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Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ?

samedi, juin 27th, 2009

Jeudi matin, quand chaque élève de 5ème a eu dit « une chose qu’il avait apprise cette année » (dans les heures de Français, évidemment !), une élève a posé cette question :

« Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ? »

Ce n’est pas la réciproque de ma question, vous l’avez sans doute remarqué : je n’avais pas demandé « qu’est-ce que JE vous ai appris ? »…

J’ai bredouillé je ne sais quoi, sans doute qu’il était l’heure de ranger la salle… ou bien les autres élèves ont couvert ma voix… Toujours est-il que je n’ai PAS répondu… à cette très pertinente question !

Qu’est-ce qu’ils m’ont appris, mes élèves ?

Hors de question de détailler, évidemment : j’en serais tout à fait incapable !

Mais : oui, c’est évident, mes élèves m’ont beaucoup appris !

Et tout d’abord qu’ils avaient, comme moi, leur famille, leurs amis, leurs soucis, leurs rêves, leurs jeux, leurs ennuis… et même leurs moments de paresse, de vague à l’âme, d’envie de dormir, de s’amuser…

Et donc, qu’ils étaient tous différents, même si je pouvais faire des regroupements par « niveaux » ou quoi que ce soit d’autre. Qu’aucune « étiquette » ne pouvait en résumer un seul.

Que donc, chacun attendait de moi quelque chose, qui n’était pas forcément exactement la même chose que le voisin…

Au fil des ans, ils m’ont appris à comprendre les « blocages » qui pouvaient survenir… et à les aider (pas les blocages : les élèves !).

Ils m’ont appris (oh combien !) la patience…

Ils m’ont appris, par leurs réflexions, leurs résultats, à peaufiner mes cours… et mes contrôles !

Ils m’ont appris à les aborder chaque jour d’un oeil « neuf », débarrassé des problèmes qui avaient pu surgir la veille (sauf quand il y avait besoin de revenir sur ces problèmes !).

Ils m’ont appris à ne pas leur tenir rancune, que ce soit pour leur comportement, pour leurs silences, leurs bavardages… ou leurs mauvais résultats.

Ils m’ont appris à écouter, vraiment, ce qu’ils avaient à me dire, sur leur histoire personnelle ou sur leurs apprentissages.

Ils m’ont appris à « tenir mes distances »… et en même temps, à prendre en compte leur demande de « complicité » (en tout bien tout honneur, cela va sans dire !).

Ils m’ont appris…

Ils m’ont appris tant de choses !

Ils m’ont appris à être prof… et, finalement… à être moi…

A tous mes élèves, ceux de cette année comme ceux de la lointaine année 1969-70, et à tous ceux que j’ai croisés entre ces deux années frontières :

MERCI !

MERCI !

lundi, juin 22nd, 2009

Qu’il me soit ici permis, en cette fin d’année et de carrière, d’adresser quelques remerciements aux Principales (en titre et adjointe) qui mènent notre collège depuis 3 ans…

(Et s’il ne m’est pas permis… je ferai sans permission ! Un des traits de mon fichu caractère étant, justement, d’agir comme je l’entends…)

J’ai toujours eu quelques problèmes avec les Principaux ou Principales. En général, nos « relations » sont d’abord passées par des phases d’affrontements sur divers points. Je reconnais bien volontiers que je ne suis pas d’un caractère « facile »… et qu’il suffit que l’Autorité débarque pour que je me sente l’âme d’une contestataire (un « mai 68 » décalé ?). Par ailleurs, je ne suis pas forcément « typique » dans mes façons de travailler : que je favorise les travaux de groupes, les créations de spectacles, les recherches (et débats !) sur des thèmes non littéraires, m’ont valu une certaine suspicion de la part des Principaux. Il leur a fallu du temps pour qu’ils comprennent que je « faisais mon travail », même si ce n’était pas à leur manière.

Ma grande Surprise, à l’arrivée de ces deux Principales, a été de rencontrer des Personnes. Qui, elles-mêmes, me traitaient comme une Personne.

Déjà, un signe : leurs bureaux ont généralement porte ouverte (sauf réunion ou entretien privé, évidemment !).

Un autre signe : leur joyeux « Bonjour, Mme X ! », comme si elles étaient particulièrement heureuses de croiser un professeur dans le collège.

Et encore : la décoration de leurs bureaux, avec des photos ou images (ou autres !) leur appartenant personnellement…

D’un coup, nous étions à des années-lumière de celle qui disait : « Ici, je représente le Ministre ! »…

Assez vite, nous avons parlé d’autres centres d’intérêt : photo, pastel, image, roman policier… La Principale m’a prêté une bonne quarantaine de ces excellents romans à l’origine du roman « policier ethnologique » qui se passent en Australie, avec l’inspecteur… Napoléon Bonaparte…

Leur intérêt pour mes petites zimages leur a fait me demander d’illustrer le Projet d’Etablissement… Travail qu’elles ont « reconnu » et apprécié…

Mais, par-dessus tout, c’est leur aide que j’ai appréciée : en cas de problème avec un(e) élève, j’ai toujours pu compter sur l’une ou l’autre pour voir le gamin (ou la gamine), discuter avec lui, essayer d’éclaircir le problème ou le laisser dire ce qu’il avait sur le cœur (parfois sans aucun rapport avec l’école, mais plutôt avec la famille, ou des soucis d’orientation)… et me tenir au courant ensuite, afin que je puisse adapter mon comportement à ces nouvelles données.

Il m’est arrivé plusieurs fois qu’un élève éclate en larmes incoercibles pendant un cours : si ni moi ni un de ses camarades ne pouvions le calmer, je pouvais compter sur la Principale Adjointe pour le prendre en charge et l’aider à exprimer ce qui le mettait en cet état…

Il y a 3 ans, j’avais en 3ème un « zozo » (en fait, il y en avait plusieurs, dans cette classe… mais celui-là était le moins facile à « gérer »…). Une idée précise du métier qu’il voulait faire, et aucun goût pour l’école et les études. D’une intelligence au-dessus de la moyenne, par ailleurs, qui lui permettait, lorsque l’envie lui en prenait, de participer au cours. J’ai discuté plusieurs fois avec lui, mais les effets de ces discussions étaient de très courte durée. J’en ai parlé avec la Principale, qui l’a vu plusieurs fois, et à qui il parlait un peu plus facilement de ses soucis.

Un jour, il est entré dans la classe avec les autres… et je le vois ressortir aussitôt. Je l’appelle, mais il ne vient pas. Je vais sur le pas de la porte et lui demande ce qu’il fait :

« Je ne rentre pas. Je vais péter les plombs.

– Tu veux aller voir Mme Y ?

– Pour quoi faire ?

– Pour lui parler de ton pétage de plombs… »

Il a accepté, et est resté environ une heure dans le bureau de la Principale : effectivement, il avait pas mal de soucis à ce moment, et… grand besoin d’en parler !

Plusieurs collègues, au début, n’ont pas apprécié du tout cette attitude : « J’ai envoyé Machin chez la Principale, et elle ne l’a même pas puni ! » « Elles sont trop laxistes ! »

Personnellement, j’ai toujours apprécié leur façon de faire : si l’élève mérite une sanction, je peux la lui donner moi-même, voire l’exclure du cours. Par contre, si, pour une raison ou une autre, je ne peux entrer en relation avec un élève qui « débloque », alors il faut que je passe la main à quelqu’un qui y arrivera peut-être.

Est-ce à dire que j’ai toujours été d’accord avec ce que l’une ou l’autre ont dit ou fait ? Évidemment non, mais nous avons toujours pu en discuter. Et en discuter « entre personnes », et non entre « Autorité » et « sous-fifre » sans importance.

Je crois vous avoir déjà raconté qu’une ancienne collègue, syndicaliste très active (et donc souvent en opposition avec l’Administration) avait suivi la formation de Principal. Revenant nous voir l’année suivante, alors qu’elle était en poste d’adjointe, elle a sorti quelque chose sur « les profs ». « Les profs », comme s’il s’agissait d’une espèce particulière, qui avait des intérêts et des comportements très discutables.

Peut-être que la Principale et l’Adjointe échangent entre elles des propos sur « les profs »… mais ni l’une ni l’autre ne m’ont jamais donné l’impression que je n’étais qu’un spécimen d’une espèce plus ou moins embêtante…

Aujourd’hui que nul ne peut plus me soupçonner de « passer de la pommade » pour obtenir je ne sais quels mirifiques avantages, je veux leur dire, du fond du cœur, MERCI !

Et Merci en particulier de m’avoir fait découvrir, pour mes dernières années de prof, que notre but, au-delà des différences de fonctions, était le même : viser, autant que possible, à l’épanouissement de l’enfant…