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MERCI !

lundi, juin 22nd, 2009

Qu’il me soit ici permis, en cette fin d’année et de carrière, d’adresser quelques remerciements aux Principales (en titre et adjointe) qui mènent notre collège depuis 3 ans…

(Et s’il ne m’est pas permis… je ferai sans permission ! Un des traits de mon fichu caractère étant, justement, d’agir comme je l’entends…)

J’ai toujours eu quelques problèmes avec les Principaux ou Principales. En général, nos « relations » sont d’abord passées par des phases d’affrontements sur divers points. Je reconnais bien volontiers que je ne suis pas d’un caractère « facile »… et qu’il suffit que l’Autorité débarque pour que je me sente l’âme d’une contestataire (un « mai 68 » décalé ?). Par ailleurs, je ne suis pas forcément « typique » dans mes façons de travailler : que je favorise les travaux de groupes, les créations de spectacles, les recherches (et débats !) sur des thèmes non littéraires, m’ont valu une certaine suspicion de la part des Principaux. Il leur a fallu du temps pour qu’ils comprennent que je « faisais mon travail », même si ce n’était pas à leur manière.

Ma grande Surprise, à l’arrivée de ces deux Principales, a été de rencontrer des Personnes. Qui, elles-mêmes, me traitaient comme une Personne.

Déjà, un signe : leurs bureaux ont généralement porte ouverte (sauf réunion ou entretien privé, évidemment !).

Un autre signe : leur joyeux « Bonjour, Mme X ! », comme si elles étaient particulièrement heureuses de croiser un professeur dans le collège.

Et encore : la décoration de leurs bureaux, avec des photos ou images (ou autres !) leur appartenant personnellement…

D’un coup, nous étions à des années-lumière de celle qui disait : « Ici, je représente le Ministre ! »…

Assez vite, nous avons parlé d’autres centres d’intérêt : photo, pastel, image, roman policier… La Principale m’a prêté une bonne quarantaine de ces excellents romans à l’origine du roman « policier ethnologique » qui se passent en Australie, avec l’inspecteur… Napoléon Bonaparte…

Leur intérêt pour mes petites zimages leur a fait me demander d’illustrer le Projet d’Etablissement… Travail qu’elles ont « reconnu » et apprécié…

Mais, par-dessus tout, c’est leur aide que j’ai appréciée : en cas de problème avec un(e) élève, j’ai toujours pu compter sur l’une ou l’autre pour voir le gamin (ou la gamine), discuter avec lui, essayer d’éclaircir le problème ou le laisser dire ce qu’il avait sur le cœur (parfois sans aucun rapport avec l’école, mais plutôt avec la famille, ou des soucis d’orientation)… et me tenir au courant ensuite, afin que je puisse adapter mon comportement à ces nouvelles données.

Il m’est arrivé plusieurs fois qu’un élève éclate en larmes incoercibles pendant un cours : si ni moi ni un de ses camarades ne pouvions le calmer, je pouvais compter sur la Principale Adjointe pour le prendre en charge et l’aider à exprimer ce qui le mettait en cet état…

Il y a 3 ans, j’avais en 3ème un « zozo » (en fait, il y en avait plusieurs, dans cette classe… mais celui-là était le moins facile à « gérer »…). Une idée précise du métier qu’il voulait faire, et aucun goût pour l’école et les études. D’une intelligence au-dessus de la moyenne, par ailleurs, qui lui permettait, lorsque l’envie lui en prenait, de participer au cours. J’ai discuté plusieurs fois avec lui, mais les effets de ces discussions étaient de très courte durée. J’en ai parlé avec la Principale, qui l’a vu plusieurs fois, et à qui il parlait un peu plus facilement de ses soucis.

Un jour, il est entré dans la classe avec les autres… et je le vois ressortir aussitôt. Je l’appelle, mais il ne vient pas. Je vais sur le pas de la porte et lui demande ce qu’il fait :

« Je ne rentre pas. Je vais péter les plombs.

– Tu veux aller voir Mme Y ?

– Pour quoi faire ?

– Pour lui parler de ton pétage de plombs… »

Il a accepté, et est resté environ une heure dans le bureau de la Principale : effectivement, il avait pas mal de soucis à ce moment, et… grand besoin d’en parler !

Plusieurs collègues, au début, n’ont pas apprécié du tout cette attitude : « J’ai envoyé Machin chez la Principale, et elle ne l’a même pas puni ! » « Elles sont trop laxistes ! »

Personnellement, j’ai toujours apprécié leur façon de faire : si l’élève mérite une sanction, je peux la lui donner moi-même, voire l’exclure du cours. Par contre, si, pour une raison ou une autre, je ne peux entrer en relation avec un élève qui « débloque », alors il faut que je passe la main à quelqu’un qui y arrivera peut-être.

Est-ce à dire que j’ai toujours été d’accord avec ce que l’une ou l’autre ont dit ou fait ? Évidemment non, mais nous avons toujours pu en discuter. Et en discuter « entre personnes », et non entre « Autorité » et « sous-fifre » sans importance.

Je crois vous avoir déjà raconté qu’une ancienne collègue, syndicaliste très active (et donc souvent en opposition avec l’Administration) avait suivi la formation de Principal. Revenant nous voir l’année suivante, alors qu’elle était en poste d’adjointe, elle a sorti quelque chose sur « les profs ». « Les profs », comme s’il s’agissait d’une espèce particulière, qui avait des intérêts et des comportements très discutables.

Peut-être que la Principale et l’Adjointe échangent entre elles des propos sur « les profs »… mais ni l’une ni l’autre ne m’ont jamais donné l’impression que je n’étais qu’un spécimen d’une espèce plus ou moins embêtante…

Aujourd’hui que nul ne peut plus me soupçonner de « passer de la pommade » pour obtenir je ne sais quels mirifiques avantages, je veux leur dire, du fond du cœur, MERCI !

Et Merci en particulier de m’avoir fait découvrir, pour mes dernières années de prof, que notre but, au-delà des différences de fonctions, était le même : viser, autant que possible, à l’épanouissement de l’enfant…

Ah ! Mais non ! Ils sont pas tous comme ça !

vendredi, mars 27th, 2009

Voilà que le commentaire d’Odile me met le doute ! Si je vous ai ainsi longuement parlé de « la Duchesse », c’est bien parce qu’elle était très particulière, et en aucun cas représentative des principaux, principales et adjoint(e)s ! N’allez surtout pas croire qu’il y a plus d’incompétents ici… qu’ailleurs ! Des gens comme elle, on en rencontre des tas, dans toutes les professions : un peu de pouvoir, beaucoup d’incompétence… réfléchissez bien… vous êtes sûrs que vous n’avez jamais rencontré ce genre de personne, hors de l’Education Nationale ? Nous avons au moins un avantage : le « pouvoir » d’un principal, surtout en cas d’abus, est vite contrebalancé par les personnes qui gravitent autour de lui : adjoint, conseiller d’éducation, intendant, secrétaire… et enseignants ! Et s’il y a conflit, et qu’il ne peut être réglé sur place, il y a une « autorité supérieure » : le rectorat !

Non, c’est la seule principale que j’aie rencontrée (dans le privé ou le public) qui ait si mal rempli son office ! Tous les autres faisaient honnêtement leur travail… même si je n’étais pas d’accord avec leurs positions et que je le leur faisais savoir ! Je l’ai déjà dit, mes relations avec « l’autorité » ont souvent été conflictuelles au début ; mais cela ne m’a pas empêchée de reconnaître leur valeur ! Et encore… je ne dis rien des « autorités » actuelles, car il leur arrive de jeter un œil sur mon blog… Mais j’avoue que je n’aurais jamais osé rêvé d’une si belle « fin de carrière » !

C’est comme le prof de maths dont j’ai déjà parlé : il était unique, heureusement ! (Mais non, Clément, je ne parle pas de toi !) Il avait pour habitude de démarrer l’année avec une classe en lui donnant un difficile problème d’astronomie (!) que les élèves ne savaient évidemment pas résoudre… Il a fait de même avec la classe de CPPN que nous partagions… Après quoi, il pouvait leur montrer combien LUI était intelligent…

Il m’a toujours semblé évident que j’en savais plus dans ma matière que mes élèves… et qu’il était inutile de me le prouver en les mettant en difficulté… Présomption logique, non ?

Où l’on reparle de la Duchesse…

jeudi, mars 26th, 2009

En attendant vos commentaires et suggestions sur les façons de « mettre au travail » un enfant qui n’en a pas envie, je reviens à « ma Principale bien-aimée » (« la Duchesse », pour son adjoint).

D’une Duchesse (celle d’Alice au pays des merveilles ?), elle avait certes le sens des classes sociales… Si quelques professeurs avaient droit au statut de protégés, il n’en allait pas de même parmi les autres personnels, « menu peuple » indigne de son attention et tout juste bon à obéir. L’intendante et la secrétaire arrivaient parfois à se faire entendre, mais c’était tout juste. Je ne sais par qui elle se trouvait régulièrement en possession d’un certain nombre de magazines ; ce qui est sûr, c’est que la gardienne avait droit aux « Nous Deux », « Intimité », « Femme Actuelle » et autres lectures jugées « de son niveau »… Et qu’elle devait évidemment remercier de ces largesses… sachant parfaitement que les « Géo », « Paris-Match »… allaient à d’autres destinataires, sans doute plus « élevées » intellectuellement…

Elle arrivait rarement avant 9 h du matin (elle avait un logement de fonction sur place), partait souvent vers 16 h, rentrait chez elle pour manger. Si c’était « le jour du coiffeur », on ne la voyait pas de l’après-midi. Il est vrai qu’elle devait beaucoup s’ennuyer, enfermée dans son bureau à ne rien faire…

J’ai déjà dit que les réunions, jusqu’à environ 15 personnes (après, on ne tenait vraiment plus, même en serrant bien les chaises les unes contre les autres), se tenaient dans son bureau, de peur qu’elle manque un appel téléphonique (je ne me souviens pas qu’il y en ait eu, mais bon…). Dont les conseils de classe…

A cette époque, les conseils étaient en deux parties : à le deuxième seulement, on faisait entrer délégués d’élèves et de parents. Il arrive encore aujourd’hui qu’on fasse attendre un peu les délégués, pour évoquer des cas particuliers qui n’ont pas à être connus des élèves ni des parents, mais c’est assez rare, alors qu’il y a… 25 ans (en gros…), c’étaient vraiment deux parties distinctes. La Principale, qui ne devait pas apprécier plus que ça la présence obligatoire des délégués, avait singulièrement déformé le déroulement de ces conseils : en fait, le « vrai » conseil avait lieu, avec discussions, et la Principale remplissait l’avis général en bas des bulletins. Puis les délégués entraient… et elle lisait les appréciations, tout bonnement ! Je me souviens encore, ma première année, de la colère d’un père d’élève de 3ème, qui avait dû prendre son après-midi pour assister au « conseil » de fin d’année, où se décidait donc l’orientation des élèves… et qui avait vu passer les 18 ou 20 élèves en autant de minutes !

Le « fait du prince » jouait aussi pour les orientations, d’ailleurs. Je me souviens, cette même année, d’une élève de 3ème aux résultats trop médiocres pour envisager un passage en seconde. Elle avait tout juste 15 ans, aucune idée de ce qu’elle voulait faire, et la meilleure solution nous semblait être le redoublement, à la fois pour lui donner le temps de réfléchir et celui d’améliorer ses résultats. Mais il n’en était pas question ! Les parents de la gamine ayant posé je ne sais quel problème l’année précédente, la principale ne voulait absolument pas d’elle en 3ème ! Et puisque la famille ne demandait pas une orientation et BEP ou CAP, elle inscrivit « vie professionnelle » sur le bulletin, bien que des collègues lui aient représenté que c’était impossible, la gamine étant encore soumise à l’obligation scolaire ! Je crois d’ailleurs me souvenir qu’elle redoubla, effectivement, dans l’établissement…

Une autre année, toujours en 3ème, elle n’envoya pas le dossier d’une gamine qui lui avait déplu elle aussi, je ne sais pour quelle raison. Je ne connaissais pas la gamine (je n’avais plus droit aux 3èmes !), mais il me semble qu’elle avait un handicap, je ne sais de quel ordre. Elle demandait un BEP. Le professeur principal de la classe, s’inquiétant de ne pas avoir de nouvelles de l’affectation de l’élève, alla voir la principale… qui lui dit qu’elle n’avait pas envoyé le dossier, vu que la gosse (ou ses parents) étai(en)t vraiment très désagréable(s). Le professeur insista, car tous les autres élèves avaient reçu leur affectation :

« On dira qu’elle est refusée, suggéra la principale.

– Impossible ! Si l’élève est refusée, le dossier lui revient ! »

Alors, la principale, en confidence :

« Ça ne fait rien, on fera un faux… »

Vu la manière dont le professeur raconta l’entretien en salle des profs, et le bruit qui se fit autour de l’affaire, je doute qu’elle ait effectivement « fait un faux »…

La Duchesse…

jeudi, mars 19th, 2009

… C’est ainsi que l’appelait son adjoint… devant nous, pas devant elle !

Je comprends assez que, débarquant dans un collège comme adjoint d’une principale qui… ne faisait pas grand chose (litote !), il ait cherché à se rapprocher des profs : il nous tutoyait, était copain avec plusieurs. Mais, en cas de problème, il se rangeait évidemment du côté de la principale…

Comme le jour où j’ai été convoquée (une fois de plus !). Pour je ne sais quelle mystérieuse raison, l' »entretien » eut lieu dans le bureau de l’adjoint, qui avait cédé sa place à la principale et se tenait à côté d’elle. Tous deux face à moi, donc.

Je ne sais plus s’il m’était fait un reproche précis, mais il était question de mes méthodes de travail. Comme la principale « exigeait » que je fasse comme elle le désirait, je me permis de lui répondre qu’elle n’était pas ma supérieure pédagogique. Ce qui la fit bondir… Ainsi que l’adjoint ! Oublia-t-il le tutoiement, pour l’occasion ? Je ne m’en souviens plus, mais il me dit quelque chose comme « Vous ne pouvez pas dire ça ! »

Et moi de leur expliquer calmement qu’ils étaient mes supérieurs hiérarchiques, mais n’avaient pas droit de regard sur ma pédagogie et mon enseignement…

Je ne sais pourquoi, mais l’adjoint se montra beaucoup moins « copain » avec moi par la suite…

La principale avait été, je crois, prof d’Histoire. Mais on avait dû oublier de la prévenir que la monarchie était morte. Elle se conduisait comme un vrai petit tyran de village, avec sa Cour, ses chouchous et ses têtes de Turc. Surtout : le collège était SON bien. Je n’avais pas fait attention à ce « détail », et fus sévèrement rappelée à l’ordre le jour où j’ai osé demander à l’ouvrier d’entretien de changer une ampoule dans ma classe… « Vous vous croyez chez vous ? » m’a-t-elle lancé, courroucée. J’avoue ne pas avoir pensé 2 secondes que ce genre de petit problème regardait la principale ! Mais… elle seule pouvait « ordonner » à l’ouvrier de changer une ampoule, évidemment !

Le collègue d’Arts Plastiques, lui, comprit enfin où étaient passés les livres d’art qu’il avait fait commander pour la bibliothèque, et qu’il cherchait depuis des mois… le jour où la principale le fit entrer chez elle : ils étaient là, les livres, sur ses étagères !

Évidemment, l’ambiance en salle des profs se ressentait fortement de ce despotisme : rien de tel que d’infantiliser les gens pour qu’ils se comportent comme des enfants ! Les « privilégiés » s’accrochaient fermement à leurs privilèges : meilleures classes, meilleurs emplois du temps, et autres hochets dont on les comblait. Il en est même qui n’hésitaient pas à « dénoncer » leurs collègues pour se faire mieux voir encore !

Ainsi, un jour, deux « anciens » élèves (de l’année précédente) vinrent dire bonjour à leurs profs. Nous étions calmement, un collègue et moi, en train de discuter avec eux dans le hall, mais nous les abandonnâmes quelques minutes pour je ne sais plus quelle raison. Quand nous redescendîmes, ils n’étaient plus là : l’adjoint, qui ne les avait pas vraiment appréciés l’année précédente (il faut dire qu’ils étaient « punks » et avaient sans doute fait quelques bêtises), les avait mis dehors ! Nous sommes donc remontés en salle des profs, très en colère, et avons raconté l’histoire. Mon collègue, très remonté, décida de ne pas prendre ses classes, puisqu’on lui interdisait de discuter avec des anciens élèves…

Eh bien, quelques minutes plus tard, alors que nous n’étions plus que deux dans la salle des profs, l’adjoint arriva et nous expliqua qu’il y avait un malentendu, que, etc. Une « bonne âme » était allée le prévenir de notre insubordination…

Comprendrez-vous si je vous dis que, lorsque la principale partit, nous fûmes quelques-uns à pousser un ouf ! de soulagement ?

Retour sur « la » principale

mercredi, mars 18th, 2009

Pour être honnête, je dirai que cette principale d’il y a… longtemps ! fut la seule incompétente que je rencontrai dans ma « carrière ».

Et, toujours pour être honnête, j’avoue que je suis allergique à l’autorité en tant que telle… Des collègues m’ont baptisée « la rebelle », si vous voyez ce que je veux dire… Quand j’ai été reçue au CAPES (au 3ème essai…), j’ai immédiatement pensé que, maintenant, je ferais ce que je voudrais, et que je me moquais de ce que pensaient les autres. Plus de chômage ni de recherche d’emploi en perspective : je pouvais être « maîtresse » dans mes classes… (bien que mes années dans le privé ne m’aient pas vraiment appris la docilité…).

Le plus souvent (pour ne pas dire presque à chaque fois) que je me trouvais face à un nouveau (une nouvelle) principal(e), nos rapports tournaient vite à l’affrontement : je ne correspondais pas à l’image, je ne faisais pas « ce qu’il fallait ». Ma première année dans le Nord, ma première année en région parisienne, j’eus droit à la visite de l’inspecteur, venu spécialement pour moi, à l’appel du principal. Mais j’avais la conscience tranquille : malgré le travail de groupe, forcément plus bruyant qu’un cours traditionnel, je « tenais » mes classes, et ce que je faisais était peut-être discutable, mais sûrement pas répréhensible. « Ce que vous faites, c’est l’idéal dans l’utopie », me déclara le premier inspecteur. J’ai retenu la formule, tant elle me semblait inadaptée après avoir vu une classe fonctionner pendant une heure. Mon « avancement » s’en trouvait retardé ? Je ne me suis jamais occupée de « faire carrière », je n’ai jamais cherché à « gagner plus ». J’estimais que ce que j’aurais gagné financièrement en courbant l’échine m’aurait coûté le plaisir que je prenais à mon métier.

Cependant, après les premières escarmouches (parfois violentes – verbalement, je vous rassure !), le ou la principal(e) reconnaissait généralement que, si j’étais plutôt « atypique », je faisais mon boulot. Dans la mesure où lui/elle faisait le sien, nous pouvions nous respecter mutuellement. Cela n’excluait pas les désaccords, les luttes même. Mais c’étaient rarement les « personnes » qui s’affrontaient, c’étaient plutôt les fonctions.

Avec « la » principale dont j’ai commencé à vous parler, c’était très différent : classée comme « mauvais prof » (sur des critères que je ne chercherai pas à approfondir), j’ai eu droit, tout le temps qu’elle a sévi, à son mépris et à ses tentatives pour me déstabiliser, voire pour me faire muter. C’était très mal s’y prendre avec moi, vu mon caractère… Je décidai très vite qu’elle partirait avant moi, que je n’avais que quelques années à la subir avant qu’elle prenne sa retraite : il me suffisait de « tenir »…

De mon côté, je ne pouvais non plus respecter quelqu’un d’aussi incompétent. Il suffisait d’entrer dans son bureau pour en prendre la mesure. Vous avez déjà vu un bureau de principal ? Couvert de papiers, de dossiers ouverts, de dossiers empilés, de feuilles volantes…

Rien de tout cela avec « la nôtre » : sur son bureau : un sous-main, un éphéméride. Point. Rien pour écrire, pas un bout de papier ! L’ordre parfait… de quelqu’un qui ne faisait rien…

Un petit meuble vitré renfermait précieusement le Journal Officiel, auquel nous n’avions pas accès. Il n’est pas bon que les professeurs aient un accès direct aux lois : s’il en était besoin, un affichage en salle des profs nous donnait l’information… pas forcément à temps, car elle ne lisait évidemment pas ces textes rébarbatifs. Et l’adjoint(e), sur qui reposaient toutes les questions administratives, n’en avait pas forcément le temps, ou l’idée…

Mais… suffit pour aujourd’hui ! Je vous en reparlerai demain… ou une autre fois !

Où l’on reparle… d’une principale…

lundi, mars 16th, 2009

Ben oui, pour changer un peu, je vais vous reparler d’une principale (depuis longtemps en retraite, y a prescription !). Vous savez, celle qui ne frappait pas aux portes…

Mon premier contact avec elle fut téléphonique… et je me souviens de ma surprise ce jour-là.

Après les préambules sur ma nouvelle affectation, le fait que j’allais bénéficier des « bonnes classes » prévues pour l’excellente collègue que je remplaçais, la principale entra dans le vif du sujet :

« L’année dernière, nous avons eu deux [ou trois, ma mémoire est imprécise sur ce point] petits bébés…

– …

– Vous avez des enfants ?

– Non…

– Vous êtes mariée ?

– Non…

– Ne vous inquiétez pas, on vous trouvera un gentil petit mari ! »

Texto ! Je vous jure !

Malheureusement (ou heureusement ?), elle n’en trouva pas… D’ailleurs, nos rapports ayant très vite tourné à l’aigre, je crois qu’elle arrêta aussitôt de chercher…

Mais imaginez un peu : vous croyez débarquer dans un collège, et on vous annonce une pouponnière couplée à une agence matrimoniale ! Y a de quoi surprendre, non ?

Je débarquai donc dans un collège où il y avait de « bonnes » et de « mauvaises » classes (les bonnes classes, moins nombreuses, étaient composées de latinistes et germanistes), de « bons » et « mauvais » profs : les bons profs avaient les bonnes classes et, la preuve qu’ils étaient bons… c’est qu’ils avaient de meilleurs résultats au brevet que les autres…

Je me rangeai très vite dans la catégorie des « mauvais » profs : la 2ème année, je n’eus plus de 3èmes ; la 3ème année, je n’eus plus de 4èmes… Heureusement (j’ose !) que sa santé l’obligea à nous « abandonner », car elle aurait peut-être été obligée d’adjoindre une petite section de maternelle (vous savez : les couches et les biberons) au collège, exprès pour moi !

Notre désaccord était total : elle voulait que j’enseigne le Français comme on le lui avait enseigné. Entre autres, que je fasse étudier Montaigne en 5ème… Je n’ai jamais su si elle confondait Molière et Montaigne, ou si ses souvenirs étaient un peu brouillés : personnellement, on m’a fait aborder Montaigne en 1ère… et c’était déjà assez difficile, de langue et de pensée. En 5ème ??? Une version type « Reader Digest », peut-être ???

Il y eut un jour, pourtant, où j’aurais pu me « rattraper » et regagner une certaine estime de sa part…

Ce jour-là, l’inspectrice de Français nous réunit dans le bureau de la principale (toutes les réunions où elle devait – ou voulait – être présente se déroulaient dans son bureau, de crainte qu’un appel téléphonique ne lui échappe si elle était dans une autre pièce… pas de portables, à l’époque !). Bien tassés (le bureau n’était pas conçu pour des réunions de plus de 3 ou 4 personnes…), nous écoutâmes religieusement la Bonne Parole. Je ne sais plus du tout de quoi il fut question… hormis que cela concernait forcément l’enseignement du Français ! Mais à un moment, l’inspectrice posa une question : y avait-il parmi nous des enseignants qui pratiquaient de « nouvelles méthodes » ?

La principale me regarda. Et son regard était une invitation : elle gagnerait quelques points si des enseignants répondaient à l’inspectrice ; et j’étais son joker…

Mais je restai muette…

Après la réunion, une collègue (une « bonne » !) me reprocha de n’avoir pas répondu alors. Et comme je lui rétorquais que je ne faisais rien de bien neuf :

 » Quand même ! Tu fais du travail de groupes ! »

Du travail de groupes ! Cela pouvait encore être considéré comme une « nouvelle méthode » dans les années 80 ! Alors que les initiateurs de cette forme de travail étaient tous morts, ou à peu près ! Alors que je travaillais de cette façon depuis plus de 10 ans !

Non, honnêtement, je ne pouvais me targuer devant l’inspectrice de « nouvelles méthodes » ! Même pas (et surtout pas, pour être honnête !) pour me « réhabiliter » aux yeux de la principale !