressources pour faire la classe

Des ressources pour faire la classe seront mises en ligne à destination des enseignants et des équipes d’école. Certaines comme “L’enseignement de la Shoah à l’école élémentaire” et “L’histoire des arts” sont disponibles depuis la rentrée.

Au moins, les priorités pédagogiques sont clairement montrées.

Tiens, par curiosité, voici les nouveaux programmes du collège :

Arts plastiques

Le programme d’arts plastiques, comme celui d’éducation musicale, s’articule en deux parties : « la pratique artistique » et « la culture, le champ artistique et l’histoire des arts ».

Éducation musicale

Présenté de manière globale pour l’ensemble du collège et non par niveaux, ce programme s’articule en deux champs de compétences : « percevoir la musique, construire une culture » et « produire de la musique ». Le premier champ a pour objet la contribution de l’éducation musicale à l’enseignement d’histoire des arts, le second s’appuie essentiellement sur la pratique vocale.

Français

Les principes de ce programme sont : un cadre chronologique en relation avec les périodes étudiées en histoire, l’étude des principaux genres littéraires, la progressivité dans l’étude de la langue, l’insistance sur l’écriture comme activité fédératrice des cours de français et la mémorisation des connaissances linguistiques et culturelles.
Les grands champs de connaissances et de compétences sont déclinés à chaque niveau : étude de la langue (grammaire, orthographe, lexique), lecture (textes littéraires, image), expression écrite, expression orale, histoire des arts.

Histoire-géographie-éducation civique

* Histoire : le programme présente un parcours de l’Antiquité jusqu’à nos jours comme dans les programmes précédents. Des choix ont été opérés qui rompent toutefois avec ces derniers tant par les thématiques que par les périodisations attachées à chaque niveau (à l’exception de la classe de 3ème consacrée comme aujourd’hui à la période postérieure à 1914).
L’histoire des arts représente un tiers du programme d’histoire.

Histoire des arts
Les objectifs de l’enseignement de l’histoire des arts :
* offrir à tous les élèves, de tous âges, des situations de rencontres, sensibles et réfléchies, avec des œuvres relevant de différents domaines artistiques, de différentes époques et civilisations ;
* les amener à se construire une culture personnelle à valeur universelle fondée sur des œuvres de référence ;
* leur permettre d’accéder progressivement au rang d’ « amateurs éclairés », maniant de façon pertinente un premier vocabulaire sensible et technique ;
* les aider à franchir spontanément les portes d’un musée, d’une galerie, d’une salle de concert, d’un cinéma d’art et d’essais, d’un théâtre, d’un opéra, et de tout autre lieu de conservation, de création et de diffusion du patrimoine artistique ;
* leur donner des éléments d’information sur les métiers liés aux domaines des arts et de la culture.

Définition

L’enseignement de l’histoire des arts prend appui sur trois piliers :
* Les périodes historiques définies par les programmes d’histoire à chacun des niveaux du cursus scolaire.
* Six grands domaines artistiques : les arts de l’espace, les arts du langage, les arts du quotidien, les arts du son, les arts du spectacle vivant, les arts du visuel
* La  » liste de référence  » ou les  » listes de thématiques  » :
– Dans le premier degré, les professeurs choisissent les œuvres à étudier à partir de la liste de référence du programme de l’école primaire.
– Dans le second degré, collège et lycée, la liste de référence est remplacée par les listes de thématiques.
Les contenus sont définis dans les volets « histoire des arts » des programmes, l’organisation de l’enseignement est fixée par un arrêté spécifique.

http://www.education.gouv.fr/cid23517/point-d-etape-et-programme-d-action-pour-2009.html

(Entre parenthèse, les « piliers » sont un des mots-clés que l’on retrouve un peu partout depuis l’invention du « socle commun ». Dans une forêt de piliers, qu’on se trouve ! Une vraie cathédrale ! Il est vrai que les sympathies religieuses de certains ne sont plus un secret pour personne…)

Pardon ? Vous trouvez qu’il y a quelques « répétitions », dans ces programmes, des « redondances » ? C’est sans doute que j’ai méchamment souligné quelques mots… Autrement, vous ne vous en seriez sûrement pas aperçus… Si ? Ah bon !

Donc : la matière principale du collège devient l’histoire des arts. Bientôt éliminatoire au Brevet, je suppose… Si on lit bien, cette « nouvelle matière » représente la moitié des enseignements artistiques, le cinquième de l’enseignement du Français, le tiers de l’enseignement de l’Histoire. Qu’est-ce qu’ils vont être cultivés, les collégiens de demain ! Il est vrai que les objectifs sont ambitieux :

* les amener à se construire une culture personnelle à valeur universelle fondée sur des œuvres de référence ;
* leur permettre d’accéder progressivement au rang d’ « amateurs éclairés », maniant de façon pertinente un premier vocabulaire sensible et technique ;
* les aider à franchir spontanément les portes d’un musée, d’une galerie, d’une salle de concert, d’un cinéma d’art et d’essais, d’un théâtre, d’un opéra, et de tout autre lieu de conservation, de création et de diffusion du patrimoine artistique

Pauvres parents des futurs collégiens ! Non seulement ils devront écouter – sans toujours comprendre ! – les dissertations des « amateurs éclairés » qu’ils ont engendrés, mais ils devront en plus leur payer des entrées dans des tas de lieux… où les places sont chères ! Prévoit-on d’augmenter la « prime de rentrée », pour que les parents puissent offrir à leurs petits les billets à 20 € ou plus ?

Demander à ce que l’histoire des arts représente un tiers du programme d’Histoire ne vous paraît pas un peu… excessif ? Comme si c’était plus important que la vie des gens qui ont fait cette Histoire ! Et je ne parle évidemment pas ici des rois et hommes politiques (du moins, pas seulement !), mais des grands mouvements paysans, ouvriers et philosophiques qui ont traversé notre pays (et l’Europe, et les autres continents) au fil des âges… Déjà que les professeurs avaient à peine le temps d’évoquer la Révolution française, et qu’ils zappaient le plus souvent les révolutions du 19ème siècle, sans parler de la Commune, carrément hors-programme !

Tiens, une anecdote : en 1988, réunion des profs d’Histoire avec leur Inspecteur qui leur montre (pédagogiquement !) comment découper leur programme de 4ème en heures bien pensées, de façon à couvrir tout le programme. A la fin, des professeurs s’aperçoivent que la Révolution de 1789 (et années suivantes !) doit être traitée… en 2 heures ! Et pof ! on arrive à l’Empire ! Pour l’année du bi-centenaire, ça la fichait plutôt mal ! ils ont réussi à grappiller quelques petites heures, pour étoffer un peu le sujet…

Attention ! Je ne m’élève pas contre l’entrée de l’histoire des arts au collège ! D’ailleurs… elle y est entrée il y a bien longtemps ! Dans toutes les matières citées ci-dessus, les enseignants montrent forcément des œuvres d’art à leurs élèves ! Et je pense que, par exemple, les œuvres modernes étudiées en Arts plastiques évitent à un certain nombre d’adultes de taxer d’un méprisant « C’est du Picasso ! » un tableau ou une sculpture auxquels ils n’auraient pas eu accès sans cela.

Prenez n’importe quel manuel d’Histoire de niveau collège… et vous y trouverez de très nombreuses reproductions de tableaux, scuptures, objets d’art ! Et dans un manuel de Français, vous en trouverez beaucoup aussi !

Alors, quoi de neuf, finalement ?

Ce qui est nouveau, c’est l’extrême importance donnée à l’histoire des arts, au détriment du reste. Cette redondance voulue, obligatoire.

Je me demande s’il y a déjà eu, dans l’histoire des programmes, une telle intrusion des lubies d’un seul homme… Peut-être que oui… mais qu’ils étaient plus discrets ?